‹ Histoire de la sépulture et des funérailles dans l'ancienne EgypteChapitre 12 sur 80 · Mariette, Les mastabas, p · texte numérisé non relu

Mariette, Les mastabas, p

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lement que l’emploi du relief en creux n’était pas fait pour faciliter la tâche du décorateur.

Cependant dès celle époque le portrait du défunt, et de sa femme quelquefois, est fort soigné. Ces figures se détachent en relief sur le fond des parois avec une précision de détails qui montre avec évidence que, dès cette époque, les artistes égyptiens étaient passés maîtres dans l’art du dessin. Les diverses formes compliquées des coiffures, les ornements qui pendaient au cou des hommes, comme c’est encore l’usage dans les pays primitifs du centre de l’Afrique, les divers vêlements que porte le défunt, l’édifice bien plus compliqué de la coiffure des femmes avec leur longue robe en fourreau, tout est parfaitement indiqué, même les divers ustensiles que porte l’homme. En un mot, tous les détails sont parfaitement soignés.

La plupart du temps, toujours même, ces diverses ornementations reparaissent sur la stèle qui est à cette époque le résumé du tombeau, où, au lieu de voir le défunt debout, dans l’attitude du commandement et de la surveillance, on le voit assis sur un siège sans dossier, aux pieds imités de ceux des gazelles, comme plus tard on imitera ceux du lion. D’autres fois on a trouvé dans les tombeaux de cette époque des panneaux de bois avec des hiéroglyphes en relief et un personnage debout ou assis. Le réalisme qui distingue les représentations de l’Ancien Empire se fait déjà remarquer avec décision dans les œuvres de celte époque archaïque. Prenez, par exemple Sokar-Khabiou ou Iiosi dans l’attitude du mouvement, et dites si ces deux figures ne sont pas merveilleuses de vie et d’expression intense. Je suis bien loin de prétendre que l’art fut déjà parfait à cette époque et qu’il ne fera plus de progrès, mais je ne peux m’empêcher de dire quels ont été les caractères de l’art avant l’époque des pyramides de Saqqarah, tels que je les sens et les comprends.

La période qui succède à celle-ci se fait déjà remarquer par un certain progrès. Quoiqu'on ne soit pas encore arrivé à l’époque où l’on inscrira le nom du défunt ou du possesseur de la tombe au-dessus de la porte d’entrée pour indiquer le seigneur du logis et en même temps pour servir de défense au tombeau, il est facile de voir ce qui saute aux yeux. Tout d’abord la décoration hiéroglyphique s’ordonne, les lignes ne se confondent plus l’une avec l’autre, n’empiètent plus l’une sur l’autre. En outre,

les représentations se compliquent : le défunt est représenté avec le même soin, mais il a en plus certains insignes qu’il n’avait pas auparavant : c’est à cette époque encore lointaine qu’apparaît la peau de panthère qui plus tard sera commune pour certains prêtres du Nouvel Empire, et qui n’est encore, sans doute, que l’insigne d’un sacerdoce funéraire. Déjà la famille se montre dans les représentations et l'on voit, par exemple, le fils de Schiri, qui se glorifiait d’avoir été connu du roi , au-dessous du bras gauche de son père et semblant vouloir prendre, par jeu, le bâton de son auteur 1 ; et non seulement son fils aîné apparaît, mais encore les autres membres de la famille. En outre le défilé des porteurs de provisions provenant des divers domaines du mort qui ont été assignés à l’approvisionnement de la maison d’éternité , se voit déjà ; ces porteurs, des femmes et des hommes, sont désignés par leurs noms individuels, et ne sont pas encore de ces porteurs idéaux qui rappelaient les gens occupés sur tel ou tel domaine à recueillir ce qui pouvait être tiré de ce domaine pour assurer la subsistance du défunt.

On trouve aussi dans celte sorte de sépulture des stèles et des tables à libations. Les stèles sont de même décoration que celles que j’ai déjà décrites; mais cette décoration prend dès lors un air de recherche que n’avait point l’autre: non seulement le tableau du haut, avec ses deux lignes supérieures d’hiéroglyphes et la légende horizontale inférieure, s’offre à la vue beaucoup plus net et plus compréhensible, avec ses deux tables d’offrandes placées chacune devant la représentation du défunt, mais la disposition de cette scène est simple et bien ordonnée, et de plus la partie inférieure de la stèle est déjà pleine de recherche décorative sur les parties latérales. Elle est en effet divisée de chaque côté en trois parties, et le simple mélange des lignes droites lui a donné un aspect agréable. Cette décoration est complétée par six boutons de lotus, dont quatre montent sur les extrémités jusqu’à deux (leurs de la même plante placées en sens inverse deux à deux, pendant que les deux boutons du

1. Si je dis par jeu, c’est que je crois l’enfant encore à un âge non pubère, par conséquent aimant à s’amuser, comme il est de son âge ; si je le crois impubère, c’est qu’il est représenté complètement nu, n’ayant pas même la feuille de vigne légendaire, je veux dire le pagne dont les hommes en Égypte couvrent toujours leur nudité dès qu’ils sont arrivés à l’âge de la puberté.

Ann. G.

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milieu s’arrêtent forcément à la première des trois divisions dont je viens de parler. L’effet de ces simples lignes et de ces simples fleurs est plus qu’agréable: on sent déjà que, dans les boutons de fleurs qui s’élèvent, est déjà en germe la colonne à chapiteau lotiforme. Ajoutez à cela la coloration intense dont les peintres savaient revêtir ces stèles et qui se rencontre dès la première époque, aux temps archaïques, et vous aurez quelque chose qui non seulement plaira à l’œil, mais le sollicitera.

Avec la fin de la IVe dynastie, la décoration du tombeau commence à prendre de l’ampleur et à se rapprocher des dimensions qu’elle obtiendra vers la Ve ou la VIe dynastie. Non seulement ce qui était d’usage jusque-là se conserve, mais le défilé des domaines commence : le possesseur du tombeau assiste à l’arrivée et au passage de tous les domaines qui lui ont été réservés pour assurersasubsistance, il peutinspectersi toutestbienapporté, en bon état, et même il goûterait, si fantaisie lui en prenait, à chacune des couffes que les personnages représentant le domaine ont sur leurs têtes. En outre, les scènes qui jusque-là avaient eu pour limites certains travaux de la vie journalière, comme la navigation, sans aucune légende explicative, se développent, se multiplient, et l’on voit des parois entières couvertes de tableaux purement agricoles, ou d’apports d’animaux pris à la chasse. Même dans une stèle — dans un coin de la stèle du tombeau de Ramerpetah — la première représentation du sacrifice fait son apparition : le bœuf est à terre, les deux pattes de derrière liées ensemble, encore vivant ; l’un des trois personnages qui vont l’immoler aux mânes du défunt lui appuie un genou sur le bas de la bouche, s’arc-boutant en quelque sorte, afin d’avoir plus de force pour ramener, avec l’aide du second personnage qui semble jouer dans cette scène le rôle principal, l’une des pattes de devant de la pauvre bêle, avec les gestes de circonstance et en tenant dans la main gauche une corde ou une pierre à aiguiser'.

Le tombeau de cette époque, à la fois le plus beau, le plus décoré et le plus intéressant est celui de Sabou. Sur l’une des parois des scribes sont représentés avec leurs instruments à écrire, puis quatre personnages

1. Cette incertitude provient de la gravure ; mais je suis porté à croire qu’il s’agit d'une corde.

1*l. XXXII.

Tombeau d’Aidjefa, II (d’après Lepsius, Il Abth., pl. 104',

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apportent des animaux vivants, des vases pleins de liquide, des légumes. Sur un troisième registre, un homme porte une gazelle autour de son cou, les pattes dépassant ses épaules à droite et à gauche, une femme fait une offrande de fleurs et de fruits, un homme conduit une antilope. Au quatrième registre, quatre personnages, deux hommes et deux femmes, s’avancent avec des animaux, des fleurs et des fruits. Sur une seconde paroi, le défunt, avec son fils Petahschepses, contemple la scène qui vase passer sous ses yeux : quatre prêtres se tiennent prêts à enregistrer les déclarations que vont leur faire les divers serviteurs qui amènent le bétail. Un nain conduit un bœuf qui représente à lui seul un troupeau qui comprenait 405 têtes de gros bétail : ce n’était pas la seule race de bœufs que connaissaient les Egyptiens, car il y en a quatre autres dont chacune est représentée par un animal différent : la première comptait 1,237 têtes, la seconde 1 1 ,360, la troisième 1,220 et la quatrième 1 , 1 38. Ce n’était pas tout encore : dans un troisième registre, une autre espèce de bœuf est amenée et la paroi porte au-dessus de la représentation de l’animal le chiffre 1 30 ; puis viennent des gazelles avec un chiffre qui n’a pu être lu, une antilope femelle avec le chiffre 1,307, un antilope mâle avec le chiffre 1,248, puis une gazelle femelle avec le chiffre 1,135. Un quatrième registre faisait voir au défunt trois autres troupeaux de bœufs, dont le premier comprenait 628, le second 1,200 et le troisième 303 individus. Un cinquième registre était consacré aux oiseaux domestiques, aux demoiselles de Numidie dont il y avait trois bandes, l’une de 1,010 et les deux autres de 1,100 individus chacune; puis venaient les canards de toute sorte, les tourterelles : il y avait sept sortes de canards au nombre chacune de 1 000 individus, ainsi que les tourterelles : les oies, soit blanches, soit grises, soit de l’espèce que les Égyptiens appelaient smen, ne sont pas comptées.

Voilà quelle était la richesse d’un grand seigneur égyptien à cette époque. Si tous ces animaux si divers étaient destinés à la nourriture de son double après la mort, il faut avouer qu’il y avait là de quoi nourrir pendant des années et des années toute la tribu ou le clan auquel il appartenait. Mais je ne crois pas que tout ce qui était ainsi représenté dût nécessairement servir de nourriture du double ; je crois bien plutôt que Sabou s’était trouvé à la tête d’une grande exploitation agricole que lui avait confiée le Pharaon

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sous lequel il vivait, et qu’il y a là, dans les peintures de son tombeau, une tentative d’illustration de sa biographie, ou même un essai de biographie indépendante de celle que contenaient les titres officiels qui d’ailleurs n’ont pas été gravés dans sa tombe et que l’on retrouve à profusion dans d’autres tombeaux, comme celui d’Amten que Lepsius a transporté de Saqqarah à Berlin. En effet dès cette époque, et presque dans tous les tombeaux que Mariette a ouverts, on trouve un essai de biographie consistant dans l’énoncé des divers grades officiels auxquels le défunt était parvenu.

A la Ve dynastie, le progrès déjà commencé devient immense; il s’est tellement développé qu’il ne peut guère aller plus loin sans changer de nature. Le tombeau porte le nom du possesseur écrit à son entrée, les scènes les plus diverses sont gravées ou peintes sur les parois : chasse, pêche, travaux des champs, arts, métiers, jeux, danses, marine, joules guerrières, bétail, tout y passe pêle-mêle, et nous pouvons ainsi connaître la vie égyptienne à cette époque avec un nombre infini de détails tous plus caractéristiques les uns que les autres de la civilisation en usage. Le sacrifice funéraire surtout prend une place considérable. 11 sera bon maintenant de faire connaître l’économie des principales scènes qui se développent à l’intérieur des tombes égyptiennes.

Dès cette époque, d’après une hypothèse due àM. Maspero, les artistes égyptiens, ou les scribes, car c’était tout un, ayant résolu de représenter le sacrifice ou les offrandes funéraires fournies en blé ou en dourrah, se sont décidés non seulement à représenter l’acte même du sacrifice, ou la présentation du pain fait avec du froment et des galettes de dourrah, mais encore à peindre ou à sculpter aux yeux tous les actes préparatoires à ces deux extrêmes. Aussi sont-ils remontés jusqu’à la première action dans ces deux modes et ont-ils représenté les divers actes qui aboutissent à procurer un bœuf pour le sacrifice, ou du blé, de la dourrah, pour la fabrication du pain ou des galettes, quand ils ne montrent pas par ailleurs comment ce pain ou ces galettes se fabriquaient1. Nous assistons donc à la saillie de

1. C’est une des manières d’expliquer la présence de ces scènes qui peut être juste; mais il y en a une autre qui n’est pas moins juste, je veux dire celle qui consiste à prendre ces scènes comme des représentations des travaux champêtres. Je crois que la vérité se trouve entre ces deux hypothèses, que ni l’une ni l'autre ne sont vraie absolument, mais qu’il y a une part de vérité dans les deux.

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