II
163 HISTOIRE DE LA SKSLE (llOf — 1IS7).
que le comte Roger, surtout si (comme Fassure (ixiillaume de Tyr^ traduisant Orologgi), Bohémond^ en partant pour la Palestine, avait fait un traité arec le duc de Fouille^ par lequel il était convenu que le survivant des deux, serait rhéritier de tous les États (I), Mais Bohémond, très-occupé de son gouvernement d'Antioche , dont il cherchait à accroître l'étendue, ne pouvait, dans le triste état où se trouvait l'Orient, abandonner ce pays pour venir réclamer ses droits.
De toute façon Roger ne se regardait plus comme usurpateur, en rentrant en maître dans la Fouille; il se présentait fort d'un droit , d'une promesse sacrée faite par le duc Guillaunoie , même si Ton admettait que la mort eût empêché ce prince de sceller cette promesse par un acte authentique; et il était résolu cette fois, quels que dussent être les combats et les obstacles , à ne pas laisser échapper cette importante possession.
(1, Guillaume de Tyr, trad. à'Orologgi, lib. XIH, c. xxi, p. 379.
L'autunno segurnte , il principe Boamundo , fîgliuolo dî Boamundo, il vecchio principe di Tarento , havendo falto lega e ccinfederazioDe coo Guglirlino duca di Pugli.t, suo zio, délia surcessione, cod questo paUo, dte il primo di ossi che vcniva a morte, V altro euccedesie nell' crédita , f^ >ela vcrsu Soria.
HISTOIRE DE LA SICILE ( 1 101 -- U2T ). laa
Sa première expédition en Galabre pendant Tabaence du duc de Fouille lui avait appris à connidtre les vassaux dont il voulait dompter Taltière insoumission. Aussi s'attendait-il à trouver de leur part une résistance opiniâtre; car, ce ne. devait plus être, comme en l'année 1121 , une invasion soudaine, imprévue, une attaque impétueuse qui prenait les barons divisés d'intérêts, et trop éloignés les uns des autres pour pouvoir se réunir contre Tennemi commun; tous savaient que le comte Roger, d'un caractère impérieux et actif, loin de laisser subsister cet état d'anarchie que le duc Guillaume n'avait pas eu la force de comprimer, les maintiendrait dans les limites étroites d'une sévère obéissance.
Le Grand comte de Sicile était doué d'un esprit trop fin et trop profond à la fois pour n'avoir pas pressenti cette ligue des barons de la Fouille entre eux; pour cette raison il ne voulut pas se présenter en dominateur impérieux , couvrant le rivage de gens armés, mais en souverain pacifique, venant avec confiance prendre possession d'un pays dont la mort de son cousin le rendait héritier. Toutefois, il fit à Palerme de vigoureux préparatifs de guerre et tint
164 HISTOIRE DE LA SIQLE (flOI ~ 1127}.
une forte armée sur pied , prête à venir se joindre à lui au moindre signal ; puis ayant équipé sept galères sans aucun appareil hostile , il s^ embarqua pour la Fouille.
GHAPlTRi!: DIXIEME.
SOnUIRE :
ixpcdiiion des Normands en Afrique. — irruption des Sarrasins zuBC. — Ils metleot la ville à feu et à sang. — Différentes opides historiens sur la date probable de cet événement. — Lv Roger arrive à Salerne. — Conférences avec les principaux cide la ville. — Discours du comte Roger - Les Salernitains rude se soumettre à lui. - Meurtre de Sarolus , envoyé du comte. Salernitains consentent à reconnaître Roger comme prince de '.. — Conditions do leur hommage. — Arrivée de Runulphe , d'Avellino. — Le comte de Sicile lui demande de le reconnaître i duc de Pouille. — Prétentions exagérées de Ranulpbe. — Disis outre lui et le comte de Sicile. Ranulpbe reconnaii Roger 3 Fouille , et Roger soumet le comte d'Oriane au comte d'Avel- - Kntrée triomphale du comte de Sicile à Salerne. - il est sacré de Salerne. — Cérémonies religieuses. — Soumission d'AnialO , lèvent. — La Fouille entière reconnaît le prince normand pourduc. $er parcourt la Calabrc en souverain. - Se fait proclamer duc de } à Rheggio. — Frétentions du saint -siège sur la souveraineté ché de la Fouille. — Roger se fait reconnaître duc par ses de Sicile. — • Le pape Honorius II se rend à Bénévent. •* Frcexcummunication de Roger. — Ce prince envoie à Troîa une ame au souverain Fontife. — Vains efforts de réconciliation. — Il M>nimunié pour la seconde fois. — Lie comte Ranulpbe , le prince }Oiie et un grand nombre de barons embrassent le parti d'Hono-
icr. HISTOIRE DE LA SICILE (1127J.
rius. — Nouvelle ambassade «le Roger. — Troisième excommunicalioû f »rononcée contre lui par le Pape. — Roger se décide à la guerre. ^ Ravages dans la campagne de Béncvent. — Défaite des Bénéventins.- Honorius consacre publiquement Robert prince de Capouc. - Cérémonies. ^— Déclamations du souverain Pontife contre Roger. — Indulgences accordées à ceux qui combattront contre lui. ~ Robert et Ranulphe soulèvent tout le pays. «« Refus d'Ugon de se joindre à eux.
— Son château est assiégé. — Désunion parmi les partisans du Pape.
— Roger arrive à Salerne. ~ Nouvelles offres de conciliation repoussées. — Impression funeste produite sur son armée par les aDathèmes du Pape. — Consternation générale. — Cruels événements qui accablent Roger pendant le cours de cette année. — Un événement miraculeux relève le courage de ses partisans. — Le corps de sainte Agathe est ramené de Constantinople à CaUae. — Récit de cette translation par Maurice , évéque de Catane.
Avant de suivre le comte Roger en Fouille, nous ne pouvons passer sous silence de tristes événements qui vinrent jeter la consternation en Sicile (1).
(1) L'année 1127 fut fertile en événements de toute nature; et il rsl très- difficile de leur donner une classification nette et précise , car tous les chroniqueurs de cette époque et des siècles suivants indiqoeflt seulement l'année 1127 ; et faisant précéder la narration des faits de ces mots : in eodem anno (dans la même année ) , ils les placeot indifféremment. Ainsi Sicardusûh : — 1127, eodem anno Barbari Syraciisam invadunt.. . . — Guillaume de Tyr : Per idem tempus Cornes SicHliœ.»* — On lit les mêmes phrases dans PyrrhnêRoccus et dans Inveghei.—ViDtelligence des faits eux-mêmes nous semble indiquer d'une manière positive que cette expédition de la flotte des Normands en Afrique eut lieu ii)imédiatement après la prise de Malte , lorsque les victoires faciles de Roger sur les lies environnantes l'enhardissaient à tenter cette exem^ sion. Car nul ne dit que le comte de Sicile alla lui-même en Afï'iqiie, dieitur direxisse ad partes Âfricœ,.., Il est impossible de penser, i
La prise de l'île de Malte et la conquête facile le plusieurs îles environnantes, inspirèrent au «mte Roger la pensée de tenter une excursion en Lfrique. A cette époque une expédition contre les laures honorait le courage des guerriers ; c'était ombattre à la fois pour la gloire et pour T Église. Il :t donc armer une flotte de quarante galères et la diîgea vers les bords africains. — Les chrétiens, encouagés par la fuite précipitée des Sarrasins de Malte, 'attendaient à trouver un pays sans défense , des oldats abandonnés aux faciles occupations de la aix, ou à une débauche énervante; mais, au conraire , ils virent des remparts vigoureusement ardés, des forteresses imprenables et des hommes rmés, tout prêts à combattre; car la conquête e Malte leur avait donné l'éveil, et ils avaient ris toutes les mesures nécessaires pour empêcher ennemi de ravager leurs possessions.
adrait le faire supposer Burigny dans son Histoire de Sicile, que celte cursion des Normands en Afrique ail eu lieu à la fin de Tannée 1127, rsqne le eomte Roger, trois fois publiquement excommunié par Honois II, était en guerre ouverte avec le saint-siége. Il n*est pas présumable ;e le Chrand comte de Sicile au moment d'entreprendre une lutte sérieuse ntrele souverain Pontife et les barons réunis de la Rouille et de la Calabre, lorsqu'il rassemblait toutes ses forces et faisait par tous ses domaicMs s leviées de troupes considérables, ait envoyé quarante galères m rique pour accomplir une expédition inutile.
ïii» HIMiUHK DE LA SICILE : lUV.
La Hotte des Normands, après quelques tentatives inutiles, se retira en bon ordre (1).
Mais les Sarrasins, enhardis par ce premier succès , devinrent agresseurs ; pendant que les chrétiens regagnaient paisiblement la Sicile, ils coururent à leur rencontre avec quatre-vingts galères et , profitant de Tétonnement causé par leur soudaine apparition, ils se jetèrent sur Syracuse, enfoncèrent les portes, et se précipitèrent à travers les rues avec des cris de guerre et de carnage.
Alors recommencèrent ces scènes de désolation et de meurtre que la Sicile avait oubliées depuis lexpulsion des Barbares ; on vit encore ces vainqueurs sans pitié, égorger les femmes, les enfants et les vieillards; on les vit entrer implacables dans les paisibles maisons, souiller brutalement de timides jeunes filles, et les massacrer ensuite sur leurs lits de douleur et de honte. — • Horrible spec-
(1, Guillaume de Tyi, lib. XUl, c. xxi :
Per idem lempus Cornes SiciliacRogcrius classem galeanim quadragioia. muUo studio paralam , ad partes Africae dicitur direxisse : ubi earuro advenlu prxcognito, provinciales praemoniti , provide se habentes nullam boilibus Docendi sibi praebuerunl opporlunitalem : imo e converso galeas, quas pênes se babcbant , sludio non infcriore armantes , pnelictus mak'factores suos , infecio negotio redeuntes, cursu celenrimo persequentef, usque in Siciliam devecti sunt.
HISTOIRE Dt LA SIULE , 1 127 .. 1G9
tacle I les mères, égarées par la douleur et l'iiidignation, se précipitaient comme des lionnes féroces sur les assassins, n'ayant pour toute arme que leur amour maternel.— -Quelques citoyens et quelques prêtres , parmi lesquels se trouvait Tarchevêque Ugon, purent à grand' peine échapper au carnage en fuyant sur les montagnes qui avoisinent Syracuse ; du sommet de ces monts , ils Tirent encore les Sarrasins incendier les églises, ravager les terres et, avides de sang, égorger sans pitié les habitants des campagnes : — • alors les prêtres, agenouillés, levaient leurs mains jointes au ciel, et priaient le Seigneur d'arrêter Teffusion de tant de sang.
Lorsque les Barbares furent fatigués de carnage et de dévastations , ivres de joie , chargés de butin , ils remontèrent sur leurs vaisseaux et regagnèrent l'Afrique (1).
Le comte fut grandement affecté à la nouvelle de ces affreux désastres; il voulait exercer contre les Sarrasins de terribles représailles , et venger cette
(I; SUsardiu* ~ Muratori, loin. Vil, i*^ 5U*î :
] 127. — Eodein anno Barbari Syracusam civitatem invaduiit , comburunt , et cuncta diripiunt.
nd HISTOIRE DE LA SICILE (1137).
pauvre ville de Syracuse, que Dieu semblait avoir inarquée du doigt pour toutes les désolations et toutes les douleurs.
Mais les événements qui l'appelaient au delà du Phare Ten empêchèrent, car ils nécessitaient impérieusement sa présence, et étaient d'un intérêt trop grave et trop sérieux pour lui permettre de ne pas concentrer toutes ses ressources sur un seul point et dans une seule pensée.
Les galères du prince normand s'étaient arrêtées en vue de Salerne, et Roger après être resté plusieurs jours en mer sans vouloir descendre à terre (1), fit mander les principaux chefs de la ville. Parmi ceux-ci se trouvait Romiialde, Tarchevêque; puis, dit le chroniqueur de Bénévent , le comte Roger s'étant mis lui-même avec quelques-uns des siens dans une barque richement ornée , aborda au rivage.
Un grand concours d'habitants avait accompagné le noble archevêque et les envoyés de Salerne; tous attendaient impatiemment le Grand
vl ) Alex. Telesinus, lib. l, cap. iv, v, ▼!. Falco Beneventanut — tnno 1 1 27 • Homualdus Salemitanii.
comte. Celui-ci se présenta devant eux avec un visage calme et bienveillant, voile de douceur sous lequel il cachait ses projets ambitieux ; et , promenant sur la multitude assemblée un regard confiant ^ il leur parla ainsi :
« Seigneurs et frères, comme vous le savez, Robert Guiscard, duc d'illustre mémoire, mon oncle, par sa prudence et son grand courage, acquit, après de nombreux combats, cette ville, que votre sagesse gouverne maintenant. A sa mort, le duc Roger, son fils, mon aimé cousin, la fit prospérer sous un gouvernement pacifique; le duc Guillaume, son fils et son héritier, Ta noblement gouvernée jusqu'à ce jour; nais maintenant les décrets de la Providence ont rdonné que le duc Guillaume mourût lui-même sms enfants. — Moi donc, qui suis de sa race, implore avec instance votre cité pour qu'elle ssemble un conseil, avec l'assentiment de ses obles barons , et décide que , me préférant à tout itre, elle accepte ma domination et la chaîne de ion amour. Si la miséricorde du Seigneur consent prolonger mes jours , vous arrtverei à une pros-
172 lllSTOiHt W: LA SIULE (1127).
périté plusgrande^ à une puissance redoutable cl à 1 aucienne maj^niticence de vos pères (1).»
(les paroles, calculées avec un grand art, avaient été dites avec une bénignité merveilleuse; elles devaient porter la conviction dans les cœurs les plus méfiants. Mais les habitants de Salerne ne se laissèrent point persuader par ce discours, et répondirent avec hauteur :
« Non , nous ne voulons en aucune manière et (Taucune façon nous soumettre à vous, nous avons souffert trop de maux sous le duc Guillaume et sous ses prédécesseurs, et nous redoutons d'êlre accablés par les mêmes calamités, si nous acceptons un autre joug (2> »
(I) t'alco Benevent. , auno 1127 : — 1^ 102.
X Domini ot Tratres , sicut vestra novit sagacitas , Huberlus (îuiscardus <« Dux olini bonae memoriae , patruus meus , civitateiii banc , quain mode •• Icnel veslra prudenliu , in vigore animi et prudenlia multa cxpugoiins « acquisivil- Deinde posl discessum, Rogeriusdux, ejus filius, a>n- « sobrinus noster, pacitice tenuit cum veslra prosperitate , inde Dm M Guillelmus , hœres ejus el fîlius usque in praesentiarum viriliter do- « minatus est. Nunc vero , judicio Dei adveniente , Dux ipse Guillelmos '< sin«; Ulio inortuus est. Ego itaque , qui ex ejus progenie produclus suin, « si veslra; placuerit nobiblati , veslrain iniploru rivitatein quaieiius « consib'ura habeatis, et me, prœter quemqueni alium diligentes, doiui- « niuin noslrum et amoris vinculuin consequamini. Nam, Doiiiinu auxi- « liante, et vita Comité, ad melioris status vigorem pervenietis , et « divitias quos sub lempore pristino habuislis. »
:?) ÀUx. Teles. , lib. I , cap v.
Uli respondeoie» : No9 nuHo modo, inquiuni, nullave ratione ei sttbd^
Un grand nonil)ro de paroles furent encore éebansçées; et le comte ne put obtenir aucune autre réponse. — Comme lo jour commençait à baisser, il regagna sa galère qui l'attendait en vue du rivage.
Le peu de succès de cette première entrevue ne changea toutefois en rien ses projets ; car au jugement qui calcule, il joignait la patience qui attend, et ne voulait recourir aux armes qu'à la dernièire extrémité. Laissant toujours ses galères à l'ancre devant la ville de Salerne, il envoyait chaque jour de nouvelles ambassades. Mais plus le comte mettait d'instances dans sa demande, plus il employait le langage de la prière et de la persuasion , plus les Salernitains redoublaient de hauteur et de dédains. Un jour même^ enorgueillis jusqu'à la démence de rabaissement où Roger consentait à descendre devant eux, ils raillèrent le Grand comte devant ses envoyés par des paroles sans mesure et pleines de mépris.
Ceux-ci avaient reçu Tordre de tenir toujours un langage de paix, et de conserver par-dessus toute
mur, quoniam plura uialoruni a Gulielino Duce, ejusque piasdeeessoribus perpessi sumus, quœ etiam abeodem ipsa nobis inferri, si dominntui culmen saper nos susceperit, tormid.'tmus.
174 HISTOIRE DE lA SICILE (lir).
chose une grande retenue et une patience sans bornes; t*un d'eux , cependant, appelé Sarolus, ne put contenir son indignation , et répondit avec colère.
A 8e9 paroles succéda un violent tumulte, et les Salernitains furieux, se précipitèrent sur lui avant qu^il ait pu s'échapper, rentourèreot de toutes parts f et le massacrèrent.
Lorsque le comte Roger eut connaissance de ee triste événement, il en ressentit une grande affliction ; mais , dissimulant le ressentiment digne d une semblable offense, il sut réprimer la colère amoncelée au fond de son cceur par tant d'insolence et d'orgueil, et montra en cette cirecastance tout ce que peut sur soi^-même la force de la volonté et la profondeur de cette politique, qui sait sacrifier à ses desseins, les passions les plus violentes. 11 députa de nouveaux ambassadeurs aux Salernitains, les suppliant avec de nouvelles instances de ne pas lui refuser plus longtemps ee qu il avait si justement le droit de réclamer d'eux (1).
J ) Alex, Teles. , lib. l , c«p. vi.
Quœ videlicet cum Rogerio relata fuissent , licet eordit dolore iotrioi^ eus quaniplurimum langereiur , animi soi impetum pro l^mpprif gr>vii>i<^
mSTOIRB DE LA SICILE ( 1127). 175
11 fit plus, il engagea Tarchevéque Romualde et les chefs les plus importants à venir une seconde fois en toute confiance conférer avec lui; et comme ils y consentirent, il les envoya chercher avec de grandes marques d'honneur et de considération. — Cette conférence fut décisive : le eomte mit en jeu les insinuations les plua adroites^ iémontrant la justice de sa demande et l'intérêt [jue les habitans de Salerne pourraient en retirer. Étonnés de cette insistance opiniâtre que rien n'airait pu rebuter, l'archevêque et les autres envoyés, iprès avoir quitté le duc , s'assemblèrent en conseil , 3t à la suite de longs entretiens et d'orageuses discussions, ils consentirent enfin à rendre la ville à loger , sous la condition expresse de conserver la possession et la défense de la grande tour, qui ;tait la citadelle de la ville.
Le comte de ^ icile y consentit à regret, car cette âtadelle était une position importante, et pouvait, )n cas de révolte, devenir, pour les séditieux, un )oint de réunion et de refuge presque inexpugna- )le. Mais cette concession imposée par les circon-
bvol?ent , rureus inittebat , exorans oos , quatenus, quod sibi justum ad abendum eral » non denegarent.
i:tf HISTOIRE hv: la siqle oi^}.
stances ne devait pas clans sa pensée , avoir une longue durée; — ce quMl lui fallait ^ c'était prendre possession de la Fouille et de la Calabre, et en être reconnu le duc. Quelles que fussent les conditions auxquelles il dût se soumettre, la reddition de Salerne faite volontairement par les habitants . sans qu*il eût déployé le moindre appareil de guerre , devait nécessairement entraîner celle d'un grand nombre de villes.
Aussi il ne voulut pas perdre un temps précieux en vaines et dangereuses discussions, et il cédaaui Salernitains la possession de la citadelle , leur promettant par serment de les gouverner avec bonté, de ne jamais les faire arrêter, ou de permettre qu'ils le soient^ si ce n est pour des motifs de grave culpabilité, et alors seulement pour les traduire devant uo tribunal régulier. A toutes ces promesses était jointe celle de ne pas les conduire plus de deux jours en expédition (1 ).
Ces concessions^ faites avec spontanéité de b part du prince normand , lui gagnèrent tous les
(1) Falco Benevent. in ch. — an. 1157 :
Jiirnvii si.-iiiiii (bornes ille Rogerius quod aine judicio et sine culpa eos oon rnpiat , neqiip cnpi permittat , neqiie extra dies duos in expédition >ll^ ))(>i<(urni, cl, (.'.-isiolliini liirris mnjori^ do illorum potestatenon aufen''
cœurs. 11 était étrange de voir cette multitude, lout à l'heure pleine d'orgueil et de^ dédain, întonner en chœur les louanges de leur nouveau lue, lui jurer fidélité d'un commun accord, et serrer pour ainsi dire avec enthousiasme sur leurs cœurs , ces nouveaux fers que Roger appelait la chaîne de son amour.
Le comte Ranulphe d'Âvellino, époux de la princesse Mathilde^ une des sœurs de Roger, ayant appris que le Grand comte de Sicile était àSalerne, s'empressa d'aller l'y rejoindre. Ranulphe était un des seigneurs les plus puissants de la Fouille, par sa naissance, sa valeur d'une haute renommée, et la grande étendue de ses domaines. — Roger reçut très-affablemeut son beau - frère , et après plusieurs entretiens, il lui demanda de donner aux autres vassaux 'exemple de la soumission, en le reconnaissant pour duc de Pouille, et en. lui faisant hommage les terres qu'il possédait dans ce duché; mais âme de Ranulphe était aussi ambitieuse que celle e Roger, et son esprit actif et insatiable rêvait ins cesse un accroissement de fortune et' de puisiQce.