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Tombeau de Rekhmara. Métiers, I.
ment parce que Rekh-ma-ra avait dans ses attributions civiles la surveillance de tous les métiers qui sont exécutés sous ses yeux pour la bonne confection de tous les objets qui devaient entrer dans le trésor du temple d’Amon, afin d’enrichir ce trésor, de ramasser ce qui était nécessaire à la distribution des vivresaux esclaves employés à construire ce temple et pour approvisionner les magasins ; car, en même temps qu’administrateur du nome thébain, il était aussi administrateur du temple construit à Karnak sous le Pharaon Thotmès III. Je prendrai donc la décoration telle qu’elle se trouve dans ce tombeau et je la décrirai telle que la conçurent et l'exécutèrent les artistes égyptiens.
Donc, au bout de la paroi, assis sur un tabouret posé sur une natte étendue sur le sol, un sceptre dans la main gauche, et tenant à la main droite le bâton du commandement, le préfet dé Rekhmara, en vertu de sa charge de surveillant sur tous les approvisionnements du temple, inspecte les ouvriers qui travaillent devant lui et exécutent tout ce qu’il veut. Il est accompagné d’une foule de fonctionnaires subalternes, disséminés sur quatre registres, par suite delà mauvaise disposition de ce tableau et de tous les tableaux égyptiens, mais qui en réalité sont censés entourer le personnage principal. Ils sont tous munis de quelque insigne indiquant le genre de services qu’ils rendaient ; parmi eux se trouvent sans doute quelques hauts personnages qui ont amené leurs escouades et qui sont là pour répondre de ce qui pourrait faire défaut dans la quote-part qui leur avait été assignée, ou pour recevoir la quittance que leur délivraient les scribes armés de leur palette et de leur calame. Les céréales sont apportées dans des paniers qu’on décharge en un seul tas; quelques-uns sont vides, d’autres à moitié vidés, d’autres sont apportés par des fellahs qui, les ayant posés sur le sol, se prosternent eux-mêmes à terre, attendant que leur tour arrive pour les vider. On mesure ensuite les céréales, on balaie les grains qui se sont écartés du tas, puis quittance est donnée. Le grain est ensuite montré dans les diverses transformations qu’il subit avant de pouvoir former une nourriture solide. On le moud d’abord dans un mortier dans lequel deux hommes donnent de grands coups de pilon. Quand le blé avait été moulu suffisamment, on le versait dans une corbeille; puis, de la corbeille, on le versait dans un premier vase, en ayant soin d’agiter la cor-
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
beille afin de faire affiner sur le dessus et au centre le grain moulu insuffisamment; ce n’était pas encore assez, car on mettait la farine dans un second vase après l’avoir passée au tamis. Cette opération faite, on voit l’ouvrier, qui nettoie son tamis et qui le frappe sur une barre de bois adossée contre une bille de bois, afin de faire sortir le son qui avaiL bouché les trous, pendant qu’un vase rempli de farine se trouve auprès de lui. Des légendes excitent les ouvriers : ce sont les paroles mises dans la bouche des surveillants qui assistent à l’opération debout derrière les ouvriers, leur rouleau de papyrus à la main.
On assiste ensuite à la confection du pain et des gâteaux par les serviteurs « de la maison des douceurs ».Un boulanger, à l’aide d’une pelle ou d’un morceau de bois qu’il fait tourner, délaie la farine dans un vase en terre qui sert de pétrin; un autre lui verse de l’eau afin de rendre sa tâche plus aisée. La pâte, quand elle est faite, est déposée sur une planche où les autres ouvriers la prennent et en façonnent les pains de diverses formes. On fait sans doute plusieurs sortes de pâtes pour en faire ensuite des pains de diverses espèces, car pendant qu’un ouvrier remue la pâte qui est dans un bassin placé sur un fourneau, un autre jette dans le bassin un condiment pris dans un vase qu’il tient de la main gauche et qu’il est impossible de distinguer, à moins qu’il ne faille voir, dans cette dernière représentation, la cuisson de certains gâteaux, comme en font encore aujourd’hui les petits marchands établis au coin des rues du Caire, ou le long des roules, gâteaux qui nous paraissent tout autre chose qu’appétissants, mais que les Égyptiens ne jugeaient pas comme nous. Ces pains n’étaient pas les seuls que pussent confectionner les Égyptiens; ils faisaient encore un grand nombre de gâteaux au miel, comme le montre la suite des tombeaux de Rekhmara : on mélangeait le miel avec la farine quand on pétrissait la pâle; puis; on faisait les pains etles gâteaux comme précédemment et, quand les gâteaux étaient cuits, on les transportait aux magasins, à l’aide de grandes couffes suspendues à une bretelle et on les rangeait dans les meubles du magasin destinés à cet usage.
Comme les temples avaient des biens situés à une longue distance de Thèbes, on nous montre l’arrivage des produits de ces biens sur des barques amenées à Thèbes, tout comme cela se fait aujourd’hui : on allait
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Tombeau de Rekhmara. Métiers, II.
même chercher hors de l’Égypte les produits que pouvaient fournir les pays tributaires. Les capitaines des barques se présentaient devant Rekhmara et lui rendaient compte de leur.arrivée à bon port. Puis l’on se hâtait de décharger la cargaison des barques, sous la surveillance de scribes tenant des baguettes à la main. Cette cargaison consistait en grandes jarres de vin qu’on mettait sur son épaule et qu’on transportait au cellier oïi on les déposait rangées en lignes, et soigneusement maintenues en équilibre à l’aide de petites cales en pierre. Si la jarre défiait les forces d’un seul homme, on la transportait à deux, grâce à une longue perche de bois à laquelle on la suspendait. Les jarres de vin sont soigneusement enregistrées et vérifiées, car un scribe vérificateur prenait soin de faire goûter le vin en sa présence avant de le déposer dans les magasins du temple, lesquels sont aussi représentés avec leurs approvisionnements. Non seulement en effet les barques contenaient des jarres de vin, mais aussi du bois dont on faisait les arcs pour les guerriers, des vases émaillés, des sandales, des pains, des fruits, des légumes frais ou secs, des sachets pleins de poudre d’or, des anneaux et des lingots d’or et d’argent, de l’ivoire, du bois déjà ouvragé, des boucliers, des parfums, comme l’encens, des piles de bois étrangers dont se servaient les ouvriers égyptiens. Tous ces approvisionnements ne faisaient que passer dans les magasins, car les ouvriers captifs qui travaillaient au temple en recevaient leurs rations ; on voit la scène reproduite tout au long dans un registre malheureusement mutilé en grande partie mais dont il reste assez pour pouvoir compléter facilementla scène. Il est d'autant plus regrettable que nous n’ayons pas la scène entière, qu’elle renferme plusieurs particularités de mouvements très bien rendus et qui rappellent parfaitement la nature.
Mais ce n’était pas assez d’avoir montré les magasins regorgeant de provisions et de matériaux pour le travail, il fallait encore les mettre en œuvre et c'est cette mise en œuvre que nous montrent les tableaux suivants. On nous fait entrer d’abord dans un atelier où se travaille le cuir : une peau d’animal préparée et tannée est fixée à la paroi : les ouvriers sont à la besogne : celui-ci, assis sur un siège, découpe avec le tranchetdes lanières de cuir; celui-là, aidé d’un troisième, tord ensemble les lanières de
cuirpour en former une sorte de cordonnet; l’aide a passé le fil à sa cein- Ann. G. 71
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ture et tire de toutes ses forces afin de le mieux tendre; il le fait aussi passer, pour lui donner la grosseur voulue, à travers une sorte de douille ià laquelle se trouve une poignée qui permettra de tirer avec plus de force. Les cordes sont appendues aux murs. D’autres ouvriers façonnent des sandales, leurs outils sont auprès d’eux, une halène, un tire-points, une sorte de peigne à cinq dents, ou d’emporte-pièce, permettant de faire plusieurs trous à la fois. Et non seulement on se livre ainsi à la confection des sandales, mais aussi à tous les autres ouvrages où l’on employait le cuir, comme à boucher certains vases que l’on forait d’abord, grâce aune sorte de violon dont la corde était en cuir, à faire des boucliers, à préparer le cuir pour les usages les plus divers; on le polit, on le rend plus malléable en le battant. On fait aussi des carquois en cuir, et l’on va présenter les choses qui sont achevées au surveillant en chef Rekhmara; on serait tenté d’appliquer ici le mot de Virgile: Fervet opus. On voit aussi d’autres ouvriers passant des perles en verre dans un lien en cuir pour en former les colliers qui, appliqués sur une bande de peau préparée, étaient si à la mode en Égypte.
Le travail du bois suit immédiatement le travail du cuir. Deux ouvriers mettent la dernière main à un meuble, une sorte de coffre qui repose sur une base distincte ; un autre serre, avec une corde, la partie inférieure d’un arbre qu’il est eu train de scier, et la scie est restée dans l’arbre : deux autres ouvriers bûchent des pièces de bois dans deux positions parfaitement saisies et que connaissent bien ceux qui ont vu des ouvriers charpentiers en train d’équarrir les énormes pièces de bois qu’on veut ensuite faire passer à la scie. Un autre fait des mortaises dans une bille et frappe de son maillet le ciseau ou le bec-d’âne qu’il tient de sa main gauche. En dessus, d’autres ouvriers sont en train de façonner des sièges ou parties de siège, de faire des trous dans l’un des sièges achevés ou de polir les pieds qu’on doit mettre aux autres sièges. Deux autres ouvriers achèvent de sculpter ou de marqueter un grand naos au bas duquel deux au très hommes font les ornements que l’on appliquera ensuite sur les côtés du naos. D’autres encore polissent une colonne de bois après l’avoir façonnée à l’herminette; à côté, on façonne un lit à tête de lion, on fait des travauxpréliminaires à la confection de coffres : les outils sont placés près des
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ouvriers, l’équerre et peut-être aussi le compas, et l’on donne enfin la dernière façon aux planches que l’on emploiera à la fabrication des meubles précieux en collant ces lames de bois sur d’autres pièces de bois plus commun, c’est-à-dire qu’on les plaque. Le pot à colle chauffe sur un brasier allumé, et l’on voit dans un vase la substance dont se fait celte colle, pendant qu’à côté un troisième ouvrier l’emploie. On prépare ensuite des statues et l’on présente à Rekh-ma-ra une statue royale, en bois peint et même doré.
Puis vient ce qu’on a appelé l 'atelier des orfèvres , où l’on suit le travail que nécessite l’or depuis sa fusion jusqu’à son application sur certains autres métaux ou sur le bois. On commence par allumer le feu, pendant que des seaux pleins de matières propres à brûler sont à la portée des ouvriers ; le feu flambe et l’on lient par-dessus le creuset enfermé entre deux instruments, des pinces qui ressembleraient fort à de longs fers à friser ou à tuyauter, qui se croisent l’un l’autre : des soufflets terminés par un chalumeau sont placés non loin des brasiers afin d’activer le feu. Les soufflets sont redressés au moyen d’une ficelle que les ouvriers tiennent à la main. Pour quelques-uns de ces soufflets, l'instrument se redresse luimême et montre que les Égyptiens de celte époque avaient déjà connaissance de la soupape. L’or en fusion est aussitôt versé dans des vases où il prend la forme que veulent lui donner les orfèvres. On apporte alors au creuset des lingots, de l’or en poudre; on fait fondre le tout et une inscription dit que cet or est destiné à recouvrir de lames d’or les battants de la porte d’Amon. Dans d’autres tombeaux, il est dit que cet usage de recouvrir des surfaces planes de lamelles d’or s’étendait non seulement aux portes des temples, mais encore aux parois. On se livre aussi activement à la confection de vases précieux : tout le travail auquel se livraient les orfèvres égyptiens, depuis une nouvèlle scène de fusion du métal jusqu’à la dernière main mise à l’œuvre commencée, se déroule aux yeux. Les vases se multiplient sous la main des ouvriers et l’on peut voir que les outils dont ils se servaient étaient pendus aux murs ou placés à terre devant eux. L’enclume résonne des coups de pierre dont on battait le métal pour le rendre malléable et l’amincir : on grave et cisèle les vases. On forme aussi des anneaux de métal qu’on utilisera pour le commerce en échange d'autres
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produits ou qu’on gardera dans les trésors du temple pour les employer plus tard. Le poids de chaque anneau est vérifié dans une balance, ou on les pèse plusieurs à la fois avec des poids en forme de cône ou à tête d’animal. Puis le tout est présenté au préfet Rekhmaraet enregistré soigneusement avant d’être enfermé dans le trésor du temple. On sait ainsi à peu près tout ce que faisaient les orfèvres de la vallée du Nil.
Enfin les parois de la tombe de Rekhmara nous montrent à l’œuvre les ouvriers égyptiens employés à la construction des édifices et les sculpteurs qui décoraient ces mêmes édifices de leurs œuvres d’art. La fabrication des briques nous est d’abord montrée, depuis la sorte de bassin où l’on prend la terre presque à l’état de boue et où sont plongés les ouvriers qui viennent chercher la matière première de leur travail. On mêle à la boue prise au bassin de la terre que l’on pioche et dont des tas sont disposés près de chaque ouvrier mouleur afin qu’il les utilise jusqu’au moulage et au séchage de la brique ; puis on transporte chacune de ces briques à l’endroit où ont été établis les ateliers de construction. Des surveillants, le bâton à la main, tranquillement accroupis, les genoux à la hauteur des yeux, regardent les travailleurs pour les exciter, s’ils se relâchent de l’ardeur nécessaire, ou les rappeler à l’ordre, s’ils s’en écartent. La brique est confectionnée grâce à un moule de bois, et rangée comme on la range encore aujourd’hui en France.
Une grande partie des travailleurs sont des captifs amenés par le Pharaon de ses expéditions lointaines, ou mieux de ses razzias; ce sont eux qui sont chargés de porter la brique au lieu où on l’emploiera à former un plan incliné qui devra s’élever à mesure que s’élèveront les murs du temple que l’on construit et par lequel on fera monter jusqu’à la hauteur voulue les blocs énormes qu’employaientles constructeurs égyptiens. Des maçons sont à l’œuvre : après avoir élevé un certain nombre d’assises, ils sont sur le point d’en placer une nouvelle qui est sous leur main et repose sur une sorte de rouleau ou de plancher en bois avec lequel on le hissera jusqu’à la hauteur de la construction. Sous ces premiers ouvriers se trouvaient autrefois des captifs qui amenaient au temple construit les colosses, les statues ou les sphinx qui devaient en orner l’intérieur ou en décorer les avenues. Puis on achève les colosses, les statues ou les sphinx, on les
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polit au moyen du polissoir de pierre qu’on passe et repasse à l’endroit où il faut donner le poli nécessaire : on se servait pour cette action d'une sorte de poudre que l’on étendait avec une brosse sur les surfaces qui avaient besoin de polissage. La statue colossale de Thotmès III est encore entourée d'échafaudages qu’on a disposés pour la transporter ou pour exécuter les derniers travaux.
Toutes ces scènes se passent sous les yeux de Rekhmara qui, comme je l’ai dit plus haut, inspecte tous lesrésultats obtenus, suivi d’un nombreux cortège d’employés de toute sorte qui sont rangés sur cinq registres et qui portent le nom d 'auditeurs de paroles , c’est-à-dire de gens qui écoutent l’ordre du maître pour l’accomplir, comme s’exprime la formule ordinaire : Entendu, obéi. Nul doute que si le tombeau n’eût souffert aucune injure, nous n’eussions d’autres scènes à noter et à expliquer; mais les hommes ont pris plaisir à détruire ce que leurs prédécesseurs sur la terre avaient mis tant de soins et de temps à construire, et nous sommes malheureusement obligés de nous contenter de ce que nous avons.
Heureusement d’autres tombeaux nous redonnent en grande partie sans doute, sinon dans leur entier, les scènes qui sont absentes du tomeau de Rekhmara. Je ne ferai que les indiquer ici pour ne pas allonger inutilement ce chapitre, en me bornant aux scènes nouvelles. Dans l’ordre de l’agriculture, on voit des scènes qu’il eût été inutile de chercher plus haut dans l’histoire égyptienne, quoique vraisemblablement elles existassent en réalité, comme la marque des troupeaux au moyen d’un fer rougi au feu : les machines encore en usage aujourd’hui pourl’arrosage dans la Haute et la Basse-Égypte font leur apparition et les tombeaux de Thèbes nous montrent deux schadoufs exactement construits le long des rives du fleuve comme ils sont encore construits de nos jours ; l’on ne voit plus les simples pots employés à l’époque précédente. Dans un autre genre, on voit aussi les punitions infligées aux hommes d’une exploitation, sous les yeux du surveillant. Et non seulement ces scènes marquent un progrès réel, mais elles sont faites avec plus d’aisance que celles de Beni-Hassan et l’on n’y remarque pas les horribles défauts de dessin que l’on voit, par exemple, dans le combat des deux taureaux, où les bras des deux hommes sont confondus l’un avec l’autre jusqu’à mi-longueur; on a changé de manière
ANNALES DU MUSÉE GUI MET
dans le rendu, el le défaut nouveau que l’on a employé pour obvier à l’inconvénient précédent est beaucoup moins apparent que le premier, s’il n’est pas plus conforme à la nature.
Dans l’art de tisser la toile, les tombeaux thébains el ceux d’El-Kab nous montrent une forme de métier toute différente de celui qu’on employait à Beni-Ilassan , mais on ne représente plus toutes les opérations intermédiaires. Pour ce qui regarde la couture des habits ou du linge, le blanchissage des toiles, on voit parfois de quels instruments se servaient les Egyptiens, mais le plus souvent on en est réduit au mobilier que renfermaient les tombeaux et que nous retrouverons plus loin.
Les scènes de chasse et de pêche sont encore représentées assez souvent sur les parois des tombes de cette époque ; le plus souvent elles le sont absolument comme elles se trouvent à Beni-Hassan ou dans les autres lieux contenant des tombeaux du Moyen Empire. Cependant il y a une tendance à faire disparaître les chasses où l’on voit le principal personnage, ayant sur son bateau sa femme el ses enfants, l’engager dans les fourrés de papyrus et étourdir les oiseaux à coups de casse-tête. On a réservé presque tout l’espace qu’on pouvait accorder à ce genre de décorations à des scènes plus relevées où la chasse se passe sur le plateau montagneux. La chasse à l’autruche semble avoir été particulièrement en honneur à cette époque : on prenait les autruches vivantes, comme on le voit dans une représentation. Pour la pêche, il n’y a guère que les engins peu usuels qui soient changés et il semble aussi, en voyant le personnage important qui a fait transporter un siège sur les bords du fleuve ou d’un canal pour occuper ses loisirs à pêcher à la ligne, que l’on s’occupait plus du confortable qu’on ne l’avait fait jusqu’alors.
11 est évident aussi qu’avant les travaux agricoles el industriels on prit un grand plaisir à représenter les scènes de la vie sociale où les grands de l’Égvpte se complaisaient : on voit très souvent représentés des festins, des banquets, des troupes d’almées, de chanteurs, de musiciens, même des scènes d’ivresse où l’on peut reconnaître que les Égyptiens ne détestaient pas le vin. La plupart de ces scènes représentent des banquets funéraires, et, comme tels, nous les retrouverons à la dernière partie de cet ouvrage. Cependant on trouve quelquefois dans les scènes de la vie réelle des réu-
nions de dames où elles parlent de leur toilette, où elles se montrent les unes aux autres leurs bijoux et leurs pendants d’oreille; dans d’autres scènes, nous voyons ces mêmes dames rentrer d’une visite qu’elles ont faite, traverser un jardin sans s’y arrêter, être reçues par les enfants en bas âge qui, tout nus, accourent à leur rencontre et reçoivent des jouets que tiennent des suivantes, pendant que des esclaves, à robes à paniers, accourent avec des rafraîchissements et que l’une de ces dames n’a pu attendre leur arrivée pour prendre à pleines mains la gargoulette d’eau fraîche qui doit apaiser sa soif. Si les dames égyptiennes se fussent toujours contentées d’eau, les artistes n’auraient point eu à les sculpter ou à les peindre, au beau milieu d’un festin on d’une fête, se faisant apporter par un esclave un bassin où elles rejettent le liquide qu’elles ont absorbé en trop grande quantité1. Certaines de ces scènes sont traitées avec un soin du détail qui montre bien que les artistes les ayant exécutées y attachaient une grande importance. Les femmes et les hommes, dans un banquet, assis deux par deux et reconnaissables à leurs coiffures, magnifiquement habillés et évidemment avec toute la recherche possible à cette époque, portant tous les bijoux qu’il était convenable de porter, ayant chacun une fleur épanouie ou un bouton de lotus dont ils respirent le parfum, sont traités avec amour, et de même aussi les servantes blanches qui leur dispensent les mets et les vins, de même encore et surtout les danseuses et les joueuses d’instruments qui, alors comme aujourd’hui, sont surchargées d’ornements et portent leurs plus belles toilettes. Dans une autre scène, les dames sont en beaucoup plus grand nombre que les hommes et elles sont représentées au moment de leur arrivée, alors qu’elles n’ont pas encore reçu les premiers dons de l’hospitalité égyptienne que leur apportent des servantes blanches venant à elles avec du vin, des essences odoriférantes et des guirlandes de fleurs : quelques-unes d’entre elles quiontdéjcà
1. Ces scènes sont encore une preuve que les artistes égyptiens ne songeaient nullement au mort quand ils les dessinaient; car un défunt, quelque grand qu'il fût, ou plutôt qu'il eût été, ne pouvait pas prendre plaisir à voir donner un festin où une, sinon plusieurs dames invitées, rendait dans un bassin ce qu’elle avait bu en trop, et donner en réalité un festin où les dames buvaient trop et se donnaient des indigestions. Ce sont là des scènes qui ont dû se passer dans la vie réelle et qui ne pouvaient se répéter au gré du défunt, quelque envie qu’eussent les dames de sa famille de lui être agréables.
ANNALES DU MUSÉE G U I MET
reçu les Heurs de lolus, se les font admirer et sentir les unes aux autres4. Quelquefois, quand une femme de condition est représentée arrivant dans une maison, on mettait à sa disposition une esclave blanche et une esclave noire, chargées de lui apporter tout ce qu’elles peuvent désirer. Dans d’autres scènes, on voit des esclaves entourer une dame qui vient de se baigner, la parfumer et lui rendre tous les services attendus d’elle. Ce sont précisément toutes les scènes si différentes de celles que j’ai fait déjà passer sous les yeux du lecteur, qui constituent le progrès de l’art, comme elles constituent le progrès des relations sociales à celle époque.
Les Égyptiens, en traçant sur les parois de leurs tombeaux ces scènes et d’autres semblables, n’ont eu garde de n’y point mêler la musique. Le chant, le jeu des instruments et la danse ont toujours été beaucoup goûtés en Égypte, quelle que soit l’époque à laquelle on prend l’histoire de ce pays. Les chanteuses, les joueuses d’instruments, les danseuses pullulent donc sur les parois des tombes, et tout autant les chanteurs et les instrumentistes de tout genre. La harpe, la cithare, la flûte simple, la double flûte, la flûte oblique, la lyre, l’instrument que les Égyptiens appellent rebâb sont fréquemment représentés sur les parois, et l’on ne peut s’empêcher de constater que, de ce côté-là, il y a eu progrès depuis l’Ancien et le Moyen Empire. Non seulement les Égyptiens recherchaient les douces sensations que faisait naître la musique, mais ils aimaient aussi beaucoup le spectacle que leur procuraient les chanteuses, les joueuses d’instrument et les danseuses, vêtues le plus souvent de longues robes d’étoffes transparentes qui permettaient de voiries formes du corps. La danse et le chant que les habitants de l’Ancienne Égypte préféraient devaient sans doute beaucoup ressembler à ceux que leurs descendants préfèrent aujourd’hui, ou mieux encore à ceux que les habitants du Soudan et les Barbarins aiment jusqu’à la folie, car on voit dans les peintures thébaines des dames marquer la mesure en frappant dans leurs mains, tout comme le font encore les Nègres, les Barbarins et les Egyptiens eux-mêmes. Ils avaient pour s’aider dans le battement de la mesure des instruments spéciaux que l’on
1 . Il est fort malheureux que ces scènes soient endommagées et que le climat de l’Angleterre, car ces deux dernières scènes sont au British Muséum, leur ait enlevé toutes les couleurs qui les faisaient primitivement ressortir dans leurs moindres détails.
trouve encore en Égypte où ils se sont développés d’une manière extraordinaire, et où il n’y a si pauvre femme que ce soit, si elle aime la musique ou ce qui en approche, qui ne puisse se payer un tambour de Basque ou une darciboukah. Les femmes n’étaient pas les seules à pouvoir chanter et jouer des instruments, les hommes y devenaient aussi habiles que leurs compétilrices, et on les voit représentés dans les tombeaux thébains presque aussi souvent que les femmes. Les cymbales et les crotales, une sorte d’instrument qui n’a pas de nom et qui s’est perdu, rappelant peutêtre la crécelle, se trouvent aussi représentés sur les murs des tombeaux. Le tambour et la trompette étaient déjà inventés et nous les retrouverons bientôt quand je parlerai des soldats et de leurs exercices; mais on s’en servait aussi dans les sérénades ou les aubades que les chanteurs des rues allaient donner aux riches afin d’en obtenir récompense. Leurs danses ressemblent du tout au tout à celles que les baladins ou les pauvres gens exécutent tous les jours dans les rues du Caire pour le plus grand plaisir des habitants qui ont toujours quelques menues pièces de monnaie à leur donner ou quelque don en nature à leur faire.
La danse qui est de bon ton ne ressemble guère à celle des pauvres baladins des rues : elle a dû demander un long exercice d’assouplissement, si l’on s’en rapporte aux représentations de Beni-Hassan et aussi à celles des tombeaux thébains; mais la danse qui nous est montrée dans les derniers ne ressemble plus guère à celles que nous ont fait voir les premiers. La danse sous le Nouvel Empire thébain avait presque la lascivité des danses modernes; mais il semble cependant qu’il y ait plus de retenue : c’étaient déjà en grande partie les mêmes tours de hanches et de reins qu’on a pu admirer à l’Exposition universelle de 1889 et qui ont attiré tant de personnes curieuses de voir ce qu’elles n’avaient jamais vu : la fameuse danse du ventre semble même avoir été connue et pratiquée à cette époque reculée. Les danseuses, comme les chanteuses ou les joueuses d’instruments, étaient l’ornement obligé de toutes les fêtes, de tous les festins, comme de nos jours un homme un peu bien élevé et ayant quelque richesse ne manque point d’offrir ce dernier ragoût à ceux de ses amis ou aux étrangers qu’il veut honorer après un festin. Aussi les tombeaux de Thèbes nous en offrent une si grande quantité que l’illustrateur n’a que la difficulté du choix Ann. G. 72
à faire. Les artistes égyptiens ont déployé dans ces sortes de représentations toute l’habileté dont ils étaient capables, et la figure de la jeune chanteuse et joueuse de cithare dont j’ai déjà parlé et qui a été si souvent représentée nous donne en effet la mesure de leur habileté.
Ces fêtes et ces festins demandaient des appartements assez vastes pour pouvoir y loger commodément les nombreuses compagnies qui nous sont représentées sur les murs des hypogées. Aussi les tombes de cette époque nous montrent-elles des habitations, sinon luxueuses au sens moderne de ce mot, du moins contenant tout ce que le goût du confortable comportait à cette époque. Jusqu’ici les monuments funéraires ne nous ont montré que des maisons tout à fait primitives, et les musées d’Europe, comme celui de Boulaq devenu actuellement le Musée de Gizeh, contiennent des modèles en terre de ces sortes d’habitations; mais les tombeaux de Thèbes et surtout ceux d’El-Amarna nous offrent des représentations très compliquées des maisons égyptiennes à cette époque; je réserverai pour plus tard la description des maisons représentées à El-Amarna, mais je dois dire ici quelles sont les maisons que nous montrent les peintures de la nécropole thébaine. La plus grande partie des maisons dont nous retrouvons les représentations dans les tombeaux à cette époque sont des maisons à un étage, percées de plusieurs fenêtres au rez-de-chaussée et à l’unique étage qui s’élève sur le rez-de-chaussée : elles sont surmontées d’une terrasse, ou plutôt d’une galerie dont un côté restait ouvert, mais qui était pourvue d’un toit, tout comme certaines maisons actuelles du Caire ’. L’entrée de ces maisons est le plus souvent simple, d’autres fois elle est déjà pourvue des ornements architecturaux, tels que corniches, lignes courbes, ou autres dessins faits au moyen de la pierre et des briques1 2. La
1. On croit le contraire, mais ce qui a fait illusion en ce cas, c’est l’inhabileté des Égyptiens à représenter un monument par suite de leur ignorance, ou du non-emploi de la perspective.
2. Je crois que la plupart des maisons particulières, même celles des plus grands Pharaons, étaient bâties en briques. En effet, outre que la pierre n’est pas commune en Égypte, à moins d’aller la chercher à la montagne, ce qui entraîne de grandes dépenses et de grandes difficultés, il est certain que pas une de ces maisons n’a subsisté jusqu’à nos jours, qu’au contraire les temples construits, pour l’immense majorité en pierre calcaire, ou en grès, avec des parties en granit, ont très bien résisté aux injures du temps moins grandes que celles des hommes. Or, pourquoi les maisons particulières n’auraient-elles pas résistéjusqu’à
porte est ornée de peintures et d’inscriptions hospitalières ou magiques, pour inviter les hôtes et leur assurer un bon accueil ou pour prévenir l'effet du mauvais œil. Elle était fermée au moyen de serrures primitives et cependant très compliquées, encore d'un usage courant en Égypte ; mais on connaissait aussi les serrures et les clefs de métal. Quelquefois on prenait soin d’élever en face de la terrasse de la maison une haute tour qui représentait avec assez d’exactitude la forme du pylône. Que les maisons représentées dans les tombes delà nécropole thébaine soient les représentations exactes des maisons anciennes en Égypte, c’est ce que montre un détail significatif : on y voit un palmier compris dans la maison même et élevant au-dessus d’elle ses branches chargées de dattes, tout comme aujourd’hui encore la même coutume existe due à la persistance d’une même superstition, à la croyance que l’arbre au pied duquel on a déposé les premières pelletées de la terre enlevée pour les fondations d’une maison protège cette maison contre toute puissance mauvaise. Un détail typique se rencontre aussi dans l’une des représentations de la nécropole thébaine, c’est l’instrument grâce auquel on captait en quelque sorte le vent qu’on faisait ensuite descendre dans l’intérieur des appartements qui étaient ainsi aérés et recevaient une ventilation toujours la bienvenue dans ces climats torrides. Les maisons étaient ordinairement ceintes d’un mur dont elles étaient séparées par une large cour dont nous aurons plus lard à déterminer l’emploi ; en cela, elles étaient faites comme les maisons de la Grèce et de Home aux temps primitifs. Quelques-unes ont eu des créneaux, s’il faut en croire les représentations qui sont faites; d’autres fois le sommet des murs était orné de petits ornements en fer ou en bois.
D’après les représentations que nous connaissons, le rez-de-chaussée des maisons égyptiennes était entièrement occupé par. des magasins dont tou-
nos jours, comme les temples, si elles avaient été construites des mêmes matériaux? D'ailleurs, le fait qu’actuellement toutes les maisons de l’Égypte sont construites en briques, si l’on excepte certaines villes où l’on a libéralement usé des monuments anciens qu’on détruisait pour son utilité particulière et celles où les usages de l’Europe sont entrés avec une grande facilité, toutes les maisons sont construites en briques. Je crois qu’encore en celte occasion on peut légitimement remonter de l’état présent de l’Égypte à son état ancien, et j’en conclus que presque toutes, si non toutes les maisons anciennes étaient construites en briques, sans parler des cabanes en limon.
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tes les portes ouvraient sur la cour intérieure que je viens de signaler, servant le plus souvent à tous les besoins de la vie privée1. Ces magasins étaient utiles et même nécessaires pour ranger et conserver toutes les provisions qui faisaient alors la richesse des particuliers, comme des princes et du Pharaon lui-même. Dans Tune de ces maisons représentées sur les parois des tombes thébaines, il n'y a pas moins de vingt-quatre de ces magasins répartis, six par six, dans quatre corps de bâtiments se trouvant deux par deux de chaque côté de l’espace occupé par les constructions et séparés par une petite cour où étaient plantés des arbres, six à droite et huit à gauche. Chacun des deux côtés avait son entrée particulière, sans compter l’entrée de chaque magasin fermé par une porte. Le côté droit avait en outre une entrée plus spéciale donnant sur la rue, comme aujourd’hui, outre l’entrée principale destinée au maître et aux étrangers, il y a encore une entrée spéciale destinée aux femmes qui composent le harem, à leurs visiteuses et à leurs servantes. Ces deux côtés de bâtiments étaient situés autour d’une large cour intérieure, elle aussi plantée d’arbres, ayant deux entrées, et même trois, car h côté des grandes portes existe une troisième porte plus petite. On y pénétrait, après avoir passé par un petit kiosque situé au milieu de la cour d’entrée dans laquelle donnaient également accès trois portes, dont une grande et deux petites, la grande précédée d'une sorte de portique avec des colonnes en bois surmontées d’un ornement de forme particulière. De chaque côté de ce portique sont rangés des arbres qui surpassent de leurs branches certaines constructions à cinq ouvertures. Si les Égyptiens n’ont représenté que les magasins situés au rez-de-chaussée de la maison, c’est que le défaut de perspective ne leur permettait pas de figurer l’étage supérieur, ni la galerie, ni même la terrasse : s’ils voulaient donner une idée des richesses contenues dans les magasins, ils y ont réussi, mais cela ne nous permet pas le moins du monde de concevoir ce qu’étaient les maisons, et si nous n’avions que les représentations thébaines, nous ne pourrions le savoir : fort heureusement les maisons figurées dans les tombeaux d’El-Amarna suppléeront à ce manque de renseignements.
1. Au fond c’est le même plan que les maisons romaines de l’ancien temps qui se voient encore à Pompéi et qui est conservé dans la disposition des grandes maisons de Naples.
Les maisons égyptiennes des grands seigneurs de cette époque comprennent presque toujours des jardins; car, c’est en effet à cette époque, c’est-à-dire environ dix-huit siècles avant notre ère, que remontent les grandes expéditions qui portèrent l’empire égyptien dans des contrées où il n’avait pas encore pénétré. Les Égyptiens, outre leurs guerres d’invasions, firent aussi des voyages purement d’exploration et ils rapportèrent de tous les pays où ils s’avançaient, soit par les armes, soit par le commerce, non seulement des métaux précieux, des pierres fines et des animaux que ne connaissait pas leur pays, mais aussi des essences d’arbres que ne portait point la terre noire de la vallée du Nil. Les grands officiers de la couronne d’Égypte qui présidaient à ce transport ont représenté ces scènes dans leurs tombeaux, croyant avec raison que ce serait un titre de gloire pour eux près de la postérité. Aussi trouve-t-on encore assez fréquemment ces sortes de scènes qui nous font assister à la manière dont les Égyptiens s’y prenaient pour transporter les arbres enlevés aux pays étrangers et les acclimater en Égypte. Le scribe Enna avait même un jardin où il avait réuni dix-neuf essences d'arbres étrangers à l’Égypte et plus de 493 individus. Ce fut surtout à partir du règne de la reine Ilatschopset que ce goût domina en Égypte : aussi presque tous les tombeaux où l’on rencontre cette scène datent-ils du règne de son neveu et de son pupille Tholmès III. Les jardins étaient un grand luxe en Egypte et le sont encore1. Si l’on en juge par les représentations qui existent encore sur les murs des tombeaux, ils devaient être énormes. Dans l’un d’eux, dont Rosellini a donné la représentation dans son ouvrage sur l’Égypte2, l’artiste a voulu évidemment figurer une grande richesse. Le jardin est entouré d’un canal qu’un petit pont permet de franchir. Une entrée monumentale y donnait accès, et alors on se trouvait dans un fouillis inextricable de plantes, fouillis resté toujours en honneur en Égypte : les vignes, les palmiers douais, les sycomores, les grandes plantes aquatiques y formaient
1. E. Amélineau, Les Actes des martyrs de l’Église copte p. 198-199, où est donnée la des-cription des jardins de Ptolémée les martyrs, jardins si beaux, que le solitaire Paphnouti crut y voir le paradis de Dieu et se prit à pleurer en les considérant.
2. Rossellini, Monumenti civili, pi. LXIX. — Cette représentation a été souvent reproduite depuis.
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un mélange qui dut être considéré comme la preuve suprême du bon goût. Quatre bassins situés, deux de chaque côté de la porte d’entrée et deux autres parallèlement à la vigne qui occupait le milieu du jardin, y entretenaient une agréable fraîcheur, permettaient d’arroser le terrain
Jardin d’Amonemheb (d’après Virey, Sept tombeaux thébains , p. 270).
et de donner à boire aux arbres. Le plan n’est pas régulier suivant lequel sont rangés les arbres, et les diverses habitations nécessaires à l’exploitation de ce jardin sont placées un peu trop arbitrairement. Au fond, près des deux petits bassins, se trouvaient deux kiosques où l’on pouvait aller prendre le frais, respirer les parfums des arbres et savourer les fruits déli-
cieux qu’ils produisaient. Sans cloute quelques-uns de ces fruits ne sembleraient à notre palais que désagréables au possible, mais il faut tenir compte de la distance qui nous sépare de ce temps et des progrès accomplis en faveur de la race humaine. Tout au fond du jardin, séparés seulement du canal par une rangée de sycomores et de palmiers, se trouvaient des chambres renfermant tout ce qui charmait les Égyptiens, des Heurs, de l’eau, du vin. A côté de ces chambres, au nombre de trois, sont disposées quatre autres constructions dont je ne saisis pas bien la destination. C’était là ce que l’Égypte pouvait rêverde plus admirable en fait de plaisirs naturels. Aussi tout Égyptien aspirait-il à retrouver après sa mort les délices dont il avait joui pendant sa vie et demandait-il aux dieux qu’il lui fût accordé de se rafraîchir aux bords de son bassin et de se nourrir des fruits qu’il avait savourés sa vie durant. Nous retrouverons plus loin les maisons et les jardins des Égyptiens; qu’il me suffise de faire observer ici qu’elles constituent
Kiosque de Khem-nakhet (d’après Virey, Sept tombeaux thébains, p. 320).
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Jardin de Khem-nakhet (d’après Virey, Sept tombeaux thébains, p. 320).
bien, avec leur entourage, une particularité des tombes de l’époque dont je m'occupe.
Une autre de ces particularités, c’est l’importance que prennent nécessairement tous les métiers qui concourent à préparer et à faire la guerre : il ne faut pas oublier en effet que cette époque est celle de la conquête égyptienne par excellence. Aussi les tombes sont nombreuses qui nous montrent les soldats faisant l’exercice, allant à la corvée, paradant au roulement du tambour et au son de la trompette, revêtus de leurs armes dé-
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fensives et tenant leurs armes offensives à la main prêts à percer l’ennemi. Si les grandes batailles et les grands sièges ne sont plus représentés dans les tombes, réservés qu’ils sont pour les murs des temples, du moins
Soldats allant chercher leurs vivres (d’après Virey, Sept tombeaux thébains, p. 228).
à ce que j’en connais, c’est que ces scènes héroïques semblent être trop grandes pour de simples chefs, même s’ils sont très élevés, et que là encore le pouvoir royal a concentré sur lui tout ce qu’il y avait de plus grand et de plus glorieux. C’est l’évolution sociale accomplie en Égypte qui a changé la décoration habituelle à l’époque précédente aux peintres égyp-
Exercices militaires (d’après Virey, Sept tombeaux thébains, p. 288).
tiens. D’ailleurs il leur restait de quoi faire preuve d’habileté, puisquel’armement n’avait pas été sans progresser : on avait enrégimenté de nouveaux types de soldats, on leur avait appris de nouveaux exercices et surtout on avait introduit dans l’armée égyptienne un nouveau type de combattants, à savoir les hommes placés sur un char traîné par deux chevaux. Les guerres avec leurs puissants voisins, les Khitti, avaient appris aux Égyptiens combien le cheval pouvait leur être utile dans les combats et ils
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Tombeau de Scheikh 'Abd-el-Gournah, (d'après Lkpsius. III Ablli., pl. 63 et 64).
avaient surmonté toutes les difficultés qu'offrait leur pays à l’élevage et à l’emploi du cheval. Aussi à l’époque dont je m’occupe, les artistes de l’Egypte ont-ils saisi avec amour le nouveau su jet qui s’offrait à leur habileté; ils ont dessiné le cheval avec une rare perfection et l’ont enlevé avec un brio étonnant d’une ligne traçant admirablement le contour des formes de l’animal. On le trouve représenté de toutes les façons, conduit à la main, attelé, au repos, courant, galopant, se cabrant, et, quand on voit les chevaux employés journellement au Caire, on n’a point de peine à reconnaître certaines particularités de la race chevaline qui se trouvent représentées sur les monuments égyptiens, comme le port de la queue qui tombe presque jusqu’à terre E Les plus beaux spécimens en ce genre se trouvent, je crois, dans la tombe maintenant à peu près ruinée de lloui, laquelle date de la plus belle époque égyptienne, c’est-à-dire de la XVIIIe dynastie.
L'emploi du cheval pour la guerre laisse aussi supposer l’emploi et la façon de diverses choses, outils, harnachements, chariots, pour le même but : aussi les ateliers des charrons ou des carrossiers de l’époque sont-ils représentés en détail sur les monuments. On voit la manière dont s’y prenaient les ouvriers égyptiens pour faire un char partie par partie, depuis la façon des roues, la courbure des bois qui devaient être employés à former la caisse du chariot, le façonnage du timon, jusqu’au complet achèvement du char, alors qu’on le recouvre de cuir et qu’on lui met les derniers ornements. On peut conjecturer des divers degrés de la richesse des propriétaires d’après les ornements coûteux dont on les parait, depuis le char sans ornement, n’ayant que ce qui est utile à la guerre, comme le char qui est au Musée de Florence et qui a été trouvé dans l’un des tombeaux thébains, jusqu’aux chars merveilleusement parés pour les grandes
1 . On ne rencontre cependant sur les monuments du Nouvel Empire, aucun exempte dé cheval monté : pour trouver un Égyptien à cheval, il t'aul descendre jusqu’à l’époque plolémaïque où l’on représenta un soldat quelconque monté sur un cheval dont il tient les rênes de la main gauche, pendant que de la droite il brandit une arme. On en trouve le premier exemple sur une niche du temple d'Edl'ou et le second sur le portique du temple d’Esneh. On a attribué ces deux représentations à l’époque romaine. Gf. Wilkinson, Mariner ,s and customs, I, p. 191 — et l’on a dit que le cavalier d’Edfou avait été imité de celui d’Esneh c’est précisément le contraire qui est vrai .
Ann. G.
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cérémonies d’apparat où le Pharaon se montrait à son peuple dans toute sa gloire et dans toute sa pompe, comme fait aujourd’hui le Fils du Ciel aux peuples de son vaste empire. Et ce n’est pas encore tout : on avait
Façonnage du chariot de guerre.
trouvé moyen de harnacher les chevaux d’une manière très primitive, mais déjà arlislement compliquée : on les parait de tout ce qu’on croyait pouvoir rehausser leur belle allure et les chevaux de Kamsès II ou de
Façonnage du chariot de guerre.
Séti 1er ont des plumets qui devaient faire l’admiration des Egyptiens de cette époque. On adaptait aussi aux chars des carquois, des fourreaux à mettre le fouet, des courroies destinées à retenir les armes de guerre, et les peintres ou les sculpteurs égyptiens se sont complus à retracer les
moindres détails de ce qui les charmait et de ce qui offre tant d’intérêt actuellement pour l’histoire de la civilisation générale et l’histoire particulière de la civilisation égyptienne. Le char de guerre ou le chariot avait
même passé de l’Egypte aux peuples qui habitaient plus au sud, dans l’intérieur de l’Afrique : une princesse éthiopienne nous est représentée, avec toute sa suite, venant faire un voyage en Egypte, et ce voyage s’ef-
Façonnage des armes de guerre.
fectue dans un char que traînent deux bœufs attelés. J’imagine que ce char ou chariot dut être une gracieuseté faite à la princesse par le roi d’Egypte et qu’il ne lui fut pas nécessaire de parcourir tout l’espace entre son royaume et Thèbes dans le chariot où elle devait se tenir debout, malgré
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la présence de son chasse-mouches qui pouvait parfois la garantir des rayons du soleil, et qu’il lui parut sans doute plus pratique de venir en Égypte sur les barques descendant le Nil, quitte à transporter sur sa
barque ou sur l’une des barques du convoi son char elles lents animaux qui le traînaient.
La marine, en effet, avait fait de grands progrès que nous permettent de constater les peintures ou les sculptures de cette époque. Les textes des
papyrus nous le prouvent, comme les représentations des tombeaux nous le montrent, avec évidence. On construisait en effet de grands bateaux de transport capables de convoyer des animaux, des bœufs ou des vaches ; on avait même pris l’habitude de les attacher deux à deux et de les faire aussi descendre ou remonter le Nil. Dans une des tombes d’El-Kab, c’est un attelage de deux chevaux qui est transporté, avec le char qu’on leur faisait tirer, dans un bateau à six rangs de rameurs. Les chevaux sont sur le devant de la barque et le char est posé sur la cabine où un homme le solidifie de manière à ce qu’il ne lombe pas dans le fleuve. Les tombeaux de Thèbes
Façonnage des armes de guerre.
nous mollirent des bateaux de guerre à dix rangs de rameurs, d’où les archers égyptiens lancent leurs flèches sur les ennemis, pendant qu’un frondeur juché dans une sorte de coupe, au haut du mât, lance ses projectiles, à tour de bras. Sur d’autres bateaux, les soldats égyptiens, dans une lutte corps à corps, ou plutôt dans un abordage de navire à navire, se servent de massues et portent leurs boucliers, la main gauche passée dans la courroie, ou autour de leurs épaules, ombrageant ainsi leurs tètes pendant qu’une sorte de rempart en bois protégeait les rameurs. On voit donc que la décoration des tombeaux suivait pas à pas la marche progressive de la civilisation générale, et qu’on voulait retracer des scènes de vie vécue et non pas se donner le plaisir de se voir faisant telle ou telle chose sur les murs du tombeau, afin de revivre dans les enfers les scènes qu’on avait vécues sur la terre une première fois.
Cette pensée se fait encore mieux voir dans les scènes qu’il me reste à décrire pour achever la description des motifs de décoration dont on se servait à cette époque dans les tombeaux égyptiens. L’idée dont je parle se montre déjà dans la scène où les Asiatiques apportent leurs tributs à Ekhnoum-hôtep dans les tombeaux de Beni-llassan : mais, sous le Moyen Empire, cette scène est à l’état isolé, ce qui se comprend très bien d’ailleurs. Elle se développa d’une manière prodigieuse à l’époque de la grande conquête égyptienne, comme il devait être selon les lois qui président aux évolutions humaines. A cette époque de l’histoire égyptienne, les Pharaons qui sont à la tête de l'Egypte, opèrent des conquêtes et font des expéditions de tous les côtés où ils peuvent en faire, c’est-à-dire à l’orient et au midi. Les races du sud, enfantines et peu avancées dans la civilisation, devaient leur offrir une proie longtemps encore destinée à être l’ornement de leurs triomphes ; celles de l’est, et sont compris dans ce nombre ceux que les Égyptiens nomment peuples du nord, furent beaucoup plus difficiles à vaincre et à maintenir dans la soumission : aussi se délivrèrent-ils assez vite de la suprématie égyptienne, pour attaquer bientôt après leurs ennemis jusque sur leur territoire, tandis que l’empire égyptien devait survivre en Éthiopie durant de nombreux siècles. Quoi qu’il en soit, sous la XVIIIe, la XIXe et une partie de la XXe dynastie, ils furent les uns et les autres soumis tant bien que mal aux conquérants égyptiens et durent
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payer des tributs souvent immenses, toujours considérables, à leurs heureux vainqueurs. Aussi pendant cette période la richesse de l’Égypte futelle énorme, on serait presque tenté de dire fabuleuse. Une expédition victorieuse de la reine Hatschopsel dans les régions voisines de la mer Bouge, c’est-à-dire sur la côte des Sômalis, amena même en Égypte quantité d’arbres, de fruits, de parfums nouveaux, etc., ainsi que je l’ai déjà dit. Pour enregistrer ces énormes tributs et pour les recevoir au nom du Pharaon, pour surveiller leur mise en magasin et pour les y conserver, il fallut créer de nouvelles charges, ou du moins amplifier de beaucoup celles qui existaient déjà, et l’administration égyptienne s’en trouva encore plus compliquée. Ces nouvelles charges ainsi créées, ou amplifiées, et ayant des attributions plus grandes, charges dont la plus haute était le préposé à la double maison blanche , ce qui était quelque chose d’à peu près semble à notre ministre des Finances, quoique la monnaie n’existât pas, étaient peut-être exclusivement limitées et essentiellement temporaires, pour telle ou telle circonstance particulière où les tributs étaient apportés à Thèbes par les princes mêmes des nations qui y étaient soumises, car il semble bien tout à fait impossible que les mêmes princes revinssent chaque année pour payer le même tribut; ils auraient été continuellement en voyage et n’auraient pas eu le temps de préparer leurs révoltes régulières contre un joug qui ne laissait pas d’être dur. D’un autre côté, le fait que certains officiers reçurent à des époques nécessairement différentes les tributs du nord et ceux du midi semblerait indiquer une certaine stabilité dans la charge, ou tout au moins une nouvelle institution pour l’officier. Quoi qu’il en soit, que l’autorité déléguée ait été essentiellement temporaire, qu’elle ait duré quelques jours ou qu’elle se soit continuée toute la vie du fonctionnaire, il est certain que les grands officiers du Pharaon qui furent préposés par lui à la réception des tributs étrangers considérèrent l’exercice de cette charge comme le point culminant de leur carrière administrative et qu’ils ont pris le plus grand soin d’en léguer le souvenir à la postérité et partant d’en décorer leurs tombeaux. Ainsi se sont en effet conservés les souvenirs glorieux de la charge remplie par les hauts fonctionnaires égyptiens; mais nous avons hérité en plus du type et des portraits des diverses races soumises pur les Égvp-
Tombeau de Hekhmara. Apport des tributs,
liens, et nous savons que non seulement ces peuples luttaient pour la souveraineté contre les Égyptiens, mais qu’ils étaient relativement habiles dans les industries diverses qui faisaient le fond de leur civilisation, quel était leur costume, quelles étaient en certaines conditions leurs habitudes, quels animaux ils avaient domestiqués, tous détails autrement importants à l’iiisloire de la civilisation générale que la date de telle ou (elle bataille ou le nom de tel ou tel de ces souverains qui n’ont d’autre raison de rester célèbres dans l’histoire humaine que le nombre plus ou moins considérable des hommes qu’ils sacrifièrent à leur ambition. Les tombeaux qui nous ont retracé ces scènes et qui sont presqu’en totalité, comme je l’ai dit, delà XVIIIe dynastie, se ressemblent à peu près tous, l’habileté des artistes à représenter la même scène étant mise à part, bien entendu. Aussi je ne peux entreprendre de les décrire tous, et je me contenterai de faire connaître ce nouveau type de décoration par un seul de ces tombeaux, à la vérité le plus beau d’entre eux, celui de Kekhmara, en y ajoutant certaines des scènes qui se trouvent ailleurs et qui ajoutent quelques renseignements à ceux que nous fournit la tombe du préfet de Thèbes.
Rekhmara fut en effet préposé au nom de son maître, Thothmès J 1 1 , pour recevoir les tributs des pays conquis par lui, ou peut-être par sa tante la reine Halschopset, et il conserva la même charge sous le règne de son (ils et successeur Aménophis II. Sa tombe contient une paroi tout entière divisée en cinq registres et consacrée à cette unique scène. Les cinq registres, sauf le dernier, contiennent chacun une nation spéciale qui nous est représentée, comme le disent les inscriptions, apportant les tributs qu elle devait au maître de l’Égypte sur le dos de ses chefs. Ces cinq nations sont placées de telle manière qu’il y a d’abord un peuple de (erre africaine, puis un peuple de nationalité asiatique, un autre peuple africain, un autre peuple asiatique. Le dernier registre est occupé par les représentants de diverses tribus du centre de l’Afrique et peut-être aussi par des captifs d’origine asiatique fermant la marche.
Les premiers qui se présentent sont, nous assure-t-on1, des habitants de la côte du Somal : « Viennent en paix les grands de Pounit, à l’état
LM. Hamy, dans un mémoire 1res étudié sur cc tombeau , Etude sur les peintures ethniques d'un tombeau thébain de la XV 111* dynastie.
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de courbés jusqu’à ferre sous leurs apports pour le lieu qui esl sous Sa Majesté, le roi du midi et du nord, Ramenkhoper, vivant éternellement, courbés sous tout ce qu’il y a de bon dans leur pays montagneux, sans qu’il y ait en aucun dommage dans tous les produits du pays de leurs plaines, dans tous les bois de montagne de leur région montagneuse, pardevant le représentant de sa Majesté, le prince qui remplit le cœur du roi de la Haute-Égypte, le préfet de Thèbes, Rekhmara » En effet Rekhmara surveille, en remplacement du roi, le dépôt que font les personnages conduits en sa présence de tout ce qu’ils apportent pour payer le tribut qui leur a été imposé. Un scribe est là qui enregistre chaque apport et le range selon la catégorie auquel il appartient. Devant eux sont rangés les objets déjà apportés, d'abord deux obélisques et deux monceaux à peu près coniques de la gomme spéciale que les Égyptiens appelaient and , une corbeille remplie de sachets rouges contenant de la poudre d’or, une corbeille remplie d’œufs d’autruche, puis d’autres corbeilles pleines de diverses espèces de gomme, de nombreux anneaux d’éleclrum et de diverses autres espèces de produits : toutes ces corbeilles sont des ouvrages de vannerie colorée de plusieurs teintes et devaient fournir un spectacle attirant les regards, alors que les couleurs n’étaient pas effacées. Euis commence le défilé de quinze hommes, portant une partie différente du tribut, vêtus de pagnes striés de raies bleues et rouges, de coloration diverse, mais tous, ou à peu près, de même coupe : pour coiffure, ils ont une simple calotte noire, parfois ceinte d’un ruban jaune attaché derrière la tête et dont les extrémités rouges pendent également sur le derrière de la tête, une fois le nœud fait. Les dessins des pagnes sont différents et variés, mais ils se tiennent tous dans le même ton de décoration générale. Quelques-uns de ces hommes ont des bourses suspendues à leurs ceintures ou de petits fourreaux; leur cou est orné de colliers multicolores, sans doute de verroterie. Tous ont le type légèrement négroïde et la couleur foncée des Barabras de la Nubie, comme l’avait déjà observé Champollion - , avec les lignes qui spécifient les races kouschites : ce sont de véritables Éthiopiens
1. Il y a, à la lin de ce texte, des lacunes qui ne permettent pas de savoir ce que contenait la (in de l’inscription qui est absente.