CHAPITRE VIII
(Convocation des Collèges Ekctoraux^** Y^itable
Opinion 4e la. France*,
La France éprouva une espèce de surprise en apprenant que les collèges élecioraux alloieiit s'assembler an présence et au milieu des troupes étrangères, de ces troupes qu'on ne pouTOÎt regarder comme amies , ni comme ennemies^ jusqu'à ce qu''un« traité nous .-eût appris à quoi nous devions nous en tenir siur un point ausai important. Lorsque l'histoire nous montite constamment que pluis les dangers d*un Etat sont grands , plus il faut conccaatrer lepouvoir , on se demandoit a^eC iwfuiétude quel indiérét le miiiÛHM avoit' felUMUce en cojiitact tant de passipns^ ei^core si vimicà ,'^^ ^^ qu'il espérôit* pour lui-même -d'uàe} séonion de députés ^qiti ne pouvoit qu'a)outei^aulL' embarras de sa position, si l'atcord le plus intime ne Véialilissoit
aussitôt entre les ministres et la chambre. Cette question mérite en effet d'être examinée.
Je pense que le ministère fit un calcul juste, à une seule erreur près^ mais cette erreur dérangeoit toutes les autres combinaisons ; on ne la prévit pas ; je dirai tout à l'heure pourquoi*
Le système des assemblées délibérantes a tant de partisans en Europe , qu'on peut le regarder aujourd'hui cOmme un préjugé , c'e^t-à-dire comme une vérité généralement acceptée. A force d'avoir entendu répéter le mot nation » les esprits se sont accoutumés à considérer les nations indépendamment du pouvoir qui les
gouverne j et , de nos jours , nous avons cer- ^tainement vu plus de rois que de nations traités sans cérémonie; car les malheurs qui atteignirent les rois furent toujours accompagnés d'accusations sévères , et quelquefois de grossières invectives , tandis qu'au moment même où on accablait les peuples, on employoit avec eux les fonnes les plus respectueuses ; on leur parloit de leurs droits , de la liberté ; on paroissort respecter leurs vœux , et presque toujours en 'effet on craignoit leur résistance » on redoutoit leur Opinion. Les assemblées délibérantes en France ont occupé et combattu l'Europe sous le titre imposant de représentation nationale ; depuis longtemps FAngleterre s'élevoit vers la prospérité avec des assemblées délibérantes, et
(lai ) cette chambre des communes où les souverains étrangers sont souvent interpellés comme à un tribunal , étoit considérée comme la cause première de la force et de Thabileté du gouvernement anglais , par les esprits qui ne vont pas au fond des choses ; c'est le plus grand nombre et dans tous les rangs. D'ailleurs ,|il est incontestable que l'envahissement du gouvernement par l'administration ( car c'est là toute la constitution anglaise telle que le temps l'a faite) est si conforme à la nature dés intérêts de l'Angleterre et si bien adapté à sa position insulaire , que les hommes les plus prévenus contre les gouvernemens représentatifs ne conseilleroient jamais à la Grande-Bretagne d'y renoncer, quand même l'expérience auroit prononcé contre dans le reste de l'Europe.
La nation française , trahie par ses armées , divisée sur tous ses intérêts , jugée dans chaque province, dans chaque ville , parles étrangers^ tranquille seulement sous la puissance de leurs baïonnettes*, ne pouvant offrir à son roi d'appui que dans les cœurs , ne présentoit aucune consistance ,' et auroit inspiré de la pitié même à ses ennemis , s'ils avoient pu perdre le souvenir des injures qu'ils en avoient reçues. En convoquant des collèges éléctorfiux pour nommer des députés , en réunissant ces députés i jxol pouvoir indépendant s'élevoit aussitôt; pou-
Toir d'opinion , il est vrai , maïs <;'est positir vcment le genre de pouvoir que l'Europe respecte le plus aujourd'hui ; pouvoir qu'où peut l'aire parler avec d'autant plus d'assurance» qu'il n'est pas plus saisissable qu'il n'est responsable , et qu^ les ministres qui l'a'uroient excité a se jeter en avant, auroient pu le désar vouer au besoin dans les conférences diplomar tiques, sans qu'il en résultât rien autre chose que l'aveu qu'il n'est rien de plus difficile à contenir , et de plus embarrassant dans les affaires , que ces assemblées; ce sur quoi les rois et ceux qui traitent en leur nom sont toujours aisément d'accord. Faire à l'égard des étrangers un poussoir d'une représentation na^tionale qui n'auroit été qu'un instrument entré les mains d'un homme habile, étoit une combinaison profondément politique, vu l'état des esprits en France et en Europe (i). Celui qui avoit conçu ce projet auroit certainement réussi , comme il avoit réussi à faire croire que le sénat pouvoit prononcer^ et qu'il étoit nécessaire que le sénat prononçât la déchéance de Buonaparte> s'il avoit connu la France aussi bien qu'il
(i) J'ai TU essayer une autre combinaison -qui consbte à lâcher de faire peur des armées de TËurope 3ux députés qtii veulent terminer la révolution ; cdmipe si V Europe avoit fait marcher ses armées pour autre chose que pour terwniaer la révolution. Honte éternelle sur quiconque ose prononcer le nom des étrangers dans, la discussion d*un intérêt qui ne regarde que la France !
( i»3 ) connoit les hommes de l'Europe et les hommes dé la résolution. Mais on s'est trop long-temps accoutumé , en France , à ne pas reconnoltre l'ascendant de cette majorité qui fait loi, et décide de tout ce qui n'e3t pas soumis à l'empire de la force, pour que les hommes qui ont plus agi qu'observé depuis vingt ans , et que leurs succès ont constamment éblouis^ ne se soient |>as livrés légèrement à l'espoir d'être maîtres des choix faits dans les collèges électoraux, et plus facilement encore maîtres des députés réunis. Je dois expliquer ici la cause de leur erreur; et j'ose croire que les développemens auxquels je vais me livrer ne seront pas les HioinB instructifs de cet ouvrage.
. Cette majorité de la jiation , ainsi que je l'ai ^ait remarquet* dans le chapitre qui traite des prétentions royalistes , se jette toujours du côtô qui a besoiA' d'appui, et, sans être jamais hostile , se contente de s'éloigner de. ce qui lui dé-* plaît, éloigneknent qui suffit pour que ce qui lui déplaît re$te sans force et tombe* Quand' le pouvoir est assez fprt pour ne rien mettre en discussion , ou aâ^ez ty rannique pour ne souffrir aucune, discussion , cette ms^orité se soumet; et on peut dire ayec vérité qu'elle est si pea bruyantes , qu'il fisitU l'étudier pour connoltre tout ce qu'oïlé peut et; tout oe qu'elle fait. Les agex>s,4çAit JPouphé , ministre de la police > cou-
( 124 ) vrit la France pendant les cent jours , les préfets révolutionnaires nommés à cette époque , ïcs commissaires dits impériaux (jui parcouroient les départemens , ne virent pas du tout cette nation là. Ils affirmèrent que rien n'étoit plus souple que les Français qui ont quelque chose à perdre ; que la partie qu'on eh réuninirbit dans les collèges électoraux seroit facile aux insinuations , et que ceux qui en sortiroient pour venir siéger à Paris , dans la chambre des députés, nauroient de volonté que celle qu'on voudrôit leur donner. De tous ces agens , ceux qui se croyoient de profonds observateurs , et qui mirent le plus de bonne foi dans leurs rapports , durent avertir secrètement qu'ils ne voyoient qu'un danger, c'est que la chambre ne fût trop favorable à la révolution. Je ne suppose rien. Avant le 20 mars, on craignoit sérieusement dé convoquer une chambre nouvelle; et, dans une conversation que j'eus' avec M. le comte de Blacas, lorsque je lui dis que j'avois la conviction que si on réunissoit les collèges électoraux; il n'en sortiroit que des partisans sincères de la i*oyauté , il recula , me fit répéter , et dit en soupirant : on nous trompe donp. Je lui répondis que je n'étois pas sûr qu'on trompât , mai* que j'^tois persuadé qu'on se trompoit si: pn; disoit le contraire.
* EtL eflfet , et TasSertion va paroître étrange ,
( «â5 ) les miaistres en France sont presque toujours ceux qui connoissent le moins l'opinion pu* blique , parce que la France est le pays du monde le plus mal institué pour qu'on puisse la connoitre, et parce que les administrateurs formés sous Buonaparte avoient bien plus d'intérêt à deviner la volonté de Buonaparte et des ministres^ qu'à étudier l'esprit de leurs administrés ; usage si commode , qu'il se conserve une fois qu'il est adopté. S'il y avoit eu des préfets en . Angleterre , les ministres anglais seroient encore convaincus que la taxe sur les revenus faisoit l'admiration et le bonheur des propriétaires ; ils en auroient mille preuves écrites , et regarderoient l'opinion contraire comme celle d'une cabale. Je m'explique.
Qu'en i8i4 9 le ministre des finances écrive confidentiellement à quatre-vingt-cinq préfets pour leur demander quel effet produira la vente des dernières dépouilles du clergé , et en priant chacun d'eux de lui dire sincèrement si cette mesure n'est pas excellente en ce qu'elle rassurera les acquéreurs de biens nationaux contre les alarmes dont on les entoure , quatre-vingts préfets sur quatre-vingt-cinq répondront quQ cette mesure est excellente, et qu'il est indubitable qu'elle rassurera les acquéreurs de biens nationaux contre les alarmes dont on les entoure. C'est ainsi que Buonaparte. demandoit
( ia6 ) des conseils au sénat, et que le sénat donnoU sincèrement des conseils à Buonaparte.. Màis^ celui-ci trompoit et n'étoit pas* trompé. Le ministre des finances, au contraire, se fait fort auprès de qui de droit des quatre^vingt réponses qu'il a reçues ; il ne vouloit pas vendre , iln'avoit demandé les bois que comme un gage propre h, séduire Timagination des créanciers et à affermir la crédit ; mais quatre-vingts ré* ponses , dans leur uniformité , annoncent l'opi-' nionde la France; il faut céder. Eh ! bien, s'il avoit posé la question différemment , et de manière à indiquer qu'il falloit répondre contre la proposition de vendre les bois , iquatre-'vingts. réponses écrites par les mêmes hommes auroient montré une opinion favorable à la' conservation des bois. Certain^nent il seroit curieux de comparer aujourd'hui les débats qui ont eu lieu dans la chambre des députés sur cet objet, avec les lettres qui annonçoient la joie immodérée de la France à la nouvelle d'une spoliation de plus.
Rien ne me paroit plus bizarre que de demander à un préfet l'opinion de son dépar«^ tement siir une mesure à prendre^ comme si un département étoit une unité sous d'autres rapports que la circonscription territoriale, con^me si un département avoit une opinion même sur les mesures prises et sur les évcne*
mens accomplis ! Si j'éiois à Strasboni^ ou à Bayonne, avec le droit d'écrire confidentielle^ ment aux ministres $an3 qu'ils pussent se ]e èommuniquer^ que j'ai besoin de connottre l'opinion de Paris , ou toutes les réponses réunies ne contiendroient que des généralités , ou , si la question étoit traitée dans tous les détails qu'elle comporte, chaque réponse seroit différente, et ne m'apporteroit en résultat que l'opihion de celui qui l'auroit écrite ; et si par hasard les ministres étoient brouillés entre eux , il est probable qu'ils ne donneroient pas tous la même cause au bien ou au mal dont ils pré^» senteroient lé tableau. Il 7 a souvent dans un département cinq arrondissemens qui n'ont ni le même intérêt , ni la même manière de vivre; et on demande l'opinion d*un département , tandis qu'à Paris, renfermé dans lès mêmes mitrailles^, on distingue l'opinion de tel faubourg de l'opinion de tel autre faubourg, et même les sentimens de telle rue dès sentiifnens de telle autre rue. Qu'il y a de paresse dans là manie de généraliser ! et qu'on est pour longtemps destiné à ne connoître l'opinion sur rien , quand on ne là sait pas d'avance sur tout ce qui intéresse la société !
Je suppose qu'il ^it plu à un homme en place d'é'crire aux préfetspourleur demander s'ils ne s'aperçoivent pas que l'exagération qu'on a
pu remarquer dans quelques discours prononcés à la chambre , nuit à Tharmonie qu'il est nécesr saire de rétablir entre tous les Français ; s'il n'est pas sensible que cette exagération éloigne .du gouvernement des hommes qui consentixoient de bonne foi à oublier le passé , si tant d'attaques renouvelées ne leur faisoient craindre que d'autres n'en gardassent un profond et dangereux souvenir. La supposition de celte question admise , qui peut douter de la réponse? Qui doutera que toutes les réponses réunies ne forment comme un corps de conviction auquel ne pourra résister celui auquel on le présentera ? On a vu cependant comment les députés ont été accueillis à leur retour ; les grands politiques qui annonçoient de bonne foi qu'il faudroit les faire accompagner par des gendarmes y afin qu'ils ne fussent pas insultés dans leurs foyers, doivent éprouver aujourd'hui un peu d'ctonnement ; ceux qui l'ont dit de mauvaise foi ne se déconcerteront pas.; on leur écrira que tous ces témoignages de reconnoisr sance -sont une comédie arrangée ; ils le feront imprimer sans le croire, pour l'instruction de gens qui le liront avec l'envie que cela soit vrai , et la certitude qu'il n'en est rien. Enfin , on leur présentera l'opinion libre et uniforme des conseils-généraux des départemens sur la conduite des députés ,; ils répondront que les cour
( «^9 ) seilsrgénéraux de département ne sijgniGent pas grand chose ; et ils en donneront pour pretue qu'on . n'imprime pas dans les journaux les ' «dresses des conseils-généraux des départemens » et qu'on a évité aux membres .de ces conseils la peine de venir à Paris laire entendre le voeu de la France (i^»
Puisqu'il est d'un intérêt réel de connoltre à qui on doit attribuer la division qui s'est gli^ée entre des hommes qui voudroient tous coptri-* buer à affermir l'autorité, royale , et que nous avons supposé une question mal postée, oiok nous permettra de supposer. aussi: qu'un ami de W vérité , capable de la saisir et de la présout^r sous tous, ses rapports » auroit pu £iire la ré* ponse suivante ^ < ^
' t( Dans l'état d^rritation oùtantd'événemens » ont placé la France > il est incontestable que » toutes les fois que les autorités ne parleront: i* pas^ le même langage , que Iqur discordance 3f sera publique comme elle l'est toujours daiis i les gouvernemens représentatifs , aussitôt j9 qu'elle existe , l'esprit public s'en ressentira » dans les provinces comme. à Paris 3 que les
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' (i) « C'est eotre le gouvcn^tineiit et les Français que les factions «herchent toujours à s'élever. Ufaïut Mity ce piège dès le pren»ier abord ; une fois qu*oi|;2 tombiT,^ il est impossible de s'en tirar. » Première partie d« la C4tr9$jf9niutt/kpoM^ut, pag. 53«
(i3é) i imis ptétidifotit parti pour les chambres ^ les % autres pour les ministres ^ et que toutes les » espérances , même les plus factieuses, s'agi- » teront sous la bannière d'une autorité* Sam j» TOckerther à ^i ou doit particulièrement À aitrâ>uer cette division , il suffit qu'elle existe > pour qu'il en résulte un mal incalculable , et >» que l'ascendant d'un administrateur sur l'esyk prit dé ses administrés en soit anéanti. »
» Pendant la première époque de la révoluy tion; les royaliste de Fintérieur ne pôuvbient » faire hautement un parti ^en leur nom , pas » plusquenele pourroienten ce moment les ré- }i yôlutionnaires de bonne société. Que firent w les royalistes? Chaque fois que les révolution- ^ naires se divisoient entr'eux, les royalistes se » jetoient dans une des divisions pour aider à ;• battre l'autre; c'est ainsi qu'au 9 thermidor n nous avons été pour la convention contre la. » commune, pour les girondins contre les » montagnards , quoique dans le fond de l'àma » nous ne fissions pas plus de cas de la cou- . » vention et des girondins, que de la commune » et de la montagne, et que nous les eussions ji de grand cœur abandonnés à la justice divina » si elle les eût réclamés plus tôt. J'ai bien peur » qu'il n'en soit de même aujourd'hui contre » nous, et que les divisions entre les royalistes* » (car tout le njionde dît qu'il défeud la royauté,/
(iZi) M comme tout le monde disoit aloi's qu*it dé'i fehdoit là liberté ) , n'offrent aux révolulîonn naires de toutes les couleurs les moyens i d'aùimer la cfuerelJe, en.se jetant d'un côté j» pour aider à perdre l'autre, et pour eta- >» pécher C[ue la sécurité ne s'établisse dans les ;i es^prits.
» Au commencement de la session , on a yt rendu quelques lois sévères et indispensable^ ;i coiitre les( factieux ; mais à qui pouvons-nous ji lés appliquer , si ce n'est à la canaille , dont f» Fimbécillité fait ]f>lus de peine encore que la » perversion ? Et quand nous aurons appris à )» cette cîJnaîile qu'elle rie peut rien par elle^ » méine, qui nous assure qu'elle se laissera con- )t duire par l'autorité, qu'elle ne consentira pas > alors à se laisser guider par des chefs qui sont » trop habiles pour se montrer encore , et en^ » trop bonne position pour être pressés d'agir? » Grâces à nos divisions , il n'est pas un révo- ;i lutionnaire de bonne société qui ne puisse se » moquer de tous les royalistes sans se com- » promettre j il peut crier contre le clergé , en ;i s'appuyant de certaines autorités ; il peut dé- ;• fendre les régicides , en s'appuyant des pro- ;» positions faites dans le^ chambres ; il peut ;» glisser des insinuations en faveur du gouveryf nément de fait, eri s'appuyant des doctrines j>^ professées dans lê$ triimiiftux. Yeut-il atta-'
(i3«> 9 quer les ministres , il trouvera des autorités? ji Veut-il attaquer la chanibre des députés, les M autorités ne lui manqueront pas encore ? Si il nous disons qu H faut s'accoutumer à se ranger » à Topiniondela majorité , on nous répond, )• toujours à l'appui d'autorités, que la majo- Hérité ne fait pas loi, et signifie bien moins » qu'on ne l'imagine ; que des hommes habiles » a/ant déclaré que le ministère pouvoit s*en » passer, chaque Français reste à cet égard » au3si libre que le ministère. £n vérité, cela » devient fort embarrassant. Si nous essayons » notre iuffluence pour diriger l'esprit public, M 'Comme nous ne pouvons rien dire qui n'ait » été réfuté d'un côté ou d'un autre , on a des » argumens tout faits pour nous combattre, et ;• nos efforts n'ont souvent d'autre résultat que y de nous faire croire d'un parti, de faire accuser ;• nos sentimens par le parti contraire , lorsqu'il" ji seroit si avantageux pour le service du roi » qu'on nous crut guidés par la plus sévère im- » partialité.
» Quand ce mal existe, qu'il est un fait, qu'il ;» a pour cau^e incontestable la diversité du il langage des pouvoirs sur les objets les plus » chers à la société , on ne peut raisonnablement ,»\en accuser un parti de préférence au parti op- » posé j et quand, pourmon compte, je croi- 3^ rois que le tort e4»t à la chambre, je ne pour-
{ i53 ) » rois en cotUeience affirmer que cette oifiinion jt est celle de mon département ; car je suis con- P'. vaincu qu'il n'y a pas plus d'unité d'avis à cet » égard dans cette province que dans les autres ; 3 et si j'en juge par ce qoe je vois, je doute » qu*il y ait accord d'opinions en France sur ji quoi que ce soit^ partout oii deux parleurs .j» sont réunis.
r )» Sans doute les bommes qui ont partagé » plus ou moins les erreurs et les bén^Hces de » la révolution , s'alarment des discours qui ne j» font pas l'éloge de la révolution; ils affectent » même d'être bien plus alarmés qu'ils ne le x sont réellement. C'est un jeu à l'usage de tovs ji les partis, et auquel les révoltitiomiaîres ont j» toujours été fort habiles. Les royalistes ont » aussi leurs appréhensions, quand ils entendent»^ ;i défendre d'une manière générale des intérêt» il qu'il ne faut proléger que dans le passé: ; et ;» lorsque les royalistes se mettent à crier qu'ils » ont peur qu'on serve mal les intéi^êts du roi , j^ ils font bien autant de bruit que leurs adver- >r saires; cela peut se vérifier dans les salons » comme dans les chambres. Faites que l'unioa » règne entre les pouvoirs, et l'union régnera > entre les administrés ; faites que les pouvoirs » parlent le même lai^ge, et ceux qui, dans » le fond du cœur , sont opposés au- gou ver-^ ynement légitime^ seront. léduits it se toîcer
(x34) » ou da moins à bien peser leurs paroks pour » ne pas se compromettre. Jusques-Jà , ily ausa j» exagération de.tou$ les côtés; car on ucouve > toujours que celui qui défend une opinioa ji opposée à la nôtre , et s'échauffe eu. la défeat- » dant, exagère; cela dure depuis, biea hmQf » temps ; et )"oseroi& croii^e que Gatiltna. et les » siens trouvoient Cicéron fort exagéré ; c'éu>ît » même l'avis de César , qui voyoit- de loin , 9. et qui youloit un juste milieu entre Tordue et Il le désordre, aiin de pouvoir profiter perr jt sonnellement de l'une et de l'autre, de cei ji deux situations. »
• Ce n'est pas avec cette franchise que ré« pondent en général ceux qui dépendent, et qni , par cela même , cherchent bien plus à de« viner dans quel sens il faut écrire pour être approuvés , qu'ils ne sont disposés à faire en* tendre des vérités qui déplaisent partout où il fout du courage pour les mettre au jour. Qu'on ne croie pas que les. ministres aient toujours besoin d'interroger directement pour indiques dans quels sens on doit leur . répondre ; tout préfet sait ce qui leur plaît; il lui suffit de voir les journaux qu'on protège, ceux qu'on lui eavoie gratis j pour être sur la voie ; et il arrive souvent que l'argent dépensé pour avoir actiom MU^ l'esprit public , ne. fait qu'apprendra aux
( t35 ) Jiabiles copiminiit on a actioa.siu? les niipistreflfJ Si on réfléchit à quelle époq^ ei par qui put été nommés. les préfets, on pensera peut-être que ,€eux.qui avoient l'assentii^eAt 4e messieurs teb ^et tels sojlt Testés attachés aux principes 4ç ces messieurs ; la., reconnoissance est un sentimeAt si noble ! De sorte qu'à la rigueur im ministre qui auroit si^ccédé à celui auquel beaucoup auraient eu des obligations, pourront, de plW sieurs points de la Fri^nce , être si singulièrement décrié dans des eorresppndancesi intimes , mais qui sont intimement communiquées à un grand nombre de personnes, qu'U seroit mi^ par ses inférieurs avec tant d'art et de persévérance, que la moindre seçous3e suiSiroitpour amener sa chute^ Cette influence des .inférieurs existe partout, et partout on s'en défie, excepté en France oii on a l'esprit trop élevé pour ne pas croir^ au respect qu'on inspire, toutes 1^ fois qu'on a reçu un titr^ pour être respectée D'un autre côté , il serçit possible encore que des préfets fussent sincèrement pour la majorité de la chambre contre tout ce qui attaque çet^ majorité, et qu'un ministère qui se seroit mi^ en opposition avec elle, fût trompé, par Fit>pî* nion de ces préfets , qui , dans les cho^Mt'îîitl ce sont pas des faits matériels , ne peuvent :^ïlSii» senter l'opinion de leur département que teinta
de la leur 9 parce quecek ett dans la nature 4^
(«56) rhomme. Les tem|>s de radcratiira , ces tempf
éù il falloit s'armer contre la bassesse bien plus ^e contre la résistance » ne sont pas d'ailleurs si loin de nous qu'on ne puisse supposer que beaikcoup de gens parlent encore k leur préfot dans le sens du préfet, comme les préfets écrivent aux ministres dans le sens des mi* nistres ; alors oii est la certitude de la vérité*, quand même le talent d'otserver et l'impartialité seroient incontestables ? On voit qu'ici |e tiens la balance égale ; que je ne donne la préférience ni à ceux qui louent, ni à ceux qui blâment la chambre ou le ministère, et que je ine borne à exposer toutes les difficultés qu'il y a pour connoltre l'opinion publique, quand
on n'est pas en état de la pressentir, et qu'on se croit capable de la faire. >
Le premier ministère l'éprouva ; une seule erreur dérangea tous ses calculs. II ne dèvipa pas que dès que les députés cessôient d'être payés, il s'agissoit pour les collèges électoraux de nommer à une fonction, et non de donner une place , et que beaucoup de Français qui se laissent aller à mille petites considérations pour procurer des appointemcns de législateur à tel ou tel individu, se mettent sur les rangs quand 'il faut remplir une fonction, et la disputent d'autant plus vivement qu'elle esi onéreuse. U ne devina pas que les collèges électoraux ne
< i37 ) rfaisoient que présenter des candidats an sénat, que le sénat seul en Êiisoit des législateurs, excellent moyen pour éloigner tous les conçut^ reus ayant des sentimens élevés, et que ce moyen u'existoit plus. 11 ne devina pas que les liommes envoyés pour présider des*- collèges électoraux libres et nommant directement, pourroient peût*étre conserver encore assez d'influence pour disposer 4e quelques voix en faveur de l'un des concurrens de la même opinion, xnais point assez pour transporter les voix d'un concurrent d'une opmion à un concurrent d'une opinion contraire. Enfin, et c'est là Terreur capitale, il ne devina pas que si la majorité de la France étoit convaincue que Tannée précé^ dente la royauté avoit été mal servie , mal défendue, cette majorité se jetteroit toute entière aux élections du cdté des royalistes , et préféreroit des exagérés, s'il y en a, à des hommes d'une trop facile composition sur les malheurs des rois. Les nominations dévoient , en général, être dirigées contre le 20 mars, ses fauteurs, complices , et ceux qui se pressoient trop de n'y voir qu'un accident ; elles furent eflFectivement iaites ainsi (i). Persopne n'en prévint le minis-
(i) Comment poavoît-oii s'iihaginer que des propriëlaîret viendroîent dépenser beàmcoup d'argient ■ à Paris , pour obéira M. Fouchéet admirer Téiqiqtteoce de MM. tels «t tels? Buonaparte avoU moins d'amciur-propre ; quand il Touloit être admiré, U'payoit. , '• ^ * / '
( i38) 1ère ; il ne raùroit pas cm avant l'^Tcsaemaiif; il auroit montré toutes les correspondance!
qui lui iassaroient que la préférence des choix tomberoii sur les demi-honnétes-gens. Dès les premières nominations , il sentit le besoin de se séparer de Foucké ; il étoit trop tard ; et le seul homme de ce ministère qui sache conduire des hommes , et qui avoit rendu d'éminens sen* vices à la cause royale , dut s'apercevoir alors qu'il n'avoit pas su choisir ceux auxquels il devoit s'associer. Je ne parle pas de Fouché y qu'il est impossible de croire qu'il ait attiré de lui-même , quand on sait toutes les causes qui rendoient leur action commune impossible ; je parle de quelques autres ministres qui étoieni de son choix , et qui n'ont travaillé qu'à aliéner les esprits par leurs doctrines , leur maladresse et leur versatilité. Il faudra bien du temps enpore en France avant qu'on y sache administrer |es hommes.
On a beaucoup parlé de renouveler un cinquième de la Chambre ; si cette opération avoît lieu, ce que j'ignore au moment ou j'écris, la majorité de la France se jetteroit encore aux élections du côté des royalistes prononcés , parce que cette majorité sent que la royauté a besoin d'habiles et d'ardens défenseurs. Si au contraire les intérêts de la révolution étoieni un jour exposés h être sacrifiés aux préte.Qtionf
i^es royalistes exclusif, ei qu'il y eût-élection,^ ^ méiae ]n^jpi:itd sç poi^terpit d'iostiijiLCt daf, .Ç!^td- de rextréme modération,. Des articles d^ joiuiiaux no changeront pas plus cette, vérité /p^e les r^nseigiitç^sieas donnés par les adim^ oi^iiratei^s sur ropinipn publiq^^e. Toutes les iof^ que la nation française a action , on ne la tiçQa^pe pas sur ses intérêts ; et qua]pL4 ^}^^ ^^^ {las action, il est assez indi£férent, çiéme h i^Ue, qu'on e$sa^6 ou^ qu'on n'essaie pas de Iji itrompier. Si jamais les hommes en place comr pi^ennent bien ces observations y noujs aurons /ait un grand, pas vers la possibilité de tirer parti de la forme de gouvernement que npu^ levons adoptée.
Les ministres , pour lesquels on àvoit établi l'unité du ministère , s'é tant retirés ensemble « de nouveaux ministres, furent nommés , et commencèrent avec la session , entourés do toutes les espérs^nces, et par conséqumt Hbi'es, d'acquérir une influence prodigieuse.
Il est vrai qu'à mesure que les choix faits, dans les départements étoient connus à Paris ,. Tétonnement des révolutionnaires de bonne société augmentoit considérablement ; qu'ilsL dirent et crurent qu'une assemblée composée, en grande partie d'hommes qui avoient toujours détesté la révolution , n'auroit rien de plua
pressé que de travailler à r^ven^er I%co|is(^
( i4o ) tatîon , et qu'il falloît s'arranger pour rattttqtier dans ce sens. Pour moi, sans rëchercliter4ii^ chaque député atoitété ou n'àyoit pas été constitutionnel jusqu'à son entrée dans la chaitibrei je me rappelois les instructions que le lord Chesterfield avoit promis de donner à son fi]|. lorsqu'il le fit voyager , et qui se bornèrent à lai dire , au moment oii il montoit en voitures « Allés voir, mon fils , par quels bommès» It » monde^est gouverné. » Quiconque aura vH cela de près , dans tous les temps et dans loul les pays , sera toujours porté à croire qtie les choses irôieni mieux s'il avoit du pouvôÎTP jet, s'il eh a en effet par les lois de l'Etat , il y tii^ dra de jour en jour plus fortement. C'est » potxt des députes , être ce qu'on appelle constitutionnels ; les nôtres le furent au point que lés mêmes hommes qui evoient eu l'espoir de les attaquer comme partisans du pouvoir absolu, furent réduits à les accuser de vouloir envahir la prérogative royale. »
Si toute société, ainsi que nous l'avons remarqué, présente un combat continuel entre ceux qui veulent acquérir et ceux qui veulent conserver , tout ce qui donne une action politique peut être considéré comme une arme ; et une Constitution n'échapperoit pas à cette comparaison. Si vous la jetez danis le moment du danger y votre ennemi s^en empare- et la
( i4i ) tourne contre tous; si vous la tenes ferme dans vos mains, votre ennemi tremble. Les députés, étoient en général trop habiles pour ne pas sentir de suite que leur force étoit dans la constitution , et ceux contre lesquels ils auront à lutter le leur rappelleront peut-être beaucoup plus qu^il ne Tauroit fallu ; plus instruits dans l'art d'administrer les hommes , ils auroient su qu'il est impolitique de conduire les assemblées délibérantes à connoltre tout ce qu'elles peuvent , parce qu'elles ne cèdent qu'à regret 9 et reviennent avec facilité sur les con« cessions qu'elles ont faites. De cette Session va donc en grande partie dépendre l'avenir de la France ; car si la division se met entre la chambre et le ministère , on ne peut pas dire cprabien les ministres qui succéderont auront de peine à rétablir cette confiance qui mène tous les pouvoirs au même but, qui prouve l'ascendant du talent^ et le suppléeroit s'il étoit possible que , dans nos mœurs , on reconnût quelque chose au-dessus des supériorités mo« raies. *