‹ Histoire de la session de 1815Chapitre 9 sur 26 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ses Prétentions rérolutionnaires.

J'ai dit, dans le chapitre précédent, qu'une des plus grandes erreurs qu'il seroit possible de commettre aujourd'hui en politique , consisteroit à ne faire qu'une seule époque de la révolution , depuis l'année 1789 jusqu'au retour du Roi en i8i4« H faut connoltre les dangers qu'on peut avoir à combattre , les prétentions avec lesquelles on aura à lutter , et bien se persuader qu'il y a plus de paresse d'esprit que de décision de caractère à juger en masse ce qui a besoin d'être distingué , ne fiit-ce que pour en tirer de l'instruction. Si on n'avoit pas entièrement manqué de connoissances applicables à la France l'année dernière, onn'auroit 1',

pas été surpris par un événement désastreux qu'il étoit d'autant plus facile de prévoir , que deux causes agissoient d'une manière sensible pour l'opérer. A des dangers certains, on s'est contenté d'opposer un mot fort respectable sans doute ; le mot légitimité; mais il falloit

examiner , au moins secrètement • si ce mot faisoit une aussi grande impression sur ceux contre lesquels, on lepronenQOÎi^ que sur ceux qui le prononçoient.

La révolution a toujours marché swç des principes fîxes% et àoiut elJe ne sou&rit jamais que Ton contestât Tinviolabilité , même lorsque des circonstances impérieuses la forçoient de revenir sur ses pas , et de partir d'un ciutrQ.poist pour drrîtcr âtt fcut itfâpqti^. Ôri se trômpëroit bésmcbtip en ctoyant que les fanieûx retdïu- IkJtitiËites , Ces? téfrïMès apôtres de régalîté, dotlt Sttofiàp'arté atoît fait dé hauts et' puissans sefîgBtôUtS , et qticf rio\rs avons tous vus devant ïur â'xtae bassesse vraiMéiit ôrfgîrialé, eussent tftf scfal înstatof renottcé* dtariô le foncï du cœtfr aux doctrines dé ta révoïùtiôn. C'est farce qùé feur dévouement étoit faux, qu'ils se nfioniroietn si souples atux voîotttés d'un mattre ; s*ife àvôiént aimé de bonne foi et sa per^oA'né et sôû pouvoir, ils l'auroîent auirèiftént servi, w tï'âurotent pas employé toute leur adresse potrrglissefrfesprit de ïa révôlutioti dalis toutes ïcs loi^ , afu ttioméilt même oii ils paroissioiéiîit tr'aghrque pour la gloire du chef. Ils ne Tavôîent wcepté que cotntûe tin moyen de sauver là république des embarras dans Idsqueh ils Tà- 'tt>iient plongée ; siïbjugtté^ par l'habilita avec iaqudfe ff se joumt d^ Jeurs vice«, îfe ûe ces-

(9J> re^vfs^^er. Byp^^partf m l'îgpproit |^a, Pavmi

(lâches qvi? son ç^raçim liV^i p^mettoit d'«a Q.Yoir , il nm (est 94çmi qui ne i'ait wieadit géfn^îr d'étr^ ej^t^uF^ 4'Ik>49i»<9^ qw »e dc«i-n i^içnt qui^ Sft pejr^ , et qui 1^ b&t^lraÂWt du jour iqU il$ ne v^rroîeat pj^, exi lui )^ garauiie dea iioaueurs et des biet^s df^ip^t iil^ ayoieut accalmies. C'est la p^re^^ ch9»$ eu; effrt à laquello ils penserenir ^ app/i^api; le» désastMa de In ipetraite de ]!ifpç<;Q^. Df^ ce jp^otoent se farma l^ p£^rti dit de 1^ régesice » parti qui espéroit , sous une feiiotme etjpaugère et nu eufaiu, £iiré triomp]i^r eufii> les idées libérales^ parti fort Irôte I puisqu'il atteudoit patiemment , pour éclater^ uu évéaexuent qui ne dépendoit pas d^ iui ; pai^ti qui a beaucoup servi au retour .des l^urbons , parce' que l'homme habile qui ayoit compromis tant de geus dans l'espoir de 1% régence , sayoit bien que par la crainte d'être perdus devant Buonaparte , ils tomberoient à la disposition de celui qui voudroit et sauroit les conduire (i), Les vieux révolutionnaires

(i) lU ne patdpànçroiâ }amak à cthiî qui i*Mt al piaSsaiHiiMnt tervi d'eux pour rai^ener le3 Epurl^oiu ; et par no 4e cts rapprov chemMiS qui ne sont pas rares Si la fin des r^yolutions , h même tiominc peut- avoir pour ennenif ceux qui ne Tooloient pas de M royauté et ceux ^ui a'oAt jamab Toulu que^ la lojauté. ^ . ,

(94) titres n^aimoient dans leur empereur ^è^ rhomme qui bouleversoit le monde , détrônoit les roiS) déplaçolt les nations, et préparoit ainsi une confusion générale au milieu de la* quelle les peuples > un jour réduits à se sauver eux-mêmes , s'attacheroient aux doctrines de l'égalité , les dernières en effet dont les esprits en Europe eussent été vivement frappés. 11 faut avoir vu agir les hommes dont je parle , pour être convaincus qu'ils préféroient d'instinct lés maximes populaires 5 même aux avantages dont ils jouissoient; ils en faisoieut l'aveu à tout instant , et d'une façon d'autani plus piquante y qu'ils ne se doutoient pas eux-méme£{ que chacune de leurs paroles étoit , pour l'ob-^ servateur attentif , une véritable révélation. Jet n'aurois pas osé écrire ceci avant l'événement du 20 mars ; on ne l'auroit pas cru ; du moins on en auroit dema<ndé la preuve. La preuve existe aujourd'hui dans cette fameuse déclaration de principes du conseil d'Etat en faveur de la souveraineté du peuple > déclaration d'es* claves , un moment déchaînés , qui n ignoroient pas la peine qu'ils faisoient à leur maître , et la triste position dans laquelle ils le plaçoient vis*à-vis les souverains- de l'Europe, auxquels il s'étoit tant de fois montré comme lé plus grand appui du système monarchique contre le système républicain. Mais il falloitvenger la révo-

(95) ludon tandis que le maître n'avoit pas encore

repris la verge ; ce fut leur unique pensée et

leur première affaire. Ce n'est pas une des choseé

les moins extraordinaires que nous ayons vues

par suite du 20 mars ^ que ralliance proclamée

entre les membres du conseil-d'Etat de l'empe-*

reur Napoléon et les fédérés des faubourgs de

Paris ; que l'unité de doctrine reconnue comme

n'ayant jamais cessé d'avoir lieu entre des cour*

tisans chamarés d'ordres , ensevelis sous des

titres 9 et les imperturbables patriotes de 1 79?;

Un souverain légitime , revenant à la suite

de la république , auroit pu habilement opposer

la majorité de la nation française aux préten-*

tions et aux doctrines de la révolution; il auroit

suffi pour cela d'organiser cette majorité de

manière à lui donner assez d'influence politique

pour qu'elle s'élevât au-'dessus de tous les partis ;

ce qui est possible^ et ce que l'on ne comprendra

probablement que quand il sera trop tard. Mais

Buonaparte sentoit fort bien qu'il n'étoit qu'un

usurpateur, et que par conséquent il ne pouvoit

essayer, sans danger, de donner.de Tinfluence

à la partie saine de la nation. Arrivé au pouvoir

par des exploits militaires , et malgré toutes les

précautions prises par les républicains pour

empêcher les militaires df acquérir de l'influence

sur la direction des affaires j il institua l'armée

comme opposition à la révolution , et tint

tOQJtmrs en état d'irritation et de rîvalké cèiuc qui pvétendotent exclnsiTement être la gloire de la France^ et ceux qui a voient prétendu el prétendoieat encore secrètement étreles auteurs de sa liberté. Il confottdit dans les mêmes b<^ii« soeurs 9 dans les mêmes récompenses des hommes l|ai n'a voient pas les mêmes vues ; inais comme îJft s'étoient tous élevés par le mouvement na^ tturel des révolutions qui met en évidence tout ce qui a de Factivlié , du talent y du courage ou d^ l'adresse^ il craignit constamment ce qui pouvoit 2e5 rapprocher d'intérêt ^ et les militaires , en général , siégèrent peu dans les assemblées délibérantes. Il leinr laissa d'ailleurs rarement le temps de penser k %^y inti^oduire. Tandis qu'à la suite du 120 mars les prétentions des révolutionnaires se montroient par des déclarations en faveur de la souveraineté du peuple, point fondamental delà doctrine > les tiiilitairesne cachoient point la prétention de dominer seuls. » Cette fois, disoient-îls , ce h n'est bien positivement qu'à nous qu'il devra te son pouvoir. » Les conséquences étoient sclaires , et les Framcats aUoient se trouver separés en nation conquise et en nation cooqué- Tante. Si l'Europe n'eut point terminé dans une seule bataille les débats ouverts entre les partis actifs , laFrance auroit été de nouveau disputée et déchirée sans pitiépar ces partis ,^ trop heu*

C 97 ) renie de chercher alors un refuge auprès de

quelques hommes qui n'étoient restés neutrei^

dans ce grand mouvement, que parce que cett€(

neutralité présentoit bien aussi ses avantages. )

.Chaque fois que les prétentions révolution**,

naires déconcertées ont été obligées derenoncei'.

à dominer hautement , on les a vues chercher. .

à s'unir au pouvoir établi ; ce qu'elles ont fait

sous Buonaparte, elles ont essayé de le faire

sous le roi. C'est ainsi que le sénat, tout dés-»

Iionoré qu'il étoit , voulut imposer une consti->

tution au souverain légitime ^ la majorité de la

France prit parti pour la liberté de son roi*,

Plus tard , on tenta de nouveau de mettre en

discussion si Louis X VIII étoit revenu, ou s'il

avoit été appelé ; la majorité de la France ne

-voulut pas seulement avoir l'air de comprendre

cette distinction. Le roi sera toujours pour elle

le roi. Après la bataille de "Waterloo , les poli-*

tiques révolutionnaires. demandèrent au roi la

réforme de quelques articles de la constitution 5 •

et obtinrent une ordonnance à cet égard j mais

cette ordonnance n'est que provisoire > et ce

qui en fait le fonds doit être soumis à la dis^

cussion des chambres. La majorité de la France

qui sait (fue toute proposition de téjorme ren^

ferme Vaveu tacite ^ mais formel y d'un abus^,

désire que les Chambres ne consentent pas à

convenir qiji'il y a abus dans une constitution

(98) ftite par le roi » afin que les révolatîonnaires àe puisswLt pas dire que la révolte du âo inars B'auroit pas eu lieu si on avoit su faire d'avance des concessions ; car ce n'est qu'avec ce dessein qu'ils ontproposé c^tte ordonnancede réforme. Enfin lorsque le ministère a annoncé la prétention d'être le gouvernement , de nous montrer un directoire sous le roi comme il y en avoii eu un sous la république , la majorité de la France ne s'est-elle pas soulevée à la seule annonce de ce renversement de tous les principes monarchiques? Ici j'appelle l'attention des royalistes exclusifs. Qu'auroient-ils ibit de plus pour le pouvoir royal , que ce qu'a fait, dans toutes ces circonstances , la majorité de b nation française , que ce qu'elle a fait sans efforts , sans secousse , parce que son calme même est une force réelle , et qu'il lui suffit de s'éloigner d'un parti pour l'isoler et le montrer

dans toute sa foiblesse (i)? Et lorsque les mili-

(i) Je ne puis faire comprendra à tout le monde ce (iu*est cette majorité de la France dont le calme est une force rëelle , et qui n'a besoin que de s'éloigner d*un parti 'pour l'isoler et le montrer dans toute sa foibles^ , parce qu'il faudroit entrer dans des détails qui renverseroient les idées dominantes -parmi les politiques du jour. Je citerai un fait qui s*est passé sous nos yeux pendant la K^sion d« iSiS, e^ qui a offert en abrégé le tableau àe ce qui se passe en France depuis vingt-cinq ans. Avant de dire qu'il n'a pas besoin de la majorité, il n'est point de ministère qui ne fasse tQ|is ses efforts pour l'obtenir ; en cela il a raison ; son tort n« consisteront qu*à s'y prendre mal , et à croire cjue le mot concilier est synonyme d^ soumettre. Certains politiques promirent de ^ire une nl^jorité au ministère. Après avoir calomnié les honuset

mirés à leur tour out montré des préientiouil révolutionnaires eu diemandant que les couleur^ dites iiatiouales remplaçassent la couleur française, comme si la France en effet eût été yaincue par la révolution armée, comment la majorité de la France a-t^elle répondu? En arborant partout la cocarde blanche et le drapeau blanc ; et la question étoit décidée avant qu'on eût eu le temps de la mettre en délibération. Il en sera de même toutes les fois que les questions seront assez simples pour que la majorité de la France puisse les saisir de suite ; €^ quand les questions se compliquent , que la royauté jperd quelque chose danâ les débats,

en vérité ce n'est pas la faute de cette majorité

les plus estimablesde la Chambre « après leur avoir prêté les projets les plus désastreux, et jeté le tfouble dans les esprits foiblesy \\$ ouvrirent un club , rue Saint- Honoré , et poussèrent à s*y rendre tous ceux qui n*avoient que des intentions loyales et consiitiitîonnelles. Le nombre de ceux qui s'y firent inscrire fut d'abord considérable. Si la n^ajorité de la Chambre a voit de son côté voulu se réunir en club, les esprits s'aigrissoient et les partis se formoient. Elle resta calme , continua à délibérer selon sa conscience; le club de la rue Saint-Honoré se vida de tous ceux qui n'avoient en effet que des intentions loyales et constitutionnelles ; et les certains poli^ tiques qiii avoient inventé cette réunion , se trouvèrent si isoléi qu'ils fermèrent «UX-niémes la |>orté pour ne pas laisser voir toute leur foiblesse. C'est ainsi que lès choses se passent dans toute lai France; on peut y agiter les esprits, jeter dès soupçons sur les honnêtes gens, abilsër de la probité tro^ crédule; cèlti nèdurtf qtï'un instant , parée que la uia)oritë a un calme qui lui est propre» auquel elle revient de tout soii poids ^ et qu'il lui suffit de s'éloî- ^ér de ceux qui Veulent la mlù conduire, pour que leurs rnseïet leurs ' efforts ne soient plus pour elle qu'un ijpe'ctâde aissei djvef * tissant, sauf Targent qâ'fl coîfté. '

( lOO )

de laTrance , mais bien la faute de ceux qui n^ savent ni la connottre , ni s'en servir , qui voient des attaques oii il n'y a que des amis , et qui cherchent la sécurité là positivement oii est le danger; ignorance cruelle, le plus grand de tous nos maux ^ et qui à lui seul suf&roit pour amener tous ceux qu'on redoute.

Mais si la majorité de la France est royaliste , . et par conséquent si elle se trouve d'accord sur' les points les plus importans avec les royalistes les plus exagérés , cette même majorité ql^ n'a point quitté le sol , qui n'est point morte depuis vingt-cinq ans qu'a duré la révolution, qui a agi , a pris des intérêts , s'est formée des habitudes ; elle a senti qu'elle étoit devenue et qu'elle resteroit la force réelle de la France ; elle se trouve donc d'accord sur plusieurs points , non pas avec les révolutionnaires , non pas avec les doctrines révolutionnaires , mais avec les hommes qui aiment la liberté , avec les institutions favorables à une juste liberté , et surtout avec la vérité des choses plus forte ici que les prétentions des individus. Elle n'estime point ceux qui défendent les principes de la révolution ; elle n'estime point davantage ceux qui veulent se faire un patrimoine du roi ; sans chercher comme Wattel (i), en Angleterre, si

(i) Cet auteur a eu l'honneur inappréciable d*êU*e cité virant •ommt une autorité dans les débats du parlement.

i ( ICI )

'Charles II avoit été amnistié par la nation , ou s'il avoit amnistié la nation, elle se contente de vouloir que tous les Français le soient au même titre , et qu'il n'y ait de prétentions admises que "celles qui sont dans l'intérêt public. Les révolutionnaires > ainsi que nous l'avons remarqué , essayant toujours de mettre leurs prétentions sous une protection active , lorsqu'ils ne peuvent dominer hautement euxmêmes , on devoit s'attendre qu'ils prendroient parti s'il y avoit , dans cette Session , division entre les membres de la chambre sur quelque point que ce fût ; et ce qui. n'a point étonné ceux qui connoissent l'instinct politique de la majorité de la France , c'est que y sans que personne s'en soit mêlé , l'usage s'est établi de classer les députés en royalistes et en ministériels , quoiqu'au fond tout le monde sache fort bien qu'aucune de ces dénominations n'exclut l'autre. Mais j'ai déjà eu occasion de le dire y il nous faut des mots pour chaque circonstance nouvelle j et ils sont toujours adoptés avant qu'on ait eu le temps de réfléchir.

Je n'ai parlé dans ce chapitre que des prétentions que les révolutionnaires ont voulu unir à la royauté ; on sent assez , sans que je le dise, que je ne puis parler de celles qu'ils] ont hors de la royauté. Si on ne les oublîoit pas , peut* être sentiroit-on à tout instant le besoin de ne faire qu^un tout des royalistes.

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