ARNA, PAROI DE DROITE
’hôte, papiers, XI, pl. 3.)
main droite, les autres tenant élevée la leur vers le roi; au second registre quatre porteurs de hauts bouquets, tenant aussi en leur main droite quatre canards; ils sont suivis de lanciers ayant une banderole de fête au bout de leur arme, avec un bouclier suspendu à leur épaule gauche et une hache dans la main droite, d’archers, de simples gens de police armés de bâton, plus de deux soldats armés aussi de la hache et portant l’un un sac entre sa poitrine et son bras gauche, l’autre tenant sur son épaule un objet en fer dont je ne connais pas la destination; enfin au troisième registre sont les chars qui ont amené la cour, avec les cochers, les lanciers de garde et les sais, pendant qu’à l’extrémité opposée des officiers de la cour sont des porteombrelle et flabellum tenant une partie des apports faits parles nations asiatiques.
A droite, le défunt est représenté arrivé presque sur le haut de l’estrade, suivi de quatre membres de sa famille sans doute : en arrière viennent les porte-flabellum, leur insigne sur l’épaule et une hache à la main droite, des porte-ombrelle, des soldats, des baladins qui se livrent à leurs jeux comme des enfants qui ne se voyant pas surveillés en profitent pour faire leurs sauts et leurs gambades dans un coin; ils sont suivis d’un groupe de soldats sans armes, mais portant les plumes sur leurs têtes, d’un sonneur de trompette et de prisonniers. Ce premier registre est divisé en deux parties : la seconde nous montre d’abord quelqu’un à qui l’on passe des colliers, des scribes écrivant, et des prisonniers luttant , gambadant, se prenant par la jambe et essayant de se faire tomber, sautant en l’air, se portant sur leurs épaules, tombant à terre de tout leur long, et le dernier portant devant lui une large pierre. Au second registre sont entassés les colliers et les bijoux que présente un homme; un autre porte suspendues à une briche des verroteries et des queues de rhinocéros qui feront des courbaches, un troisième porte un grand vase sur son épaule, puis viennent ceux qui se prosternent à terre présentant les prisonniers qu’ils amènent une corde au cou : les malheureux captifs portent la main sur la corde pour empêcher qu’elle ne serre trop fort et ne les étrangle : des femmes ayant des enfants dans une hotte derrière leur dos sont conduites de la sorte. Le troisième registre nous donne à peu près le même spectacle, sauf qu’il n’y a pas de bijoux au premier plan et qu’au second le per-
ANNALES DU MUSÉE G U I M ET
sonnage àlabriche, au lieu de verroteries, porte des (leurs, des queues de rhinocéros et d’autres objets effacés. Le quatrième registre nous montre des nègres apportant divers objets, des fruits, des sachets de poudre d’or, des œufs d’autruche, des défenses d’éléphants, pendant que d’autres conduisent des félins, des singes, des antilopes ou des bubales. Les premiers arrivés se prosternent devant le trône du roi, avant de remettre leurs apports au chef du trésor.
A gauche, dans la partie inférieure, les apports sont placés à terre, vases d’or ou d’électrum de toute forme, animaux fondus, lapis-lazuli, briques triangulaires d’or, pains à'antion de gomme parfumée, etc., conduits par des scribes. On y remarque au registre inférieur un type d’hommes que je ne me rappelle pas avoir rencontrés ailleurs, portant la barbe, vêtus d’une sorte de pèlerine sur leurs épaules et coiffés d’un bonnet qui se termine en pointe: ce sont des peuples que les Égyptiens appelaient Rotennou. Au second registre sont des riverains de la Méditerranée faisant, partie de l’empire des Hotennou ; au troisième registre sont des Phéniciens avec des tributs qui ont déjà été décrits à propos du tombeau de Rekhmara. Au quatrième, des officiers égyptiens gravissent le plan incliné qui aboutit au trône royal, puis viennent des séries de prisonniers Rotennou conduits par une corde qui leur serre le cou et qu’ils veulent desserrer. Le cinquième nous montre les tributs que les captifs apportent sur leurs dos. Le sixième est remarquable par deux femmes toutes jeunes amenées évidemment pour entrer dans quelque harem égyptien, par des chars et des attelages. Le septième nous présente des prisonniers conduits de la même manière que plus bas, mais traités, semble-t-il, avec un peu plus d’humanité. Le huitième contient trois jeunes femmes, des vases, des animaux qu’on conduit en Égypte pour en orner les ménageries du Pharaon: un cerf, une antilope et un lion. Le haut du tableau tout entier était occupé par deux rangées de tables chargées de provisions de toutes sortes. Il serait très bien conservé, si la partie gauche ne comprenait pas de trop nombreuses parties effacées. Tel qu’il est, il ne comporte pas moins de deux cent quatre-vingt-dix-huit personnages, sans compter les animaux. On peut juger quelles durent être la patience et l’habileté de l’artiste chargé de ce décor.
Tombeaux d’El-Amarna. Sixième tombeau du Nord (d’après Lepsids III Ablb., pl. 99 a).
Une autre paroi du même tombeau, celle de gauche à l’entrée, nous montre le Pharaon dans son harem servi par sa femme et trois de ses lilles. L’appartement où il est assis dans un fauteuil, avec un coussin sous les pieds, est orné magnifiquement d’abord de deuxcolonnes qui semblent sortir d’une tige de lotus et monter successivement par des nœuds jusqu’à ce qu’elle arrive au chapiteau qui est formé par un calice d'où sortent trois tleurs parfaitement dessinées : au-dessus du calice, la colonne de droite présente des {leurs ou des boutons pour la partie basse du chapiteau, et celle de gauche des canards ou des oies suspendues par les pattes et relevant le cou. Du plafond descendent des bouquets de toute sorte qui devaient répandre le plus agréable parfum. Le Pharaon tient lui-même des tleurs enroulées autour de sa main gauche. La mitre en tête, des sandales aux pieds, vêtu d’une robe ample et transparente, il tient à la main droite un vase dans lequel il reçoit la liqueur que la reine lui verse dans une sorte de filtre d’où elle s’échappe pour retomber dans le vase tenu par le Pharaon'. La reine est habillée d’une robe transparente qui la ceint au-dessous des mamelles; elle est coiffée d’une coiffure légère avec deux rubans flottants sur ses épaules et chaussée de sandales. Celle des princesses qui est entre le ro; et la reine lève la main gauche vers son père et tient la droite à la hauteur de la taille. Les deux. autres sont placées derrière la reine, vêtues des habits convenables à leur rang et à leur âge ; celle qui est placée en bas porte en ses deux mains un plateau chargé de fruits ; l’autre porte des fleurs1 2. Au-dessous, dans un premier registre sont à gauche six musi-
1. La planche de Lepsids (Abt. III, 38 6) contient bien un second vase que le Pharaon a dans la main. Celui de la reine a une forme différente de celle qui est donnée ici d’après le dessin de Nestor L’hôte qui ne met pas de vase entre les mains du Pharaon; mais d’après son dessin lui-même les lignes ondulées qui représentent l’eau descendent au-dessous du vase et doivent par conséquent tomber dans un autre vase.
2. Ce dessin offre plusieurs différences avec celui de Lepsius. Le chapiteau des deux colonnes se ressemble dans la planche des Denkmxler, tandis que dans la planche ici donnée, ils sont dilférents. Je ne peux dire qui est dans le vrai. De même la coiffure delà reine est une mitre dans Lepsius et le plateau que tient la seconde princesse est aussi différent. Les jeux de lumière peuvent avoir occasionné les différences dans deux ouvrages soigneusement faits : il faut en effet copier (elle ou telle paroi à une heure déterminée, si l'on veut ne pas prendre les objets les uns pour les autres et leur donner la forme qu’ils ont réellement sur le monument,. Je lésais par expérience et je suis tout prêta excuser et à expliquer les défaillances des copistes, quels que soient les défaillants.
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ciennes dont les deux premières tiennent des harpes elles autres des mandores. Adroite sont les échansons qui prennent sur de petites tables servant de support les vases pleins de liqueur que le Pharaon boira ; ils sont affairés et attentifs à leur besogne. Un autre est tourné vers la droite, vers quelque chose ou quelqu’un d’effacé ; mais, s’il en faut juger par une autre scène analogue, c’est un cellier qui devait se trouver dans cette partie absente du registre. Le possesseur du tombeau Keschi était celui qui prenait les vases pour les présenter au roi.
La décoration de la paroi du fond n’est pas achevée. Dans la partie droite, «le tracé du pinceau a disparu et l’on ne reconnaît que difficilement, à cause des accidents et de la dégradation de la pierre, les parties commencées par le sculpteur. L’espace vide, quoique fort dégradé, présente des parties planes qui prouvent que la sculpture n’avait été que commencée1 2. » On voit cependant le soleil rayonnant et le commencement d’un édifice, puis le défunt Kheschi, chargé de colliers d’or, que dix hommes sont occupés à habiller. Au-dessus de ce groupe sont trois flabellitères avec leur insigne sur l’épaule.
Peut-être est-ce à cette partie de la paroi qu’il faudrait rapporter le dessin qu’a publié Lepsius et qui nous montre un soleil rayonnant à gauche d’un édifice ; mais je suis très porté à en douter, parce que le dessin n’est pas fruste et qu’au contraire les hiéroglyphes en ont été très bien conservés. L’édifice se compose d’une colonnade à chapiteaux avec des bandelettes attachées à la gorge en-dessous de la naissance du chapiteau, puis d’une cour et d’un pylône, en avant duquel se trouve dans la cour un petit édicule soutenu par deux colonnes de pierre. Après le pylône on voit une autre colonnade surmontant une partie d’édifice que l’on ne voit pas. A droite se voit aussi un kiosque qui par sa disposition rappelle celui de Philée. Ce que ce dessin a d’important se trouve dans les hiéroglyphes, car ce ne sont plus les cartouches de Khouenaten et de sa femme que l’on voit sur ce mur, mais bien ceux de Rasaakadjoser Kheprou (Râ qui magnifie le double
1. Nestor L'hôtè, Papiers, XI, dessins, fol. 35, dans une note accompagnant le dessin.
2. Nestor L'hôte, ibid., XI, fol. 36. Je n'assure pas le moins du monde que ce dessin se rapporte à ce tombeau, mais je suis porté à croire qu’il en est, tout y contribue, quoique rien ne soit moins cei'tain.
Pl XCVI11.
Tombeaux d’El-Amarna. Sixième tombeau du Nord (d'après Lepsius, III A bl h . , pl. 99 b).
aux devenirs saints), successeur de Khouenaten, et de sa femme Merilaten, fille de Khouenaten et de la reine Nofrénofriouaten Nofreiti. Ce détail montre que le tombeau n’avait pas été achevé sous Aménophis IV, que par conséquent il n’était pas contemporain de la vie de celui auquel il avait été accordé et que le règne de ceux qu’on nomme les rois hérétiques dura plus longtemps qu’on ne le dit d’ordinaire.
Peut-être encore faut-il rapporter à ce tombeau le dessin suivant de Nestor L’hôte, dessin qui ne porte pas l'indication du tombeau auquel il a été emprunté et qui n’est qu’un croquis. Sur un mur de gauche, on voit la représentation d’un édifice illuminé par trois soleils qui lui envoient leurs rayons. Cet édifice est précédé d’une cour où l’on entre par deux portes en dehors desquelles sont des gardes et des sais , puis des femmes dans l’attitude de l’adoration. Dans la cour sont rangés des hommes ayant la même attitude, et des chambres parmi lesquelles une cuisine renfermant des victimes prêtes à être cuites. Un pylône avec des mâts enrubannés donne entrée dans une partie de l’édifice au milieu de laquelle est une estrade où l’on accède par un escalier ou un plan incliné : le roi est monté sur l’estrade, ayant derrière lui sa famille, son épouse et quatre filles qui sont à terre. En avant et* en arrière sont des officiers. Vient ensuite une série de chambres et de cours, les unes vides ou presque vides, les autres, au contraire, remplies de provisions. A l’extrémité de ces chambres se voit une cuisine avec des hommes occupés à faire bouillir de grands chaudrons. Si l’on veut faire attention à la particularité de l’estrade à plan incliné, estrade qui ne se trouve que dans ce tombeau, on regardera comme très probable l’attribution de ce croquis au tombeau en question, d’autant plus qu’il est ainsi complet dans sa décoration, malgré que cette décoration n’ait pas été achevée.
Le sixième tombeau du groupe Nord1 est celui d’un officier nommé Houia. 11 occupait à la cour d’Aménophis IV les charges de préposé aux Ap royaux, c’est-à-dire aux appartements des femmes, de préposé à la maison blanche, de préposé à la maison de la reine-mère et royale épouse
1. Lepsics, Denkm., III, 100 c, ne donne !e dessin qu’avec des variantes légères : ainsi la croix ansée dont il est ici question n’apparaît pas dans sa planche.
Ann. G.
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Tii. Si donc la décoration suit les charges, nous devons trouver des scènes de harem , des scènes d’apport de provisions et de tributs, des scènes d’intérieur enfin dans le palais de la reine-mère. C’est précisément ce que contient la décoration de ce tombeau.
Je n’ai nul doute que l’entrée de ce tombeau n’ait été semblable aux autres, c’est-à-dire que l’on n’ait représenté le défunt de chaque côté de la porte avec l’hymne au Disque de règle en cet endroit ; mais soit que ta décoration n’ait pas été achevée, soit qu’elle ait subi les injures du temps, soit pour toute autre raison, nous n’en possédons actuellement aucun dessin, quand au contraire toutes les autres parois ont été conservées et dessinées, en tout ou en partie.
La partie droite du mur d’entrée nous fait assister tout d’abord à une scène d’intérieur, non pas chez le Pharaon Rhouenaten, mais chez la reinemère Tii. L’orbe rayonnant du soleil enveloppe toute la scène de vingt et un rayons, le chiffre le plus fort que l’on puisse observer dans ces tombeaux. Toute la partie supérieure du tableau est occupée par les trois personnages royaux, à savoir le Pharaon lvhouenaten au milieu, la reinemère Tii en face, et la reine, son épouse derrière lui. ce qui suffirait à montrer que c’est la reine-mère qui reçoit ses enfants et non les enfants qui reçoivent la reine-mère. Le roi est assis sur un fauteuil à pieds de lion, les pieds chaussés et posés sur un coussin placé sur un escabeau, vêtus de robes transparentes et flottantes, le roi et sa femme sont coiffés du bonnet rond avec des rubans qui retombent sur les épaules et Yuræus au front, la reine-mère Tii au contraire porte la même coiffure et le même insigne, mais surmontés d’une couronne composée de cornes remontantes contenant le disque avec les deux plumes, comme une maîtresse de maison qui a mis ses plus beaux atours pour recevoir la visite dont veut bien l’honorer le chef du royaume. Devant le roi est posée une table chargée de mets et de bouquets avec la croix de vie entre deux rayons de soleil : les fruits, les pains, les gâteaux, les viandes, les légumes s’offrent à son choix, et, pendant qu’il respire un bouquet qu’il tient à la main droite, de la gauche il peut prendre ce qui lui fait plaisir sur la table. Près de la table sont les vases qui contiennent Ja boisson. Derrière lui, la reine respire aussi le parfum du bouquet qu’elle tient à la main droite, et de la gauche prend sur
Pl. xcix
Tombeau d'El-Amarna, porte d’entree de la deuxième salle. (D’après les dessins de Nestor L’hôte, papiers, XI, pl. 29.)
la table placée devant elle ce qui lui fait plaisir. La reine Tii n’a pas de bouquet à la main parce qu’elle est chez elle ; elle se contente de tendre la main droite vers les mets préparés, comme les héros d’Homère, et de sa gauche elle s’appuie sur son fauteuil. Trois princesses, les aînées sans doute, prennent part à la fêle : Boqitenaten est placée près du fauteuil de Tii sur un siège plus bas ; elle tient en ses deux mains un fruit quelconque, ou peut-être un vase d’eau, qu’elle porte à sa bouche. Près du fauteuil de la reine, deux autres filles du coupleroyal, dont Meritaten, placées l’une vis-àvis, de l’autre portent un vase à leur bouche, et de la main gauche Meritaten prend une partie de l’objet que sa sœur lient dans la sienne. Entre le roi et la reine-mère, Houia agissant en qualité de préposé au gynécée de la reinemère reçoit d’un autre ofticier un petit vase qu’il présentera au roi, comme cela se pratique encore aujourd’hui chez les riches habitants de l’Égypte, où le serviteur qui veille à côté de la table sur les besoins des convives ne présente jamais qu’à boire, puisque la table est chargée de mets qu’ils peuvent prendre à leur gré. Sous cette partie supérieure sont superposés trois registres qui appartiennent tous à la représentation de cette fête de famille. D’abord nous voyons les apprêts prochains de la fêle : Houia veille lui-même à la disposition des mets et des fruits dans la corbeille où il les range; derrière lui sont quatre tlabellifères, leur insigne sur l’épaule gauche et tenant à la droite leur mouchoir de cérémonie. Devant lui deux officiers apportent sur un petit guéridon des mets rangés avec soin, et derrière eux un troisième dispose une corbeille. Le chœur des musiciennes, une harpiste, une joueuse de lyre et une autre de mandore, avec deux chanteuses, est prêt à charmer la fête: en arrière sont les tlabellifères avec leur insigne et leur mouchoir. Au second registre, nous voyons la même représentation ou à peu près, mais en sens inverse. Au milieu, quatre officiers disposent des fruits dans une corbeille ; ils ont devant eux les offices où sont rangées les provisions en des couffes placées sur de petits guéridons, en des colfres fermés par un bouton que l’on voit à la partie supérieure, ou sur des tables, les vases de liquide rangés à part sur deux rangs. Le préposé à ces offices est placé en dessus et veille, un bâton à la main. Du côté droit, un second chœur de musiciens : d’abord un homme qui joue d’une énorme lyre à neuf cordes placée sur un piédestal, et derrière lui les
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autres musiciens qui sont effacés. Malgré cette lacune, ce qui subsiste suffît pour nous montrer que l’usage du double chœur, comme plus tard dans la tragédie grecque, n’était pas inconnu en Égypte, et nous le retrouverons dans la scène qui fait pendant à celle-ci : les Muses grecques aimaient les chants alternatifs, au dire de Virgile, et les Égyptiens aussi. En bas, après des lignes de séparation, on aperçoit des personnages qui devaient faire quelque action; on voit aussi comme des restes de fleurs et des couffes avec un vase; sera-t-il trop risqué de supposer que ces restes d’un tableau mutilé représentent la cueillette des fruits et la préparation culinaire qui devait précéder tout repas? Je ne le crois pas; mais cependant je ne donne cette interprétation que sous toutes réserves.
À gauche, la paroi d’entrée nous donne également une scène intérieure dans le harem de la reine-mère Tii. La scène a été dessinée en se bornant aux seuls personnages, c'est-à-dire que le harem n’est pas représenté. Ivhouenaten est assis dans un siège à dossier élevé, vêtu d’une robe ample et transparente, des sandales aux pieds qu’il pose sur un coussin, la tête coiffée d’un petit bonnet dont on n’aperçoit guère que les contours. De la main gauche il s’appuie sur le coussin placé dans le siège, et de la droite il porte à ses lèvres un vase que lui a présenté Houia au bas du siège, tenant sur son bras la serviette dont son maître va essuyer ses lèvres. Derrière Houia est un autre personnage qui attend que le roi ait bu pour présentera son maître un autre vase que celui-ci passera au Pharaon. Sous le siège du roi sont des fruits, des fleurs, des vases remplis de douceurs placés sur une table. En face du roi est la reine assise aussi dans un fauteuil à dossier élevé, mais sans coussin. Elle est habillée comme le roi, chaussée, coiffée comme lui, mais porte en plus sur sa coiffure de longues cornes montantes au milieu desquelles se trouve un disque surmonté de deux plumes. Elle boit aussi, et un serviteur, la serviette à la main, attend qu’elle ait fini. Sous son siège est une petite console chargée de fruits et de fleurs, en arrière de laquelle est une princesse tenant un gros bouquet à la main. Derrière le roi, sur un siège comme les précédents est la reine Tii, mère de Ivhouenaten, buvant aussi. Devant elle, montée sur le coussin où reposent les pieds de la reine-mère, est une princesse respirant le parfum d’un bouquet. Sous le fauteuil est la même console supportant une corbeille
Pl. c
SEPTIEME TOMBEAU D’El-AmaRNA, PAROI D'ENTRÉE A DROITE (D’après les dessins de Nestor L’hôte, papiers, XI, pl. 12.)
pleine de fruits, vers laquelle une troisième princesse étend la main droite pour prendre un fruit, pendant que la main gauche en tient déjà un. Pendant que ces hauts personnages sont ainsi occupés, les trois registres du bas renferment les officiers qui assistent à la fêle, les musiciens qui la charment et les salles où sont les provisions avec des brûle-parfums allumés et des rafraîchissements. A gauche du premier de ces trois registres, après un espace effacé, on voit des gens qui courbent le dos et baissent les mains : derrière eux est un groupe de quatre tlabellifères avec leur insigne et leur mouchoir de cérémonie, puis une femme qui s’incline. A droite est d’abord un personnage qui semble être le chef du chœur de musiciennes qui suivent au nombre de quatre, la première ayant une harpe, la seconde un instrument que je ne connais pas, la troisième une lyre dont on n’aperçoit guère que les contours, la quatrième une mandore. Puis quatre tlabellifères, dont deux avec le mouchoir en leur main droite, ont leur insigne sur l’épaule gauche. Deux femmes s’inclinent ensuite et terminent le registre. Le second est presque complètement effacé. Le troisième nous montre une scène jusqu’à présent unique dans les représentations égyptiennes. On y voit un groupe de musiciennes, ou peut-être de musiciens asiatiques, la tiare en tête, vêtues de robes à panier tenant à la main leurs instruments. La première qui soit visible a une lyre à cinq cordes, la seconde une mandore, la troisième une lyre à six cordes, et enfin entre les deux dernières, posée sans doute sur un socle, est une immense lyre à huit cordes, dont elles jouent toutes les deux à la fois. C’est une preuve que les Égyptiens connaissaient depuis longtemps ce que les modernes appellent jouer à quatre mains. Derrière les musiciennes asiatiques sont les provisions, rafraîchissements posés sur une petite console, tables chargées de fruits, de fleurs, de pains, de légumes, avec des parfums qui brûlent.
La paroi de droite contient une seule scène, la plus importante de toutes celles que nous avons déjà vues pour l’histoire des idées humaines en général et pour l’histoire des idées religieuses de cette époque en particulier, car elle nous montre bien que le culte dont Khouenaten avait tenté la restauration dans sa ville était l’ancien culte de la ville d’Héliopolis, c’est-à-dire le culte du Dieu unique Hâ. Il ne s’agit en effet rien moins que
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de l'initiation de la reine-mère Tii à ce culte dans le temple de Râ, faite par son fils Khouenaten en présence de Houiu, admis à cet excès d'honneur à cause des fonctions qu’il remplissait près de la reine-mère, ce dont il fut ensuite amplement récompensé. Le cortège royal est représenté au troisième registre: il se compose des trois chars qui ont amené les acteurs principaux, de leurs cochers et de leurs sais ; en avant du premier char sont quatre scribes dont deux seulement ont leur palette à la main, pendant que les deux autres posent les maius sur leurs genoux ; ils sont tous courbés. Puis viennent quatre porte-ombrelle dans la même attitude. En avant sont trois soldats de police, ou trois sais, marchant en tête de cette partie du cortège et qui arrivent devant un personnage qui tient deux fleurs dans sa main gauche. Au registre immédiatement supérieur sont quatre autres soldats de police courbés et louchant la terre de leurs bâtons ; puis viennent huit personnages dont je ne peux connaître la fonction, le dos courbé et les bras ballants. Ils sont précédés de deux porteurs d’édicules qu’ils ont sur le dos, pendant que de leurs deux mains ils tiennent des bâtons; ils sont suivis de quatre hommes de profil sur un même rang portant aussi un fardeau et tenant un bâton, et d’un cinquième qui est seul et dans la même position1. Toute la partie haute du tableau représente le temple où va se passer la scène. Les acteurs sont entrés par les pylônes à droite dans une cour sur les côtés de laquelle sont des galeries pleines de provisions préparées et rangées dans des corbeilles placées sur des tables. Devant la porte sont quatre suivants étagés les uns au-dessus des autres : puis sur deux lignes les officiers auxquels leur charge donne droit d’accompagner le roi et la reine : en haut, quatre femmes flabellifères, puis un porte-ombrelle, puis un porte-luth et de nouveau un porte-ombrelle ; en bas, cinq femmes flabellifères ; tous ils ont leur insigne sur l’épaule gauche, sauf le porte-luth, et, sans exception, ils ont à la main droite le mouchoir de cérémonie. Devant les dernières flabellifères est la princesse Bokitaten, vêtue d’une robe transparente, baissant la main droite et tenant sur l’avant-bras gauche, entre le coude et l’épaule, trois objets de
1. Lf.psius (Denkm., III, 101) présente aussi quelques divergences dans ce dessin. Dans la main des deux premiers hommes qui portent un édicule, il place un guéridon et un mouchoir dans celle des quatre personnages qui suivent sur le même rang.
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Septième tombeau d'El-Amarna, paroi d'entree a gauche. (D après les dessins de Nestor L’hôte, papiers, XI, pl. io.)
même forme que je ne puis déterminer ; elle est suivie de deux femmes qui s’inclinent respectueusement en levant la main gauche «à la hauteur de la figure et en laissant tomber la main droite.
Puis en avant de ce cortège est le Pharaon, mitre en tète, portant la robe sans manches sous un manteau, le cou orné de colliers, chaussé de sandales et tenant par la main la reine Tii, vêtue, chaussée, coiffée de la même manière, sauf que sa robe est ornée depuis la ceinture d’une double bande d’étoffe. Ils sont illuminés et protégés par les rayons du Disque solaire qui leur présente la vie. Une légende nous apprend que « la reine grande épouse royale, la mère du roi 1 Tii, est conduite pour qu'elle voit le reposoir de Rà. - » Ils sont, en effet, devant une large et haute porte donnant entrée dans la première salle du temple. Près de la porte se tient Houia avec un second personnage, pieds nus et tous les deux courbés. Le roi et sa mère, en pénétrant dans cette salle, ont dû ôter leurs chaussures. Au milieu de cette première salle se dresse un autel chargé d’offrandes : puis de chaque côté des vases, et en avant de l’autel des guéridons chargés de pains et de viandes. Près de l’autel est un prêtre, peut-être le grand voyant , chaussé de sandales et qui s’incline profondément en tenant trois choses dans sa main gauche et posant la droite sur son pagne. Tout autour de la salle régnent des petites chambres qui ne laissent que l’intervalle nécessaire pour entrer et sortir. Le roi et la reine doivent passer
1. C’est une, légende semblable que les deux auteurs du Livre des Rois ont traduit mère de la reine Tii, et qui doit se comprendre sans doute en mettant une virgule entre reine et Tii ; mais, môme avec cette correction, cette traduction est inadmissible : ces deux auteurs, qui n’en sont pas à leurs premières bévues, auraient dû voir que ce titre ne peut s’expliquer
comme ils 1 ont compris et que jamais ^ Q n’a voulu dire mère de la reine, mais royale
mère ou mère du roi, le mot
étant exclusivement réservé au roi. — Cf. Livre des
Rois, par E. Brugsch-Bey et U. Bouriant, p. 55. J'aurais bien d’autres erreurs, même de beaucoup plus grosses, à signaler si je faisais la critique de cet ouvrage qui a eu la prétention de remplacer le Kônigsbuch de Lepsids.
2. Le mot qui se traduit par reposoir est le mot que Lepsius(1II, 101) a donné est
tandis que Nestor L’hôte
î- Tr
* ( , ce qui est impossible. L'inscription de Piankhi
emploie le mot j] |— -j dans un passage analogue. Je ne sais si le texte de Lepsius
est correct; en tout cas il se laisse comprendre.
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par chacune de ces chapelles soutenues par deux colonnes magnifiques, changer de coiffures et faire les cérémonies spéciales en chaque chapelle. Partout on les voit élevés sur un marchepied au-dessus du sol de la chapelle. Quand ils ont parcouru cette première salle et ses chapelles, ils pénètrent dans une seconde disposée de la même manière, mais sans autel. Ils changent de nouveau de costume, et le roi revêt la couronne de cérémonie; puis, comme ils approchent du Dieu et qu’un mortel ne doit pas se présenter les mains vides devant la divinité, ils se chargent tous deux des mêmes offrandes. Ils pénètrent ensuite dans une troisième salle où brûlent les parfums : le roi a changé son offrande, mais non la reine : une autre porte s’ouvre devant eux, ils y pénètrent, et on les voit de chaque côté d’une table, se tournant le dos et accomplissant les rites. Quand ils sortent de cette troisième salle, ils montent l’escalier de quatre marches conduisant au sanctuaire : le roi est en avant et la reine le tient parle bras; ils sont tous les deux devant le reposoir de Râ en avant duquel brûlent de nouveaux parfums. Que se passe-t-il alors? on ne peut le savoir; mais il est probable que la chose devait se terminer comme plus lard elle se termina pour le roi éthiopien Piankhimeriamen : « Il vint en passant vers le temple de Râ, il entra dans le temple en adorant deux fois. L 'homme au rouleau invoqua celui qui repousse les plaies du roi; il remplit les rites de la porte, il prit le vêtement seteby il se purifia par l’encens, il fit une libation, il apporta les tleurs de Habenben1, il apportâtes offrandes de vie; il monta les degrés vers le grand reposoir pour voir Râ dans Habenben , étant tout seul. Il poussa le verrou, il ouvrit les portes, il vit son père Râ dans Habenben , vénéra la barque de Râ et la barque de Tourn. Il tira les portes et prit de la terre à sceller et apposa son sceau avec le sceau royal 2. »
Le document écrit est le commentaire de ce que nous avons vu sculpté sur cette paroi. En bas de cette scène sont deux registres qui nous