CHAPITRE V
i)es Prétentions des Royalistes.
Si , dans les chapitres qui ont précédé celui-ci , les lecteurs ont pu se £aire une idée de Teorfbarras qu'éprouve Fécrivain de bonne foi qui traite d'objets politiques dans un pays oii les mots , depuis vingt-six ans , ont changé vingt fois d'acception, sans pouvoir jamais perdre entièrement celle qu'ils avoient autrefois , rien ne sera plus facile que de comprendre la triste nécessité oii je me trouve d'examiner ce qu'on appelle aujourd'hui Royalistes en France, comme on y est royaliste , et si les royalistes y sont en majorité. Mon intention n'est pas de blesser j je dirai la vérité telle que je la conçois,
<6S) laoa pour le plaisir de la dire , non pour montrer quelque talent d'observation , mais dans le désir d'être utile. Et qu'on ne croie pas que j'expose toutes les vérités dont je suis convaincu; il en est qu'il ne faut pas mettre en évidence, qu'il ne faut appuyer d'aucune autorité, parce qu'un parti s'empresseroit d'en abuser contre un parti rival. Les vérités qu'il faut faire entendre , sont celles qui , en réprimant toutes Jes prétentions, peuvent avancer le moment d'une réconciliation générale entre les Français, condition sans laquelle ils ne retrouveront pas leurs forces comme nation , et seront exposés à compter sur la générosité de l'Europe , lorsqu'ils ne devroient compter que sur son estime et sa prudence. Je me servirai quelquefois da mot partie parce qu'il m'est impossible d'en^ trouver un autre ; et ce qu'il y a d'étrange dans, cette nécessité, c'est que les observations que^ ) ai à présenter tendent particulièrement à prouver que les royalistes n'ont jamais fait et ne sauront jamais faire un parti.
A aucune époque de nos. troubles civils., les royalistes ne se montrèrent plus nombreuo^ qu'au montent où le Roi étoit à Gand i ,f'ea>\ qu'alors ils ne pouvoiént j^e liyr<çr % )l'i?9{oy*bl^ manie qui ne leur a jamais permîade (^çuo^noitx^ leurs forces et de les diriger^ manie qui consiste à s'épurer à tel point; q.u'il. n'est pas* r^ro
Ijue le parti tcfut entier se réduise^ iÉÈtjseoîe personne , celte qui parle pour fairé'ljBi criiiqae îles sentiméns'des autres et Félôge èxclttsif de sa fidéHté. €'est, en pt)lnïtju^, tm bien fbiMe parti "qilfî celui qui ta toupurs en .s'épuram , «t qui pousse dans les rangs enneints , ou du «oins parmi- les rieutreisi touè ccui qui rouloient se ihêunîr à- lui.. Dans ' ma Correspondance poli* tîquô^et 'admîttistrâtÎYejieki t8i4, j'^crivois alors éônfidt^tiÉllem^t que ^eroyols chaque jour dSthînuer le noiùbré des royalistes': irl.es purs P àJtoWc^deViSputtt^i Bjotrt(ià-îe, finiront par i^Tendre^aToie trop facile âtrx îtnpiirs. » L^iSvcfilament k^ que trojp justifié cette^ prédiction, quille reposoit pas sut An simples conjectures , liuais sur oe que j^ap^renoîs cohime^dmmistraiteur , et sut les tristes confidénceik qire trie fai- ^ient ^cs hommes xpii aureîtmt dtmné leur TÎie pour te Roi, an moment même ou ils ne Jiouvoient caCher leur rage cônh^ Iscsprétettdtrs sèrvttcurs tfxcltcsifs .
', Cette manie* ar conttnencé lavet la révohltîon * Depuis CtiMcnte , oît ceulc qui itoîcnt larrivé*; le Itmdtsë rassembloîènti Tauber^ des Troi^- Cteutdntifes ^ potir' siïBer ceki qui lartivcroîeikTtettiàrtlî, lesquels sifflotent à leur tour ceux 'qàr tfawîwtèût que hè jour suivant , juBqti'âi!iïëtdur*desiêitiigrés, otiîb s'amusèrent h calculer leur dévouement par ïé plus -ou le
Moins de retard qu'Us avoièQt ttii^ à tentrer j «n a toujours mi les rojTAlistcs s'isoler comme s'3s craîgDXMettt d'/étrc trpp aoborobreux , n avoir aueane ioAmence &ur les événeofieas , et moins eneore sur fopiaîon^ at â'^obstûior à ne pas sentir que lacaMuse deleurnuUKfcéefttposûiyesient dans leurs pnéteotioas k une pnneAé rigoureuse; ear 9 aprësyiagl-^-sixâns d'évén^emens si extraor^ diuaiiies q«ie les sauverains méope de l'Europe «su iQMid; été détoui*3iés de leur ro^ate , s^l n'y a que les purs ^m tmvJL droit d'élet^er les maiofts , ii sera tonjears ^p £aioile de les compter. U m'en jâloic pas ^insi quand, a la $uite du 20 mars^ il ùJàvi 'Se pronosucer «aMre le rioi absent et £uo«a^aiite «ni muk {éàèràs; entre la royauté «t la réi/EolutixMi />u le jdiespatiaine »ilîtaire. Les suâmes Aaga^ny les mêmes espérances , Ic^ ifémÊèB ycaiiK ;^t la méitte Andbeuc rénnissoâeodt lias jespnits , las idybrîgœÂesit Krars un. même hxH} en: ^oukût l)ien )aIoss qaeijceux iqn araien^ servi ia.Fjraoce quandik ne p^ityoîent servir la roi 9 servissent à la fois ie r9i eià^ Btukçe y on Ae fai&oîi à pcrsonooie repnudbe de saxMmduite passéa; nu iixfiiirairei, . o^ gr iKOusrpii hml nacnôf de sécudfté ^ icitCûdràneaisiejgaru^tie ée pliis des s^enftiniens'préaensi^u^n oréàliaait iîette bêUe pa^* vaibole de l'Ë^r^ngiise., qiii peim avec tant de ehairmes Ja }Me du pasteur aùxecoittr de la ikcebis
égtTëe* :Si on^ç aomiqioijt dee ^atkécédens,
(68) c'étoit sans fierté d'un côté, sans honte db
l'autre ; on faisoit bien moins de compte encore
des titres et des rangs ; on s'aimoit dans le roi y
on ne pouvoit s'aimer qu'en lui ; et l'homme da-
peuple qui se montroit royaliste paroissoit*
mille fois au-dessus de l'homme titré qui se
taisoit par peur, ou qui calculoit l'avenir
dans son intérêt personnel. C'est alors que
Fouché, ministre de la police de Buona-*
parte , lui présentoit la majorité de la France
comme royaliste; et il avoit raison. Avoit-il
également raison lorsque , quelques mois plus
tard, ministre de la police sous le Roi, il
présentoit la majorité de la France comme
n'étant pas royaliste? Seroit-il écrit par Dieu
même que les partis ne peuvent rester unis
qu'autant qu'ils sont mus par des craintes
communes, et qu'aussitôt qu'ils triomphent^
ils se divisent , afin que les hommes ne puissent
jamais oublier que la force réelle de la société
n'est pas fondée sur des opinions et des senti*
mens , hiais sur des devoirs et des autorités ?
Lorsque les craintes sont communes , les
prétentions se taisent; le triomphe parolt-il
assuré ? les prétentions se réveillent moins par
im sentiment de fierté que par le désir honteux ^
mais dissimulé , de partager lies fruits de la
victoire ; et l'on éloigne tous ceux qui pour-
roient prétendre au partage, moins au fond
(69) comme des ennemis de la cause qu'on a servie , que comme des compétiteurs. £h! bien, puisque ces fruits de la victoire sont si violemment disputés , pour avoir enfin la paix entre nous , examinons franchement qui les a mérités. Que ceux qui y prétendent exclusivement présentent les premiers leurs titres ; mais qu'ils ne s'offensent pas si on les pesé , et si d'autres prétentions viennent heurter les leurs.
Vous avez quitté la France au premier moment de nos troubles civils, lorsque le roi étoit encore sur son trône ; ce trône , déjà ébranlé par des principes désastreux, devint plus vacillant par votre départ; il fut renversé. Qui essaya de le défendre?
Ceux qui , à travers les nombreux conjurés armés de fusils et de canons , se portèrent au château , n'ayant d'armes que leur épée ; ces gardes nationales, composées de bourgeois, qui demandoieut ardemment à Louis XVI de se mettre à leur tête , afin qu'ils pussent mourirutilement pour lui. Us bravoient un danger présent , et dont les suites dévoient les menacer aussi long-temps que le crime triompher oit j outils hésité? Si quelques-uns d'entr'eux ont ensuite pensé à . se mettre dans une position qui cessât de les désigner aux fbreu>rs révolutionnaires ^ le leur reprochercz-vôus? Depuis quandne prouvet-onson attachement à unecausey qu'en mou«
ratJt k tort tî à travers pottr elle ? ji celui qui
net pensé , fusquau dernier moment^ quà son mi y tant qU*il a pu avoir espérance de le sér^ çir, n^aoeofderez^çous pas une minute pour penser à lui^ quand toute espérance est ^ait-' pendue (i)? Qaelle csit donc cette politiqtto^ nouvelte que HM aïetix, qtii iiou^ Tatcncut bien, tfôn! pas connue, et qtii sotimettrott les hommes tfaetioti , les seuls qu'il feut savoir . conserver , àu jugement dé ceux cfoi n'ont point partagé leurs àangers? S'il font alreolument Tfiôurir p<itir être pur à vos yeux, nous lonsf, cftifî atvons sru plusieurs fors risquer et conseilvér notre vie, iidûs sommes coupables sans doute ^ mais à moins que vous ne soyez morts ^ je né vois pas quel avantage en ceci vous ayez sur ceux qulviteiït. Parmi ces gardes natro*-* riiàlès qui demandoient k tout ïwavéfr pour servir le roi, et qui séroiênt peut-être parvenus à lèf sauver, si, au lieu d'être au-delà des frontfères , vous eussiess été là pour ajouter à leurs tbrcfes , moins par vôtre nombre que par votre iàcôntestablc courage, et par le privilège dont Vous jôuis^ie* encôr'é iTéire plus spécialement formés à diriger des fflouvemens militaires,
(i). il y' » àfA llMivcs qui ont tott qaitttf MB âppcenèotki Ift retour de Buonaparte ; ils se disant purs : U y a des hompies qui f'ëfoient arranges pour tout dSliputer à jtfuônaparte sifet^oi n'eu* jpD» (|ttitf^ la t'rance : <^ bomitM$-là ne Jônt pa^rcicotuiûb ^yxi^
CQtebieO n^y ^x^ avaii-îl pas sous leis armes: ({ni, n'ayoient jamais cessé de combattre aussi pouç la rayautQ parieurs écrits ] La jour ou 1^ (rdiie craula , l'im 4'^U3( fut assa&siué p^ur servir , daua^ la postérité'^ de téiaoigiiage à ceux qui avqieqf BUiTi ceite liouprable et dangereuse cvrièrei^ d'autres antp^viplus fard surrécha&ud, etpp^it) le même mptif. Si , ^armi cçu^ qui out survécu ^ que]qu6s-«us : ay:oiçot £i4chi d^vaut les événe*^ meus , le leur i^eprochericT^^YQUâ 7 Us vous dc^ màuderoîesH » à leur tour, '^i c'est sans fléchir qae vous êtej r^Ut^és eu Frauce à telle ou telle époque } et si vpi^s réjKmdi^x qu^ , d^ams vatro cœur, V^s çou^tvie» l'espoir d'être Huiles à U cause roy alel > crpy<e9*vaus qu^ les preuves l^f manqueroieut pour jl^ire l^ j^ême répopse2 Puisque moia s^\ la^a cçi;iduit à rechercher cq qui est hp^cxc^ble » pon ? q^çlques royalistes > mais à tous les royalistes frauçai^ , qu'il me soit permis de rej^arquer qu'ai^ci^ie division ne S'est glissé^ entre les écrivain^ qui ont défendu la religion, la royauté et la morale, depuis les commeucemens de nps malheur^^ jusqu'à cq jour;i ^^Ue$ qu0.sQient d'ftilleurs les situations diverses dans l^qiiieU^s les éyéAemens las aient placés; <it que ^. pour jeter 4u trOubk parjcnj eux, c'en à des écrivains nouveaux qu'il Cuit s'adresser; triomphe 4igO£ de l'enfer qjx d.a la révolution ,. .^ ; dont ^'applaudissenjt cepei^daul^
(74) scellée du sang de quelques *ups y el delà pros^ criplion d'un plus grand xiombre ! Plus tard f dira-t-on , ces mêmes régicides vîrenl à leurs pieds ceux qui les çivoient combattus .; plus; tard, ajooteraî-je, les hommes les plu§ mar^ quans de TEurope mirent à bonneuji^ de laur, èlre présentés , et parurent sans rdugiir ;<UïiS; lerurs palais; Qu eu conclu rez-vous ? qu^ils ces^scrcnt d'avoir horreur du plus grand de tou^. les crimes? Ah! vous ne connoijsses ni le cœur^ humain , ni l'effet que produit le pouvoir dont; l<;s secrets .n'ont jamais plus complètement échappé aux regards que depuis qu'on a voulu fonder la politique sur des Sentiment». C'est ici qu'il m'est impossible de m'expliquer claire^ ment; l'ignorance m'effraie plus encore que le rigorisme; mais j'essaierai de me faire corn* prendre.
Tous les hommes ont une répugnance natu*r relie pour la mort, pour ce qui leur en prêt sente une image dégoûtante , et leur premier mouveiftent est de détourner la vue d'un cadavre. Cependant, un Grand meurt; on l'expose sur un lit de parade pompeusement dressé • le visage artificieusemenJ; paré de couleurs , re^ vêtu d'habits magtiifi^ues , décoré de tous les ordres qui peuvent ajouter au respect qu'on portoit à sa personne; l'arrangement de l'appartement, a travers les signes de deuil, pré-
isciue un luxe nouveau » qui aide encore .à détourner les pensées de robjet principal; et ks officiers qui le ser voient tivant &oat là rongés, comme s'il aYoit encore à leur çomman-» der. On onyre les portes ; la foule se précipite , non la foule du peuple ponr qui tout spectacle est £ête , mais la foulé des hommes bien élevés , des femmes les plus délicates. Que vont-ils voir? un cadavre. Si on le leur avoit otlert dans sa* triste réalité, dans son état de dissolution , s'il s'étoit trouvé ainsi sur leur passage, les hommes auroient précipité leurs pas et détourné les yeux 5 les femmes auroient poussé un cri de frajeur. Cependant, ils ont tous été d'euxmêmes , avec empressement y dans cette chambre mortuaire; ils j sont restés long-temps; ils s'y sont entretenu:^ de milie choses , et peut-être des plus frivoles ; huit jours après ^ ce spectacle: étoit encore pour eux un sujet de conversation. Quel ctoît le fond des choses ? je lé répète, un cadavre. C'est par les mêmes artifices que le crime chaîné d'honneurs , revêtu de pouvoir , attire tous les regardsL, et les brave, avec la: certitude que bien peu seront assez perçans pour aller jusqu'à l'hoinme , et ne rencontrer que l'infâme et le malheureux. Tous les signes qui ont été inventés an profit de la société pour* attirer ses respects, trompent alors l'instinct de la société. Otk n'aime point le cri^, on né lui
(78) pardonne pas ; on ne le voit plus; on ne peut plus
le voir ; il se cache sous la puissance ; c'est à la puissance que les craintes et les espérances s'a* dressent; mais dépouilla le criminel des ornemens empruntés à tout ce qui , depuis notre enfance, avoit charmé nos yeux et séduit notretmagination , rendez-le à son affreuse nudité, etl'hor^ reur naturelle qu'il inspire va se réveiller dans tous les cœurs. G)nnoissez l'homme , ne l'accusez pas ; ne soyez point scandalisé de ce que les dehors le trompent ; et craignez plutôt qu'il ne veuille juger en tout et par lui-même le fond des choses; la société n'y résisteroit pas. Vousmêmes , de quoi vous plaignez-vous , lorsque Vous faites entendre ces regrets si légitimes et que comprennent tous les èœurs honnêtes, si ce n'est que tout est changé , et qu'on discute aujourd'hui ce que les siècles prccédens admettoient de confiance.
A cette noble protestation faite par la France contre les régicides, faite avec courage, parce qu'il y avoit danger, ajouterai -je toutes les autres époques oii des hommes de cœur, sans être liés à un parti, sans autre sentiment que l'amour de la patrie et de l'ordre , bravèrent les proscriptions et la mort pour renverser un pouvoir usurpé , bien convaincus que tout mouvement de ce genre pouvoit alors tourner au profit de la royauté? Je dis alors > car il y eut
(77> d'autres temps où la chute d'un autre pouvoir
usurpé pouYOït ne ressusciter que les fureurs révolutionnaires. Ceux qui en doutent, ceux qui , de loin , croyoient que l'accumulation des désordres pourroit ramener les Bourbons ^ ceux qui , sans pitié pour les Français de l'intérieur , crioient que^ s'ils se trouvoient si malheureux , ils n'avoient qu'à renverser l'idole , auront pu se convaincre , au 20 mars , que les révolutionnaires ne demandoient aussi , dans le secret de leurs pensées , que le renversement de l'idole qui les avoit si long-temps tenus enchaînés. Qu'ib jettent les yeux sur nos frontières 9 et ils sauront peut -être oii est la force qui garantit la repos intérieur. Rien n'étoit simple dans notre France , que pour ceux qui ne la connoissoient plus ; et lorsqu'ils ne révoient qu'à des commotions que des intrigans leur promettoient , et qui seules , disoient-ils , pouvoient nous rame*uer nos rois ; lorsqu'ils n'y voyoient que cette difficulté^ nous prévoyons jdéjà la difficulté plus grande de se maintenir^ si les fureurs révolutionnaires , si long-temps comprimées par un homme qui se perdit par ses passions et non par les calculs de son esprit^ retrouvoient un seul jour leur ancienne liberté. Ne faire de toute la révolution qu'une seule époque^ est de toute^ les erreurs politiques celle qui peut avoir lesf conséquences les plus graves. Le passage de
( ^8 î ^ fiuonaparte à travers cette révolution l*a si sîil« gulîcremeut modifiée, qu'il peut «n résukei* aujourd'hui plus ou moins de facilité pour vë-* tablir la monarchie ; . les antéeédens ne sont plus au pouvoir des hommes; mais fart de ies combattre ou de les faire tourner a<i;i profit de Tavenir, leur appartient encore. Sa^ doute c'est un sort digne d'envie que c^ui des Fran^ çais qui peuvent dire : noas fumes toujours purs : il est seulement cruel que le même avan-* tage appartienne à tous ceux que la natiire a tréés pour être nuls dans toutes ies ciroootf- Ànces ; et f ose croire que si le eajxlînal de Richelieu &kl resté pur dans les mouvemens et les factions qui ont précédé son €ntrée au ministère , il lui auroit manqué bien dès contt<»is« lances pour dominer les factions,, et m rendre xnahre de tous les mouvemens. Et qu'oqi lï'ou'blie pas que si le cardinal de Richelieu n'avo^ pas réussi, la royauté se ^erpit affoibiie de tous les efforts malheureux tentés •en sa fereur ; oeê contre-coups sont inévitables enpofilique; car toutes les fois que la sociétés se divise , et^qu'îi) j ti action , il faut bien que la victoire profitei k quelques-uns.
"Cette vérité incontestable m'offre enfin l'ocêasion de traiter la question d^s prétentions exclusives dans leurs rapports avec l'intérêt dé la société..
Si ceux qui jprexment date ée leur parole k compter du jour ou ils ont <]uiué la France, avoleat pu faire entendre aux puissances étran<- ^ëres cette grande idée de la solîdarité des ti*ônes , îdée qui n'a pu être comprise qu'à force de malheurs , et de malheors conuBuns à tous ies souverains , et qu'avec félite des troupes de fEurope , ils fussent revenus arracher Louis KVI à la tyrannie des factions >, attxdangm^qui kous menaçoîcnt tous dans notre roi , nul «dou^e •que la nation d'éût recountr leur prééminence ^ontrlés pmuves -eussent été rendues sensibles ^ar leur prévoyance , leur cottrage-ct l^ecirettK résultat de leurs efïbris ; -car il y a en France une nation juste, jgéttérens&, qui ne néconlioît aucun talent , '■ aucun service pendu ^ qui repousse tous its partis exagérés et boules les exagérations de parti , qm se fatigue 4i'ètre i la inerci de prétentkms ^qm ne sont pas dans ses hit^rèts , ' et 'qui est il'autant plus impsotiaie ^'etie paie et À)? demande rien. Elle ete^adoiiré le courage et Thabileté étoufifant les f areors révolutionnaires , comme elle a plaint le dévouement miftttté -sans résultat. J^en atftesie ici , et tous les lecteurs ^e le rajppcleronx avec. émotion, l'mtérét «que i^vns nettîaiifts -ftoufi ak>i« à COQiioltre les nouveUlès du 'dehors^ lu bonne foi avec laquèHis fious nous p^^cipiti^os dans toutes les illusions qui pôuVoiôntcntretCttirnos
(8o) espérances ; nos chagrins si profonds , lorsqu'un événement impossible à nier nous ramenoit à de tristes certitudes ; et la vogue incroyable qu'obtenoit des ouvrages , même sans talent , qui nous assuroient que la révolution ne pouvoit ni s'affermir, ni se prolonger (i). Mais enfin toutes les espérances furent trompées , et Louis XVI mourut sur Téchafaud. Personne ne réclamera le privilège d'une douleur qui fut commune à toutes les âmes qui n'avoient pas atteint le dernier degré de la corruption ; et d'ailleurs les prééminences politiques, ainsi que je l'ai dit et que je ne cesserai de le répéter, ne s'établissent pas sur des sentimens , mais sur des forces réelles , des influences positives.
Si, plus tard, ceux qui avoient quitté la France et avoient été au-dehors braver d'autres dangers et d'autres malheurs que ceux qui nous menaçoient dans l'intérieur , avoient ramené notre roi de Y éronne , de Hanau , de Mittau , de Londres ; et , plus tard encore , si ceux qui l'ont suivi à Gand nous l'eussent rendu par une Corce à eux propre , nul doute qu'ils seroient reconnus de fait et de droit la. force réelle de la
(t) C'est au dépit d*étre toujours trompé en calculant san» cesse d'après mes espérances , que je dob le peu dé connoissances politiques que )*ai pu acquérir. Je pris dès lors la ferme résolution d'étudier les chances que présentoit chaque situation pour tn saisir le vrai , ou pour en tirer des conjectures probables î et eette étude faite par raison s'est changée en habitude.
C 8i ) iiatiob ; car tout te qui mamùeni le gouverne-* laent , le défend > l'élàye au-dessus de tous lès partU' et de tous les dangers , est force et préé-^ 9iineacé selôu rétemelle yérité des choses ; et c'eét aiusi èik effet que , daps tous les temps et dans tous les pays , il s'est formé dés classes et des familles spécialement consacrées aii service public , sans que les amoursTpropres s'en soient^ révoltés ; la raiaori trouvoit les motifs de ce» distinctions , et elles se &iisoient sentir d'aile leurs de tout leur ascendant à qui raanquoit da liaison , deux eoùditions Sans lesquelles les« prééminences politiques n'ont pas de durées "Sious a\^ons' tous été asseai malheureux pour quo les causes premières du retour de notre Roi n'aient pas été uotre ouvrag€f; la Providence s'estserviedebrasquin'étoientpas les nôtres^ ei^ BOUS ne pouvons nous vanter que de notre joie f sauf quelques hommes peut-être qui y ont puissamment contribué par d'habiliis combinaisons. Français du dehors et Français de l'intérieur , nous restons tous rigoureusement et politiquement égaux devant le trône ^ s'il nous considère seulemi3nt comme la force qui Ta rétabli ; égaux encore s'il nous considère comme la jforce destinée à le soutenir. A peu d'exceptions près , nos séntimens intérieurs ne peuvent erre iugés que par Dieu, et notre conduite apparente a souvent été décidée par des moiifs indé-
( 8a ) péndans de noire volonté. Pour tnoî, )e\hi répondrois pas que ceux qui ont été à Gahd' fiissent plu^ royalistes que ceux qui n'ont pas £iit ce voyage ; mais j'affirmerois bien que parmi les Français, combattant à "Waterloo sous les ordres de Buonaparte , beaucoup , et les plus jeunes surtout, portoient le Roi «U fond de leur cœur. O malheurs des troubles civils ! triste séparation de la royauté et de la force publique ! infortunés qui vous arrachant des bras de vos parens , de vos amis , convaincus de la sainteté des raisons qu'ils vous donnoient, répondiez les larges aux yeux par cette raison toute française et à jamais française : « Que » pensera-t-on de moi à mon régiment? »
vous étiez guidés par l'honneur tel que la société l'a fait pour sa propre sûreté ; et cependant vous n'avez pas eu la consolation de mourir avec une conscience exempte de troubles. Heureux c«ux d'entre vous qui , avant de quitter la vie , ont- pu voir nos princes parcourant le champ de bataille , portant des secours aux bleuté i, et les bénissant par l'effet seul d'une pi^seuce qui crioil à tous : « Vous êtes » Français , vous êies nos frères et les enfans » de noire Roi. » Hommes dont les vanités se choquent mutuellement, qui , d un côté comme de Vautre , avez pris pour devise tout ou rieh , couiemplez votre ouvrage , calculez le prix que
<83> tioûs â co&té votre jrritabîlîtë , et dîtes, d'un côté comme de Fautre , ce que vous avez gs^gné à ces tristes divisions. La France sait ce qu'elle y a perdu , wnout en confiance dans Tavenîrf elle sait ce qu^elïe peut y perdre encore. Cette majorité de la nation, royaliste parce qu'elle aime la justice , Tordre et le repos , s'élève également contre vous , et ne demande au ciel qu'ua pouvoir assez habile pour peser toutes les prétentions au poids de l'intérêt général , et asscs ferme pour contenir toutes celles qui veulent dominer dans leur intérêt particulier. Cette majorité nationale calcule tout, parce qu'elle sait tout; car ce qui ne Toccupoit pas autrefois, est ce qui l'occupe exclusivement aujourd'hui ; elle voit les détours m.tJadroits qu'on fait pour arriver à un but si mal placé , qu'il est impossible de l'atteindre ; elle n^ignore aucune des promesses faites , aucune des promesses trahies \ et jusqu^à ce qu'on la compte potir tout parce qu'elle est tout, elle sera tantôt à vous, tantôt loin de vous , jamais contre vous, parce qu'il est contre sa nature de prendre de l'activité ; mais lorsqu'elle s^éloîgne , il ne reste plus que des partis , et la société est menacée de nouvelles agitations. Telle est la France pour laquelle représentera la Chambre des Députés, telle est la France qui jugera si ses Réputés ont traivaillé dans Tintérét général , ou
1 if
yilj on( e(é jnu$ par des passions contraires att xétablissement de l'ordre.
Prétendre à être i^oyalîsie exclusivepaent , €6 n^es( pas servir le Roi , c'est au contraire travailler à isoler le trône de la nation. Les Vrais royalistes sont ceux qui fpnt des partisans à la royauté 9 qui niarchent à la couyersion des français nouveaux , avec le même zcle q^e les 3^issionnaires marchent à la conversion des sauvages. Et qu'Qn ne croie p£^s que ce rappro* ^hement est un jeu de l'esprit \ il est rigoureux
jStemçnt vrai y et repose sur un fait fort simple » inais' qui a été pour moi une révélation profonde» J'aurois aisément classé les Français en royalistes d'habitude , de sentiment, d'opinion , d'intérêt ; mais jamais , de moi*même> je n'aurois pensé qu'une partie de la société , et la plus nombreuse, put s'imaginer que l'on fût ou qu'o^ ne fût pas royaliste \ selon sa position.
Lorsqu'en avril i8i4 on proclamoit à Kevers ie retour de la royauté , et que la joie publique éclatoit par des transports qui ne laissoient suppdser aucune opposition, l'homme qui me servpit à litre de cocher vint me demander me$ ordres pqur la journée , et commença de lui- ^ mômi&le dialogue suiyant : « Monsieur, suis-je > royaliste, mpi? — ^\ je vqulois Ijçi savoir, * ccst a vous que je le dcmanderois.-r-Mon- » sieur, ma mère avoit un cousin qui étoit
ji curé. — Alors , il est clair que vous êtes royih ji liste. » Cet homme ayoit yingt-neuf ans, et n'étoit certainemeni pas dépourvu d'intelligence y mais depuis qu'il avbit atteint Vige d'attacher une idée à un mot , il avoit tant entendvt dire qu'on avoit persécute les prêtres , les nobles et les ricliés , parce qîTils étoient royalistes ^ qu'il avoit comme un sentinient confus qu'on' ne pouvoît être royaliste qu'autant qu'on étbit noble, prêtre ou riche, ouduipoins qu'autant qu'on tenolt à eux par un degré de i^arenté; if. croyoit qu'on étoit royaliste par position , et non par devoii^ et par opinion. Sa pehsée mé irajipà , et je répondis à sa peitisée. Vit mois après, il fit* le coup de feu pour le roi, et^cepen-' dant il ne se piqfiioit pas positivement d'êtrebrave. Tel est donc l'effet inaperçu de vingt-cinq ans de désordres pendant lesquels les lÂémes mots ont changé d'acception au point d'être devenus tour à tour des titi^es de proscription et des titrei de faveur ! Cette classe nombreuse qui ne fait pas ses idées, mais qui lés reçoit, ignore de bonne foi si elle peut Ou si elle ne peut pas être royaliste j et lorsque les viéiut corrupteurs dct l'opinion profitent de cette ignorance pour entourer ces malheureux de craintes, poux' les pousser à la révolté ^âr des tabléauit désëspéxm^.r des hommes qui se diis^it sei^itedrs du roi , et qui n'ont gu&re des idées plus jtSâTés dé
àA position des choses que les paysans de trente|; ans , prétendroient à être royalistes exclusivement ou par préférence ! C'est courir au^ménie but, en partant de deux points opposés j c'est placer la royauté entre deux précipices } c'est risquer de perdre ce que Ton veut servir; et, soit dit sans application » ce ne seroit pas la première fois (i).
Ah ! ce n'est pas ainsi qu'on pensoit et qu'on agissoit dans celte Vendée , éternel honneur de la France, où l'on a tant de fois combattu pour la religion et la royauté; où l'on ne demandoît que la préférence du poste le plus périlleux 5 où la première place appartenoit sans distinction au plus brave ou au plus habile; où la gloire alloit chercher lentement, mais sûre de les atteindre, les hommes qui dédaignoient la renommée; où l'on ne cessa jamais d'être modeste, parce qu'on ne prenoit jamais les armes pour obtenir des honneurs , mais pour son , Dieu et pour son roi ; où presque personne ne survit pour exiger des récompenses; c'est là qie sont les purs; et quoique la destinée ait aussi trahi leurs généreux projets , la France les
(i) Parmi les hommes de trente et même de trente-six ans qui «ont dans une position honorable, combien en est-il qui sachent ce que c'es»! que !a royauté, ce qu'elle éloil, ce qu'elle doit êlre, €t qui comprennent les mots de la même manière ? La moindre ]^rëtention qui ks humilio suffit soavaiit pour dérouler toutM kvirs idées» ^ .
IMTodame purs , parce que l'orgueil est ici df son côté. Vous tous ^ qui préten.dez à une gloire quelconque^ faites que votre gloire soit notre^ et nous l'accepterons;, mais si vous la séparez de nos intérêts, si vos prétentions tendent à hu* milier, la nation les repoussera; et, je le répète , parce que cela est vrai , il y a une nation en France entre tous les partis et toutes les prétentions, mais non» comme les vieux routiers de la révolution voudroient le faire croire, entre tous les principes nécessaires au rétablissement de Tordre.
Reprocherart-on à la Vendée ses pacifications? Elle a fait la guerre, elle a fait la paix; les sentimens n'entrent pour rien dans les traî« tés ; Thistoire du Monde en serviroîi de preuve* Les sentimens ne sont nulle part lu base de la politique^ elle repose toute entière sur des intérêts positifs^ et quand on a fait la guerre^ qu'on l'a faite sans faire triomphes la cause qu'on défendoit^ il faut bien faire la paix. C'est beaucoup encore que d'être en état d'en, discuter les conditions ; et c'est un honneur immiortel dans les .chefs de faire les conditions pour les autres, et non pour eux^
Seroit-il vrai que cette Vendjée-, ou- ont été, où se sont plus mes amk les plus ehers , qui s'est immortalisée en révélanlde nouveau a l'Europe en quoi consiste la vraie civilisadoii»
M âoitplus la méme^ et cpie cette 9iil>llifti€ tMi^ déTûUoo , qmi étoît le signe eûractéristic^ue Aê son suÛbné courage, ait jcédë deirant les é^^ liemena^ Je sais que^ sôus le trevflEipettFpfétcMe éè rsfmasser des fusils, on Fa soumise à Yha^ polîtiqf^e désûrmemeot essayé daâs le» attires ^poyÎBCfes; je, sais quel sentimeAt terrible ell^ éprpuva , en se trouyant sans forces au âo mars i {é sais que lés {mrtis armés et les assectation^ ne se Ibranent pas d'abord pour agir^ maissetH ièmeni pour se défendre, quand ils erai^ait que Tautorité ne soit pas prête à les protéger j liftais la Vendée a pu apprendre l'année dernière combien il a été facile d'égarer soft courage ; et ce n'étoit pas dans les. départemens àe Pouesl qu'en d'autres temps un homme te) que Constant de Susannet^ se seroil Ê^it luer, uniquement pour répondre à des soupçoi!|3; bonune cher à ses amis , précieux à la cause roysje en ce qu'il avoit acquis , par une longue expérience , celte prévoyance des événemens , le plus grand àes avantages en politique.
De ces réflexions, qu'il étoit nécessaire de présenter pour faire connoitre une partie des opinions actives^ att mi^i^u desquelles s'ouvrir^ la Siesûon'donI f'ai entrepifis d'écrire rhistoii?e , je n& crois pas qu'on osa conclure que )e ne nets pas de prix, à )a fidélités» que je^ n^s rends; y as jusiice^'au dévouemeati G'est^au co^traii^
ptircé que jo léif estime bettiebtitp (fftfe ^ iMrf demande d*acberer ronvrage de la Provîdefiti^> en traraillant à consolider celte royauté à laquelle ils ont iaittantde sacrifices. Ce n'est pal pour se montrer- en passant à une génctatiOfi nouvelle qu'elle est revenue parmi nous , mais pour y jeter de profondes racines , et fiiîre lé bonh^r de mille générations. 11 faut d'<abord convertir celle-ct. Pour qui cette tâche est-elle plus intéressante que pour les respectables rété-^ rans de Ja royauté ? Qu^ils évîteut tout ce qui attire des récriminations , et le bénéfice du temps est pour eux. Que ceux dont la modération, l'affabilité, les agrémens de l'esprit (et c'est le plus grand nombre) ajoutent à l'ascen* dant que donne une vie pure , se séparent des intrigans qui s'approprient et exagèrent les opi-nions qui attirent les places; qu'ils les désa- 'vouent; qu'ils désavouent de même l'ignorant© pétulance de quelques jeunes gens qui ne sont pas seulement en état de comprendre la gran^ deur des intérêts qu'ils compromettent; et la générosité naturelle à la nation française leur fera, dans l'estime publique, une part plus grande que celle qu'ils réclameroient; car il y a entre eux et la majorité impartiale des Français des rapprochemens que je vais exposer avec la même sincérité.
Au reste , s'il falloit prendre des juges pour
<9o) tf avoir» tn France, qui est oa qui n'est pas royaliste , c'est parmi les yieux routiers de lu révolution que ces juges devroient être choisis. Ils ne se trompent «pas sur ceux qui sont capables de servir utilement la royauté; et tel homme qui se croit bien grand parce qu'il se mesure par Tidée qu'il s'est faite de ses sentiinens^ seroit bien humilié s'il pouvoit savoir que ceux qui ne veulent pas de la royauté ne le regardent pas seulement comme un obstacle. Tout le monde n'est pas né pour être proscrit.