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Cette expression désigne le Pharaon

Ann. G.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

pondre à celui qui agissait selon ses desseins. N’ignorant rien de la vérité, plein de sagacité, il connaissait les paroles secrètes; ce qui n’était pas sorti des lèvres, ce que l'homme disait en face de son cœur, rien ne lui était caché. Il ne négligeait pas les paroles du juste et rejetait les discours du frauduleux... Il ne se rebutait pas devant un discoureur, il s’empressait de faire justice. Appliquant son cœur à pacifier, il ne faisait aucune distinction entre l’inconnu et ses familiers; recherchant le droit, il appliquait son cœur à écouter les requêtes. Il rendait justice aux plaintes du pauvre, il était sévère pour le trompeur... Il vérifiait les paroles du véridique ‘, il faisait retomber le mal sur celui qui avait fait tort à l’homme malheureux. C’était le père du faible, le soutien de celui qui n’avait plus de mère. Redouté dans la maison du malfaiteur, il protégeait le pauvre, il était le sauveur de celui qu’un plus fort avait dépouillé de ce qui lui appartenait. 11 était le mari de la veuve, l’asile de l’orphelin...; les affligés devenaient joyeux, quand ils étaient connus de lui. Excellent dans toutes ses pensées, quand il invoquait les dieux, ils l’exauçaient en raison de ces grandes qualités1 2. Tous les hommes lui confiaient leur salut et leur vie, à lui, le vicaire, le chef du magasin, le commandant de la grande demeure, le surintendant des greniers, le chef de tous les travaux du roi, celui auquel tous les officiers faisaient leurs rapports, qui supputait les redevances de tous les chefs de nome, de tous les commandants, de tous les gouverneurs des villes principales du midi et du nord de l’Egypte, le scribe parfait, Eutef, juste de voix.

«Il dit : Voilà quelles ont été mes qualités que j’atteste ici, sans qu’il y ait aucune contradiction ; mes grandes actions ont été telles en vérité, sans qu’il y ail aucune fiction. Je n’ai employé aucun artifice de discours pour me vanter sans raison. Telle a été ma vie : j’ai rempli tous mes offices dans le palais du roi, mon heure s’est passée dans la demeure de l’élu de la protection divine, vie, santé, force, tout mon temps s’y est écoulé- J’agissais en cela de mon plein gré, d’après la direction que le roi me donnait et sans transgresser ses préceptes excellents, car je n’ai pas violé ses

1. C’est-à-dire qu’il rendait réelle la parole de celui qui disait la vérité, qu’il l’accomplissait.

2. Je ne peux m’empêcher de rapprocher ces paroles de celles de saint Paul, dans l’Épître aux Hébreux : Exauditus est pro sua reverentia (ch. v, v. 7)

paroles et j’ai craint de manquer à ses règles. J’ai prospéré en augmentant mes talents par l’exécution de ses ordres, je suis devenu illustre sous sa conduite... C’est un enseignement divin qui est dans le cœur de tous les hommes : « Celui-là prospère qui est guidé dans la bonne voie pour agir. » Ainsi ai-je fait. J’ai servi le roi de la Haute et de la Basse-Égypte, m’attachant à ses pas... (l’accompagnant) de contrée en contrée. J’ai marché à sa suite, étant aux pieds de Sa Majesté, et j’ai combattu comme les maîtres du glaive1 2. J’ai pris, avec ses braves, toute ville de la contrée d’A... - J’étais à la tête de ses gardes, comme chef de son armée. Mon seigneur eut un heureux retour; quant àmoi, je (fus fait gouverneur d’une ville)3, je la munis de toutes les choses désirables de la contrée, je la rendis prospère plus qu’une ville d’Égypte. Je la sanctifiai, je la purifiai : j’établis les mystérieux préceptes et la religion dans ses temples, ainsi que des demeures pour ses habitants. J’ai ainsi satisfait le cœur du roi par des actions... je réglai les tributs de toutes les contrées en or, argent, parfums, encens, vins4... »

Telle est cette stèle, l’un des documents les plus remarquables qui nous soient restés de cette époque à tous les points de vue, le monument le plus remarquable sans contredit, au point de vue de la civilisation morale, par la hauteur des pensées que l’on attribue au défunt5. Ce n’est point ici le lieu d’entrer dans plus de détails à ce sujet ni d’en exprimer toutes les conclusions qui en découleraient d’elles-mèmes ; il faut poursuivre ma description de la tombe à cette époque et me tourner maintenant vers la grande inscription qui se trouve à Beni-Hassan dans le tombeau d’Ekhnoum-hôlep,

1. C’est-à-dire : comme les plus brillants guerriers, ceux que leur habileté à manier le glaive faisait nommer les maîtres du glaive.

2. Le nom n’a que cette lettre; mais on voit par le contexte qu’il s’agissait sans doute d’un pays de Syrie, peut-être le pays d’Amaour, celui des Amorrhéens.

3. Cette phrase qui ne se trouve pas dans la stèle par suite d’une lacune est évidemment appelée par le contexte et par la mention « plus qu’une ville d’Égypte » ; mais ce n'est qu'une restitution hypothétique.

4. Gayet, Monuments de la XII ' dynastie, pi. 16-32 et seqq. — E. de Rougé est le premier qui a traduit cette stèle dans son Catalogue du Musée du Louvre, et la traduction que je viens d’en donner repose fondamentalement sur la sienne; mais l’étude de la grammaire a fait des progrès depuis et j'ai cru pouvoir et devoir user de ces progrès.

5. J'ai tait observer ailleurs, dans mon Essai sur les idées morales dans ! ancienne Égypte, le parti qu’on pouvait tirer de cette inscription pour l’histoire des idées morales.

afin qu’on puisse juger des divers modes employés dans cette biographie monumentale dont il est question présentement. « Le prince héréditaire, celui qui marche en avant, le connu du roi. l’aimé de son Dieu, le chef des hauts pays de l’Orient, fils de Nehouri, Ekhnoum-hôtep, juste de voix, fait de la fille de prince, maîtresse de maison, Boqit, juste de voix, a construit ce monument pour lui-même dès la première fois qu’il travailla à sa ville, rendant son nom tlorissant pour les siècles, se figurant lui-même dans sa syringe funéraire pour toujours, rendant le nom de ses familiers tlorissant, figurant par suite de leur emploi les ouvriers et les gens de sa maison, ayant réparti chez ses vassaux tous les métiers et ayant présidé à tous les gens de plaisir tels qu’ils sont.

« Sa bouche dit : C’est moi que la Majesté de l’Épervier acclamé en vérité, le Vautour de la Haute-Égypte et l’Uræus de la Basse-Égypte acclamé en vérité, la Majesté de l’Horus sur son pavois, le roi de la Haute avec la Basse-Égypte, Bânoub kaou, fils du Soleil, Amonemhat, qui donne la vie, la stabilité, lapuissance comme Rà éternellement c’est moi que le roi institua prince héréditaire1 2, chef des hauts pays de l’Orient, prêtre de Hor et de Pakhit, par héritage du père de ma mère dans Monal-Khoufou 3; il me fixa une stèle de limite au midi, dressant celle du nord durable comme le ciel, il divisa le grand fleuve en son milieu, ainsi qu’on avait déjà fait au père de ma mère, en vertu d’un arrêt sorti de la bouche de Sa Majesté de l’Épervier qui renouvelle les naissances, du Vautour delà Haute-Égypte, de l’Uræus de la Basse-Égypte, l’Épervier d’or né, le roi de la Haute et et de la Basse-Égypte, le hôtep-hit Bâ , fils du Soleil, Amonemhat, qui donne la

1. Ces termes qui nous paraissent si extraordinaires faisaient partie du protocole obligé de chaque prince, avec quelques qualifications particulières à chacun d’eux. C’étaient des titres ancestraux, conservés soigneusement du temps où diverses tribus qui avaient pour totems l’épervier, le vautour ou l'uræus régnaient sur l’Égypte, jusqu'au moment où elles s’unirent toutes et tranférèrent à celui qui fut reconnu chef universel tous les titres et tous les totems particuliers.

2. Ce titre que je rends aussi est a ers , composé de | i a : la louche des

humains. C’est l’un des titres primordiaux qui furent attribués au roi dans 1 antiquité égyptienne. Sous la variante (| ^ 0 n gardien des humains, il correspond à peu près aux îlot (jlévsç Xawv d Homère.

3. Il s’agit de la ville de Minieh, ou plutôt d’une autre ville non éloignée et déjà citée par la Commission d’Égypte.

vie, la stabilité, la puissance, comme Râ éternellement; — ce roi l’avait établi prince héréditaire, chef des hauts pays de l’Orient dans Monât- Khoufou, avait fixé une stèle de limite au midi, dressant celle du nord comme le ciel, avait divisé le grand fleuve en son milieu, de manière à séparer la rive droite dans le nome de Dou-Hor jusqu’à la montagne de l’est, lorsque Sa Majesté vint, écrasant le mal, se levant comme Toum lui-même et restaurant ce qu’elle avait trouvé en ruines, séparant chaque ville de sa voisine, faisant connaître à chaque ville ses frontières d’avec l’autre ville et dressant leurs stèles de délimitation durables comme le ciel, répartissant leurs eaux selon ce qui était dans les livres, réglant l’impôt d’après l’évaluation du produit, en raison du grand amour qu’il avait pour la justice: — voici qu’il établit le père de ma mère prince héréditaire, grand supérieur du nome de la Gazelle, fixa les stèles du midi de sa frontière au nome du Lièvre, celle du nord au nome du Chacal, divisa le grand fleuve en son milieu , ses eaux, ses champs, ses bois, ses sables jusqu’à la montagne occidentale établit son fils aîné Nakhet pour gouverner son héritage dans Monat-Khoufou, par grande faveur du roi, d’après un décret sorti de la bouche de l’Épervier qui renouvelle les naissances, le Vautour de la Haute-Égypte, l’Uræus de la Basse-Égypte, vivant de naissance, Épervier d’or, vivant de naissance, le roi de la Haute et de la Basse-Égypte, Ivhoperkera, fils du Soleil, Ousortesen, qui donne sa vie, la stabilité, la puissance comme Râ éternellement. Quant à moi, j’ai été noble dès ma naissance, ma mère étant passée princesse héréditaire en sa qualité de fille du prince du nome de la Gazelle, à la ville de Hat-schôtep-hît-râ, qui donne la vie, la stabilité, la puissance, comme Râ éternellement, pour être épouse du prince héréditaire, seigneur des villes, favori du roi de la Haute-Égypte, chéri du roi de la Basse-Égypte, en sa fonction de chef de ville, Nehouri, juste de voix, décédé. Le roi de la Haute et de la Basse-Égypte, qui donne la vie, la stabilité, la puissance comme Râ éternellement, me transmit, en qualité de fils de prince héréditaire, l’héritage du père de ma mère, en vertu de son grand amour de la justice, car c’est Toum lui-même que Râ-noub-kaou, qui donne la vie, la stabilité, la puissance, la dilatation de cœur éternellement comme Râ. 11 me fit prince héréditaire en l’an XIV dans Monat-Khoufou, et voici que je la fis prospérer, ainsi que son trésor; je fis fleurir le

nom de rnon père, construisant des salles pour le double , je transportai mes statues vers le temple de la ville, je leur donnai leurs offrandes de pains, liqueurs, eau, encens, viande pure : je choisis un prêtre du double et je le constituai possesseur de champs et de vassaux, je décrétai des repas funéraires à toutes les fêtes de la nécropole, à la fête du nouvel an, à la fête du commencement de l’année, à la fête de la grande année, à la fête de la petite année, à la grande fête, à la fête du grand feu, à la fête du petit feu, à la fête des cinq jours épagomènes, à la fête de la rentrée des grains, aux douze fêtes des mois, aux douze fêtes du demi-mois, à la fête des vivants et des morts, que si le prêtre du double ou quelque autre individu y change quoi que ce soit, qu’il cesse d’être, que son fils ne soit pas en sa place ! Je fus en faveur à la cour plus que tout ami unique, car le roi me distingua parmi ses nobles, et je fus mis en avant de ceux qui étaient en avant de moi; l’élite des familiers du palais me fît hommage : tels les honneurs qu’on me rendit, tels les honneurs qu’on faisait à la face du roi lui-même, et pareille chose n’était jamais arrivée de la part de leurs maîtres. Je reçus ses faveurs parce qu’ils connaissent le lieu de ma langue1 et la petitesse de ma forme, car je fus un féal près du roi, un honoré près de ses courtisans, moi le prince héréditaire, fils de Nehouri, Ekhnoum-hôtep, maître de la dévotion.

« Une autre faveur me fut faite : mon fils aîné Naldiet, né de Khéti, fut institué prince du nome du Chacal, par héritage du père de ma mère, il fut promu ami unique, mis à la tête de la terre du Midi et comblé de toutes les dignités par la Majesté de l’Épervier qui réunit les deux terres, le Vautour de la Haute-Égypte, l’Uræus de la Basse-Égypte, qui fait apparaître la vérité, Épervier d’or, lorsque les dieux n’existaient pas, le roi de la Haute et de la Basse-Égypte, RâKhoperkhâ, fils du Soleil, Ousortesen, qui donne la vie, la stabilité, la puissance, comme Râ, éternellement; — car ce prince se fit à lui-même un monument dans le nome du Chacal, restaurant ce qu’il avait trouvé détruit, fixant la limite du nome suivant le cadastre, réglant l’impôt sur l’évaluation du produit, mettant une stèle frontière à sa limite sud, dressant celle du nord durable comme le ciel, établissant dans

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