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Tombeau île Baqli, paroi Nord.
(d’après*Be«i-//a>an by Percv Newberry, vol. II, pl. VII).
lutteur qui est obligé de saisir le bras du premier pour ne pas tomber; un second groupe également de deux hommes, l’un accroupi comme celui du groupe précédent et retenant de ses deux mains la jambe droite de son adversaire qui est debout et qui pèse de la main droite sur le bras gauche du premier pour lui faire lâcher prise ou briser son effort, tournant la tête vers les autres personnages, deux hommes et une femme qui viennent ensuite : les deux hommes debout tiennent un casse-tête, le premier en avant de lui dans sa main droite, et la main gauche est repliée. sur la poitrine, le second dans sa main gauche repliée sur la poitrine et le casse-tête reposant surl’épaule, pendant que ladroite est tombante ; la femme qui vient en dernier lieu, marchant sur la pointe des pieds, des bracelets aux poignets et aux chevilles des périscélides, lève la main gauche vers les personnages qu’elle a devant elle et semble leur adresser la parole.. Le premier crie : « Jette-le à terre » ; le second : « Serre », et la femme : « Ne serre pas ». Un groupe de trois personnages, le premier portant la main droite à sa poitrine, un casse-tête en sa main gauche, semblant parler avec véhémence aux deux hommes accroupis devant lui1. Puis viennent des représentations de fîleurs, de tisseurs, de foulons qui tirent une pièce d’étoffe, lavent, tordent, cuisent ou battent le linge sous la surveillance du porte-collier de la lingerie, qui tient à la main un rameau qui n’est pas le rameau de la paix. Puis à la fin du registre, un pédicure accroupi fait « les doigts de pied » à un homme assis sur un siège dont il tient le pied droit sur ses genoux, pendant que le patient a la main droite sur sa tête, et un barbier assis sur un siège rase la tête d’un malheureux qui se tient le bras de l’autre main pour s’empêcher d’envoyer promener son tortionnaire.
Le troisième registre nous présente d’abord dix-huit dames qui s’occupent à jouer à la balle, à la lancer, à la recevoir, à jongler avec, et cela dans toutes les positions, debout, penchées en avant ou en arrière, sautant, un pied en l’air pendant que les mains sont en avant ou rejetées en arrière,
1. Champollion (Notices descriptives, II, p. 361-369) a passé tous ces personnages, sauf le premier, celui qui a l'inscription : il ne faudrait donc pas arguer de son silence pour révoquer en doute cette description.
ANNALES DU MUSÉE G U I M ET
perchées l’une sur l’autre, comme des enfants qui jouent au cheval-fondu. Puis viennent deux groupes de lutteuses ou de gymnastes, faisant des tours de force, l’une enlevant l’autre; puis deux hommes tiennent deux femmes chacun par une main, ils sont debout et les femmes étendues de tout leur long, les pieds à terre près des pieds des hommes et suspendues en l’air par les bras : elles tourneront ainsi autour des hommes. Deux autres femmes font des exercices de désarticulation, les pieds et les mains à terre à la fois et le buste faisant comme un pont. Puis viennent des scènes de tissage, de filage, de préparation des fils et de leur mélange avant d’en faire des broderies ou des franges, le tout sous la surveillance d’une ouvrière en chef et d’un chef du tissage.
Le quatrième registre nous fait assister d’abord au travail des sandales : un ouvrier prépare le cuir sur le dos d’âne et l’assouplit, deux autres assemblent les sandales, un quatrième plonge des sandales non encore achevées dans un grand vase qu’il renverse peu à peu; deux groupes d’ouvriers, affrontés deux à deux, sont en train d’étendre de la couleur sur le cuir préparé et vraisemblablement c’est la première couche de celles qui doivent aboutir à donner au cuir cette couleur jaune ou rouge qu’il a aujourd’hui . Puis quatre chanteurs, frappant dans leurs mains, deux d’un côté, deux de l’autre, charment leurs loisirs et goûtent à leur manière les plaisirs de l’existence. Un groupe de dix hommes fait partie de la scène suivante qui nous montre comment les Égyptiens de cette époque comprenaient la justice. Un scribe, écrivant devant un petit coffre chargé de ses ustensiles, est accroupi à l’extrémité de ce tableau : devant lui se présente un serviteur qui lui parle et lui dit : « Je suis venu. » 11 est suivi d’un second personnage qui parle aussi au scribe, debout et étendant la main gauche en disant : « Certes, voilà qui est venir! » En effet, un autre personnage, le cou pressé par la main de celui qui le conduit en disant : « Marche! », arrive tout courbé, et un second est aussi amené les mains liées par un second conducteur armé d’un bâton court. Puis vient un Chevrier conduisant une chèvre tachetée à la corde et tout un troupeau suit,
1. Champollion ( ibicl II, p. 364) dit que les objets sont peints en rose : l’effacement de la couleur a dû l’induire en erreur : la couleur primitive devait être sans doute rouge.
avec les petits chevreaux, pendant qu’un bouc trouve l’occasion bonne pour saillir ou essayer de saillir une chèvre. Deux chevriers terminent la marche, le premier indiquant de son doigt soit le bouc qui saillit, soit les prisonniers qu’on emmène, son camarade ayant un bâton à la main gauche. Évidemment les deux hommes qu’on mène au scribe sont des voleurs qui ont essayé de dérober quelques têtes du troupeau et qu’on mène à l’écrivain afin que procès-verbal en soit dressé. Trois animaux sont ensuite conduits à la corde par un bouvier : une antilope mâle, une vache tachetée à cornes naissantes et un bœuf à longues cornes qui sont présentés au possesseur de la tombe. Baqti, par un officier debout en avant du dernier des conducteurs des animaux qui doivent fournir le sacrifice et qui dit : « Une antilope pour ton double! une génisse pour ton double! un bœuf pour ton double! » Le cinquième registre nous montre d’abord un sculpteur armé d’un ciseau et d’un maillet travaillant à une statue : derrière lui est un instrument dont je ne sais pas la destination. Après un tabouret sur lequel sont amoncelés des vases, des colliers et des sachets, de petits pots et un grand rouleau ficelé, un peintre est en train de colorier une statue. Puis un scribe esquisse sur une tablette qu’un aide tient debout des animaux qui entreront dans ladécoration de la tombe, un chien qui étrangle une gazelle et un petit veau auquel il donne la dernière main. Vient ensuite la représentation d’un atelier d’orfèvrerie qui ne comprend pas moins de dix-sept personnages. D’abord un coffret surmonté de lingots d’or en forme de briques, dont l’un est placé au-dessus des autres avec l’inscription : Briques d’or. Puis une balance d’une forme particulière avec deux plateaux spéciaux afin de ne pas perdre le précieux métal qu’on y va mettre : deux scribes habiles dans l’art de l’orfèvrerie pèsent les métaux qu’on a mis dans les plateaux, celui de gauche supportant le plateau où il a déjà placé le métal et celui de droite apportant la brique qu’il va mettre dans le second plateau. Puis, quand les deux métaux ont été pesés, on les passe à un ouvrier qui fait l’alliage dans un vase placé sur le feu et qui souffle au chalumeau : cela s’appelle « fondre l’éleclrum ». Quand l’alliage est fait, on en façonne des colliers ou on dore des armes, des massues, des haches, des bâtons, ou un meuble de marqueterie, le tout sous la surveillance d’un contre-maître. Puis, de deux musiciennes,
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
qui étaient peut-être destinées à égayer l’atelier, l’une joue de la harpe et l’autre frappe dans ses mains en battant la mesure, ce que les Égyptiens appelaient chanter delà main. Le registre se termine par un officier qui présente au double de Baqti deux victimes conduites par deux bouviers, d’abord un veau de lait que suit sa mère et ensuite une gazelle.
Le sixième registre nous montre une fête sur l’eau. Près de la partie où se dresse Baqti, des pêcheurs au nombre de dix s’occupent à tirer leur filet de l’eau. Puis sur deux bateaux de papyrus voguant sur l’eau les mariniers sont en train de se disputer et de se battre, non pas à coups de djcrîds , mais à coups de casse-tête. Le bateau du maître conduit par cinq rameurs et un pilote d’arrière est entré dans un fourré ; Baqti debout, tenant à la main gauche un oiseau qui appellera ses camarades, lève la main droite prêt à étourdir les malheureux volatiles qui viendront à la portée de son arme. Devant lui est sa femme tenant une fleur de papyrus, pendant qu’un adolescent vient lui présenter une fleur de lotus épanouie. Le pilote d’avant se tient aux plantes aquatiques pour faire sans doute sortir les oiseaux de leurs fourrés. Devant eux, sur deux bateaux; les mariniers sont encore occupés à se disputer et à se battre avec les grands bâtons qu’on appelle actuellement djérîds. Au-dessous de tout ce registre, les eaux fourmillent de poissons de toute sorte, avec un hippopotame et sans doute aussi un crocodile qui devait se trouver dans la partie effacée. En dessus des combattants sont rangés tous les oiseaux qui habitaient le fourré ou que connaissaient les Égyptiens; ils sont tellement bien dessinés qu’on peut encore les reconnaître scientifiquement aujourd’hui et en plus le nom de chacun d’eux est écrit au-dessus. Il y a ainsi des cormorans, des pluviers, des demoiselles de Numidie, des canards sauvages, etc.; mais on est tout étonné d’y voir aussi deux espèces de chauves-souris.
Avec la paroi est nous nous trouvons en face d’une immense composition comprenant autrefois quatre cent quarante lutteurs, plus cent trente-deux soldats de toutes armes, archers, frondeurs, massiers, lanciers, portehaches, etc., armés, ou non, de boucliers, luttant autour d’une forteresse, la battant à coups de bélier, la défendant du haut des créneaux, parlementant, blessés, morts ou vivants, le tout avec une intensité de vie remarquable. C’est un exemple des premières peintures militaires. Ce tableau
Pt. LX.
Tombeau de Baqli, paroi lisl (d’après Deni-Ilasan by Percv ISewreimy, vol. II, pl. V).
est surtout remarquable par la fertilité d’imagination qu’il a fallu à Fauteur pour dessiner deux cent vingt poses différentes de deux hommes qui luttent l’un contre l’autre et cherchent à se renverser, car aucun des groupes n’est semblable à un autre et l’on assiste à la lutte depuis le moment où les adversaires se mesurent de l’œil, jusqu’à celui où le vaincu touche le sol. Ce tableau montre avec évidence que l’artiste égyptien ne reproduisait pas toujours les mêmes poses, et l’on se demande avec effroi combien il a fallu de temps pour concevoir, préparer et exécuter cette immense composition de cinq cent soixante-douze personnages. Cette œuvre est inappréciable au point de vue de l’histoire de la gymnastique et de l’art militaire et, quandmême il ne resteraitque ce seul témoignage de l’art égyptien, il suffirait à lui seul pour montrer que les scribes égyptiens furent de grands artistes. Malgré le grand nombre de personnages qui constituent la décoration de cette paroi, cette décoration n’est pas achevée : un grand espace a été laissé nu sur la droite à la hauteur des cinq registres du bas. Comme la décoration de toute cette paroi a été reproduite sur la paroi est d’une autre tombe, celle de Khéli, si elle était identique en tout, on avait réservé cet espace pour reproduire, non pas le festin militaire qui suivait la bataille, comme le croyait Champollion \ mais un sacrifice au double du défunt avec une table d’offrandes qui dans la tombe de Khéti ne contient pas moins de cent trente-deux numéros. En dessous de cette liste sont des vases rangés à droite sur un triple rang, puis le sacrifice et le découpage du bœuf; devant une table où l’on ne voit encore qu’un vase à parfum ou quelque zir usité à cette époque, avec deux colonnes et deux vases, le défunt Khéti sous un édicule en bois, le bâton de commandement à la main gauche et le casse-tête dans sa main droite, semble regarderies apprêts du sacrifice ; l’édicule a été apporté par deux hommes qui se tiennent sur les côtés.
La décoration de la paroi sud est divisée en deux parties fort inégales parla baie de la porte qui donne entrée dans la seconde salle du tombeau, celle qui était proprement affectée à la demeure du double. L’extrémité est de cette paroi nous montre des apports de provisions diverses pour le
1. Notices descriptives, II, p. 367. On remarque dans les Notices des tombeaux de Beni- Hassan un assez grand nombre d’omissions; mais on ne pouvait demander à Champollion plus qu’il ne pouvait donner.
Ann. G.
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
double , ainsi que le dit le scribe qui se trouve à droite au registre du bas. Et alors défilent un homme qui porte une couffe remplie de vases d’eau, quatre hommes qui portent des couffes remplies de pain, le premier d’entre eux ayant de plus en sa main droite un grand pain rectangulaire; puis, au fond du registre deux porteurs ont, suspendu à un bâton, un vase de bière. Au second registre, à gauche, se voit d’abord un préposé à la maison des champs, puis un scribe qui enregistre ce qu’on en sort et quatre personnages porteurs d’offrandes : les deux premiers portent des vases remplis d’eau, le troisième une couffe remplie de viande avec le couteau qui doit servir à la découper et le quatrième une sorte d’objet peint en vert que je ne peux déterminer. Au troisième registre, à droite, une femme dispose au moyen d’un petit bâton des pains sur une sorte de four ; une seconde mélange dans les pains des graines aromatiques ou un liquide qu’elle puise sans doute au grand vase qui est derrière elle. Un homme frotte ou pétrit un objet vert au-dessus d’un grand vase, et derrière lui un quatrième personnage transvase un objet rond peint en jaune pour le mettre dans un vase plus grand encore d’un vase déjà grand. Le quatrième registre nous montre deux femmes affrontées qui broient le grain avec une pierre et font retomber la farine dans un autre vase : tout en travaillant, elles se lamentent; celle de droite dit : « Travaille dans le deuil de ton cœur; certes le travail est pour ma sœur. » Et l’autre lui répond : « 0 esclave, le travail est dégoûtant, demain tu seras battue. » Au-dessus d’elles, une troisième femme crible le grain qui doit être moulu, et derrière elles, un homme malaxe la pâte en y ajoutant del’huile. Al’exlrémité du registre deux hommes pilent dans un mortier. Les scènes qui précèdent nous montrent une cuisine en pleine activité; nous ne serons donc pas surpris d'y trouver un chat qui guette un rat, non plus que des singes de deux espèces, mâles et femelles, dont l’une a son petit grimpé sur son dos. Au commencement de ce registre à gauche se voit un officier chargé de surveiller la cuisine, tenant à la main une sorte de cuiller en forme de main. Le registre suivant s’étendait sur toute la baie de la porte. Un homme d’abord mélange ou brasse avec un bâton le vin dans un grand vase. Devant lui, quatre hommes sont occupés à une même opération, celle de passer un liquide dans un linge : l’un d’eux verse le liquide, un
P l. LXI.
Tombeau de Baqti, paroi Sud-Est (d après Beni-Hasan by Percy Nkwberry, vol. Il, pl. 6>
autre le brasse et deux tiennent le linge étendu, et le liquide, sans doute du vin, tombe dans un vase placé sous le linge. Puis, nous voyons un pressoir d’un nouveau genre : à une traverse en bois, on a solidement attaché une pièce de linge où est enfermé le raisin; à l’extrémité opposée de cette pièce de linge on a passé un bâton que trois hommes font tourner en tordant le linge et par conséquent en pressant : un quatrième personnage a soin que la vendange ne sorte pas du linge, et le vin ruisselle dans un bassin placé sous le pressoir, A droite du registre, ou voit des oiseaux qui volètent, ou sont perchés dans un arbre : près de l’arbre est un piège tendu dans lequel deux oiseaux vont se faire prendre, et un homme est accroupi, surveillant ce qui va se passer. Outre ces registres, il y en avait encore un autre au-dessus de celui que je viens de décrire, mais il n’existe plus aujourd’hui. Au temps où Champollion fit son expédition, il était déjà ruiné, et cet illustre maître s’est contenté d’écrire dans la description qu’il a faite de cette paroi : « Vendange effacée. Pressoir. Homme s’étendant pour écarter les bâtons et tordre le linge renfermant les raisins l. »
Le côté ouest de la paroi comprend une triple décoration. Dans la première partie Baqti est représenté près de l’entrée de la seconde salle occupant la hauteur de la paroi entière : il porte des colliers au cou et des armilles aux poignets , il tient le bâton de commandement dans sa main droite. A ses pieds est un épervier très grand, dessiné avec détail et peint de très belles couleurs. Il domine les trois registres supérieurs et le tiers environ des registres inférieurs. Au premier registre, des hommes conduisent une statue du défunt, d’autres battent des mains, d’autres exécutent des danses pendant que des femmes en font autant. Le défunt est ainsi conduit pour admirer les offrandes qui lui sont faites. Puis un scribe enregistre les apports des porteurs de bijoux, d’ustensiles, de vêlements et d’armes, au nombre de dix-neuf. Le second registre nous montre d’abord un scribe qui fait rapport à son maître, puis deux scribes sont assis sur leurs talons devant un coffret qui contient leurs ustensiles ; un autre scribe est devant eux et écoute le rapport que lui fait un berger en chef. Puis un