CHAPITRE III
Du Pouvoir arUtocratiqûe.'
S'il est prouvé qu'il n'y a de société politique complète que celle où les trois pouvoirs naturels de la société se trouvent dans leur entier développement et en exercice , si cette conviction va pour moi jusqu'à l'évidence , on sentira avec quel reigret je me porte à examiner la situation du pouvoir aristocratique en France ; mais , je l'ai déjà dit, lorsqu'il s'agit de comprendre et de faire comprendre les grands intérêts de la société , il ne Êtut pas prendre les mots pour les choses : la politique n'admet pas de fictions. Le pouvoir démocratique se forme par la réunion des intérêts dont personne n'est légalement privé , et se constitue pour leur défense. Le pouvoir aristocratique se forme des intérêts propres à une classe seulement^ et se constitue pour les défendre. Y a-t-il un pouvoir aristocratique en FmiCG ? £t , s'il n'y e»
a pas, peut- on regarder la société comme xromplëte, ainsi qu'elle Tétoit réellement lorsque l'assemblée des Etats-Généraux présentoit les trois pouvoirs constitués et. en activité?
Je lis , dans un journal danois, sous la date du 9 mai i8i6^ l'article suivant :
« La diète norvégienne vient de supprimer > tous les privilèges et prérogatives de la no- » blesse ; les nobles n'auront d'autres droits que y^ ceux dont jouissent les autres citoyens. »
Dès-lors il est clair qu'il n'y a plus en Norvège de nobles, de noblesse, d'aristocratie, puisqu'il n'y a plus de droits qui soient propres à une classe , de privilèges pour constater légalement ces droits, de prérogatives pour fixer la manière de les excetder. Jouir des droits dont personne n'est légalement privé, c'est être comme tout le monde ^ c'est faire pat*tie deià démocratie ; et si lés nobles , au moment ôii on les dépouille de leurs privilèges et de leurs prérogatives , tie conservoiént pas leà droits dont jouissent les autres citoyens , il faudrôit déclarer qu'ils sont esclaves, car ils le seroient réellement J l'expérience de tous les siccleà ayant prouvé qu'il n'y a f(ué Tesclavage qui puisse se trouver en dehors des trois états naturels et politiques dp Jà société.
Tant qu'il y a vérïiablement des nobles danà un pays, il est impossible de leur ôtér lèur^s.
(33) privilèges j priviléges.veut dire pYiçatm teges^ lois particulières. Or , Tesprit d'égalité ue peut aller jusqu'à vouloir et faire qu'il n'y ait pas des : lois particulières pour les différentes situations ' de la société. 11 y a des lois particulières pour, les militaires , pour les marins , pour les maivchands, pour les avocats, pour les maîtres, pour les apprentifs ; il y en a même pour les domestiques. Cela ne; peut être auU*ement»' Toutes les fois qu'une situation propre à quelques-uns est ; nécessaire dans les relations sociales , il £aut bien que la société en règle ■. rexerçice, en fixe, les conditions par des lois*, particulières.. Ce qui. est vrai dans les relations, civiles de l^ordre social , est plus éminemment vrai encore dans l'ordre politique ; et s'il étoit un ; pays, où des hommes se crussent nobles, et qu'il n'y eut dans ce pays aucune loi particulière aux nobles, il y auroit fiction et non réalité. de no» blesse; car il est impossible de comprendre une situation particulière dans la société gêné--, raie qui ne soit réglée par aucune loi. Dans les pays où la noblessef perd ses lois particulières , où chaque individu dit noble rentre sous l'em?*. pire des lois générales, il est probable que la noblesse , telle qu elle étoit constituée , a cessé,^ d'être nécessaire , autrement on ne la priyeroit pas, qn.ne ppurroit pas la priver des lois qui la constituent. Je dis plus: si elle n a voit pas
cessé d'étre^ nécessaire , elle anrok conservé la force de défendre ses. privilèges et ses pr^ogatives ; et les. autres pomroirs de la société ne potirroient la dissondre par une simple déclarafiom. Les paroles de Fkomme ne sont pas si puissantes , et ne détruisent pas ce qui existe nécessairement. Pendant la révolution , Textrayagance de l'égalité a bien pu vouloir changer les expressions , mais eUe n'a pu changer les situations ; et q[u'«t homme en service s'appelât offîeieua: comme le vôuknent les démagogues ^ ou domestique comme c'étott l'usage depuis Icmg-temps^ toujours est^il incontestable qu'il resta des maitres et des serviteurs.
L'aristocratie étant une situation inhérente à toute société politique complète , est-il possible qu'il n'y ait pas d'aristocratie dans un grand Etat, sans qtke cet Etat n'éprouve uu malaise insupportable ? Je crois que cela est impossible ; et lliistoire des temps passés , <;omme Fhtstoire de notre révolution, prouveroit que cette contbinaison du nombre impair, à laquelle l'antiquité attachoit une espèce de superstition, est d'une justesse rigoureuse en politique*. Un pouvoir peut dominer tome la société^ trois pouvoirs peuvent s'y combiner parfaitement ; * deux pouvoirs en présence sefoient dans un état de guerre active , jusqu'à ce que yun>des deux eût absorbé l'autre » ou qm le
(35) troisième poiivoîr f&t venu reprendre sa place J En écrivant THistoire des révolutioiis romaiites, Tabbé de Vertot a écrit l'histoire entière de la république romaine. Rome) en effet, avoitèlé {constituée éh société politique complète , c'est-à-dire avec une royauté , une aristocratie , un6 démocratie ; Taristocratie tuà k royauté ; la peuple n'ajrant pltis un Roi pour le défendre , les patriciens n'ayant pluis un Roi pour inddérer leur ambition et leur avidité , la discorde fut perpétuelle entre les deux pcxuvoîrs ; la conquête du monde ne put les distraire de leurs divisions ; et si elle en suspendît quelquefois les effets, elle y ajouta des causes de dissensions telles que Rome et le monde ne retrouvèrent un instant de rej^ës que sous Un set^l pouvoiï*. Les anciennes dénominations ise conservèrent ^ans cet ordi^e de choses nouveau, parce qu'une 'tiation ne peut jamais réfaiîre sa langue pour chaque situation nouvelle oit elle se' trouve; 'niais il n^ eût plus ni aristocratie véritd>Ié , ni "détiiôcratie constituée; il n'en resta que les -souveilirs et lés prétenittotis ; et quelquefois tdbi -hominè , quelquefois tin inoristré ou un sot' fut maître absolu, sous le bbn plaisir de Fàrmée. Les ' nations ne recommeitëent pa^. *
Lôrsqu'en 1789, toiis lés ordres dé FEtàf, toutes les situations poHti(}ues de Ik société 'm alunirent dans une même assemBléç' sotb h
(36) titre nouveau de Représentation nationale , ou sous le titre ridicule di Assemblée constituante, et que la démocratie constata , par ce fait seul , la mort de l'ancienne aristocratie, la royauté et la démocratie se trouvèrent en présence ^ la guerre commença entre ces deux pouvoirs ; ou en connoit Tissuje. UAngleterre avoit présenté le même spectacle. Charles l^r périt , disent les politiques, pour s'être défendu; et Louis XVI, disc^nt d'autres politiques, pour ne s'être pas défendu. Ce qui est du moins hors de contes- ^tion, c'est que toutes les fois qu'il se trouve deux pouvoirs dans la société , il y en a un de moins ou un de trop , selon l'ordre étemel des choses , et que la foyauté se trouvpit dans la triste alternative de vaincre, ou de périr.
. Quels efforts n'a-t-on pas faits en France pour suppléer, par les combinaisons de l'esprit, aux combinaisons d'un ordre social complet ! On a cruxie bonne foi q\ie le mal tenoit à ce que le pouvoir déniocra tique étoitcpnstitué comme .uiie imité, et qu'il suffisoit de le diviser en deux chambres pour en faire deux pouvoirs , comme jsi les^hommes se classoient en politique autrement que par leurs intérêts ! On nous a donné un conseil des cinq cents et un conseil des anciefisr puis un corps législatif Ql na jénat. L'expérience a prouyé que la société n'en, fut ni plus forte], ni niieux. défendue^ ui.plus^ stable;
f37) que des placés soldées ne sont pas des fouclions libres , et que des fictions ne sont pas des pouvoirs i Nous avons aujourd'hui une chambré de députés hôn soldés, librement élus, véritable pouvoir démoèra tique constitué à quelques conditions près , et nous avons une chambre des pairs qui représenté réellement le pouvoir aristocratique, s'il y a réellement en France une classé qui ait des privilèges , des prérogatives , des droits doiit les autres classes soient légalement privées . ' Pour traiter cette question, noiis ne remontrons pas jusqu'à Torigine de la pairie;' les esprits aujourd'hui ne pourroient pas comprendi'è qu'il y ait eu des hommes assez puissans pour se croire les égaux des Rois , quoiqu'on admire encore le moi d'un de nos historiens qui a dit , de Louis XI , que c'étoit le premier Roi qui s'étoit mis hors de pair. La pairie , telle que nous l'avons connue , étôit une dignité attachée à un grand fief rélevant immédiatement de la couronne. Je prie qu'on pèse cette définition donnée par le Dictionnaire de l'Académie , définition qui seroit encore vraie en Angleterre, et qui est maintenant sans application à la France; de sorte que nous avons constitutionnellement un mot de plus pris dans nos anciennes institutions , et qui ne r^ond à aucune de nos situations ]ik>tkv€lles. La pairie
ét^nl une dignité attachée à une grande pro-i priété territoriale, le titre et la propriété étani inséparables, il y avoit substitution à l'infini^ pi9Lr conséquent une manière légale de posséder qui n'appartenoit pas à tout le mondes il y avoit donc aussi nécessairement des privilèges ou lois particulières pour posséder dé cette manière , des droits acquis qu'on étoit autorisé à défendre , çt des prérogatives ^ qui réglôient l'exercice de ces droits. Aujourd'hui il y a cer^** tainement des pairs, mais il n y apa& de pairie ; ft loin qXie le titre^ repose sup une. propriété et en soit inséparable afin d'assurer l'indépendance â^ tituLuire, le titre attire ou peut attirer ce qtie, dans toute autrç circonstai^cè , on<a|>peUe jdes émplui^ens. Sous ce rapport, la chami^ii^ 4^ députée est plus près de l'ariçtpcratie » ou 4u moins^ de IHndépendance personnelle , pre^ mière conditioii de quicotique fbit partie d'uot pouvoir. Le mot fief est banni de notre lapgtte; aucune terre ne relève médiatetnent ni immé- .dxatcment de la couronne; toutes les terres relèvent du droit général de propriété j la couronne elle-jpfiême u'eç^t pJLu^ territoris^te pour ses . dépendes et ses r-f venus ^^ et une listé civile , sujette à être discutée y'a^ remplacé les do<maines dont viyoient nos IVois, et les droits ' 3^^iiôQS qui leux étoieiipLt acquis. Je suis per~ ' fK%dé que la roy^u^ n!% rie»; perdu à ces chan*
gemças, parce que la royauté est l'cxpressiof^ de la yoiouté 4e la société , que des revenu;; fondés sur la propriété et sur des droits persoogoels aux sQuyeraius n'ajoutent rien à leur pouvoir nécessaire,, et qu'il ^'est pas de société qiii prisse refuser à son Roi l'édat et la représentation en rapport avec la richesse générale, il est donc absolument indifiereat à l'action de la .royauté, que celui qui l'exerce possède ç^i
ne possède pas. ,
Il n'en est pas de même de l'aristocratie ; il faut qu'elle possède à perpétuité et à des coïkdîtions particulières; autrement êUe n'exister pas , car les cpndiûons réelles de son existence ne sont pas remplies.
On demandera où est la nécessité d'une aristocratie ; et pourquoi on Unteroit de retetire ce que le temps avoit créé » il est yipai » mais dan^ un état de société qui n'exiH<e plus, et par conséquent ce que le tempA. ayoit lui-même détruit, comme devenu sans nécessité.
Si j'essayois de répondre avec l'esprit dominant de mon siècle , et dont probablement moi* même je suis plus ou moins imbu^ je serons fort embarrassé ; mais si je me reporte à mes études habitnelles^ à cette vérité d'expérience qu'aucun exemple, sans rq)lique n'ft encore démentie , je vois que la société politique d'un grand Çtat n'est complète qjde lorsqu'il y a une^
'( 4o.) royauté, pouvoir suprêîme et régtJâteùr; nne démocratie qui défend les intérêts dont per- 'somiè n*est privé , et une aristocratie q[ui a des intérêts particuliers à défendre dans- Tîntérêt ■gcnéhil , parce qtt'clle représente pour la famille , tandis que la démocratie ne repré-* ^ente que pour des intérêts individuels. Je de^ Ttnaiide, tout prqugé du moment à part, s'il ^ëàt bon ,' sage , utile -, .que l'esprit de famille soit spécialement propagé, conservé dans une na^ -tidif ,' et s'il n'est pas -politique qu'une classe de là société sôit constîiuée de manière à remplir cette' grande fonction. Telle est là destination donnëè^ de toute' éternité, à raristôcratie. Dès que l'ancienne ne peut phis la remplir, -soy es peirsûàdé que la sOti^é est destinée À finir, ou 'qu'il s^éleve , dans le Mcret des' dçs«in^es , une 'aristckTàtie ■ nouvelle dont les élémens' cornbaiteïit la- ^possibilité de ramener le paisse ; car il fbût qu'uliesoc^té soit complète , ou qu'elle périsse dans les eflForts infructueux qu'elle fait pour retrouver cette situation. Les conquêtes "des barbares ont ten^ïtié l'empire romain , et recommencé la sooiétè'sous kqtreUenoiis vivons eiû^core aujourd'hui , iourmentés d'anciens sou- Véniris ,trompéspardfé vieilles expressions , etne trouvant jamais de mots définis pour rendre nos idées nouvelles.
Les mots aristocrate , ^[cntilhomme,- noble j^
(4t) ont rejprésenté une situation politique de la so ^ ciété; s'ils n'étoient qu'une distinction, pourquoi les auroit-on inventés? qui Pauroit voulu? qui l'àùroit souffert? La vanité^ l'envie sont-ils des sentimens nouveaux à l'humanité ? Je ne sais si nous avons toutes les vertus qu'on attribue à nos pères; mais je suis persuadé que, dans les mêmes circonstances ^ ils auroient eu les mêmes défauts, les mêmes passions que nous; et les exemples ne me manqueroient pas.
Gentilhomme veut dire , gentis homo , homme de la nation ; c'étoit ainsi , et avec raison; qu'on appeloit tous ceux qui étoient obligés de prendre les armes quand le Roi , leur chef, entroit en guerre. Us étoient bien en effet les hommes de la nation, ceux qui avoient conquis le pays ; qui répondoient de sa force et de sa tranquillité, qui en répondoient de droit, par devoir, par privilège , et sans être payés pour cela. Ils étoient fiers , je le crois ; qui aurolt pu se comparer à eux? N'avons-nous pas vu le même sentiment se reproduire dans des circonstances et à des conditions qui n'étoient pas cependant tout-à-fait les mêmes ? et peu s'en est fallu que, par suite de ses propres débats , la France ne se trouvât de nouveau partagée en peuple conquérant et en peuple conquis. Ce n'est pas sans motif que j'afErme qu'une aristocratie nouvelle; travaillera sourdement à s'éiablîr, si on ne sait
(44) qui jouissent de certaines supériorités p08itive:==dans Tordre social , soient appelés de préfé-^ — rence , lorsqu'il s'agit de traiter des intérêts gé — néraux de la société. Les notahiles , aujourd'hui 4en France^ sont les plus imposés de chaque-^ département, choisis de droit pour'former les collèges électoraux et les conseils généraux de département , choisis exclusivement pour former la chamhre des députés ; personne ne peut pier que, quiconque paie aujourd'hui mille francs d'imposition ^ ne soit notable au premier chef^ puisque c'est la condition sans laquelle toutes les autres supériorités morales seroient insuffisantes pour être élu membre delà chambre, et qu'il n'est aucune autre fonction politique pour laquelle on demande une plus forte garantie territoriale. Ce n'est point encore de l'aristocratie , puisque ce droit est inhérent à la propriété et non à l'individu , et que les lois ne défendent à personne d'arriver à l'état de fortune qui fait qu'on paie mille francs de contributions 'y mais c'est une tendance à l'aristocratie; et l'on pourroit dire, avec vérité, que la propriété territoriale a toujours été et sera toujours aristocratique, bien que les propriétaires ne soient point nobles de naissance. Nos pères l'ont entendu long-temps ainsi. On en concluroit, avec plus de raison encore, que l'aristocratfe individuelle, séparée de la propriété , est d'une
C45), iniposâiiiilité absolue^ et que par conséquent* il y a. combat entre les souvenirs du passé,» Hordre étemel de la Providence et Tordre actuel des choses , partout où leis titres, le pouvoir et* la propriété , dont l'alliance seule constitue l'aristocratie, se trouvent sur des têtes diverses, et avec des prétentions et des intérêts opposés. En , effet , qu'une circonstance conduise à appeler tous les notabiles de France , à les former, en assemblées, qui oseroit dire que- tous les nobles aurôient les conditions nécessaires pour être notables? Et si on n'oublie pas que noble et notable sont un même mot qui désigne et ne p§ut désigner que la même situation po- Uti'que, on sera. effrayé de cet étrange boule-versement ; des élémens de la société , qui fait que tous les nobles ne sont pas notables , ou quetQus les notables ne sont pas nobles. Ce n'est pas la révolution qui a détruit la noblesse ; je le répjste , la parole de rhonmie n'a pas la puisisahce d^ détruire ce qui existe nécessairement dans ùp ordre social détermitié^ c'est le temps quiavoit tout déplacé par de plus grands moyens d'acquérir offerts à l'activité, à l'industrie, et préparé ainsi les . élémens d'une notabilité nouvelle, à mesure que les conditions de l'an"cienne s'ieffaçoient devant des mœurs nouvelles. La .révolution a précipité le mouvement qui s'opérbit, et augmenté le ikial, en dépouillant
C46) ûes nobles de la propriété , base de toute notabilité, et plus encore en abolissant les substî-* tutions sans les({uéUes il n'est pas de familles ^ui puissent se conserver , non-seulement a cause des partages , mais par la dissipation naturelle à ceux qui n'ont plus rien à ac({uérir. Si les lois ne s'opposent fortement à cet inconvénient , avec des majorités k vingt-un ans, il sera rare qu'une fortune se transmette à trois générations. On verra s'augmenter le nombre des hommes qui restent avec des titres qui ne sont ridii quand ils ne représentent rien , et avec des sou-* venirs qui doivent les £aire d'autant plvtt souf^^ £rir , que beaucoup sont réduits à rechercher et à accepter des places que la bourgeoisie notable regarderoit, avec raison, comme au*4e$sous de sa dignité. Ce contraste est dai^e^ux en politique , et a plus que toute autre cause cùuliribué aux excès de la révolution (i).
Il ne peut plus y avoir en France de gentis homines. Depuis que la confusion s'est opér^ complètement entre la nation cotiquérante éf la nation conquise, personne n'a pu se difé bomm€ delà nation, de préférence! aux aulred Français j mais il peut toujours jr avoir des /totables y autrement dits nobles, parce que le
(r) Tant i]ae f aâ Vécu à Paris ye n'ai pu «ompi^ndre Pespril ^e la rërolutîon; depuis que j*ai habité la provinc«^ j'ai tout coiA* t*^ » même que le danger ponrroit se reproduire.
monrement naturel de la société accumtile Aeê àtantages réels de forttme et dTinflaence sur des individus 9 et que l'art de la politique consiste à assurer ces avantages réels et individuels , de ma* nière qu'ils fondent et conservent des familles; destination de Faristocratie et motif de sa nécessité , comme un des pouvoirs de la société.
L'article de la constitution qm dit : «Le Roi il fait des nobles à volonté , » sera sans doute expliqué par le temps; car puisqu'il est aujourdliui convenu qu'on peut avoir un titre qui ne réponde à rien de nécessaire dans Fordre social y le nombre des hommes titrés peut augmenter, diminuer, disparohre, sans que h société s'en aperçoive ; mais s'il j à quelque jour des conditions fixées pouf être notable , aucun pouvoir ne pourra dispenser de ces conditions , puisqu'elles* seront politiquement tiâcessaires , tandis qu^un titre qui ne donne ath cun droit, n'ajoute rien à ce qu'on avoit avant d'avoir un titre. L'aristocratie , au contraire, est quelque chose de réel , piaisqu'elle repré*^ sente pour lé femille ; mais les famiOes ne se perpétuent que liées à la propriété , la propriété ne se lie à la famille que par substitd* tion , et les notables qui sont dans cette j^osition , jouissent de privilèges , de droià , de prérogatives , dont les autres classes sont ou peuvcfut être légalement privées , quoique
(48) I^espérance de faire un jour parti de ce pouvoir politique ne soit légalement interdite à aucune famille. Telle est Tétemelle vérité; tout ce qui n'est pas cela , n'est qu'une fiction dans Tordre politique.
On croit que nos mœurs ^e refusent à la réalité du pouvoir aristocratique ', mais alors pourquoi tenir aux apparences qui seroient une cause de division?, Le cœur humain étajQt toujours le même , se révoltera toujours des distinctions dont il ne trouvera pas le motif. .Ces distinctions ne pourront d'ailleurs se défendre elles-mêmes , parce qu'il n'y a que ce qui possède une force réelle , qui puisse se maintenir dans les attaques continuelles qui font le mouvement de la société; attaques de ceux .qui n'ont pas , pour acquérir , défense de ceux qui ont, pour conserver. On ne citeroit pas un seul jour, dans l'histoire de tous les peuples ,
Qii ces deux intérêts aient cessé d'être actifs.
Pour moi , je suis loin de croire que nos mœurs se refusent à la reconstitution d'un pouvoir aristocratique qui représente pour la famille , comme le pouvoir démocratique représente pour les intérêts individuels ; je suis convaincu au contraire que ce pouvoir aristocratique est d'une -indispensable nécessité ; que la société sera incertaine et trotiblée tant qu'il ne sera pas rétabli, parce que les élémens en sQnt
(49) hùssi viyans qu'ils ont pu l'être à aucune autre époque de l'histoire ; que seulement ils sôiït déplacés , divisés et se trouvent en contradiction , mais que l'habileté pourroit les réunir sans choquer nos mœurs nouvelles , nos intérêts nouveaux, et qu'il suffiroit pour cela de ne pas prendre des distinctions pour des institutions, des titres pour des pouvoirs , et les mots et lés souvenirs pour des réalités , quand les réalités existent indépendamment des mots et des souvenirs.
. Tout ce qui marchoit autrefois en France par esprit de famille, a cessé avec le pouvoir aristocratique ; cela étoit inévitable. Une restoit plus, que des individus isolés ; la législation n^a plus été faite que pour des individus, et s'est montrée hostile contre la famille. Quelle perto pour les mœurs , dont la bonté dépend entiè* rement de la législation ; non de cette législa-* tion de détail avec laquelle on fait des corps législatifs , des législateurs et des législatures , mais de cette législation qui fixe la société et tend à la rendre immuable ! Des préjugés nou^. veaux nous ont fait regarder comme un reste de barbarie cette solidarité que les anciennes Hiœiirs , d'accord avec les anciennes loi&' , avoient imposée à la famille ; solidarité sublime qui est le plus haut point de perfection de l'état $ociaL La loi du divorce fut le dernier sacrifice
<50 de la famille itux jouissances de l'individâ. H est beau que rabolition de cette loi soit due au pouvoir démocratique j mais aussi quelle réuniou d'hommes a présenté la chambre des dé* pûtes 1 Dans F état des choses , elle paroissoit inttou{^able , a dit le Roi. L'expérience a montré qu'il y ayoit quelque chose de plus difficile à trouver.
Dans l'histoire de cette session, si je parle peu de la chambre des pairs , on en trouvera les motifs dans les réflexions que je viens de présenter sur les conditions nécessaires à l'aclion du pouvoir aristocratique. Une constitution ne crée rien ; elle ne peut qu'essayer de fixer ce qui est , et établir les relations que les pouvoirs naturels de la société doivent avoir entre eux. La constitution n'a pas créé la royauté; il faut toujours que la volonté de la société ait son expression ; et les formes à cet ^ard ne changent rien à l'essence des choses. La société n'a pas créé le pouvoir démocratique ^ il existe de fait et de droit , par cela même qu'il y a dans un Etat des intérêts dont personne n'est légalement privé , et dont la défense doit être réglée pour qu'elle ne soit pas hostile* La constitution n'a point créé le pouvoir aristocratique; s'il y en avoit un en France , elle l'a reconnu ; s'il n*y en avoit point, il n'y en a pas encore i sa base est la famille ;
sa destination , la propagation et la consenration de l'esprit de famille opposé à l'égoïsme individuel ; et c'est dans nos lois civiles qu'il faudroit d'abord chercher si la famille est encore constituée en France dans des vues de perpétuité et avec les moyens d'accomplir cette destinée. Jusqu'à ce jour, il est seulement permis de croire que si les plus notables parmi les notables propriétaires avoient eu, antérieurement à la constitution , des intérêts positifs et une existence personnelle à défendre , et qu'on en eût formé ,une réunion politique , par conséquent un pouvoir en exercice , telle question présentée et soutenue avec chaleur par le pouvoir démocratique , l'auroit été par le pouvoir aristocratique, au lieu d'être repoussée par la chambre des pairs après avoir été offerte par la chambre des députés. Il faut attendre du temps ce qui n'existe pas encore ; mais , quand on écrit l'histoire du présent ^ on doit se borner à constater ce qui est. La chambre des députés inspire plus de jalousie qu'on n'ose en avouer, parce qu'elle fixe autant de pensées autour d'elle qu'il y a d'intérêts naturellement mis sous sa défense ; c'est toujours comme nécessaire que chaque pouvoir fait sa place dans l'opiniom publique.
(Sa)
tsaaBBaetsaatÉesiàsaetam^