‹ Histoire de la sépulture et des funérailles dans l'ancienne EgypteChapitre 28 sur 80 · I»L. LI · texte numérisé non relu

I»L. LI

Transport de colosse, dans le tombeau de Tholhôlep, à Berecheb, (d'après I.epsids, II Abtli., pl. 13i).

des visiteurs, et l’on devait s’émerveiller dès cette époque, comme on fait encore aujourd’hui d'ailleurs, de l’habileté du peintre qui avait été chargé de cette paroi.

Mais il est facile de comprendre qu’une scène de ce genre ne devait pas toujours se présenter aux décorateurs de tombeaux; ils choisissaient ce qu’il y avait eu de plus mémorable dans la vie du personnage qu’ils hisloriaient en quelque sorte : ainsi dans une tombe de Berscheh, le tombeau de Thot-hôtep, le transport si connu du colosse. Le colosse est debout, tout taillé, tout sculpté ; il a été placé sur le plancher à rouleaux qui permettra de le transporter à la place qu’il doit occuper, et il faut surveiller sa marche : une longue file d’hommes rangés deux à fieux tiennent la corde sur laquelle ils vont tirer pour faire mouvoir l’énorme masse; les surveillants sont là avec leurs bâtons, prêts à frapper. Enfin le prêtre luimême récite les prières et le colosse va s’ébranler. Thot-hôtep, debout, semble tout fier de son œuvre; mais l’artiste qui a peint ce tableau devait être autrement fier d’avoir exécuté sans encombres ce morceau considérable de peinture, et, pendant que Thot-hôtep s’adressait les louanges que contiennent les bandes d’hiéroglyphes entourant la représentation, il devait, lui, s’adresser d’autres félicitations dans le triomphe d’avoir si bien rendu la scène difficile qu’il avait à peindre. Nul doute qu’on ne lui ait fait des compliments, adressé des éloges et que ce tombeau n’ait attiré les visiteurs. Et l’on comprend qu’un scribe de la XVIIIe dynastie, visitant les tombeaux de cette partie de l’Égypte, ait pu écrire en hiératique sur l’une des murailles : « Oh ! puissé-je un jour revenir visiter ce tombeau 1 » !

Après avoir décrit ainsi d’une manière générale la décoration des tombes du Moyen Empire, il sera utile au lecteur, je crois, de trouver ici la description de deux tombeaux appartenant au groupe de Beni-Hassan. Le premier est celui du prince Ekhnoum-hôlep dont j’ai cité la longue inscription biographique; le second sera celui du prince Qéti qui gouverna aussi le nome de la Gazelle. Le lecteur se fera ainsi une idée complète de ce que

I. Cf. dans I ’Academy, 16 avril 1892, le mémoire de M. Percy Newberry sur les travaux accomplis dans le cours de 1891 et 1892, pour le compte de VEgypt exploration fund.

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pouvait être sous le Moyen Empire la décoration d’un riche et puissant seigneur égyptien. La description que je vais en donner sera hâtive et je ne m’attacherai pas à faire observer ce que le lecteur pourra observer de luimême. Les scènes sont entremêlées sans ordre apparent, et peut-être sans ordre réel.

La paroi du mur où est percée la porte d’entrée présente une double disposition des scènes qui ne forment cependant qu’un même sujet. La porte séparant, par son ouverture, le mur en deux, la décoration de la partie droite est tournée vers la gauche, et celle de gauche tournée vers la droite, c’est-à-dire que toutes deux regardent la porte; celle de droite est consacrée aux scènes d’agriculture, quoique le troisième registre en partant du bas nous représente une scène des funérailles; celle de gauche est consacrée aux travaux industriels, quoique le même registre contienne aussi une scène des funérailles. Au-dessus de l’ouverture de la porte un petit tableau se relie par le sujet à la partie de gauche. Le registre au bas de la partie droite représente des scènes d’animaux traversant un gué pour se rendre au pâturage, des pêcheurs à la ligne ou au filet l’extrémité droite est presque entièrement effacée; cependant au-dessus des deux pêcheurs au filet qui sont descendus dans l’eau, on voit un troisième homme qui tient un poisson de la main gauche et lève la main droite à la hauteur de sa bouche. Le deuxième registre représente des jardiniers à l’ouvrage. A gauche, le jardinier Nouter-nakhet, une cruche suspendue à son cou, rapporte vides les ustensiles dans lesquels il a transporté les fruits que cueillent trois de ses compagnons à un arbuste courbé en forme de berceau. L’un se lient devant le berceau et se détache très bien, les deux autres sont perdus dans le feuillage. Il n’est pas aussi facile de savoir ce qu’ils cueillent ainsi ; d'habitude, c’est la vigne qui est représentée en berceau ; mais ici il semble bien que ce ne soit pas la vigne, caries fruits diffèrent sensiblement du raisin. Deux autres jardiniers sont occupés à cueillir ou à ranger dans un panier des figues de sycomore ; ils sont aidés dans leur ouvrage par trois singes qui sont grimpés dans l’arbre et qui ont soin de goûter d’abord les figues avant de passer les fruits aux jardiniers. Un second sycomore a été de même dépouillé des fruits qu’il pouvait avoir. Vient ensuite un groupe de trois jardiniers dont le chef s’appelle Nofré-hôtep ; il a

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Tombeau d’Kkhnoum-hôlep. Paroi Ouest, partie A (d’après Lepsius, li Ablb., pl. 127).

disposé, dans soixante petits carrés tracés sans doute avec un instrument qui devait ressembler fort au maslougah dont se servent encore aujourd’hui les fellahs d’Égypte, des plants que ses deux compagnons arrosent après être allés chercher l’eau dans un petit bassin antérieur et l’avoir apporté dans des pots suspendus à une briche. Devant le chef jardinier sont des bottes d’oignons et de poireaux, et un palmier qui clôt, ce registre. Le troisième sera expliqué dans la dernière partie de cet ouvrage. Le quatrième nous montre deux paires de bœufs attelés à deux charrues sur lesquelles pèsent deux laboureurs pour les maintenir dans la terre : les attelages sont menés par un toucheur ayant à la main une petite brandie d’arbre avec ses feuilles. Les attelages sont précédés de trois piocheurs qui préparent le terrain : devant eux est le sac aux semences posé sur un vase élevé : deux chefs, le chef des archers, Ekhnoum-hôtep-se-nofer et le chef des champs Nouter-nakhet appuyés sur de longs bâtons, tiennent conversation ensemble et clôturent le registre. Le cinquième registre nous montre la moisson, d’abord moisson du lin qu’on arrache de terre, puis la moisson de la dourah avec la faucille, le chargement des ânes qui renversent leurs charges et s’attirent les coups des moissonneurs ayant laissé leur ouvrage pour venir au secours de l’ânier, le glanage des épis échappés aux moissonneurs courbés à l’ouvrage, et enfin le battage par les bœufs. Cette dernière scène est agrémentée par un détail satirique : l’un des moissonneurs, une sorte de couffe dans ses mains, en présente l’ouverture au garçon chargé de nettoyer l’aire avec sa fourche à trois dents : le garçon regarde et approche sa figure; il semble que le moissonneur va le coiffer de sa couffe. Le sixième registre nous fait assister à des mesurées et à des pesées de diverses sortes. Sous un premier édicule dont la porte se voit en partie à gauche sur l’entrée du tombeau, et soutenu par trois colonnes élancées, à chapiteaux évasés, qui porte le toit, se voit un premier personnage assis sur un siège très peu élevé, les jambes repliées sous lui : il assiste à la pesée qu’opère dans une balance un second personnage assis, une jambe relevée, près de la troisième colonne, pendant qu’un scribe enregistre derrière lui le résultat de l’opération. Entre les deux se voient un vase à goulot, sans doute une gargoulette et un rouleau de papyrus, ou bien une planchette préparée pour écrire. Vient ensuite un second édi-

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cule avec une porte à seuil arrondi, également soutenu par trois colonnes à gorgerins et à chapiteaux lotiformes. Sous cet édicule plusieurs personnages, d’abord le chef de la maison éternelle, assis sur un siège peu élevé et écrivant sur ses genoux, ayant devant lui un scribe nommé Nouter-nakhet qui écrit sur une planchette de bois qu’il tient à la main : devant chacun de ces deux personnages se trouvent le vase et le rouleau déjà signalés plus haut. Vis-à-vis de la troisième colonne, un homme se courbe pour remplir un vase en forme de tonneau au tas de blé qui est devant lui; un camarade lui fait face et remplit aussi son récipient, sous la surveillance d’un chef de travail qui tient une badine à la main. Ce personnage est curieux : il nous présente pour la première fois le type de l’homme gras qui est si fréquent dans les tombes de Beni-Hassan et que l’on a pris pendant longtemps, moi tout le premier, d’après des éludes incomplètes, pour un eunuque : il a sur la poitrine comme un quadruple étage de replis de graisse qui grossissent à mesure qu’ils s’élèvent vers le cou. Les deux hommes de peine qu’observe ce personnage, en même temps qu’il s’occupe aussi des autres travailleurs de même catégorie, vont porter le grain dans les greniers. Pour arriver à ces greniers il faut d’abord franchir une première porte élevée sur deux marches, puis monter un escalier et traverser aussi une seconde laquelle donne entrée sur la terrasse où se trouve l’ouverture qui permet de décharger les sacs ou les couffes que trois hommes ont sur l’épaule ou déchargent. Sur cette terrasse se trouve un second personnage gras qui, ayant placé sa badine sous son bras, adresse la parole à un scribe accroupi sur la partie surélevée de cette même terrasse et qui enregistre les diverses offrandes que l’on fait au mort, ayant devant lui sa gargoulette et les matériaux pour écrire h

\ . C’est une scène analogue, si ce n'est la même, que M. Perrot cite dans son Histoire de l'Art (p. 488), comme étant une scène de fabrication de la bière, d’après Champollion (Monument* d'Egypte et de Nubie, pl. 398). Si M. Perrot se fût rendu compte par lui-mème de la scène qu’il cite, il n’aurait pas écrit ce qu’il a écrit. Champollion, à coup sûr, est une grande aulorité pour ce qu’il savait; pour le reste, il était, comme tout le monde, sujet à l'erreur. Ainsi, pour la scène de la cueillette que j’ai décrite au second registre de ce tableau, il dit que les ouvriers sont occupés à la récolte du barnieh ( Notices , II, p. 405) : or, la plante qu’on appelle actuellement bdmîeh est une légumineuse, et Champollion, qui n'a jamais manqué de faire ressortir les erreurs de la Commission d’Égypte, n’aurait pas mal fait de profiter de ce

Tombeau d’Ekhnou (d’après Le

Pl. lut.

■ Paroi Ouest, partie B Abth., pl. 126).

Au-dessus de la porte d’entrée se trouvent deux registres qui montrent bien que la décoration de tout ce mur était une, puisque le registre inférieur continue celui de droite, comme il sera continué par celui de gauche. En haut, la scène est unique : il s’agit du transport d’une statue de bois dans la tombe. La statue, ayant le pagne plissé et gauffré, est debout un bâton à la main dans une sorte de naos aux deux battants ouverts. Derrière le naos sont deux personnages, dont le premier est le chef des porte-colliers , c’est-à-dire des esclaves, Ekhnoum-hôtep : il tient en sa main gauche une matraque et pose la droite sur sa poitrine; le second a la main droite pendante et la gauche posée sur son épaule droite. Devant le naos, un prêtre fait fumer de l'encens et un lecteur, son rouleau déployé dans ses deux mains, lit la formule qui va rendre licite le transport de la statue vers la salle divine, c’est-à-dire vers le tombeau. Sept hommes sont attelés à un traîneau qu’ils tirent au moyen d’une corde1. Devant eux, un prêtre répand l’eau lustrale qui doit purifier le chemin que suivra la statue et rendre le sol inaccessible aux mauvais génies : il se nomme Khéti. Derrière le prêtre, un groupe de six personnages tend les mains vers la statue et disent : « Le ciel s’est ouvert, le dieu est sorti. » Évidemment, ils sont heureux de cette fêle et témoignent leur joie par leurs hymnes; derrière eux, cinq femmes font preuve de la leur en se livrant à de véritables exercices d’acrobatie et de désarticulation. Des trois premières, l’une touche le sol de ses pieds et de ses mains, le buste étant relevé et la tête penchée en arrière; une seconde, les bras croisés, penche sa tête pour en toucher la poitrine de sa camarade, pendant que la troisième s’apprête, sans doute, à sauter par dessus les deux premières : c’est un exercice qui se fait encore aujourd’hui en France, chez les acrobates. Des deux autres, l’une est debout, tenant la seconde par la partie de sa coiffure qui commence Y apex, elle brandit son poing, pendant que sa camarade fléchit le

que dit Girard, Descript. de l'Égypte, XVIII, 82 sur la culture de la plante bdmîeh qui correspond à peu près à notre haricot. — Cf. aussi Silv. de Sacy, ' Abd-el-Lâtif, p. 16 et 37.

1. La planche de Lepsids (II, 126), d’après laquelle est fait le dessin qui est reproduit ici, n’attache point la corde au traîneau; les planches du tombeau d’Ekhnoum-hôtep, publiées par M. Percy E. Newberry ne donnent elles-mêmes qu’un dessin très mauvais; cf. Beni-Hassan, I, J. XXIX.

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genou droit et tend la jambe gauche de tout son long; elle devait revenir ensuite faire ses grâces devant l’assemblée.

Au second registre, le maître du tombeau Ekhnoum-hôtep, le prince, son grand bâton dans la main droite et son mouchoir dans la gauche, est venu s’asseoir pour voir préparer le mobilier de sa demeure éternelle. 11 occupe la partie gauche de ce registre, et derrière lui viennent les officiers de sa maison et les simples porteurs, d’abord le comptable de sa seigneurie, Nakhet, le chef de la maison des divines offrandes, les scribes Amoni, Ekhnoum-hôtep, avec leurs instruments à la main et sous le bras, puis un porteur de fauteuil avec des bras, et un porteur de natte roulée, ou plutôt de ka/as, Ousortesen. Devant le maître du logis est un lit à tête et à pieds de lion, achevé, un maître charpentier qui pare une planche à l’herminette, iNouter-nakhet, un ouvrier qui scie une bille de bois et neuf foulons sous l’œil d'un surveillant. Le premier est le chef des blanchisseurs, il presse sous son genou un paquet de linge. Devant lui sont deux ouvriers qui secouent des bandelettes qu’ils ont préalablement tordus, ou qui peutêtre les plongent dans l’eau, car le geste est indécis et le bassin d’eau est derrière les bandelettes. Derrière le bassin, deux ouvriers battent le linge avec un battoir en forme de marteau : par dessus, deux autres plient une pièce d’étoffe à franges et en arrangent soigneusement les plis. Deux autres ouvriers tordent une pièce de linge qu’ils ont passée dans un pieu et que l’un d’eux tourne à l’autre extrémité avec un bâton, au-dessus du bassin, dans lequel elle a été plongée. Un porte-collier bouffi de graisse surveille l’opération et adresse la parole à l’un des ouvriers qui semble lui répondre vertement. Le second registre en descendant est consacré au travail du bois à droite et à la poterie à gauche. Quatre ouvriers, sous la surveillance d’un contremaître, font une barque, en travaillent les pièces avec l’herminette, la hache ou le ciseau, pendant que l’un d’eux polit les bordages déjà en place au moyen d’une pierre blanche. Le prince Ekhnoumhôtep vient pour voir les travailleurs du bois, porté dans une chaise à porteurs par quatre vigoureux gaillards. Il est enfoncé dans sa chaise plus qu’à moitié corps. La chaise est très bien décorée, très riche, avec des incrustations et des peintures.

En arrière des porteurs, marche un ouvrier qui tient à la main droite

une hache et qui de la main gauche soutient comme une sorte de capote placée derrière la chaise, sans doute pour garder le maître des rayons du soleil. Ekhnoum-hôlep a déjà visité les ouvriers de droite qui, au nombre de trois, abattent des palmiers desquels tombent les fruits que des chèvres broutent lorsqu’ils sont arrivés au sol, quand le bouc ne se lève pas sur ses pattes de derrière pour saisir le feuillage des arbres dès qu’ils sont à sa portée. Puis tout à fait à droite un potier façonne au tour des vases de toutes formes; un second les place dans une sorte de grande manne. Le troisième registre est consacré aux scènes funéraires, comme dans la partie de droite; je le retrouverai plus loin dans cet ouvrage. Le quatrième comprend des scènes diverses. D’abord une fileuse soutient le fil et fait tourner le fuseau, à mesure qu’elle tire le lin ou le chanvre d’un vase rempli d’eau pour le mouillage de la matière qu’il s’agit d’effiler avant de tordre le fil. Une autre femme, accroupie sur le sol, semble démêler une grosse masse de fil. Deux autres femmes, sous le regard d’un officier gros et gras, ourdissent la toile, assises toutes deux sur un tabouret. Un autre de ces hommes, un bâton à la main, semble réprimander une femme à coiffure conique, comme les acrobates que nous avons rencontrées plus haut, laquelle pétrit de la pâte dans un pétrin placé sur un piédestal. Un gardien de maison en fait autant derrière elle, et deux boulangers, à genoux sur le sol, façonnent la pâle en pains de toutes les formes. Le reste du registre nous montre trois hommes occupés à nettoyer des vases, sous la surveillance d’un officier nommé aussi Ekhnoum-hôtep. Le sixième registre nous présente d’abord à droite un scribe Nakhet; derrière lui, un ouvrier agenouillé façonne des couteaux de silex qu’il range ensuite; un second porte deux objets que je ne reconnais pas; un troisième fore un vase, pendant qu’un camarade debout tient un objet dont la forme a disparu; un autre polit une statue, et derrière un ouvrier dont on ne distingue pas l’ouvrage, trois autres achèvent un naos, et le reste est trop mutilé pour que je puisse le décrire.

Si après être entré dans la tombe, on tourne à gauche, on a le mur nord de la salle. La décoration de ce mur se divise en deux scènes qui empiètent l’une sur l’autre : le dénombrement des biens d’Ekhnoum-hôtep, hommes et animaux, et la chasse dans le désert. Aux deux extrémités de

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ce mur le maître est représenté et domine les deux scènes. A droite, il inspecte ce qn’on fait « à tous ses troupeaux qu’on lui a amenés des villes de son nome, de l’intérieur du nome de la Gazelle. » Il domine presque toute la scène, trois registres sur quatre, ayant son fils aîné Ekhnoum-hôtep derrière lui; au-dessus de sa tête est le gardien des apports (?) tenant son bâton dans la main droite et ses sandales à la main gauche, il se nomme aussi Ekhnoum-hôtep. Le maître, le grand Ekhnoum-hôtep, a un pagne ordinaire sous le grand pagne de cérémonie qui a des franges multicolores et qui lui descend jusqu’aux mollets. 11 est coiffé d’une longue coiffure qui ressemble à celle que les femmes portent d’habitude avec un liseré blanc; il a la barbe postiche et porte aux pieds des sandales. Son bras droit, musclé et vigoureux, se termine par une main grande et forte qui tient un grand bâton de commandement et la main gauche a le mouchoir. Il est accompagné de trois chiens, deux en arrière et l’un en avant. Les deux en arrière sont superposés l’un à l’autre, l’un est un grand lévrier de la race des sloughi , l’autre une chienne de petite race dont le chien marche en avant du maître. Il regarde une tablette que lui présente un scribe royal nommé Nofré-hôtep. Derrière lui vient le chef des inspecteurs, Qéti, qui précède une famille de pasteurs asiatiques au nombre de trentesept personnes. Ils apportent les présents de leur pays, des animaux et des parfums, et ils sont conduits par un prince qui se nomme Abscha, nom que IL Brugsch a pris pour celui d’une espèce de gazelle. J’ai déjà parlé ailleurs de cette représentation qui, malgré les défauts réels du dessin, est cependant pleine de vie et du plus grand prix pour l’histoire de la civilisation humaine. L’entrée de ces Asiatiques en Égypte eut lieu en «l’an VI, sous la Majesté de l’Horus qui réunit les deux régions, du roi de la Haute et de la Basse-Égypte Rakha-khoper (Ousortesen II) » : c’est le fils d’Ekhnoum-hôtep qui les amène à son père avec leur parfum envié. Au-dessus de cette scène se lit une inscription disant : « Venir pour apporter des substances aromatiques que lui apportent les Amou faits prisonniers au uombrede trente-septpersonnes. » Derrière le guerrier qui ferme la marche, est un troupeau de demoiselles de Numidie, accompagné du gardien qui en tient une dans ses bras avec son bâton recourbé; sans doute le malheureux volatile avait éprouvé un accident qui l’empêchait de marcher. Là se termine

Tombeau d’Ekhnou (d'après

Paroi Nord, première partie 1 Abth., pl. 131).

la partie de ce registre qui entre dans la scène que j’explique : elle se trouve à droite du quatrième registre en commençant à compter par le bas.

Au troisième, se voient huit officiers d’Ekhnoum-hôlep qui se présentent devant leur maître; ce sont : le chef de maison, Keki, fils de Nofri; le chef de maison Aou, fils de Nouter-nakhet; le chef de maison Kheti, fils de Baqet; le chef des champs Ankekou, fils de Ma; le chef de maison des cinq Aoui ; le chef de maison, Nofri, fils de Keki; enfin deux inspecteurs agricoles, nommés l’un, Ekhnoum-hôtep et l’autre, Baqet. Ils ont tous la même posture, la main gauche pendante et la droite posée sur l’épaule gauche, comme il convient aux officiers qui se présentent devant leur maître. Us sont suivis de cinq veaux sans cornes, appartenant à deux espèces différentes, muselés avec des cordes qui viennent se réunir dans la main du bouvier et poussés en arrière par le chef des porte-colliers Sen-ônekh. Vient ensuite un triple troupeau d’oies, de canards et de pigeons, picorant à terre, conduit par un serviteur attaché à la basse-cour. Derrière ce serviteur se voient d’autres oies picorant aussi à terre, en levant le cou pour faire entendre leur cri; puis un serviteur emporte à la briche treize oies suspendues, qu’il vient de prendre dans les filets qui terminent le registre. Ces filets, de grandes tirasses comme nous en avons déjà vues sous l’Ancien Empire, au nombre de deux, se sont abattus sur une grande quantité d’oiseaux aquatiques, dont quelques-uns ont réussi à s’échapper, lorsque deux serviteurs agenouillés tirent les cordes qui doivent faire manœuvrer le filet, cordes attachées en terre à un pieu près duquel se tient un fils d’Ekhnoum-hôtep, prince dont le nom n’est pas donné. Deux serviteurs ont saisi ou saisissent les volatiles qui ont été pris dans les filets pour les passer à l’homme qui les attache à la briche avant de les emporter.

Le second registre nous montre aussi, dans la même position que ceux dont je viens de parler au commencement du troisième registre, huit officiers d’Ekhnoum-hôtep : d’abord le vicaire Nakhti, fils de la dame Baqet; le chef des porte-colliers , Baqet; le chef des archers, Aoui; le chef des schounehs (magasins), Kheti; le chef de lapaneterie(?), Ekhnoum-hôtep; le chef des tisserands Senbef ; le chef des Ouou, Bebi ; le chef des districts montagneux, Nakhet, fils de Nouter-nakhet. Deux bouviers sont occupés Ann. G. 00

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ensuite à séparer, à grands coups de bâton, deux taureaux qui se combattent et dont l’un a transpercé le fanon de l’autre d’un coup de corne ; deux autres hommessont de même occupés à séparer deux autres taureaux tachetés qui n’en sont encore qu’aux préliminaires du combat : l’un est armé d’une massue dont il va frapper les combattants entre les cornes, l’autre a pris la patte droite de derrière du taureau de gauche dans la partie recourbée de sa houlette et tire à lui, pendant que son camarade lui crie : « Tire-le. » Cette scène est appelée « le Recensement des taureaux par le gardien Eldinoum-nakhet. » Vient ensuite une quadruple scène degavage : d’abord un bouvier accroupi ouvre la bouche d’une vache couchée à terre et lui ingurgite ce qu’il a pris dans le vase qui est entre lui et l’animal ; deux autres vaches contemplent debout et d’un oeil d’envie le sort heureux de leur camarade. Un certain Ekhnoumou en fait autant pour les chèvres ; la chèvre qui subit le gavage a la patte gauche de devant attachée par une corde qui lui passe par dessus le dos et qui va sans doute rejoindre l’autre patte : deux autres chèvres accourent et semblent demander leur tour; une quatrième doit avoir quelque mal, car un cbevrier la fait lever sur ses pattes de derrière, la tient d’une main par les cornes et de l’autre lui ouvre la bouche ou lui tâte la gorge. C’est ensuite le tour des oryx à longues cornes, du fait d’un certain Nouter-nakhti ; un second oryx, trop désireux sans doute de participer au bonheur de son compagnon, est retenu par un second serviteur, d’un geste très naturel à tous ceux qui s’occupent de bestiaux, pendant que l’homme regarde ce que fait à côté de lui celui qui gave les oies. L’animal qui subit l’opération ne semble pas trop la trouver de son goût, il regimbe visiblement et se retire, ce qui oblige l’homme à lui presser le cou pour lui remplir le bec: dmx autres oies attendent leur tour et l’une d’elles se plume tranquillement.

Le premier registre nous montre d’abord quatre scribes, dont deux supérieurs et deux inférieurs, qui, accroupis à terre, écrivent ou se préparent à écrire les chiffres que va leur donner le chef des troupeaux : ce sont d’abord le chef de la maison des rapports Naklief , fils de Nakhti ; le scribe royal Ameni, le scribe Nakhet- ... nou, le scribe Kheti. Le chef des troupeaux se nomme Meri. Derrière lui est un homme dont le titre est effacé : cet homme amène deux individus surpris en faute, afin qu’ils reçoivent

Tombeau d’Ekhmoun-tje (d’après Lep *

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Pl. LV.

J oi Nord, deuxième partie

Ibth., pl. 132).

leur châtiment. Le berger iNouter-nakhet marche ensuite en tête d’un troupeau de bêtes à cornes de la race bovine, portant sur ses épaules un petit veau que sa mère essaie de lécher : le troupeau suit, mené par un chef de mille (!) ; un second marche en avant d’un autre troupeau composé d’une manière identique, un animal sans cornes, puis un animal avec cornes: ce troupeau est enregistré par le scribe Nakhet ; suit un troupeau de taureaux mené parle scribe Ekhnoum-nakhetqui porte, suspendus au bâton posé sur son épaule, deux vases contenant sans doute sa pitance du jour : il est suivi par un taureau à bosse que mène le chiliarque Ekhnoum-hôtep. Viennent ensuite des antilopes que conduit unchevrierqui porte une petite couffe suspendue à sou bâton également posé sur son épaule; un antilope mâle saillit une femelle; puis vient un chiliarque portant un ânon entre ses bras : les ânes et lés ànesses suivent sous la direction d’un serviteur, se bousculant si bien les uns les autres qu’une ânesse est tombée, ce qui produit un embarras dont un âne profite à l’arrièregarde pour saillir une ânesse: le scribe Ekhnoum-hôtep enregistre les uns et les autres, pendant que l’ânier qui suit le troupeau semble faire un geste de dépit. Les chèvres à longues cornes et des boucs à cornes recourbées terminent le tableau, sous la garde de deux officiers, un chiliarque et un autre d’une dénomination à peu près semblable.

Dans la seconde scène de cette paroi, le personnage principal qui est toujours Ekhnoum-hôtep est tourné en sens opposé à celui qui est à l’autre bout de la paroi. Il est représenté, vêtu à peu près comme lorsqu’il inspecte ses troupeaux, sauf qu’il a une coiffure moins longue, qui lui enveloppe seulement la tête, et qu’il porte au cou un triple collier. Il est armé d’un arc qu’il a bandé et sur lequel est posée une flèche qui n’attend que le moment où le maître lâchera la corde et fera résonner son arc. En même temps que la main droite tire la corde de l’arc, elle tient un paquet de flèches pour les employer suivant les besoins de la chasse. Sa main gauche lient le bois de l’arc, le pouce en dehors, les deux doigts extrêmes repliés sur le bois de l’arc et les deux doigts du milieu étendus en avant pour diriger la flèche. Un lévrier est à ses pieds prêt à s’élancer; derrière lui est un homme gras qui tient d'une main une lance et de l’autre une hache; il les passera au maître, si les hasards de la chasse l’exigent : il

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se nomme aussi Ekhnoum-hôtep. Derrière lui, un serviteur, nommé Sefgi, lient deux lévriers en laisse, et un autre a en réserve un grand bouclier fait d’une peau de bœuf tacheté et bordé tout autour d’une armature sans doute en métal : à l’extrémité supérieure du bouclier qui est arrondi par le sommet se trouve la boucle par laquelle on le suspendait sans doute : ce serviteur, qui se nomme Kekou, tient aussi dans sa main droite une hache. Ekhnoum-hôtep n’est pas le seul à jouir du plaisir de la chasse : quatre de ses fils sont répartis parmi les animaux du tableau : ce sont les princes Nakhet, Ekhnoum-hôtep, Neheriet Nouter-nakhet, tous armés de l’arc tendu sur lequel est disposée la flèche qui ira frapper les animaux et d’un paquet de flèches qui vont être lancées. Un autre des enfants d’Ekhnoum-hôtep assiste aussi à la chasse, derrière le père : c’est un (ils d’une femme esclave qu’avait distinguée le maître et auquel il avait donné son nom d’Ekhnoum-hôtep : devant lui sont deux antilopes qu’un certain Nakhet, un bâton levé à la main, veut empêcher de s’enfuir hors de la portée des flèches du jeune homme1. Devant les chasseurs princiers une foule d’animaux, dans toutes les postures, s’enfuient dans le désert poursuivis par les flèches qui volent à travers les airs et par les grands lévriers qui se jettent dessus avec rage : ce sont des bubales, des oryx, des panthères, des gazelles, des gerboises, des hérissons, des lièvres, des chacals, un lion et même un animal fantastique qui a un corps de panthère, un cou et une tête de serpent et porte sur le dos une tête humaine entourée

1. C’est la première fois, que je crois, que l’on fait observer ce fait qui démontrerait assez clairement que les enfants nés d’une esclave n’etaient pas traités sur le même pied que les fils de la dame de maison. L'inscription qui donne le nom de ce fils porte qu’il « a été fait

de femme porte-collier ». Dans l’expression égyptienne c’est toujours un nom propre

qui suit, comme /), fait de la dame Raqet : ici ce serait un nom propre, à

vwwv Q a

moins que la femme esclave n’ait été nommée du nom qui veut dire esclave, ce qui serait possible, mais ce que d’autres inscriptions ne permettent pas de supposer, car cette femme se nommait Djat. La position inférieure donnée à cette femme et à son fils apparaît clairement dans la scène des funérailles que l'on rencontre sur la paroi ouest, côté nord : tandis que la femme et les filles du défunt sont représentées dans la cabine de l’embarcation, Djat et son fils sont en dehors de la cabine. Ici le fils est séparé de ses frères; dans la scène de la pêche, la mère est bien sur la barque d’Ekhnoum-hôtep, mais sur un plan plus élevé et moins grande que Khéti, la maîtresse de maison. M. Erman qui, dans son ouvrage sur la civilisation égyptienne ( Das Ægypten, p. 219) a parlé du mariage en Égypte, même de celui d’Ekhnoum-hôtep et de Djat, a cru que Djat était une femme ordinaire et non une esclave.

Pl. LVI.

Tombeau d’Ekhnoum-hôlep. Paroi Est, première partie (d après Lepsius, II Abtli., pl. 130).

d'ailes. Ces animaux sont vivants, et les artistes égyptiens, toujours curieux de réalisme ont dessiné par deux fois des gazelles et des antilopes mettant bas leurs petits. A l’extrémité droite de ce tableau, un scribe des approvisionnements, son rouleau de papyrus sous le bras droit, et une feuille écrite, ou une tablette, à la main gauche, se présente pour faire connaître les provisions qu'il a en magasin et les animaux qui lui sont confiés devant un maître qui n’apparaît pas, à moins que les deux hommes représentés ici ne fassent partie de l’autre scène, ce qui est peu probable, car le second conduit une gazelle par le cou, ce qui prouve assez, selon moi, qu’ils font partie de la chasse représentée en ce tableau : le scribe se nomme Rensi, et il est fils d’un certain Montou-hôtep. La tablette qu’il tient à la main nous apprend combien d’animaux pris à la chasse étaient appelés à fournir au maître sa nourriture après sa mort : il n’y avait pas moins de 3.300 chèvres blanches, 300 bœufs pour le sacrifice, 12,200 gazelles, un nombre effacé d’antilopes à une seule corne recourbée, et 3,000 antilopes aux cornes en lyre. Derrière le prince Ekhnoum-hôtep, le chef de famille, dans un registre intermédiaire entre celui des porteurs d’armes et celui des fils du second ordre, se voit la curée des animaux pris : des enfants du prince, princes eux aussi, abattent les animaux pris à la chasse, des gazelles ou des oryx. Ces jeunes princes sont remarquables par le bonnet qu’ils ont sur la tête, bonnet pointu qui retombe à l’extrémité et qui ressemble assez au légendaire bonnet de coton sans mèche terminale.

La paroi est de cette salle est ornée d’une façon analogue à la paroi ouest, car elle est aussi percée d’une porte qui permet d’entrer dans la sçille du fond, puisque ce tombeau se compose de deux salles. Le côté qui louche à la paroi nord nous présente une scène de chasse et de pêche dans les fourrés ; celui qui touche la paroi sud est uniquement consacré à la pêche : les deux scènes se font donc pendant et sont réunies entre elles par une chasse au filet qui surmonte la baie de la porte. Du côté nord, Ekhnoumhôtep est monté sur une barque, en compagnie de sa femme chérie, la prêtresse de Halhor, fille de prince, la dame de maison Khéti, laquelle est assise sur ses talons devant son seigneur et maître, a la main droite tendue en signe de soumission et la gauche repliée sur la poitrine ; derrière le maître, mais sur un plan plus élevé en signe de position plus humble,

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est «la porte-collier, favorite plus que toute ciiose, Ujal, laite de Nouterou », dans la même position que la maîtresse de maison. Derrière elle est le fils d’Ekhnoum-hôtep, nommé aussi Ekhnoum-hôtep, prince de son liane, qui doit hériter de sa puissance sur Monât-Khoufou ; il lient dans la main gauche une tleur de lotus épanouie et son mouchoir dans la main droite. Devant la maîtresse de maison , à l’avant de la barque, est debout le gardien des provisions, Ekhnoum-hôtep, tenant un casse-tête dans la main gauche et dans la droite les sandales de son maître. Sa barque est faite en papyrus, et l’avant est orné de l’œil mystique d’Osiris. Elle vogue sur un cours d’eau où nagent des poissons et des anguilles, en compagnie d’un crocodile et d’un hippopotame. Ekhnoum-hôtep tient dans la main gauche trois canards qui doivent servir d’appeau, et brandit dans sa droite le casse-tête qui étourdira les volatiles que les canards appelleront à la portée du chasseur. Sa barque s’enfonce dans un fourré de papyrus dans lequel des oiseaux ont fait nid, ont couvé et font éclore leurs œufs, chassent les ichneumons qui veulent piller et dévorer leurs tendres fruits, vers lequel accourent les oiseaux absents, ou au-dessus duquel ils font la chasse aux insectes qui volent. En dessous de ce premier tableau, se voit une pêche à la senne où le filet est levé par une double escouade de cinq hommes vêtus d’une sorte de chemise, grâce à des cordes qu’on a attachées aux deux extrémités du filet. Ces hommes sont sous le commandement du chef des pêcheurs Mentou-hôtep. A l’extrémité gauche de cette scène, un serviteur emporte dans des paniers suspendus à une briche les résultats de la pêche, entre autres un superbe poisson qui est suspendu immédiatement à la briche.

La scène supérieure est continuée au-dessus de la baie de la porte par une autre scène de chasse où Ekhnoum-hôtep lui-même, tranquillement assis sur un fauteuil sans dossier, caché derrière une sorte d’abri où l’on a laissé des trous pour passer facilement la corde, tire cette corde, laquelle fait retomber les deux côtés de la tirasse où se trouvent enfermés quantité d’oiseaux. La corde est attachée à un piquet placé par derrière le fauteuil : Ekhnoum-hôtep dans cette expédition est suivi de son fils aîné le prince Nakhet qui tient dans sa main droite une fleur de lotus et dans sa main gauche porte des légumes. Derrière le fils aîné, se lient le chef des portecolliers Baqet, dans la posture qui convient à son rang. Le lieu où a lieu

cette chasse a été bien choisi : ce devait être les alentours d’un réservoir d’eau dans un jardin, comme le montrent les plantes aquatiques et les arbustes que l’on aperçoit autour de la tirasse : tout autour du réservoir des nuées d’oiseaux se montrent comme une proie facile à prendre. De chaque côté de la tirasse, deux arbres sont chargés d’oiseaux de tout plumage. C’est un des rares essais de paysage que l’on trouve dans les peintures égyptiennes. Au-dessous de cette scène sont quatre lignes d’inscription horizontale que l’on doit lire en commençant parle milieu et qui indiquent un certain nombre de fêtes du culte des morts. Le long des montants de la porte courent deux proscynèmes, l’un au Chacal sur sa montagne, c’està-dire Anubis, l’autre à Osiris, maître d’Abydos, afin qu’ils donnent les vivres ordinaires au défunt Ekhnoum-hôtep, qui est assis au bas sur un fauteuil sans dossier, tient à la main droite le bâton de commandement, a des colliers autour du cou et porte la barbe postiche. De chaque côté de la porte, sous les scènes avoisinantes sont des inscriptions tracées en couleur sur un fond peint en granit rose 1 ; le bas est parsemé de points rouges qui font un effet fort curieux. Le tableau qui fait face sur le côté offre un bateau exactement semblable à celui qui a été décrit : Ekhnoum-hôtep y est représenté avec les mêmes habits et dans la même posture; il n’a point de femmes avec lui, mais seulement deux hommes : à l’arrière son fils aîné, le prince Nakhet, tenant dans sa main gauche les trois canards qui doiventservir d’appeau, et à l’avant le même officier quedansl’autre, legardien des provisions Ekhnoum-hôtep, qui tient à la main gauche un harpon à double fer et dans sa main droite un morceau de bois autour duquel une corde est enroulée et qui a une poignée. Sous la barque sont les poissons, le crocodile et l’hippopotame que nous avons déjà vus de l’autre côté, tous admirablement dessinés. La barque a pénétré dans un fourré de papyrus où des ichneumons et des mangoustes sont en train de chercher leur proie au sommet des arbustes, pendant que les oiseaux sortent effrayés, se disposent à défendre leur nichée, ou reviennent attirés par les cris des oisillons. Ekhnoum-hôtep, armé d’un long épieu terminé en double pointe

1. C’est le commencement de la grande inscription biographique que j’ai citée plus haut.

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acérée, en perce deux énormes poissons qui nagent dans un canal qui est transversal au canal sur lequel est la barque et qui, par convention, est dessiné de telle sorte qu’on croirait à un puissant jet d’eau qui aurait atteint environ les deux tiers de la hauteur du fourré, tandis que ce n’est tout simplement qu’un canal transversal. Au-dessus de cette grande scène une inscription analogue à celle que j’ai citée pour l’autre côté décrit et compte les heureuses captures faites pendant la pêche. Au-dessous, dans un canal plein de plantes aquatiques, sont trois barques, montées deux par quatre hommes et l’une par trois : entre les deux dernières un homme est tombé h l’eau et ses camarades le retirent; dans la première, un autre marinier grimpe sur la barque, s’élevant hors de l’eau. Toute cette scène est pleine de vie et d’un mouvement bien observé.

La paroi du sud est entièrement consacrée à la représentation de cérémonies funéraires. Ekhnoum-hôtep est assis sur un fauteuil sans dossier et à pieds de lion, ayant des colliers au cou, des bracelets aux poignets et la poitrine traversée par une large bande d’étoffe coloriée : il respire les (leurs qui sont suspendues à l’extrémité d’un bâtonnet et tend la main vers une table d’offrandes chargée de toutes sortes de mets, sans compter le nombre prodigieux de ceux qui ont été posés à terre. Ils lui sont présentés par son fils aîné, Nakhet, qui a derrière lui ses trois frères, Ekhnoum-hôtep, Neheri et Nouter-nakhet, et son demi-frère, le prince né de l’esclave Djat, Neheri. Ces princes sont suivis de prêtres qui ont leurs insignes à la main ou portent des offrandes, et de trois femmes : Bit-hotpet, ses filles Khéli et Ekhnoum-nakhet. Au-dessus du fds aîné sont d’autres prêtres que nous verrons remplir leur office dans les cérémonies des funérailles. Le troisième petit registre est consacré à l’apport des offrandes : quatre femmes prennent part au cortège et les deux dernières présentent des particularités de costume très remarquables. Le second registre est occupé par des officiers qui amènent les victimes, des scribes qui les enregistrent, des mariniers qui apportent le produit de leur pêche et un chef d’esclaves, nommé Ekhnoum-hôtep. Le premier registre est consacré à certaines cérémonies et au sacrifice funéraire. A l’extrémité droite de la planche ici donnée, la dame de maison, la princesse du Midi, fille de prince, prêtresse de Hathor, prêtresse de la dame Sekhet, Kheti, faite de Tenet, est assise devant une

□OLIFTfl

Tombeau d lîkhmoun-hôtep. Paroi Suri, première partie (d’après Liîpsius, II Abth., pl. 128).

labié d'offrandes, vers laquelle elle tend sa main gauche, pendant que de sa droite elle porte à ses narines une fleur de lotus épanouie : elle a une riche coiffure, des bracelets aux poignets et des périscélides aux chevilles. Derrière elle sont ses trois filles : les princesses Baqet, Tenet et Aleres; puis vient la porte-collier Djat, fille de Nouterou, qui est déjà morte et près de laquelle sont représentés deux enfants, un fils ayant nom Ekhnoumhôlep et une fille répondant à celui d’Ape.

La chambre du fond est décorée par des scènes du culte funéraire, qui toutes regardent le mur est, c’est-à-dire vers le fond du tombeau. Sur ce mur on voyait autrefois une scène qui représentait d’un côté la femme d’Ekhnoum-hôtep, Baqet à droite, sa mère, sans doute, et un autre personnage à gauche. Ekhnoum-hôlep était lui-même représenté entre les deux, mais il était représenté par une statue colossale qui avait été taillée dans le calcaire de la montagne. C’est vers lui que sont orientées les autres représentations. D’abord celle de droite en entrant qui a disparu tout entière : celle de gauche qui consiste en la représentation de la porte-collier Djat. Sur le mur nord est une table d’offrandes chargée de mets empilés les uns sur les autres avec des vases d’eau et de liqueurs usitées en Égypte, de parfums, etc. Derrière les offrandes est représenté un officier dont le titre n’est guère lisible et qui se nommait Ekhnoum-hôtep. En avant, tournées vers la statue d’Ekhnoum-hôtep, sont ses trois filles, les princesses filles de princesse, Baqet, Tenet et Meres. Sur le mur du sud, devant un petit support où des vases d’eau reposent, le fils aîné d’Ekhnoumhôtep présente une oie à son père; il est suivi de ses trois frères, Ekhnoum-hôtep, Neheri et Nouter-nakhet ; un cinquième fils est aussi représenté, c’est le petit Ekhnoum-hôtep, qualifié de prince comme ses frères, quoiqu’il ne fût pas né de la même mère : il est accompagné d’un porte-collier , nommé Baqet, et d’un second esclave qui tient un instrument à la main et qui se nomme aussi Ekhnoum-hôtep. Au-dessus est un homme au rouleau nommé Hor-makherou. Tous les murs étaient entourés dans leur partie supérieure d’une frise d’ornements tous semblables et en bas d’un joli dessin rehaussé par d’éclatantes couleurs : il représente des portes fermées par un double verrou entremêlées de damiers, surmontées de linteaux, de dessins géométriques et de carrés de diverses couleurs, Ann. G. 67

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le tout du plus bel effet. Il n’est donc pas surprenant que ceux des Égyptiens qui visitèrent ce tombeau dans le courant des siècles qui virent la puissance égyptienne, aient témoigné de l’admiration qu’ils ressentirent par des graffiti qu’ils écrivirent en hiératique et qui disaient à peu près : « Le scribe Amenmès est venu. Marcher, voilà ce que j’ai fait pour voir la belle grande salle du roi , juste de voix ; elle est comme le ciel au mo-

ment où le soleil brille et apparaît en elle ; elle est plus belle que toute autre salle, celle où le roi se trouve en elle. » Le lecteur qui aura lu cette description fidèle ne pourra que ratifier dans une juste mesure l’éloge hyperbolique du scribe égyptien.

Le second tombeau que j’ai à décrire est celui du prince Baqti qui posséda aussi le nome de la Gazelle. Il est célèbre parce qu’on y a trouvé la représentation de lutteurs et qu’on pourrait ainsi l’appeler le tombeau des lutteurs, comme Champollion avait appelé celui du prince Amenemhat le tombeau des greniers' . Malheureusement il est actuellement dans un état complet de dégradation pour le mur d’entrée; dès l’époque à laquelle eut lieu l’expédition scientifique de Champollion, la dégradation était déjà bien avancée, car le fondateur de l’égyptologie n’a consacré que quelques lignes à la description de cette paroi1 2. L’auteur de la publication anglaise sur les tombeaux de Beni-Hassan dit de son côté : « Il reste des traces de scènes sur la partie supérieure de la paroi, mais elles sont trop mutilées pour montrer ce qu’on avait eu l’intention de peindre. Dans la partie inférieure sont deux grandes figures de Baqet (?). L’une d’elles le représente debout avec le bras levé dans le geste de l’adoration. L’autre figure est assise. Elles sont toutes les deux très mutilées. » Ceci regarde la partie du mur tournée vers le nord; il en est de même pour les parties tournées vers le sud : « Les peintures sur ce mur sont trop mutilées pour être dessinées, dit le même auteur; sur la droite de la partie supérieure du mur est représentée apparemment un large marais de papyrus avec des étangs de lotus et des hommes moissonnant le papyrus. Sur la partie inférieure est sans doute un groupe de prêtres sacrifiant un bœuf3. » Cela ne surprendra

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