PL. XL1V
Neuvième tableau du Musée Guimet.
Le second registre nous montre d’abord deux hommes autour d’un pétrin posé sur un vase qui repose lui-même sur un piédestal en bois. Le premier pélrit la pâte et le second y verse une liqueur parfumée d’un vase qu’il a rempli d’un autre vase très grand, lequel se trouve en bas du pétrin. Un scribe, ses calames sur l’oreille, ses rouleaux de papyrus sous le bras, est debout entre ce premier groupe et le second qui est placé dans la même position, devant les mêmes objets, sauf qu’il n’y a pas de grand vase au bas du pétrin : aussi le second boulanger ne verse point de liqueur parfumée, il a une main dans la pâle et de l’autre enlève ce qui est resté attaché à son bras. Les deux hommes s’excitent mutuellement entre eux. Viennent ensuite quatre personnages, dont l’un nettoie des vases un second les remplit, un troisième les couvre et les transporte à un quatrième qui les met en place et qui, entre temps, s’est accroupi à terre les coudes sur ses genoux et les mains étendues.
Le troisième registre nous fait assister à d’autres scènes. D’abord un ouvrier vient ranger de petits pains d’une substance quelconque en forme trapézoïdale. 11 a empilé les pains avec adresse d’abord, mais en voulant ajouter un nouveau pain, l’édifice s’affaisse et quelques pains s’en vont du côté d’un autre boulanger accroupi à terre, portant la main gauche à son front en signe de respect et tenant à la droite un petit bâton qu’il pose sur la rangée du bas. Dans l’un de ces vases à forme trapézoïdale, un troisième ouvrier vide un autre vase rempli d’un liquide que je serais très porté à regarder comme de l’huile. Derrière lui, un homme est courbé sur un pétrin placé comme ceux du registre précédent, mais d’une autre matière et d’une autre forme ; il semble nettoyer les parois du pétrin. En dessus des deux derniers ouvriers se voit une planchette chargée de pains de cinq formes différentes; un cinquième boulanger apporte une planchette chargée d’autres pains où l’on remarque une sixième forme, comme il y en a deux nouvelles sur un coffre derrière jui. Sous ce coffre est agenouillé un nouvel ouvrier qui, sur une planche, bât la pâte et façonne des pains ordinaires d’offrande de la forme rc=n. Derrière lui, un ouvrier debout nettoie un grand zîr, maintenu en équilibre par trois étais ayant un autre vase de même forme, mais plus renflé et plus pansu devant lui, pendant qu’un dernier boulanger étend la
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
pâte qu’il a devant lui sur une planchette soulevée de terre par deux petits
étais.
Le quatrième nous montre d’abord trois petits greniers remplis de choses qui demandent à être manufacturées avant de pouvoir servir à l’alimentation. Ce sont les greniers qui doivent être ouverts pendant le mois présent : un scribe, ses instruments de travail devant lui, un calame cà l’oreille, écrit les retraits, pendant qu’au-dessous de lui, un homme accroupi saisit les fournitures pour les passer à ceux qui les doivent travailler. Ce registre est divisé en deux parties. A la partie supérieure, quatre femmes font, deux à deux, la même opération : la première et la troisième pétrissent dans un pétrin de nouvelle forme de la pâte qui déborde; la troisième et la quatrième présentent une substance blanche en forme de grosse boule. Au registre inférieur une femme présente aussi la même boule à un homme qui a devant lui un pain carré et qui arrondit les bras pour la recevoir. Derrière la femme, une autre ouvrière agenouillée pétrit, et son pétrin déborde; une seconde semble délayer, accroupie, quelque chose dans un vase ayant la forme des pains décrits plus haut ; puis deux ouvriers armés d’un pilon triturent une substance non désignée dans un mortier : il sont affrontés tous les deux et tiennent chacun un pilon dans la main. Celui de gauche fait un mouvement d’effort, le bras droit pendant et tenant le pilon de la main gauche ; celui de droite tient son pilon de la main droite par le haut, pendant que la main gauche le tient vers la partie inférieure qui est renflée. Le premier dit à son camarade dont le pilon est élevé audessus du mortier : « Allons, à toi! »,ce à quoi celui-ci répond : « Mais je fais ce que tu viens de me dire. »
Le cinquième registre est également divisé en deux parties dans son milieu, pendant que les deux extrémités sont occupées par deux scènes analogues faites, celle de gauche par deux femmes, celle de droite par deux hommes. Ils rangent, comme plus haut au troisième registre, des pains en forme de petit cône, on les compte et on les dispose en petites pyramides qui ne semblent guère stables : les deux personnages accroupis, femme et homme, font le même geste de respect et tiennent à la main droite le même bâton. Au milieu, dans la partie supérieure, deux femmes sont occupées à délayer avec un bâtonnet, l’une accroupie, l’autre
courbée, une substance qui doit faire les pains en question : il y a cinq petits vases de la même forme que les pains et qui doivent sans doute servir de moules; sur deux d’entre eux on voit le pain qui vient d’être formé. Derrière la femme de gauche, un enfant tout nu semble goûter ce qu’elle vient de faire et fait le geste de porter à sa bouche avec son index ce qu’il a pris dans sa main gauche : évidemment, il le trouve bon. Derrière la femme de droite, deux ouvriers placent les pains; ils sont tous deux tournés vers la gauche. Entre la femme et le premier ouvrier sont disposés des pains sur deux plans, une petite planchette en haut, et un vase en bas. Dans la partie inférieure, auprès d’un grand vase qui contient sans doute de l’huile, une femme courbée verse d’un petit pot l’huile qu’elle a puisée dans le grand vase et en remplit trois petits vases coniques à base renversée qui doivent faire les pains; une autre, qui lui est affrontée, délaie une substance, courbée sur une sorte de zir soutenu par deux cales. Ce tableau se répète à droite; mais la première femme verse l’huile dans un zir disposé comme le précédent, et la seconde remplit d’huile deux vases cà forme trapézoïdale comme ceux du troisième registre.
Le sixième registre, s’appliquant au sacrifice,. sera décrit, comme je l’ai dit, plus tard, dans la troisième partie de cet ouvrage. Je dois décrire maintenant en quelques mots les quatre registres de droite consacrés aux porteurs d’offrandes. En haut, quatre hommes portent deux tables d’offrandes avec un seul pied, couvertes d’aliments de toute sorte, légumes, pains, viande, volaille, fruits. Au second registre, un premier homme a sur chaque épaule un plateau où sont des fruits, des légumes, de la viande et des pains : le plateau repose par une extrémité sur l’épaule, pendant que l’autre extrémité est tenue par la main droite ou la main gauche. Dans la main droite sont encore les cordes qui retiennent d’abord un oryx attaché par la patte gauche de devant, puis une couple de canards ; au bras gauche est suspendu un panier et dans l’angle intérieur du coude est une botte d’oiguons. Un second homme tient à la main droite une oie à la naissance des ailes et même une antilope attachée comme la précédente; à la main gauche, il tient un bouquet de fleurs et de tiges de lotus dont l’extrémité supérieure dépasse l’épaule; à l’angle du coude sont suspendus trois canards qui agitent leurs ailes. Le troisième homme tient de la droite un Ann. G. 58
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
bouquet de Heurs de lotus épanouies et la corde par laquelle il mène une antilope monocorne attachée comme les autres ; de sa main gauche il supporte un plateau posé sur une épaule et rempli de pains, de volailles, de vases à forme de soupière, pendant qu’à l’angle du coude se trouve un large bouquet de fleurs comme celles qu’il porte à la main droite. Au troisième registre se trouvent également trois porteurs d’offrandes : le premier tient en la main droite un bouquet de fleurs de papyrus épanouies qu’il présente, et à la main gauche un vase à libation; entre son bras gauche et sa poitrine il presse des tiges de papyrus avec des fleurs non épanouies. Le second tient sur ses épaules un veau de lait bien embarrassé de se voir en cette position : le pauvre animal tire la langue, pendant que le porteur lui passe son bras droit sur le cou et lui tient une patte de devant et une patte de derrière de la main gauche : l’autre patte de devant tombe sur le poignet droit du porteur qui, dans sa main, tient encore l’anse d’un panier sur lequel sont suspendues trois fleurs de papyrus, une épanouie, les deux autres en bouton. Le troisième a dans sa main droite, par les ailes, une oie qui se débat, pendant que de la gauche il tient la corde à laquelle est attaché un bœuf tacheté, le dos couvert d’un tapis : il porte en plus en sa main gauche une sorte de bouquet de paille que l’on attachait d’ordinaire au cou des bœufs. Le quatrième registre nous montre quatre porteuses représentant quatre des domaines funéraires consacrés à Ti. La première vient du domaine appelé les Sycomores de Ti : elle est vêtue, ainsi que ses camarades, d'une robe collante avec deux épaulières ; elle a des bracelets aux pieds et aux poignets, ou plutôt des anneaux de verroterie, des colliers au cou, et elle est coiffée de la coiffure noire ordinaire. Elle tient à la main gauche une sorte de vase, et de la droite elle soutient une corbeille qu’elle porte sur la tête et qui est remplie par trois objets de même forme, fermés de la même manière. La seconde vient d’un domaine appelé J'i-aaget : elle soutient de la main gauche la corbeille qu’elle a sur la tête et qui est remplie de pains et de vases de liqueur; elle porte de la main droite un petit hérisson enfermé dans une cage. La troisième vient du domaine appelé les Oies de Ti : elle porte sur la tête un coffre qu’elle soutient de la main gauche : sur le coffre sont trois rangées d’objets que je ne peux identifier; sur son bras droit replié, elle porte une
oie dont les pattes sont de chaque côté du bras, dans une position très naturelle et que connaissent encore bien des gens de nos campagnes. La quatrième représente les Paysans de Ti : elle porte sur la tête une petite barque en papyrus remplie de figues de sycomore et de petites baies, ou peut-être de raisins, s’il n’y avait pas un autre domaine qui se nomme le Vignoble de Ti. Elle porte en outre sur la partie avancée du bras droit une petite antilope à cheval sur ce bras. Ce n’étaient pas les seules porteuses représentant les domaines consacrés à la nourriture du double de Ti : il y en avait encore trente-deux autres; le défunt était ainsi assuré de ne pas manquer de nourriture et de trouver sur sa table tout ou une grande partie de tout ce qu’il désirait.
Mais outre ces scènes que l’on peut voir sur les tableaux qui sont reproduits en cet ouvrage, scènes qui ont été pour la plupart empruntées au tombeau de Ti, il y en a un certain nombre d’autres dans les tableaux faisant partie du Musée Guimet ; les unes représentent avec ou sans variantes celles qui viennent d’être décrites; les autres au contraire nous apportent des sujets presque entièrement ou entièrement nouveaux. Je vais les décrire aussi rapidement que possible.
D’abord les scènes agricoles1. Au premier registre du bas, trois attelages de vaches labourent à la charrue : évidemment les mâles n’avaient pas encore suffisamment été domptés pour être communément employés. Trois toucheurs de bestiaux font avancer l’attelage à grands coups de bâton, chacun dans un geste différent, et celui de gauche posant une main sur le dos de la vache qui se trouve près de lui. La charrue est tenue par un laboureur qui pèse sur elle de ses deux bras dans un mouvement très bien saisi2. Dans un coin du tableau, à droite, deux ouvriers ont délié l’une des
1. Ce tableau est le n“ 6 du Musée Guimet. Je suis l’ordre des travaux et non l’ordre des registres.
2. M. Maspero dit à ce sujet : « L’homme qui tient les oreilles (de la charrue) est occupé tout entier à peser sur elles pour enfoncer le soc : c’est ce que les textes appellent poser la charrue, la mettre en marche en pesant sur elle. Le peu d’élévation des oreilles l’obligeait souvent à se tenir presque plié en deux, et il ne lui restait que peu de force et d’attention pour diriger son attelage » ( Études égyptiennes, t. II, p. 75). — Je ne crois pas que ce soit la raison qui ait nécessité la présence d’unt.oucheur : les hommes ne sont pas courbés ici et cependant ils ont chacun un toucheur. La nécessité de ce second personnage vient de ce que les animaux ne sont pas encore assez domptés; si les animaux eussent été assez domestiqués,
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vaches qui labouraient, l’un lui a lié les pattes de derrière, et, l’autre agenouillé, la trait dans un grand vase, pendant que son camarade, une bouteille à la main droite et de la main gauche tenant la corde qui lie les jambes de la vache, inspecte la campagne et dit au trayeur ; « Pais vite pendant que le surveillant arrive! » c’est-à-dire : Dépêche-toi avant que le surveillant ne soit arrivé. De même les conducteurs de charrue et les toucheurs ont leurs mots : « Allons va, à loi, travaille! » crie le premier toucheur. « Frappe-les », dit le garçon de charrue à son toucheur, et celuici obéissant dit aux vaches: « Attrape1, travaille ! » et le troisième toucheur exhorte son attelage par les mêmes paroles : « Attrape, travaille ! c’est pour toi, allons, va. » Le second registre nous fait assister à la moisson; six moissonneurs, la faucille à la main, sous la surveillance de deux chefs d’équipe, coupent l’épi à la hauteur du genou : ils ont tous une pose différente et tout ce tableau est si bien étudié que les mouvements des épis, selon la manière qu’ils sont saisis par le moissonneur qui va les couper, sont très bien rendus. Une inscription rapporte les paroles d’encouragement que se disent les moissonneurs : « Qui dira : Camarades, c’est ici le blé du jour2? » Au quatrième registre, nous assistons au transport de la moisson sur l’aire où elle doit être dépiquée. Les épis ont été mis en petites gerbes qui ont été réunies à l’extrémité d’un champ sur deux rangs les épis en dedans3. Près
nul doute qu’on eût pu labourer avec une seule personne, comme je l’ai vu souvent faire en Vendée quand on n’emploie que deux bœufs, comme c’est ici le cas. Je ferai en outre observer à M. Maspero que ce ne sont pas les oreilles de la charrue que tient le garçon, mais les deux montants ou les deux bras ; on appelle oreilles de la charrue deux pièces de bois qui se mettent en dessus du soc de chaque côté et qui servent à écarter la terre qui sans cela retomberait en dedans, quand elle doit retomber en dehors; la figure se comprend bien de la sorte, tandis qu’elle serait incompréhensible si l’on admettait que les deux montants sont les oreilles de la charrue.
1. Mot à mot : A toi. — J’ai paraphrasé pour rendre la phrase compréhensible .
2. M. Maspero traduit : Y orge du jour (ibid., p. 83). Mariette avait cru qu’il s’agissait du blé (La Galerie égyptienne à Y Exposition rétrospective du Trocadéro, p. 30). Il suffit de regarder la hauteur de la tige pour voir que ce ne peut pas être de l’orge, car cette tige est presque de la hauteur d’un ouvrier. L’orge est beaucoup plus petite.
3. M. Maspero dit à ce propos : « On l’assemblait (la gerbe) non pas comme chez nous en entassant tous les épis dans la même direction, mais en couchant chaque javelle dans un sens différent, si bien que la gerbe achevée présentait l’aspect d’un paquet terminé à chaque bout par une couronne d’épis. Une forte corde, passée au milieu, maintenait la botte » (Études égyptiennes, II, p. 26. M. Maspero cite Lepsids, Denkm., II, 9, 106; II, 43, 80 a, et Mariette,
Mastabas, p. 212, 288, 325). Voici tout au moins un exemple qu'il n’en était pas toujours
Tl. xlv
Sixième tableau du Musée Guimet.
du tas de gerbes, un ouvrier est debout tenant de la main gauche le grand fdet à cordes de palmier qu’il doit poser sur l’âne; mais celui-ci fait le récalcitrant : un ânier l’a saisi par la patte droite de devant et parles oreilles, il le force d’avancer, pendant qu’un autre homme fait pleuvoir les coups de bâton, aux cris du premier qui, ne trouvant pas les coups suffisants, lui donne le conseil de lui parer les fesses, c'est-à-dire de lui enlever quelque partie de la peau, comme le font toujours les âniers égyptiens. Un autre âne, le dos couvert d’une housse à franges, est parti déjà emportant sa charge renfermée dans un filet de forme non plus ellipsoïde comme le précédent, mais deux fois triangulaire : ce filet est surmonté d’une botte d’herbages.
Le groupe suivant nous montre une charge composée du premier filet rempli perdant l’équilibre par suite des mouvements de l’âne qui marche 1
ainsi et que, sans doute, les diverses parties de l’Égypte n’avaient pas toutes la môme manière de Caire les gerbes. Parmi les exemples cités par M. Maspero, la planche 9 de la deuxième partie des Denkmæler de Lepsius ne donne pas ce que M. Maspero y a vu : elle ne contient pas de scène d’attelage. De même la planche 80 a ; le mot khof que M . Maspero cite se trouve en c et non en a, et il ne s’applique pas aux gerbes. La planche 43 ne présente pas de raison pour ou contre la description de M. Maspero, sinon que les gerbes sont en effet liées par le milieu, ce qui est aussi le cas pour le tombeau de Ti où les épis sont cependant tous du même côté. Seule, la planche 106 qui provient de Zaouiet-el-Maïetin donne des gerbestelles que M. Maspero les décrit; ce qui semblerait bien démontrer qu’à cette époque la manière de battre les gerbes n’était pas partout la même. J’ai été surpris, je l’avoue, d’avoir trouvé ces négligences dans un ouvrage d’aussi grande réputation. De même à ce propos M. Maspero cite dans tout le cours de son exposé des travaux agricoles : Dümichen, Resultate, I, pl. X. Or s’il s’agit de l’ouvrage intitulé : Resullate der auf Befehl SR. Majestâts des Kœnigs 'Wilhelm. I. von Preus s en im Sommer 1868 nach Ægypten Entsendten archaeologisch-photographischen Expédition herausgegeben von D’ Johannes Dümichen, la planche ne contient rien de semblable.
1. M. Maspero dit à ce propos : « Les accidents étaient fréquents et l’un des bas-reliefs du tombeau de Ti nous fait assister à l’un de ceux qui se présentaient journellement. Le faix a glissé pendant la marche, deux hommes agenouillés le relèvent et essayent de le remettre en place, tandis qu’un troisième tient le museau de l’àne sous son bras et qu’un quatrième a saisi la queue pour forcer la bête à rester immobile. Celui de devant crie à celui de derrière : « Mets-le-lui vite », à quoi l’autre répond la formule ordinaire : « Fais ton bon plaisir » (Maspf.ro, Etudes égyptiennes, II, p. 91). Cette description n’est pas aussi exacte qu’elle l’aurait pu être. D’abord un seul des ouvriers a mis un 'genou en terre, se contentant de plier l’autre genou, comme c’est le cas de son camarade. En outre, il me semble bien que les ouvriers ne veulent pas rétablir l'équilibre comme l’entend M. Maspero, car il dit en décrivant la manière dont se chargeaient les ânes : « Un des ouvriers tient le bissac debout sur une de ces pointes, l’autre pointe relevée en l’air : il s’agit d'amener l’âne le long du fardeau ainsi préparé, de rabattre sur lui la pointe levée et de lui mettre le bissac sur le dos de façon que les deux poches se fassent contrepoids. » Ibid., p. 98. — Le tableau ci-joint
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et quatre hommes se précipitant pour l’empêcher de tomber : le premier essaie d’arrêter l’âne en lui embrassant la tête ; le second cl le troisième portent une main au haut du filet et l’autre à la partie inférieure ; le dernier porte aussi la main gauche vers la partie supérieure du filet et de la droite saisit la queue du malheureux baudet. Le premier de ces quatre hommes crie aux autres : « Mettez -le-lui et atlachez-le solidement1 ! » A quoi les autres répondent: « Fait à ton plaisir ! » Un quatrième groupe nous montre une ânesse, accompagnée de son petit ânon, emportant placidement sa charge que soutient un homme à son côté droit, pendant qu’un autre ânier brandit son bâton en arrière. L’ânesse est revêtue de la couverture à franges et a un filet de même forme que l’âne de la seconde troupe.
La moisson ayant été ainsi convoyée sur Faire, on la dépiquait en se servant d’ânesses ou de bœufs2; on étendait une couche d’épis et l’on poussait les animaux dessus pour faire sortir le grain. Adroite, les ânesses, libres, sont poussées par un ânier qui se tient derrière elles, pendant qu’un autre est en avant prêt à leur faire rebrousser chemin : une ânesse fait en sorte de prendre une goulée de paille tout en exécutant ce qu’elle doit faire. Un surveillant a l’œil à ce qui se passe, et les âniers qui le savent se crient l’un à l’autre: « Veille sur elles! » A quoi l’autre répond : « Veille toi-même, et vois ce que tu fais! » Le troupeau de bœufs est
montrera qu’il n’en pouvait être ainsi, car les ânes, tous les ânes, ont le filet chargé levant la pointe en haut. Si les deux poches (elles n’existent pas d’ailleurs) eussent dû se faire contrepoids, l’une ne serait pas terminée par une botte d'herbages : elles le seraient toutes les deux ou elles ne léseraient pas du tout. Le filet était placé en hauteur de chaque côté : c’est la seule manière d’expliquer ce qui est représenté. Je ne peux me dispenser de dire qu’icile terme «bissac» est tout à fait impropre : les ânes portent bien encore aujourd'hui un bissac quelquefois, ce qu’on nomme en arabe et ce qu’on traduit par sacoche ; mais ce réci-
pient aurait été de peu d’usage dans la circonstance présente.
1. C’est une paraphrase; le mot à mot donne : Donnez à lui afin qu’elle soit. Il s’agit du filet qui est féminin en égyptien. M. Maspero a traduit : « Mets-le-lui vite, » en disant que le
it A (j je ]1S comme le tableau
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mot à mot serait : Donne à lui, fiat, sit. 11 lit fl ( Éludes égyptiennes , ibid., p. 91).
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2. Pour savoir le sexe des animaux employés, je n’ai qu’à regarder le dernier de la file, et je vois que c’est bien une ânesse et un bœuf qui sont à l’extrémité de la file en perspective. D’ailleurs on comprend parfaitement le désordre que le mélange des sexes aurait pu produire, si une vache ou une ânesse se fût trouvée en chaleur. Cet inconvénient eût été cent fois plus grand en Égypte.
aussi poussé par deux bouviers dont l’un est à l’arrière et l’autre en avant des animaux qui au nombre de dix doivent piétiner sur les épis. Ils sont tous de l’espèce à grandes cornes, sauf l’avant-dernier quin’a pas de cornes; le dernier se baisse pour attraper le plus qu’il pourra de la paille qu’il foule aux pieds. Un surveillant est aussi là qui inspecte le travail, aussi les bouviers ne se font pas faute de crier : « Repousse-les, si tu tiens à la vie! » Ce à quoi l’autre continue de dire : « Marchez, allons, marchez! » pendant que le surveillant lui dit : « Repousse-les ! » Les bœufs vont en effet arriver à l’extrémité de l’airée, et il faut les faire se détourner1. Dans la phrase du premier, il n’y a qu’une menace comme celle dont les Égyptiens sont toujours coutumiers. Après le dépiquage vient le vannage et la mise du grenier. Ces sortes de travaux réunissaient les hommes et les femmes, comme ceux de la boulangerie : ils se faisaient par des escouades de cinq ouvriers, ce qui était encore le cas sous le Moyen Empire2. En effet le tableau comprend ici quinze personnages qui sont tous occupés cinq par cinq. Le premier groupe se compose de quatre femmes et d’un homme qui s’est détourné de son travail et de son groupe pour voir ce que font deux hommes du groupe suivant : la fourche qu’il tient en main montre qu’il en est ainsi, car elle est tournée du côté des femmes, tandis que celles du second groupe sont tournées vers le troisième et que celles de ce troisième groupe sont tournées vers le second. La femme qui touche l’ouvrier retourné vanne le blé avec deux moitiés de calebasse évidées : le grain retombe en monceau et la balle est emportée au souffle du vent. Cette femme a le buste nu; elle porte pour tout vêlement un pagne avec un jupon : elle a pour coiffure d’abord la coiffure noire des femmes égyptiennes, puis une seconde coiffure blanche retenue par un
1. Je suis encore ici en contradiction avec M. Maspero qui explique ainsi celte scène : « En effet, les bœufs arrivent à l’extrémité de l’aire et vont lui passer sur le corps, s’il ne les force pas à rebrousser chemin. » Études égyptiennes, II, p. 95. — Si un tel danger eût été à craindre pour les bouviers égyptiens, ils n’auraient pas laissé les bœufs en liberté. Il s'agit simplement de les faire détourner sur une autre partie de l’airée ; le surveillant, qui répète la phrase de l’autre bouvier, ne se sert pas de l’expression : Si tu tiens à la vie. C’est que les bouviers se font couramment ces menaces, et c’est le second bouvier, et non les bœufs, qui aurait mis en danger la vie de son collègue, si celui-ci n’avait pas obéi.
2. Voir l’inscription d’Ekbnoum-hôtep, dans Beni-IIasan de la Société pour VEgypt exploration, pl. VIII, vol. I de Beni-Hasan.
ANNALES DU MUSÉE GU IM ET
nœud de ruban, tandis que deux autres de ses camarades n’ont que la coiffure noire. Sa voisine tient en sa main gauche une moitié de calebasse ; mais elle a laissé l’autre moitié pour prendre un balai de jonc avec lequel elle chasse les menues pailles et la balle qui est encore restée de l’opération première; une autre femme se penche pour remplir ses calebasses au tas de blé; une quatrième femme, dans un van, secoue le grain qui ruisselle à terre. Cette dernière demande qu’on lui apporte une poignée de grain pour mettre en son vase : « Prends une poignée de ce grain, il est mondé! » ce à quoi la seconde répond : « Fait à ton plaisir1. » Le second groupe nous montre cinq ouvriers, tous hommes, dont trois sont armés de fourches à trois dents, comme trois autres de leurs camarades. Vêtus du pagne soutenu par une bande d’étoffe qui traverse toute la poitrine, franchit l’épaule et s’attachait derrière le dos ou plus probablement à l’autre hanche, ils regardent deux de leurs compagnons qui se sont hissés ou qui se hissent jusqu’à la hauteur d’un grand grenier qui occupe tout le milieu de cette partie de l’aire. Ce grenier est sans doute en terre battue; il s’élève en forme de pyramide tronquée et de chaque côté de son extrémité supérieure il est orné d'une fleur que les deux hommes ont saisie. On dirait qu’ils ont fait quelque gageure, car tous les hommes du tableau ont cessé le travail et les regardent, sauf un 2. Le travail de ces
1. Cette traduction diffère quelque peu de celle qu’a donnée M. Maspero des mêmes mots <2^ ou n I) <o g (l ou <z=> k v <=> , suivant le genre de la personne à la-
quelle on s’adresse. Il a mis partout comme réponse : « Fais ton bon plaisir. » Études égyptiennes, II, passim, de 91-99. — Si je me suis permis de traduire différemment, c’est que j’ai cru d’abord que la réponse devait être telle que je la donne, puisque si quelqu’un dit à un autre : « Fais ceci », cet autre ne lui répondra pas : « Fais ce qui te plaît », mais: « J’agis ou agi à ton bon plaisir. » En plus, la grammaire exige ce sens. Le verbe introduit son régime
par la préposition
ou sans la préposition
en subissant une flexion interne; ici, il
y a qui signifie vers. 11 faut donc, je crois, traduire : A ton bon plaisir, selon ce qui te plaît. C’est ce que j’ai fait.
2. Cette scène n’est pas facile à expliquer. Voici l'explication de M. Maspero : « Au tombeau de Ti, où la scène est très complète, un grenier occupe le centre du tableau. Deux ouvriers, la main prise aux deux cornes du haut, se hissent le long des parois pour enlever le couvercle et vérifier si l’intérieur est plein. Trois autres, la fourche en main, semblent attendre que les premiers leur donnent le signal pour pousser le grain contre la cloison de terre et remplir le magasin. C’est ce que la légende appelle : « Pousser à la fourche un tas de grain » ( Études égyptiennes, II, p. 98). — Je ne peux réussir à voir les cornes et le couvercle. Les hommes qui regardent n’attendent point le signal, puisque trois de leurs camarades qui appartiennent
Pl. xlvi
Douzième tableau du Musée Guimet.
hommes consiste à soulever en l’air la paille hachée mêlée au grain : le vent enlève la paille el la balle, laisse tomber le grain \ L’opération entière du vannage passait ainsi par trois phases différentes : les hommes avec leurs fourches élevaient d’abord en l’air la paille, comme je viens de le dire, et nettoyaient ainsi le grain du plus gros mélange; puis c’était le tour des femmes et des hommes armés de calebasses, qui prenaient le grain ainsi nettoyé, afin de le rendre plus propre, et enfin les vans terminaient la besogne. C’est toujours ainsi que l’on s’y prend, non seulement en Égypte, mais encore dans certaines campagnes de la France où les machines à battre n’ont pas encore pénétré, avec cette différence que, la paille n’étant pas hachée comme en Égypte, les fourches servent à enlever cette paille. Le troisième groupe compte trois hommes et deux femmes. Les deux hommes de gauche, leur fourche à la main, se sont détournés pour regarder ceux de leurs camarades qui ont fait la gageure que j’ai expliquée plus haut; l’autre, à droite, est devant une femme qui remplit ses deux moitiés de calebasse au tas de grain : pour lui faciliter l’opération; il écarte galamment les pailles avec le petit balai qu’il tient à la main droite, pendant que sa main gauche lient une moitié de calebasse. La femme lui adit... « Ventile ce monceau de grain2 ; » et il a répondu : « Fait à ton bon plaisir. » La troisième femme a un van dans la main et attend
que sa compagne le lui ait rempli avec ce qu’elle prend dans ses cale-
basses. J’aurai terminé la description de ce tableau lorsque j’aurai dit que le registre du haut représente à droite un troupeau qui passe à la nage3 et tout le reste la cueillette préliminaire des tiges de papyrus pour en faire
à d’autres groupes en font autant. Comment ensuite remplir le magasin qui n’a pas de porte : il faudrait lancer le blé à la fourche de manière à ce qu’il retombât dans l’ouverture du haut : toutes impossibilités. Je serais bien tenté de ne voir là qu’une meule de grains comme il y en a encore en Égypte, autour de laquelle on dépique le grain; mais la forme de pyramide tronquée m’est une objection.
1. On le fait toujours ainsi en Égypte : je l’ai vu faire au monastère de Moharraq.
2. M. Maspero dit de cette dernière partie de la scène : « L’ouvrière qui tient le van dit : Ventile un van de ce grain, et celle qui tient le palais lui répond : Fais ton bon plaisir » (Études égyptiennes, II, p. 98-99). Ceci ne peut s’appliquer au tableau que je viens de décrire, ou M. Maspero avait un autre dessin que celui dont je me suis servi, ou il a eu une de ces distractions que connaissent tous les travailleurs.
3. Je l’ai déjà expliqué antérieurement, car ce tableau fait partie du passage des bestiaux dans le tableau décrit p. 416 et seqq.
Ann. G.
ANNALES DU MUSÉE OUIMET
des barques ou les employer à d’autres industries. Je ferai observer ici les diverses positions prises par les ouvriers, par ceux qui arrachent les tiges, ceux qui les mettent en bottes et ceux qui les emportent : pas un seul ne se ressemble et ce tableau suffirait à lui seul pour prouver, à qui veut voir; que les artistes égyptiens n’ont pas uniformément rendu un seul et même modèle, mais qu’ils se sont, autant qu’ils le pouvaient, efforcés de rendre les divers mouvements de la nature, et cela jusque dans les plus petits détails.
Le premier tableau qui ouvre les scènes diverses 1 nous montre tout d’abord des scènes de cuisine. A droite, au premier registre du bas, deux ouvriers sont occupés à filer : le premier fait tremper son fil dans un vase d’eau, et le second l’a suspendu au poteau qui soutient le toit du hangar sous lequel ils sont abrités, puis il le presse du pied afin de le bien tendre : c’est ce fil qui servira à suspendre les provisions que l’on voit dans le tableau suivant. Trois cuisiniers y sont occupés à étouffer les volailles en leur pressant le cou, comme on le fait encore pour certains oiseaux : les malheureux volatiles qui prévoient le sort qui les attend s’envolent ou s’enfuient tout comme le chapon de La Fontaine. Au-dessus du troisième cuisinier, une légende dit : « Ces champs sont brûlés », pour signifier que les fourrés près desquels est installé l’atelier ne peuvent plus rien fournir. A droite, un aide étouffe une oie en la tenant par une aile et en lui mettant la tète entre ses jambes; pendant que les canards renfermés dans deux cages sont les témoins de la scène. Le second registre nous montre comment on s’y prenait pour faire la cuisine. Sur une table sont deux marmites pleines de viandes et de volailles destinées à être bouillies; un cuisinier s’apprête à flamber une oie au feu qui est sous une marmite où un confrère enfonce avec ses mains les morceaux que l’ébullition a soulevés. Un troisième fait rôtir une oie dans le bec de laquelle il a passé le bâton qui lui sert de broche, et il active le feu avec un balai dont on se sert toujours en Égypte pour le même usage, pendant qu’un autre marmite de moindre grandeur est remplie de viandes et de légumes. Enfin à droite, un écuyer tranchant découpe avec son grand couteau une cuisse de bœuf. Le troisième