‹ Histoire de la session de 1815Chapitre 10 sur 26 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les Cent Jours^

Il n'entre pas dans le plaii de cet ouvrage de dire la conduite que tint Buonaparte dans le court espace de temps pendant lequel son nom domina de nouveau la France , et donna une nouvelle activité à l'Europe j n^snis cet événement, dont les suites auront une si grande influence sur nos destinées à venir , a été Tocpasion de plusieurs discussions dans la chambre des députés , et mênie la cause accidentelle de sa convocation ; et comme le dissentiment des opinions , la vivacité des discussions tiennent à la manière diverse dont les esprits considéjfoient les motifs et les auteurs de cette fatale révolution , il est indispensable de présenter à cet égard des réflexions qui pourront aider par la suite à saisir le véritable esprit de ces débats. Si on juge le gouvernement de Buonaparte , ^epuis son éléyation au consulat jusqu'à sa

< io3 )

chate^ par les règles de la politique telle que la conçoivent les gouvememens légitimes et réguliers , il sera impossible de comprendre ses succès , et d'en tirer aucune instruction ; maii^ si on n'oublie pas cette vérité avouée par tou& les publicistes dignes de ce nom que ies vices d'un gouvernement peuvent ajouter à sa force, quand ils sont analogues à sa nature^ oo^ comprendra de suite les causes de l'élévation de Buonaparte> la raison de sa durée, et le| moti& pour lesquels son nom reste un étendard pour la canaille de la révolution. Il y a des mots et des noms qui remuent Je monde ; d^^ nos jours , le ndot liberté est devenu un de cei mots-là ; c'est souS le couvert de la liberté qu8 Fathéisnie , la spoliation , la haine des anciennes institutions , 4e toutes règles et de tout frein ^ Se sont propagés en France , et ont formé de toutes les passions viles en activité une espèce de doctrine nouvelle dans l'histoire du monde t et qu'on appelle ta révolution < Lorsque cette révolution se fit homme dans la personne de Buonaparte , tous lès vices qui jtisqu'alors s'étoient agités sous le couvert de la liberté^ se groupèrent autour de lui , et s^attachèrent à lui ; il ne fut pluà question de la liberté , ovk s'en moqua hautiement ; et ce grand intérêt, apparent dé la révôltition fut certainement ce €^i fiç trouva le plu$ çomplètemaut QubUé^Cfe

( io4 ) n'est que depuis le retour du roi que quelques idées favorables à la liberté publique ont été remises en crédit ; et comme les honnêtes gçns en ont éprouyé de la joie , la canaille en a conclu d'instinct que le mot liberté ne lui appartenoit plus j et c'est au nom de Buonaparte qu'elle reste séductible , non par amour pour sa personne , mais parce que dans ce nom se réunissent toutes les passions envieuses qui l'ont mise en mouvement depuis 1789,

Il s'est cependant trouvé , en France , beaucoup de gens qui se croyoient habiles, et qiii proelamoient hardiment qu'au retour du roi , il ne faudroit rien changer ^i/e les draps du lit; je demande pardon de l'expression y mais comme nos politiques modernes n'ont pas des idées * fort élevées, il est tout naturel que leurs expressions soient basses; et ce n'est pas à moi qu'il appartient de les parer. Pour conserver intact le mode, les formes et l'action du gouvernement bi^onapartiste , il auroit fallu y conserver aussi tous les vices qui en faisoient la force , parce qu'ils éioient analogues à sa nature; et cela étoit impossible , par le fait seul que la légitimité succédoit à l'usurpation. Cette réflexion bien simple ne se présenta pas à l'esprit des politiques dont je parle j ils étoient occu^ pés de pensées bien plus sérieuses ; ils vouloient conserver leurs places et les ^vanuges dont i|s

( «o5 ) jouissoient, exploiter la France sous un roi comme ils l'avoient exploitée sous la révolution f sauf à exploiter de nouveau la révolution , ei conserver encore leurs avantages, s'il se présentoit une nouvelle occasion de changer les draps du lit. Il y a aujourd'hui dans les âmes une indifférence pour le bien comme pour le mal , et dans les esprits un égoïsme dont il faut plaindre les Français, parce que ces deux sentimens sont le résultat inévitable de tant d'éyénemens qui ont déconcerté à la fois toutes les passions généreuses et tous les calcul^ fondés sur des idées nobles. Buonaparte^ qui connoissoit parfaitement les hommes auxquels il avoit affaire, ne fonda pas l'espoir de son retour sur leur dévouement à sa personne; à cet égard , il ne se fit jamais la moindre illusion. La première garantie qu'il leur donna, au contraire, fut qu'il n'accepteroit pas leurs services , s'ils dévoient être compromis en cas de non succès j et tout s'arrangea sur cette seule condition. Excepté quelques têtes ardentes qui préiérèrent de tout risquer, dans l'espoir de tout obtenir , et quelques sots qui avancent sur les événemens sans regarder de côté , ni en arrière, il est remarquable que, jusqu'au moment oii M. le maréchal Ney se déclara , on évita de se prononcer imprudemment pour ou contre; et Bupnaparte fut plutôt servi d'une

( »o6 ) manière négative que d'une mainiëre active-.

Même après la déclaration de M. le maréchal Ney , les habiles mirent encore beaucoup de mesures dans leurs démarches^ et la chambre des députés de ce temps aima mieux doûner au roi un pouvoir absolu auquel la permissioti d'en user n'ajoutoit aucune force réelle , que de prendre sur son compte l'initiative de résô-. lutions vigoureuses. On auroit pu se rappeler cependant que la déchéance de Buonaparte', prononcée par un sénat deshonoré , avoit fait une grande impression , et avancé le dénôûment de ce grand drame , parce que les assemblées sont et seront long-temps encore un puissant moyen d'action sur les esprits en France. Mais celui qui avoit su se servir du sénat en i8i4> étoit à Vienne en i8i5; et ce n'est pas au congrès de Vienne que l'histoire pourra reprocher de ne pas s'être prononcé avec une vigueur capable de raffermir l'Europe dans ce moment de crise. Ceux qui n'ont jamais abandonné la direction de la révolution sous les formes diverses qu'elle a prises , ont crié bien haut qu^il n'y avoit point eu de conspiration au 20 mars, et ils en ont donné pour preuve que Buonaparte avoit marché long-temps à peu près seul , avec les gens qu'il avoit amenés de l'île d'Elbe ; et comme on ne réfléchit pas assez en France pour savoir de soi-même que ne point

oppoBcf dTobstacIas, qaaifd on est convem seulement de n'en point opposer , c'est serviir selon les conventions faites, et conspirer autant qu'il est nécessaire pour faire réussir ua plan arrêté , la persévérance des intéressés , et rignorance des yictimes ont également contri*bué à établir l'idée confuse que le retour de Buonaparte est un événement d'autant plus extraordinaire qu'il ne fut point préparé. Il le fut , et de longues mains. Il y eut conspiration > conspiration appuyée sur la bassesse, parce que celui auquel elle devoit profiter n'avoit besoin que de cela , et qu'il savoit bien en effet qu'il ne trouveroit que cela de vivant dans tous les cœurs , tant qu'il y auroit de l'incertitude. Il étoit bien sûr que le mouvement une foie ^nné , tout se précipiteroit vers lui j que les simples soldats accoujroient dans l'espoir d'une sous-lieutenance^ les sous-lieutenans pour être capitaines, les capitaines chefs de bataillon, les chefs de bataillon colonels, etc. etc.; car chacun , en trahissant son devoir, espéroit qu'il y auroit plus d'honneur dans les grades supérieurs au sien , et qu'en conséquence Tavanceiment ne lui manqueroit pas; onvcourroit à l'infidélité, avec l'espoir d'en jouir par privilège; mais dès que le privilège s'annonça en restreignant le nombre des prétendans, on voulut de l'égalité j et Buonaparte ayant fait

( ïo8 ) mettre sur la porte du bâtiment destiné à k troiipe qu'il ayoii ramenée de Tile d'Elbc> caserne des braves ^ fut obligé de faire ^ retirer cette inscription.

Après une longue révolution, les hommes qui ont suivi la môme carrière , en professant les mêmes opinions et défendant les mêmes principes , peuvent s'entendre dans toutes les circonstances, sans aucun de ces préliminaires qui sont indispensables pour nouer une conspiration dans les temps ordinaires j une posi" tion négative leur suffit pour être en mesure, et un seul mot pour se faire comprendre j la moindre concession faite par eux suffit à quiconque veut les engager , pour savoir jusqu'oii il pourra les entraîner. 11 y a souvent plus de rapports qu'on ne pense entre le blasphème qu'ua homme du peuple ivre prononce contre le gouvernement légitime , et l'air de profond chagrin avec lequel un révolutionnaire de bonne société dit à demi- voix : «Rien ne s'éta- » blit; nous n'avançons pas , >^ quoîqu'au môme instant un royaliste puisse dire la môme chose avec les meilleures intentions. Quand saurat-on qu'on n'opère des changemens dans les mœurs que par des institutions ? Quand voudra-t-6n organiser la nation française de manière qu'on sente enfin que quelque chose s'établit, et que nous avançons? Toute la France

f^ocf )

est*elle donc dans les places soldées , pour qu'on s'imagine qu'il suffise de changer les places de mains, quand on veut assurer le sort de la France j comme s'il y avoit une garantie que les titulaires nouveaux ne s'arrangeroient pas avec les éyénemens aussi bien que les anciens titulaires ; comme si l'homme auquel on donne un bureau de loterie ou de poste , un débit de tabac, qu'on place comme chef ou sous -chef dans un haras , pouvoit , par ses sentimens , quelque chose en politique? Je ne cesserai de le répéter, c'est la nation française qu'il faut instituer contre la révolution -, les hommes isolés n'y peuvent rien , quelle que soit leur position , et moins encore que les autres, ceux qui comptent tout conduire par la force de leur génie ou de leur caractère ; car cette présomp-^ tion même suffit pour prouver qu'ils ne cohnoissent pas le fond des choses. Que le mi« nistère batte la chambre , ou que la chambre batte le ministère, c'est la moins importante des questions irrésolues jusqu'à ce jour^ il y a tout au plus^ dans ces débats^ un spectacle pour ceux qui ont mis leurs intérêts hors des discussions de la chambre et des calculs du ministère , comme les royalistes, pendant les cent jours , avoient mis leurs intérêts hors de la querelle ouverte entre le despotisme militaire et la souveraineté du peuple, fïos vœux , nos espé-

nances s'élevoient au-dessus de ces deuit partis; «t -quand Madame eut quitté Bordeaux , et M. le duc d'Augoulême le midi de la France , rien en France ne nous intéressa que secondairement ; nos regards se concentrèrent sur le cOngrè$ de Vienne et sur Gand*

Cette fois , disions-nous , la question n'aura pas été compliquée par vingt années pendant lesquelles la France et l'Europe auront changé si souvent de position^ qu'il aura été impos-^ aiblè de s'attacher à un plan applicable à un retour dont l'époque paroissoit indéterminée^ et qui a surpris également l'Europe victorieuse et la France délivrée. L'Europe est réunie^ armée , la guerre solennellement déclarée ; et quoique la chance d'un combat soit toujours incertaine , l'issue de la campagne ne laisse aucune incertitude. Si Buonaparte est vainqueur dans le premier combat, il n'y aura rien à faire que de se retirer quelques lieues plus loin ; mais s'il est vaincu , son sort est accompli, la royauté revient; tous les calculs, tous les plans auront donc été faits dans la pensée de ce retour. On ne criera pas, cette fois, que le roi arrive étranger aux changemens opérés en France, accompagné seulement de vieux Français qui ne connoissent pas la France; il a été suivi p^r des hommes qui ont vécu parmi nous pendant la révolution , qui connoissent la nation à la-^

qadl<9 ils ont affaire » dont \m graii4 nombre n'a pas accompagné le roî par peur de Buona-parte %■ mais par fidélité à la cause royale, et qui lienneQt par cooséqueut à tous nos intérêts.

C'est là que va s'opérer une réunion sincère entre tout ce qui est français et royaliste, et la conspiration du 20 mars ne sera perdue pour rinstruciion de personne.

L'Europe a proclamé qu'elle ne faisoit la guerre, qu'à Buonaparte ; mais un ministre anglais a dît , dans les débats de la chambre des communes , que si la nation française étoit asses infatuée de son tyran pour s'armer en sa faveur , l'Europe feroit la guerre à la France ; et il avoit raison selon les lois éternelles de la politique y qui doit toujours mettre l'intérêt général au-dessus de l'intérêt particulier : or , la sûreté de l'Europe étoit incontestablement le premier intérêt j l'intérêt de la France n'étoit que secondaire. Par suite de la triste séparation de la royauté et de la force publique, le roi se trouvoit hors de ses Etats , et les troupes s'étoient rangées autour de Buonaparte. Les nations en guerre ne s'attaquent aujourd'hui que dans leurs armées; ce n'est donc que dans leurs armées respectives qu'elles peuvent se reconnottre. L'armée française combattant pour Buo- .naparte , l'Europe étoit compie autorisée à croire qu'elle âusoit la guerre à la France^ et

à marcher dans ce sens i car si Buonaparte eùc été vainqueur , personne ne peut nier qu'il auroit agi sur l'Europe de toutes les forces de la France , et de toutes celles qu'il auroit pu attirer des pays naguère soumis à sa puissance. Jamais position ne fîit plus inquiétante que celle oii se trouvoit notre malheureuse patrie. Les alliés étoient bien entre eux les alliés fmais , pour nous , ils pouvoient être amis ou ennemis , selon les circonstances ; et leur amitié même ne pouvoit que nous être onéreuse alors que leurs secours nous étoient indispensables^ -^ et par cela même qu'ils nous étoient indispen-« ^ sables. Toutes les difficultés qui peuvent naître de cette situation auront été prévues , disions-^ nous. Si Buonaparte est vaincu, les troupes de l'Europe avanceront moins vite que les agens du roij dont le choix est sans doute arrêté et. le nombre fixé. Tout ce qui tient à l'ancienne administration cesse par le fait ; les départemens pris isolément sont trop foibles de moyens et ^ de population pour soutenir le poids qui va les ' accabler ; les ressources et la force ne peuvent se trouver qu'en créant un pouvoir autre que celui des préfets. Il faut une autre division territoriale , et .c'est maintenant par les divisions militaires qu'il faut considérer la France. Un iiommè de nom, d'un grand nom , et j'entends ici un nom connu en Europe, sera envoyé dans

chaque division avec un pouvoir absolu; il sera accompagné de quelques hommes entendant l'administration qui s'applique aux choses, et qui savent profiter des connoissànces qu'ils ont acquises sans s'asservir à une routine que les événemens rendent impo'ssîble à suivre.

Ce mouvement s'opérera' de telle sorte j que les commissaires du roi précéderont nécessairement dans chaque division les troupes étrangères f et que tout sera prêt pour les recevoir en alliées , afin qu'elles ne puissent jamais se conduire en ennemies. Le chef du commissariat rojral sera , par le respect que s'attire tout pouvoir étendu , en position de traiter avec le chef des troupes ; et plus ils traiteront de haut , l'un pour un grand nombre d'administrés , l'autre pour un grand nombre de soldats, moins il y aura de difficultés entre eux ; car les difficultés nabsent toujours entre les autorités foibles. Le sort de Buonaparte se balancera encore à Paris entre toutes les prétentions révolutionnaires , que la plupart des provinces auront reconnu le pouvoir du roi , et ;Seront gouvernées en son nom : s'il s'en trouvoit quelques-unes qui refusassent d'abord de recevoir les commissaires du roi, de leur obéir , leur soumission devien-* droit immanquable aussitôt qu'elles verroient s'avancer les troupes étrangères , puisqu'elles semiroient alors le besoin de la protection

( ii4 ) îoyalé , comûie ]a France entière sent , pour la seconde fois » le besoin de mettre les Bonr^ lions fentre elle et les troupes Tktorieùsès des Sô'nYerains long-tçxnps offensés au nom de la France;

. TèUes étoiefat les eonîectnres que nous jefiœii dans Ta venir , et qui nous remlotent comme insensibles k l'alliance ficm'^ et à la lutté réelle des jacobins et des buonapartistes. !Naus pen* sions encore que les fautes de Tannée précé* dente né seroient point perdues ; que ceux qui pouvoient s'attribuer nos. malheurs reparot'» troient modestes ; que les hommes ne seroient 'plus pes^s au poids de leurs sentimens , de' leurs prétentions , mais fugés sur letrr capacité i ei que rtiniôn se forméroit entre les royalistes par principes i les seàls, disoitM. Burke, qui soient à la fois des hommes fidèles , parce que leurs opinions leur appartiennent , et des hommes babilés , parce que de leur conviction résultent de longues études sur ce qui fait la force et la sûreté des Etats. Sans renoncer à la conititu-^ tion, parce qu'auctmce nation ne renonce à ce <{ii'eire. est convenue de regarder comme ses iois fondamentales /nous étions disposés à faire au pouvoir la part qu'il voudroit prendre ; en im mot , nous attendions le développement d'un plan ferme et arrêté ,• et si noûS le formions qunplquefois avec notre imagination trop

(it5) prompte à s'élever au-dessus des difficultés, ceite illusion., mémQ étoit toute favorable à l-action de l'autorité jMale , puisque nous n'er* rions .qu'en sa iàvenf^ , Ce que nous avons vu de contraire à ces esypérances a sans doute été décidé par des causes. plu$ fortes que la volonté des kommes ; €;ea causes soQt encore .couvertes d'un, voile que pR n^essaierai pas.de soulever, e% rien ne seroit plus téméraire que die ae Ihvier ki à des conjeclures. Les événemens politiques jd'ailleu es tieni^ent k tant d'intérêts et à,d)es imijérôts si corn* pliqu^ ' quL'il ^t impossible de les juger même ^près avoir entendu la défense ouïes confidences de tous ceux qui y ont pris «ne par€ active. 11 &ut se contenter d'exposer - la sâtnatiôn des chos^es y parce qu'il est indispensable de la con« nottrç^ pour se faire une idée ^mste^^des débats quj doivent en résulter* Des préfets farent liomnokés et envojés comme dans ks temps les plus tranquilles ; leurs instructions portoient sans doute de défendre avec courage leurs admi-w nistrés ; je ne sais si ces instruetioqs avoient calculé la force réelle . des préécts , avoient prévu IHrritation.qui naiti^it de petites résis^ tances , et dont ^influence pourroit s'étendre jusques sur les discussions relatives au traité définitif. Les préfets.qulse faisoient enlever pa^ les troupes, étrangères , inbçitraient incomesta<r

( ii6 ) blement un généreux dévouement ; maift ils oublioîent qu'une fois . enlevés ^ leurs ;adtninistrés restaient sans agmt du roi pour les défendre 9 et qu'ainsi Iflirzèle trabissoit leur devoir* La France frémîssoit en voyant des querelles ouvertes entre les troupes étrangères et ceux qui représentoient le pouvoir du roj[ dans lés provinces ; on s'interrogeoilpour savoir si l'Europe étoit venue nous secourir ou nous conquérir; le traité de i8r4 sembloit ne plus suffire à une position nouvelle ; et, s'ilfalloitvenir à un nouveau traité , on se demandoit oii seroit la force que nous porterions dans les discussions préliminaires, oii chaque partie est comme autorisée à ne vouloir que dans ses intérêts. . Un homme de la révolution , ministre de Buonaparte , classé sans transition parmi les ministres de la monarchie après avoir osé fermer à son roi les portes de la capitale , n'inspiroit aucune confiance ; et les cris qui partoient de ce ministère et de ses adhérens contre une partie des alliés , paroissoient d'autant plus sinistres, que d'autres hommes puissans cherchoient de leur côté à tourner les plaintes de la France contre une autre .partie deS alliés. Celte confusion de haine et d'amitié, de craintes et d'espérances , cette anxiété de l'opinion mille fois plus cruelle que l'annonce positive d'un malheur inévitable , f aisoient passer les Fran-

çais de rexaspération qui peat tout entreprendre au découragement le plus absolu , sans que leur exaspération s&t à qui s'attaquer , sans que leur découragement sût à quoi s'en prendre. La stupeur de l'opinion publique permettoit à je ne sais quels hommes , et dans quelles intentions, de dominer toutes les réflexions en portant les regards vers cette armée qui avoit causé les malheurs de la France , et de montrer ces restes de la force publique comme un espoir de délivrance. Ainsi c'étoit sur ce qui avoit trahi qu'on appeloit l'intérêt ; ce qui avoit été fidèle étoit déjà abandonné ; et l'on n'acceptoit pour auxiliaires que ces hommes neutres qu'on nous présente sans cesse comme propres à concilier les partis, positivement parce que se faisant le centre de toutes leurs affections , n'ayant de sentimcns profonds pour rien , d'opinions arrêtées sur rien , ils sont toujours prêts à abandonner toutes les causes, à servir le parti qui va dominer , sans avoir même besoin de trahir leur conscience ; hommes mille fois plus dangereux que les plus hardis conspirateurs , plus coupables que ceux qui s'exposent à être légalement jugés , parce que leur probité du JQur ne sert qu'à corrompre la société , tout l'effet de leur présence conciliatrice étant de fairemettre en doute le vice et la vertu , le devoir et la trahison , et d'ôter à l'honneur toute sojx énergie > au courage toute son activité.

C'est dans cette disposition que pajrunsntlef ordonnances qui faisoient des ministres un mitiislère , qui conyoquoient les collèges électo* raux pour nommer une Chambre entièreilnent nouvelle , et qui modifioiënt provisoiremeul quelques articles de la constitution , sans que personne puisse dire encore aujourd'hui qui avôit demandé ces modifications > et à qui on les accQrdoit.

mmmataaamami^KMmammmmmmÊÊmÊÊÊmÊmmmmKÊam

Page 1