Cha.mi’olliox, Notices descriptives, vol. 1, p
Pl. LXX1.
Tombeau de Rikhmara. Apport des tributs, II.
au jugement des anthropologistes. Les deux premiers portent dans des corbeilles jaunes des pains de forme pyramidale de gomme and, et sous leurs corbeilles ils ont chacun une peau de guépard tacheté. Le troisième porte une corbeille pleine de larmes de gomme and ; un chapelet de baies rouges est suspendu à son bras droit et à son bras gauche est attaché une sorte de chasse-mouches, sans doute, en queue d’antilope. Les trois suivants portent d’énormes défenses d’éléphant qu’ils soutiennent de leurs deux mains et qui reposent sur leur épaule gauche ; les deux premiers ont en outre, appendus à leur bras gauche, des chapelets de baies rouges que nous avons déjà vus dans ce que porte plus haut l’un des personnages qui ont défilé, et le dernier, au lieu de ce chapelet, a une peau d’animal peinte en blanc, peut-être une peau de guépard. Les trois suivants portent sur leurs épaules des pièces de bois d’essence rare ; le premier d’entre eux mène aussi en laisse un singe hamadryas , retenu par une courroie passée à la hauteur des reins; le second a un chapelet de baies rouges, et le troisième conduit un bouquetin monocorne, grâce à une laisse en cuir passée au cou de l’animal. Le dixième personnage tient de la main droite sur son épaule gauche une espèce de sac, ou plutôt de besace jaune en vannerie, striée de bandes rouges, remplie d’un produit que l’on ne voit pas, puisqu’il y a un bouchon quelconque1 2 ; de la main gauche, il tient un vase à anse de la forme d’un grand pot et conduit un singe griset, grâce à la laisse de cuir qu’il tient dans sa main avec le vase et qui est passée autour de l’animal, comme pour le premier singe de ce tableau. Le onzième tient dans la main droite une corbeille remplie sans doute de gomme and, et de la main gauche il mène en laisse un guépard d’Afrique, tout en tenant un bouquet de plumes d’autruche déjà frisées. Les deux hommes qui suivent portent suspendu au même bâton l’arbre qui produit la gomme and1, enveloppé de terre et soigneusement empaqueté dans une grande couffe : évidemment on a pris tous les soins pour que l’arbre précieux n’ait souffert aucun dommage durant le voyage et on prétend l’acclimater en Égypte : le premier des deux porteurs a également suspendu au bras
1. C’est au moins ce que je crois et ce qui me semble résulter de la raie rouge qui termine le haut de la figure.
2. C’est-à-dire le Boswellia Carteri des naturalistes, d’après M. Hamy.
Ann. G.
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
gauche le chapelet de baies rouges déjà signalé. Le quatorzième porteur tient à la main droite une corbeille pleine d’œufs d’autruche et à la main gauche un bouquet de plumes du même animal. Enfin le dernier, le chapelet de baies rouges au bras gauche, tient aussi dans la main gauche une corbeille d’une gomme quelconque, et, de la main droite, un instrument qui ressemble à une arme, mais qui peut représenter toute autre chose.
Après les habitants du Somal, viennent les Phéniciens. L’inscription qui est au-dessus de la scène qui les regarde s’exprime ainsi : « Viennent en paix les princes des Phéniciens et des îles qui sont au milieu de la mer, courbés et baissant la tête aux volontés de Sa Majesté, le roi du midi et du nord. Ramenkhoper, vivant éternellement, dont les victoires sur tous les pays montagneux les ont dégoûtés de combattre1; leurs apports sur leur dos, ils défilent pour que leur soient donnés les souffiesde vie, car ils aiment l’existence qui vient de l’émanation de Sa Majesté... 2. » Et de fait, par-devant deux scribes dont un seul enregistre les apports, défilent seize personnages apportant le tribut de leur pays. Ce tribut consiste surtout en vases d’or et d’argent, en briques d’argent, en anneaux d’électrum et en divers lingots d’or. Tous ces objets précieux sont rangés par-devant les scribes. Les hommes ont pour tout habit des pagnes d’étoffes généralement blanches avec des bandes de diverses couleurs et des dessins quelquefois très compliqués, attirant l’œil par leur texture et leurs multiples couleurs. Ils sont de diverses coupes; quelques-uns d’entre eux sont faits d’étoffes à franges et retenus autour des reins par des ceintures à nœuds dont les extrémités retombent gracieusement en arrière : il est vrai même de dire, d’après les dessins qui nous en sont parvenus, que pas un seul d’entre eux ne ressemble aux autres et qu’ils sont faits chacun d’une étoffe particulière. Le corps est rouge, la coiffure noire, ornée de petites aigrettes
1. Cette traduction n’est qu'hypothétique, car, en cet endroit, le texte est trop lacuneux pour qu’on puisse traduire d’une manière certaine.
2. Le reste de l’inscription est très mutilé, à peine s’il en reste quelques signes. L’émanation est notée ici pour remplacer l’expression un peu crue au texte égyptien : l’eau de Sa Majesté, c’est-à-dire le sperme. On voit que l’image est un peu forte, mais elle convenait ainsi aux idées que les scribes égyptiens se faisaient orgueilleusement de la puissance de leur Pharaon.
noires ou rouges, et s’étendant en longues tresses qui descendent parfois jusqu'à la naissance des reins. Celte coiffure est dans un cas ornée d’un ruban blanc. Pour chaussures, ils ont des cnémides d’étoffes bariolées, aux dessins charmants, ou quelquefois simplement d’étoffes rayées : chacune de ces chaussures est différente des autres. Nul doute que ce riche habillement n’ait été peint d’après nature et que les artistes égyptiens ne se soient efforcés de faire vrai. Quoique les défauts du dessin soient toujours les mêmes pour ce qui regarde les porteurs de tribut, il n’en est pas moins vrai que l’éclat des couleurs donnait à toute celte scène une apparence merveilleuse de richesse et que l’on oublie les défauts pour ne penser qu’aux qualités déployées.
Le défilé se compose de seize porteurs, dont le premier lève la maiu droite en signe d’adoration respectueuse et d’hommage; ils portent tous dans quelqu’une de leurs mains quelque vase précieux, ouvrage d’une orfèvrerie déjà habile et même très habile, en or, en argent, en lapislazuli, mais tous aussi portent autre chose, soit des armes, des poignards dans leurs gaines, des fourreaux, soit des sacs pleins de lapis-lazuli, de grands chapelets de verroterie ou de lapis, des vases de terre poreuse, une défense d’éléphant de Syrie, et peut-être aussi quelques vases de bronze, car ils en ont la couleur ou tout au moins une couleur très approchante. Quelques-uns de ces vases ont la même forme que certains vases grecs que l’on admire dans les musées d’Europe, d’où l’on peut voir que, dès le xvnic siècle avant notre ère, ces formes étaient déjà connues par les Phéniciens et imitées par les Égyptiens.
Le peuple qui vient ensuite est celui des Nubiens mélangés avec des Nègres, c’est-à-dire des pays que les Égyptiens appelaient Toqens, et Ivhonet-han-nofer, ou les déserts qui s’étendaient de chaque côté delà première cataracte. L’inscription qui accompagne cette scène s’exprime en ces termes : « Viennent en paix les chefs des nations du sud, des archers de Toqens et de Khonet-han-nofer, courbés jusqu’à frapper la terre du front sous leurs apports qu’ils apportent au lieu où se trouve Sa Majesté, le roi du midi et du nord, Ramenkhoper, qui vit éternellement, pour que leur soient donnés les souftles de vie, devant le prince héréditaire, le chancelier du roi du nord..., le préfet Rekhmara, afin qu’il reçoive les
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apports de toutes les nations apportés aux âmes de Sa Majesté....1 2. » Et par-devant trois scribes égyptiens dont le premier enregistre le tribut, pendant que le second tient un long bâton à la main et le troisième le rouleau des instruments du scribe, défilent douze personnages qui présentent le tribut, chacun de sa nation comme précédemment : une partie de ce tribut est déjà déposée aux pieds du scribe et enregistrée; il consiste en corbeilles remplies de sachets contenant de la poudre d’or, en d’autres corbeilles remplies de briques et d’anneaux d’or, de peaux de panthères, de défenses d’éléphants et de deux corbeilles remplies de fruits rouges appelés houget , qui sont peut-être « ce nebka qu'on dessèche à Schendy ou cet alobe qu’on colporte sous le nom de datte du Soudan et que l’on recherche pour ses propriétés médicinales-, » et de fruits verts appelés kesmet utilisés sans doute dans l’industrie égyptienne. Puis, dans un second registre, on voit des plumes d’autruche, une bille de bois d’ébène, deux corbeilles contenant de la poudre et des anneaux d’or; puis, juché sur un haut tabouret, un singe verdet qui tient dans sa main gauche un objet qu’il semble avoir pris à la corbeille voisine en arrière, puis deux corbeilles pleines, l’une d’œufs d’un oiseau quelconque, l’autre d’œufs d’autruche, placées au-dessus d’une seconde bille d’ébène et de vases bleus contenant peut-être de la poudre d’antimoine.
Puis défilent douze personnages cuivrés, noirs ou rouges, dont le type est manifestement celui des races nègres ou de profil négroïde qui devaient peupler les contrées mentionnées plus haut. Sans doute à cette époque, les déserts s’étendant des deux côtés du Nil vers la mer Rouge ou vers l’océan Atlanüque étaient traversés périodiquement par des tribus errantes qui reçurent plus lard des noms différents et qui peu à peu se sont enfoncées dans l’intérieur de l’Afrique où on les a rencontrées de nos jours, ainsi que le mentionnent les voyageurs modernes, ou bien sont restées sur les lieux qu elles occupaient alors3. Ils sont vêtus de pagnes blancs rayés