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C’est-à-dire : le pays des chefs qui apportent le tribu

ANNALES DU MUSÉE OUIMET

était frère de lloui ; la plume d’autruche sur son épaule gauche, il présente de ses deux mains un plateau rempli de gros morceaux de lapis-lazuli, et aux doigts de sa rpain droite est suspendu un beau pectoral. Derrière lui paraît un chef des Rotennou supérieurs, vêtu d'une chemise jaune couverte d’un ample manteau merveilleusement drapé, fait d’une étoffe de diverses couleurs, comme sans doute la robe polymita que Jacob donna à son fils Joseph, selon la Genèse. Cette pièce d’étoffe s’enroulait autour du corps et parait différente de l’habit égyptien ; cependant c’est d’après le môme principe que le roi et ses grands officiers sont vêtus dans ce tableau et ailleurs, seulement l’étotfe est différente. Une ceinture retenait l’étoffe autour des reins. L’artiste qui a peint ce costume et tous les suivants a fait une œuvre admirable de patience, et c’est en vain que l’on chercherait des couleurs qui s’harmoniseraient mieux à l’œil. Ce chef est nu-tête : de sa main gauche il tient une sorte de petit sac, et de la droite il fait le geste de l’adoration. Sous lui, au second registre, est un (labellifère, vêtu comme j’ai déjà dit, mais n’ayant point de chaussures ni de bracelets : il tient la plume de sa main gauche et de la droite il faitun geste d’appel aux chefs qui sont devant lui et qui doivent se présenter au roi. Il y a donc deux divisions, ainsi que nous le montrent les deux légendes qui accompagnent les divers groupes, l’une horizontale, l’autre verticale coupée entrois tronçons par la plume du tlabellifère dont il vient d’être question. La première dit : « Les grands du pays de Rotennou supérieur. pays qu’ignorait l’Égypte depuis le temps du Dieu1, présentent en suppliant leurs offrandes à Sa Majesté; ils disent : Donne-nous les souffles (de vie) que tu accordes, ô notre maître, afin que nous disions tes vaillances : il n’y a point de révoltes derrière toi, toute terre est en paix. » La seconde est assez fruste au moins dans la dernière partie; voici ce qui est traduisible : « Les grands chefs, maîtres des pays montagneux éloignés..., ils disent : Grandes, grandes sont tes âmes, ô Dieu bon, grandes, grandes plus que tes vaillances; il n’y a point de vie à ton insu. » Les deux autres tronçons sont trop mutilés : cependant on voit dans le troisième qu’il contenait l’annonce des chefs d’un nouveau peuple. En effet à

1. G’esl l'expression égyptienne usitée pour parler d’un temps iimnéinoriul.

partir de cette légende le tableau se divise en quatre registres, où l’on voit des chefs et des esclaves apporter les tributs que j’ai déjà décrits dans les tombeaux précédents. Malheureusement le défilé est incomplet dans les trois registres inférieurs. Ce que je tiens surtout à faire observer, c’est l’art avec lequel sont drapés les divers costumes : presque pas un seul n’est semblable aux autres et l’artiste a su modifier de la façon la plus heureuse une décoration qui menaçait d’être toujours la même. En avant de la troisième rangée est une légende qui reproduit presque termes pour termes la seconde partie de la première. Sans doute à côté des Rotennou devaient apparaître quelques-uns de cesKhétas qui devaient bientôt jouer un rôle prépondérant dans les guerres que les peuples syriens allaient faire à l’Égypte : ce sont sans doute les contrées qu’ils habitaient qui sont qualifiées de pays éloigné*.

La seconde partie est réservée aux peuples de l’Afrique. La scène est exactement la même que la précédente, mais les personnages sulbalernes changent complètement le décor. Le roi est dans la même position sous le même édicule et sur le même siège, avec les mêmes insignes. Devant lui est également le fils royal de Kousch, Houi ; mais la légende qui devait accompagner la scène n’a pas été gravée et les lignes préparées attendent toujours le texte qui le devait remplir, négligence inexplicable dans un tombeau aussi soigné. Derrière Houi, se trouvent des apports, des œuvres de joaillerie admirable d’un travail très compliqué, avec des palmiers d’or, des nègres qui cueillent les dattes ou qui les ramassent en dessous de l’arbre, des girafes dont le haut cou atteint presque le sommet des palmiers dont les branches donnent asile à des singes ou à des animaux fantastiques. Au milieu des palmiers, dans un vase noir, se dresse une pyramide d’or. Tout cela repose sur une sorte d’estrade le long de laquelle pendent des peaux de léopard, avec un pilier qui soutient le tout, incrusté de lapis- lazuli sur or et de jaspe, orné de dessins divers parmi lesquels on voit deux nègres attachés à la colonne médiale. D’autres édifices de même nature ou d’ordre différent sont superposés à celui-ci, puis viennent l’or en anneaux et la poudre d’or en sachets, des boucliers, des sièges, des chevets, des arcs et des tlèches, des lits et un char, ce qui montre que les nègres d’alors étaient tout aussi Ann. G. 77

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avancés dans la civilisation qu’ils le sont aujourd’hui. En avant des nègres se voient trois personnages égyptiens, officiers de hautes fonctions, dont l’un est llabellifère. Celui du haut semble faire signe aux nègres rangés dans le second registre; en-dessous de lui, un second, le genou en terre, adore le roi, et eu avant de lui, un troisième, debout, le vase d’essence sur la tête, est salué par les acclamations de ses gens : C’est le fils royal Amenhôtep. Celte particularité permet de conclure que cet Amenhôtep partageait le tombeau avec son frère Houi, et que même il avait eu part à la donation faite au premier, puisqu’une partie de cette paroi lui avait été réservée. La scène se divise alors, comme précédemment, en quatre registres. D abord \iennentles chefs de Qesait, splendidement vêtus, dont l’un se couche à terre — le chef Nemamhiqnofer — et les autres sont seulement agenouillés. Suit uue princesse de haute taille, à teint cuivré, vêtue d’une robe blanche puis les « princes grands de tout pays montageux » ', splendidement vêtus, avec de longs pendants d’oreilles, des colliers et des bracelets, chaussés de sandales. Derrière eux viennent deux nègres portant de l’or, de la poudre d’or, des peaux et des fruits : à côté est un Égyptien qui flatte de la main des bœufs attelés à un char conduit aussi par un Égyptien et dans lequel se trouve une princesse au teint cuivré, habillée avec recherche et fort belle femme, si l’on en juge par la première. Suivent les esclaves les mains attachées sur la poitrine, de divers types, avec leurs femmes et leurs enfants réduits comme eux en esclavage. Au second registre sont des nègres, dont quatre, ayant déposé leur charge devant eux, pierres précieuses et anneaux d’or ou poudre d’or, se sont mis ci genoux et font le geste d’adoration : les autres suivent avec de l’or, des fruits, des peaux, une girafe, des bœufs et des vaches. — Au-dessus de ce registre est une légende disant : «Les chefs de Ivousch, ils disent : Adoration à toi, ô roi de l’Égypte, Soleil des neuf Arcs; accorde-nous les souffles avec lesquelles tu donnes la vie à ton gré*. » Le troisième registre contient aussi des nègres qui portent leur

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