C’est le nom qui a fourni celui do lliebes
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
cela est dit, veille sur les forces royales. Ce fut le ministre Mahou qui exécuta toutes ces paroles »
Ici se termine malheureusement cetle inscription qui est déjà si fruste : le héros s’arrête au moment où il est en quelque sorte nommé ministre de la guerre. La suite de la représentation nous montre en effet que le défunt et sa femme sont en présence d’Aménophis II et lui rendent hommage ; mais les paroles deviennent alors de simples formules banales. Ce qui précède suffit cependant pour montrer le genre qui avait prévalu dans ces sortes d’inscriptions : il y a loin de la grande inscription de Beni-IIassan où le défunt Ekhnoum-hôtep s’occupe avant tout de lui-même, où il ne mentionne le roi que lorsque celui-ci vient se mêlera sa vie, et les deux inscriptions que je viens de citer où l’on voit que toutes les actions de l’homme sont dirigées sur une seule fin, à savoir l’approbation du roi et le progrès dans sa faveur. 11 est facile de comprendre mieux encore, après cette seconde qu’après la première inscription, que la société a subi des changements radicaux, que la grande conquête égyptienne a amené une centralisation immeuse, et que les grands feudatairesdelaXIP dynastie, ces princes presque indépendants, comme Ekhnoum-hôtep, ontcomplètement disparu. L’effet de ce changement s’est naturellement fait sentir dans les rapports des sujets avec le roi, et par conséquent dans les inscriptions qui mentionnent ces rapports. Ces sortes d’inscriptions ne se trouvent plus que très rarement dans les tombes qui datent de la XXe et même de la XIXe dynastie, et surtout des dynasties postérieures : car alors les représentations religieuses prennent le dessus et exigent toutes les parois du tombeau pour se dérouler à l’aise.
La décoration proprement dite contient toujours des scènes de presque toutes les diverses occupations de la vie en Égypte : tous les métiers y sont encore représentés; mais on sent que ce n’est plus comme à Beni-Hassan, pour représenter toute la domesticité du maître, que l’on grave les basreliefs ou que l’on peint les parois, que ce n’est pas une vue d’ensemble que l’on donne, mais que c’est simplement pour montrer la puissance d’un individu : la société se synthétise de plus eu plus et, je crois,
1. Cette traduction repose en sa plus grande partie sur celle qu'adonnée M. Virey.
prend une mauvaise direction nécessaire , refusant tout plaisir et toute fortune au petit, pour attribuer tous les biens aux grands, mais en même temps attirant l’attention des petits, les forçant de réfléchir et d’user de toutes les ressources de leur esprit pour sortir de la misérable condition qui leur est faite. Elle aura fort a faire dans la suite, pour revenir à la saine appréciation des vrais principes qui doivent présider à la société et à l’évaluation de la valeur intrinsèque de chaque individu, appréciation qui commence à peine à se faire connaître de nos jours. Et dans ce long asservissement du faible au puissant, du pauvre au riche, les premiers et les plus grands coupables sont ces classes populaires qui se ruent d’elles-mêmes à la servitude et qui s’offrent à plaisir au mépris et aux coups.
L’agriculture, qui était déjà parfaitement constituée aux époques précédentes, n’a pas eu à faire de grands progrès : ce sont toujours les mêmes scènes qui se déroulent sur les murs des tombeaux thébains, comme ils s’étaient déroulés dans ceux de Zaouiet-el-Maîetîn, de Beni-Hassan et de Berscheli. Cependant la donnée et même les épisodes en sont variés. Ainsi nulle part, à ma connaissance, on ne représente les ânes employés au transport des gerbes : cependant il ne peut y avoir aucun doute que dans la pratique ils n’aient été employés comme auparavant, et comme aujourd’hui. On se servait d’immenses filets à mailles serrées que deux hommes suspendaient à une perche et qu'ils portaient, comme on porte aujourd’hui un lustre. Si les travailleurs ont soif, on les voit aller se désaltérer à l’outre qu’on avait suspendue à l’ombre d’un arbre ou porter la gargoulette à leurs lèvres. Les glaneurs et les glaneuses, sans doute de pauvres gens, se montrent à la suite des moissonneurs, ramassant les épis laissés sur le sol et les mettant dans une sorte de sac qu’ils portent à la main gauche, ou quelquefois les ramassant avec deux bâtons et les jetant dans une sorte de hotte qu’ils portent sur le dos attachée par une bretelle qui passait par devant et leur serrait le cou, s’ils se baissaient trop. Quelquefois de pauvres femmes achetaient la permission de glaner en fournissant aux moissonneurs l’eau nécessaire pour se rafraîchir. Le battage se faisait au moyen de bœufs qui foulaient de leurs pieds lourds les pailles où se trouvait le grain, pendant que leurs conducteurs chan-
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taient une lente mélopée que nous ont conservée les tombeaux d’El-Kab : « Foulez pour vous, foulez pour vous, ô bœufs, foulez pour vous, foulez pour vous ; le grain sera pour vous, le grain sera pour vos maîtres. » Les greniers ont presque la même forme qu’à la XIIe dynastie, mais il y a en progrès dans la construction, comme aussi dans les outils qui servent au vannage : on emploie deux calebasses avec manche pour jeter le grain en l’air au milieu de toute la poussière et de toutes les impuretés qui l’accompagnent.
De même, on fait toujours le compte des troupeaux, des animaux de basse-cour; mais certaines espèces que nous avons vues sous l’Ancien et le Moyen Empire n'apparaissent plus, et surtoutl’on ne trouve plus mention de scènes de lutte entre taureaux que nous avons rencontrées dans les tombeaux de la XIIe dynastie. Évidemment la domestication a fait une sélection d’animaux qu’elle préfère à d’autres espèces. Par contre, elle a réussi à apprivoiser et à utiliser certaines autres catégories d’animaux ; si l’on ne voit plus de grands troupeaux de gazelles, on voit encore des gazelles apprivoisées suivre leurs maîtresses, car les femmes ont toujours eu la main plus légère que les hommes : dans une scène d’El-Kab, on voit un cynocéphale tapi sous les fauteuils de son maître et de sa maîtresse.
Les autres travaux de l’agriculture se rencontrent peu daus les tombeaux de cette époque ou, s’ils sont encore représentés, ils le sont avec hâte, et non plus avec tous les détails daus lesquels ces simples scènes se complaisaient jadis. Il est visible que l’artiste égyptien ne se sent plus aussi porté à les traiter et qu’il a hâte de rencontrer des sujets plus à la mode.
Il en est de même pour l’industrie : les métiers divers que connut l’Égypte n’y sont plus représentés qu’en passant; mais leur représentation accuse un énorme progrès. Le plus célèbre tombeau en ce genre est celui de Rekh-ma-ra qui a été publié ces dernières années parM. Virey lequel a pris la peine de calquer tout le tombeau qui ne compte pas moins de 400 mètres carrés et plus de surface décorée, sans compter les hiéroglyphes. Tous les divers tableaux de ce magnifique tombeau nous offrent un progrès réel, tout à la fois et dans la manière d’exécuter les peintures, et dans les métiers représentés. Ces métiers, dans ce tombeau comme dans tout l’ensemble des tombes de cette époque, sont représentés unique-