Champollion, Notices descriptives, II, p
ANNALES DU MUSEE GUIMET
homme, le bâton à la main, regarde ce qui se passe devant lui : un malheureux délinquant est étendu à terre sur le ventre, maintenu par trois hommes et battu par un quatrième : un autre homme derrière ceux qui maintiennent le patient se penche pour mieux voir, les mains croisées, et peut-être liées sur sa poitrine : il a tout l’air de quelqu’un qui s’attend à en recevoir autant. Puis un adolescent est amené entre deux hommes, un second est de même entouré et réservé pour le châtiment, puis un troisième est saisi parle cou. Il s'agit de recevoir deux cent cinquante coups de bâton, ce qui est une perspective assez peu agréable. Viennent ensuite un préposé aux frontières (?) et des bouviers, l’un boiteux, amènent des bœufs ou les poussent du bâton ; puis vient un troupeau de vaches avec leurs veaux et des taureaux qui tentent de saillir les femelles. Un berger frappe le dernier de ces taureaux tout en portant à son cou un petit veau ; un autre qui l’accompagne se contente de porter sa panetière à son bâton. Vient ensuite un second troupeau de bêtes à cornes conduit par un vacher, et une vache nourrice qui allaite à la fois un petit veau et un petit garçon et dont le vacher lient la queue en arrière. Ce registre se termine par la représentation de trois ouvriers : le premier façonne des boules de pâte, le second bat la pâte et des grains qu’il y a mélangés pour les réunir et le troisième fait cuire les boules de pâte.
Le troisième registre nous offre encore des scènes de bis to ma le ordonnée par des scribes: mais cette fois, les hommes ne sont pas les seuls admis à ce plaisir, il y a deux femmes qui vont être punies, l’une par un homme, l’autre par une femme, et battues sur les épaules; la malheureuse qui est échue à l’homme porte entre ses bras un petit enfant qu’elle allaite. Vient ensuite un groupe de neuf personnages parmi lesquels deux prisonniers destinés à la bastonnade et dont l’un a tenté de s’échapper: les autres se gaudissent du malheur de leurs semblables. Suit un troupeau d’ânes, conduit par un ânier qui a pris un petit ânon sur ses épaules, et la mère suit son petit qu’elle lèche : ânes, ânesses, ânons suivent pêle-mêle, et l’une d’elles qui a tenté de s’écarter est remise dans le droit chemin à grands coups de bâton. Un bouvier écarte de même un taureau qui lèche les parties sexuelles d’une vache à l’abreuvoir, un autre sépare deux taureaux prêts à combattre, et deux autres, l’un appuyé sur
Tombeau de Biqti. mroi Sui-Ouesl.
(d'après Deni-I/asan by Percv .Newberrv, vol. II, pl. IV).
un bâton, l’autre ayant un casse-tête sur sa poitrine, contemplent leurs vaches et leurs taureaux qui paissent tranquillement.
Le quatrième registre nous montre des potiers façonnant leurs vases au tour, pétrissant la terre glaise avec leurs mains, la gâchant avec leurs pieds, façonnant de petites cônes de terre et les portant aux ouvriers qui ont des tours. Puis au cinquième registre on les fait sécher, on les fait cuire dans deux fours allumés, et, lorsqu’ils sont devenus rouges, on les retire et on les transporte dans les plateaux d’une briche vers le magasin où ils doivent être rangés. A droite de ce registre, cinq ouvriers façonnent le bois, le chauffent, le redressent ou le tordent à leur convenance sur une sorte de chevalet1. Au sixième registre, deux ouvriers sont occupés à peser des matières précieuses; puis deux verriers soufflent devant un fourneau ardent le verre qui s’attache en boule à l’extrémité de leur chalumeau. Les autres scènes de ce registre et les registres qui terminaient la décoration inférieure sont complètement effacés : il n’en reste que quelques inscriptions presque impossibles à traduire sans le secours des actions représentées.
A la hauteur de ces trois derniers registres et d’un autre qui est effacé, Baqti est à nouveau représenté comme dans la partie précédente, avec la même position sauf qu’il tient à la main droite une fleur de lotus épanouie, au lieu d’un casse-tête. Il inspecte les travaux des champs. Et en effet on lui amène des veaux, des bœufs, des oiseaux aquatiques, des fleurs de toute sorte ; on se livre à la chasse au filet dans les fourrés de papyrus, ou à la pêche dans les canaux, toutes scènes que nous avons déjà vues et qui n’offrent ici rien de particulier que la mention que tout était destiné au double. La partie inférieure de cette décoration est disparue.
La troisième partie se distingue de la seconde en ce que les personnages qui la composent sont tournés vers la droite, en sens contraire des précédents, quoiqu’ils ne soient pas séparés dans le registre. Le premier de ces quatre registres nous montrent des joueurs en train de se livrer à leurs
1. Champollion ( Notices descriptives. Il), 376, croit que ce chevalet était armé d’une sorte d’outil destiné à polir le bâton.
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amusements. D’abord deux hommes accroupis s’exercent à faire tenir en équilibre l’un sur l’autre des cônes de terre. Un groupe de trois hommes avec des piquets effilés les fichent dans une bille de bois, pendant que l’un brandit son piquet, les deux autres retirent les leurs de la bille de bois où ils ne se sont enfoncés qu’à moitié ; plus loin, deux autres joueurs se livrent au même jeu et ont mieux réussi que leurs voisins. On se livre encore en France à ce même jeu, soit avec de petits piquets de bois, soit avec des couteaux : celui qui réussit à faire tenir debout son piquet ou son couteau lancé avec une grande force et de haut a rempli le but. Trois autres joueurs, à l’extrémité droite de ce quatrième registre, lèvent des poids très lourds, si on en juge par les efforts qu’ils font : l’un a réussi à lever son poids perpendiculairement à la terre et le tient ainsi à bout de bras: c’est presque le même exercice de force que faire des haltères et ceux qui réussissaient à soulever la masse pesante devaient avoir de forts biceps. Le cinquième registre nous montre des scènes de disputes. En premier lieu, un homme a couché presque de tout son long un individu : par devant deux autres hommes en retiennent un troisième prêt à secourir celui qui est étendu à terre, et en arrière quatre autres personnages contemplent ce qui se passe. En second lieu, quatre autres individus se disputent et le pied de l’un d’eux a été saisi par un des adversaires ; les paroles doivent voler: malheureusement les légendes sont détruites. Derrière les adversaires de gauche, deux hommes tentent de les retenir et à droite deux autres personnages font entendre des paroles de conciliation et de paix. Le sixième registre nous ramène à des jeux calmes. Deux joueurs affrontés jouent d’abord à une sorte de mourre particulière, qui consiste à porter un certain nombre de doigts au front de l’adversaire qui doit le deviner sans retard; un autre groupe de deux joueurs affrontés jouent à la mourre ordinaire et doivent dire sans retard le nombre de doigts qu’ils se présentent respectivement. Un troisième groupe également de deux joueurs se livrent à un jeu qu’il D’est pas possible de distinguer, parce que l’objet qui en fait le sujet a été détruit. Ce registre se termine par deux groupes de joueurs de dames ou d’échecs, le premier arrivé presque à la fin de la partie, le second la commençant à peine. Des autres registres du bas il ne reste plus rien, et le personnage debout à la droite
de celle paroi a été barbouillé de rouge, comme l’assure Champollion dans ses Notices descriptives1 .
Telle est la première salle de ce tombeau. La disposition en est différente de celui que j’ai décrit en premier lieu : la cause en est sans doute que la salle du double , au lieu de se trouver au-delà du mur est. se trouve dans la partie de la montagne qui aboutissait au mur sud. Cette seconde salle était aussi couverte de peintures; malheureusement elles ont presque complètement disparu et on n’a pas jugé à propos de les copier. Dès le temps de Champollion, elles étaient dans le même état : « Les parois est et sud (de cette salle), dit-il, sont couvertes de mauvaises figures représentant diverses offrandes, le sacrifice d’un bœuf et des individus préparant des offrandes2. » Il est fort à présumer que les peintures de celle salle n’étaient pas plus mauvaises que celles de la salle précédente, mais qu’elles ont été effacées par suite du temps ou plus vraisemblablement par la main des hommes. Les auteurs de la publication anglaise sur Beni-Ilassan disent de leur côté que les peintures de cette seconde salle sont trop effacées pour pouvoir être copiées3, et ils citent l’ouvrage de Champollion et le passage auxquels je viens de renvoyer moi-même. Cette chambre comprenait une table à libations taillée à même dans le calcaire des murs et se trouvant appuyée sur la paroi occidentale.
J’arrêterai ici la description de la décoration des tombeaux sous le Moyen Empire. On a pu voir que la décoration des tombes du Moyen Empire a conservé en grande partie celle que connaissait l’Ancien Empire et qu’elle y a ajouté quantité de scènes nouvelles qui éclairent d’unelumière splendide la civilisation de cette époque. Cette décoration a pour objectif premier le double et ses plaisirs ; mais déjà se mêlent aux motifs principaux qui l’ont fait exécuter d’autres motifs montrant que les idées primitives on t progressé, ne pouvant avoir d’autre cause que les scènes de la vie réelle, scènes qu’il était impossible de reproduire à volonté. Enfin le grand motif qui domine toute la décoration des tombeaux de Beni-Hassan, c’est la volonté exprimée par Ekhnoum-hôtep de reproduire exactement tous les