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ardeur fiévreuse, un certain besoin d'aventures, un certain dédain pour les règles traditionnelles, et même lorsqu'ils ont le plus désiré la paix, ils ne tardent pas à la trouver fade et monotone. La royauté de Juillet, en 1847, avait à compter avec cette funeste tendance. « La France s'ennuie » , avait dit Lamartine. On commençait à trouver que la rue était trop tranquille, que le ministère durait trop longtemps, que depuis trop longtemps aussi le canon n'avait pas retenti aux frontières : ni le bruit lointain des guerres d'Afrique, ni les débats parlementaires n'étaient une suffisante distraction. Les jours qui se succédaient ressemblaient trop les uns aux autres. Le cours des lois était trop assuré. Toutes choses étaient trop prévues et régulières. Ces dispositions engendraient, non pas l'hostilité, mais une certaine malveillance, dangereuse quoique contenue. On accusait le pouvoird'être indifférent auxréformes, et l'on eût attaqué ces mêmes réformes si elles s'étaient produites. On avait reproché au ministère son alliance trop intime avec la Grande-Bretagne, et, depuis que les mariages espagnols avaient relâché les liens de cette alliance, on lui reprochait d'avoir sacrifié l'amitié de l'Angleterre aux bonnes grâces des cours du Nord. Ces récriminations émanaient moins des partis ennemis qui avaient presque renoncé à la lutte, que des amis imprudents et en quête de nouveautés. La royauté, au faîte même de sa fortune, traversait une sorte de période critique où tout incident pouvait prendre des proportions inattendues. Contre i :i tei état de choses, les gouvernements absolus cherchent un dérivatif dans quelque entreprise hasardeuse ou dans quelque guerre lointaine, et des maux réels amènent l'oubli des maux imaginaires. Le sage roi Louis-Philippe était trop soucieux du bien de ses peuples pour concevoir même l'idée d'une de ces diversions impies. D'ailleurs, il ignorait le mal : les ministres ayant une majorité importante dans le Parlement, il croyait que cela suffisait : malgré sa perspicacité habituelle, il n'apercevait pas ces signes d'impatience, ces désirs d'innovation, cette lassitude d'une existence régulière, symptômes graves en tout pays et particulièrement en France. Telle était la royauté de Juillet. Quel que fût l'appareil exté-
rieur de sa force, elle était peu apte à résister à une puissante attaque, surtout si cette attaque, affectant les formes dune agitation pacifique et légale, attirait, par sa modération même, tous les imprévoyants, tous les ambitieux et tous les esprits avides de changements.
La question de la réforme électorale et parlementaire devint l'origine et le prétexte de la lutte.