‹ Histoire de la sépulture et des funérailles dans l'ancienne EgypteChapitre 23 sur 80 · C’est le n° 2 des tableaux du Musée Guimet · texte numérisé non relu

C’est le n° 2 des tableaux du Musée Guimet

Ann. G.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

même non plus dans la première que dans la seconde, ce qui provient de ce que la boîte sonore a une forme différente. Derrière le second harpiste sont quatre danseuses exécutant leur pas, les bras en l’air, billes portent un pagne sous un jupon transparent, un collier au cou, et la poitrine n’est couverte que par un morceau d’étoffe qui vient s'attacher par devant après avoir entouré le cou d’abord, être descendu sur la poitrine ensuite où il se croise et avoir fait le tour du dos. Elles sont suivies par quatre chanteuses qui battent des mains en cadence, ont la robe montante avec deux épaulières et portent autour du cou un double collier. Aux deux registres suivants nous assistons à ce qu’on a nommé une joute maritime, mais ce qui est bien plutôt, je crois, une dispute de canotiers qui se rendent à la pêche ou à la chasse et qui ne sont pas désireux de voir la place prise par des concurrents. Si l’on veut bien en effet examiner les mouvements des mariniers qui montent les barques, on jugera d’après l’ardeur qui se révèle par leurs gestes et leurs mouvements qu’il ne s’agit point ici d’une fantasia quelconque sur l’eau, mais d’un véritable combat. Tous ceux qui sont dans les barques sont armés d’un grand bâton fourchu à l’extrémité qui leur sert également à conduire la barque et à frapper leurs adversaires : ce ne sont point là de ces bâtons que les Égyptiens actuels nomment djérids , mais ce que les Latins appelaient contus , les perches dont se servent encore nos mariniers. Le résultat de la lutte n'est pas anodin : des hommes tombent à l’eau à la suite de quelque coup ; Tun se cramponne à la barque et à la perche de son adversaire qu’il a pu saisir en tombant. Le contenu des barques montre bien d’ailleurs quelle était l’intention de ceux qui les montaient. Si presque toutes1 contiennent des provisions ou des fruits, un grand nombre contiennent des engins de pêche, des nasses ou des appeaux dont on se servira pour attirer les oiseaux que l’on va chercher, et même je crois que la présence d’un petit veau de lait dans la quatrième barque du second registre se rapporte à la chasse que l’on va faire de l’hippopotame. Ces deux registres, s’ils contiennent des défauts de dessins, sont pleins de vie : ils permettent de juger si les Égyptiens se sont toujours tenus à la représentation d’un même type ou de types analogues, comme on l’a si

1. Le second bateau du premier registre seul ne contient pas de provisions.

Pl. l

Huitième tableau du Musée Guimet.

(Co tableau a trait aux couturr.es funéraires et ne sera expliqué que dans la 111“ partie de cet ouvrage.)

souvent répété. Mais, quoique s’écartant de l’ordinaire, le sentiment que je viens d’énoncer sur la représentation de ces scènes est encore confirmé par les inscriptions qui sont au-dessus des combattants, comme : « Frappe le pied, » et en effet on voit dans la troisième barque du second registre un marinier qui va frapper le pied de celui qui se trouve à l’avant de la quatrième barque. De cette même quatrième barque on crie : « Arrachele, » en parlant du marinier qui tombe de la troisième barque en s’y cramponnant, et l’on ajoute : « Fais-en un conducteur pour Farrière de la barque. » Le troisième registre se termine par un enfant nu conduisant deux des chiens que nous avons déjà vus à la chasse au tableau précédent, et par un nain qui conduit un cynocéphale attaché, en tenant un bâton en forme de main dans sa main gauche. Le quatrième registre nous montre un certain Ekhnoum-hôtep menant à la laisse quatre chiens et deux hyènes. Sous les hyènes se voit le petit de la couple, et de même un petit chien chemine libre sous les grands individus de son espèce. L’homme est vêtu d’un habit rouge qui lui descend jusqu’aux genoux et s’attache à l’épaule; il tient un long bâton terminé par une massue à la main qui n’est pas occupée par les cordes ou les laisses qui attachent les chiens et les hyènes. 11 est précédé par trois hommes, dont deux ont une briche qui suspendent des paniers dans lesquels sont renfermés des hérissons, de petites antilopes et des gazelles. Entre les deux, le troisième porte une gazelle dans ses bras. Puis quatre hommes tirent à la corde une sorte de traîneau double dans lequel sont posées deux cages dont l’une renferme un lion et l’autre une panthère : les animaux doivent rugir dans leurs cages aux solides barreaux, car les quatre hommes se retournent pour regarder la panthère. Le cinquième et le sixième registres sont consacrés à la gymnastique et ne contiennent pas moins de quarante-six personnages qui se livrent aux exercices divers du corps. C’est d’abord une sorte de boxe et de chausson ; puis deux hommes soutiennent au bout de leurs bras quatre autres hommes dont les pieds sont ramassés ensemble et les font tourner quatre fois : ce jeu s’appelait faire la vigne. Un autre gymnaste est monté sur trois compagnons ; deux autres assis par terre parviennent à mettre leurs deux pieds l’un sur l’autre et leurs deux mains au-dessus de leurs deux pieds en écartant les doigts, comme lorsqu’on fait un pied de nez. Trois autres

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

personnages semblent se préparer à la boxe, car ils contractent leurs poings. Un homme marche à quatre pattes et porte sur son dos deux petits enfants, comme les pères font en jouant avec leurs petits ; deux autres hommes au-dessus de lui se sont mis à genoux, écartant leurs jambes et saisissant par derrière leurs pieds avec leurs mains ; enfin deux autres se livrent à une sorte d’escrime au couteau. Le registre supérieur nous montre sept paires de lutteurs qui ont chacune une position différente; puis ce registre se termine par sept coureurs en marche. Le peintre qui a imaginé cette représentation a dû faire évidemment des études spéciales, car les mouvements sont parfaitement indiqués et quelquefois très bien rendus. Voilà de quoi étaient capables les artistes égyptiens de la Ve dynastie, c’est-à-dire environ 4500 ans avant notre ère. Si l’on retrouvait pareil tableau dans un tombeau de la Grèce, non pas remontant à cette lointaine époque, mais seulement à dix ou onze siècles avant notre ère, quelles clameurs d’admiration ne pousserait-on pas ? Et quand il s’agit de l’Égypte, on passe avec dédain devant ces œuvres admirables comme ne méritant pas que l’on s’y arrête. Évidemment elles ont des défauts; mais c’est là l’un des premiers essais du génie de l’homme, et, quelque imparfaits que soient ces premiers essais, ils méritent qu’on les salue.

Le lecteur peut se faire maintenant une idée de ce qu’était la décoration du tombeau sous l’Aucien Empire ; nous pouvons passer au Moyen Empire.

Page 1