C’est le n° 3 des tableaux du Musée Guimet
Pl. xlviii
Troisième tableau du Musee Guimet.
ainsi que les cordes qui servaient à la retirer de l’eau. Il paraît que les pêcheurs avaient manqué leur coup une première fois, car l’un d’eux dit : « Ne les renverse pas cette fois-ci. » La partie supérieure nous montre les poissons qu’un homme verse de la nasse dans un panier devant lequel est agenouillé le porteur, prêt à prendre à son bras le panier rempli. Deux autres sont dans l’eau ; l’un tient une nasse dont il tire les captifs, et l’autre un panier rempli de poissons dans sa main droite, et dans sa gauche deux poissons. Une troisième barque vogue ensuite sur les eaux, le rameur agenouillé .à l’arrière et tenant sa rame de ses deux mains. A l’avant, un pêcheur soulève hors de i’eau sa nasse retenue par deux cordes; derrière lui un homme au panier se penche vivement pour voir le résultat et lui crie : « Ne les renverse pas cette fois-ci; » puis, s’adressant au rameur, il dit : « Rame donc » et l’autre répond : « Je rame fortement. » Ces paroles se trouvent aussi au-dessus de la première barque. A droite et en toute la hauteur de ce registre on voit représenté un arbre, un acacia (?) que trois hommes ont enveloppé d’un filet et dix-sept oiseaux y ont été pris, pigeons, ou colombes, et huppes; on les prend ensuite à la main et on les met dans une cage, pendant que les oiseaux échappés volettent autour du filet, quelques-uns même marchent le long de la corde. Les oiseaux de l’Égypte étaient assez peu sauvages pour se laisser prendre de cette manière, et aujourd’hui encore on peut les approcher de très près. Le troisième registre nous montre d’abord deux groupes de pêcheurs occupés à tirer deux filets hors de l’eau : on ne voit pas les filets, mais ils doivent être lourds, car les efforts de ceux qui les tirent sont grands. Chacun de ces groupes est composé de trois hommes aux positions toutes différentes et d’un quatrième qui, le genou en terre, s’apprête à prendre le filet. A gauche de ce registre, un homme emporte sur sa briche deux paniers de forme diverse tout remplis de poissons; pendant qu’un autre remplit une sorte de manne des poissons qu’on lui passe. Dans la partie droite du tableau, dans un fourré de papyrus, trois hommes, commandés par un quatrième, sont occupés à retirer de tous leurs efforts la tirasse dont ils ont enveloppé le fourré et dans laquelle ils ont capturé quinze oiseaux, oies ou canards. Les trois derniers registres nous offrent le spectacle d’une chasse : le premier est emprunté au lom-
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
beau de Petah-hôtep, ainsi que le second sans aucun doute : quoiqu’il y ait certaines différences que je ferai observer; mais le troisième est emprunté aux tombes de Beni-Hassan que uous trouverons sous le Moyen Empire. Dans le tombeau de Petah-hôtep, à gauche du premier registre, un serviteur du double , nommé Ari, a un genou en terre ; l’autre est relevé. 11 tient en sa main droite les laisses d’une couple de chiens, hauts sur jambes, la queue en trompette, qui dressent les oreilles en voyant le gros gibier que leur montre leur conducteur de la main gauche. Devant l’homme et sous son bras gauche est un petit chien auquel son maître a enlevé la laisse qui est sur son épaule. Les chiens vont être délachés et se jetteront sur les antilopes. La scène se passe au désert, ainsi que le montrent les petits monticules de sable et les plantes qui y croissent. La chasse commencée, nous voyons un lion qui a saisi dans sa puissante mâchoire le museau d’un taureau pris dans un moment critique ou bien que la crainte a rendu tel ; les chiens lâchés ont renversé une antilope, en saisissent une autre par le cou, et les animaux souffrent évidemment du mal qu’on leur fait; devant eux, un autre chasseur a pris au lasso un taureau qui se retourne vers lui en beuglant; sa compagne s’enfuit ainsi qu’une antilope. Dans d’autres endroits du désert, une antilope se cache derrière un arbrisseau, un ichneumon, et un autre animal qui se réfugie derrière un petit monticule; cet animal me semble digne d’attention, car jusqu’ici on ne l’a pas remarqué, je crois. Tous ceux qui observeront le dessin qui en est ici donné constateront une particularité qui est faite pour donner à penser : cet animal a les pattes de devant beaucoup plus courtes que celles de derrière. Si l’on veut bien observer le même animal tel qu’il est représenté à la partie supérieure du dernier registre, entre le lièvre et le léopard, on observera aussi l’inclinaison remarquable de son long cou. Quel est cet animal? Évidemment ce n’est pas un ichneumon, car il suffît de se reporter à la planche sur laquelle est représenté Ti allant à la chasse et à l’animal représenté sur cette planche-ci immédiatement avant celui qui m’occupe, pour saisir la différence de leur conformation. L’animal dont il s’agita toute l’apparence du kangourou lorsqu’il marche à terre : mais le kangourou n’est pas un animal de l’ancien continent, ni même du nouveau, c’est un animal australien. Celui dont il est ici question est la
Pl. xlix
Deuxième tableau du Musée Guimet.
gerboise, représentée un peu plus grande qu’elle n’existe réellement encore en Égypte. Deux hérissons oreillards se voient ensuite sur la droite, et l’un deux tient en sa gueule la sauterelle qui va lui servir de repas l. Au second registre de cette chasse, le cinquième de ce tableau, un chien saisit d’abord un renard par les oreilles ; l’hermine femelle est à côté du renard mâle et ne s’enfuit pas ; un second chien a aussi renversé une seconde antilope et la saisit par le cou. Au milieu de cette scène de carnage, une antilope femelle trouve le temps de donner à téter à son petit faon, entre une touffe d’herbes et un arbre ; puis une troisième antilope est saisie à la cuisse par le chien qui s’est acharné après elle et elle va tomber. Le tableau se termine ici par une hyène et un chacal ; mais le tableau original contient une scène de la vie des animaux qui a été prise sur le fait. Au lieu d’avoir les deux seuls animaux qui sont ici donnés, le tableau égyptien en contient quatre, deux mâles et deux femelles : les mâles couvrent les femelles.
Le tableau final nous met sous les yeux les divertissements des Égyptiens2. Au premier registre nous voyons d’abord à gauche un harpiste qui pince les cordes de son instrument, pendant qu’un autre ayant un genou en terre et devant le second (le harpiste a exactement la même position) frappe de la main en cadence, ou, comme dit la légende, chante de la main. Un flûtiste joue de son instrument, et un camarade frappe la cadence : la flûte est très longue. Au contraire dans le groupe qui suit et qui est composé de deux hommes ayant la même position, mais en sens inverse, le flûtiste n’a qu’une très courte flûte. Un quatrième groupe nous redonne le premier. La première harpe ne ressemble pas à la seconde; elle a sept clefs et la seconde huit : le nombre des cordes, cinq, est le même dans les deux, par suite de la difficulté qu’il y avait de représenter toutes les cordes, ou aussi parce que la représentation est plus réaliste et que les cordes absentes ont été cassées. La table harmonique n’est pas la
1. Mariette dans sa Galerie égyptienne à l’Exposition rétrospective du Trocadéro (p. 23) a dit en parlant de ce hérisson qu’il saisit « un lézard dont il fera sa proie. » S’il faut en croire le dessin qui est donné, ce n’est point un lézard, mais bien une sauterelle, comme le montrent les petites cornes qu’elle a sur la tête.