‹ Histoire de la Sicile sous la domination des NormandsChapitre 30 sur 49 · JJ · texte numérisé non relu

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w J'y consens, répondit avec orgueil le comte d'AvelIino, mais à une seule condition. »

Et comme Roger lui demandait quelle était cette condition , il lui dit :

« Si par mon hommage et ma soumission vous acquérez l'honneur d'être mon seigneur suzerain, je veux de mon côté obtenir un semblable honneur par la soumission de Roger, comte d'Oriane (1). »

I^ comte fut peu satisfait de cette exigence contraire à toutes les lois de la justice et de la raison. — C'était soumettre un pareil à un pareil, un vassal à un vassal de même ordre; et il ne pouvait y consentir sans de graves inconvénients. U chercha donc par de sages discours à ramener Ranulphe à des sentiments plus raisonnables, essayant de lui montrer tout ce que sa demande avait d'insensé; mais ce fut en vain : celui-ci répétait toujours avec hauteur qu'il demandait ce que le

<l] Alex. Teles.y lib. I , cap. vu :

Qum post milita verbornm Rogerius ejus hominîum subdendaro pottolasset, illeque nisi forte quid sibi ab eo daretur, pro quo id iieri deberet, recusarct , percunctalur inox , quid sibi per hoc ab eo conferri gestiret. -^ At ille. « Vulo, inquil si mei submissioDe hominii, honorem coosequerif, « sic versa vice , Hogerii Orianensis Comitis , me subditione honores. • Quod cum audîsset, graviter accepit abnuens parem pari sobmitu.

comte de Sicile réclamait de son côté; qu'étant comtes tous deux, l'un ne devait pas être soumis i l'autre , et qu'il ne connaissait en aucune façon ce testament par lequel la Fouille et la Calabre appartenaient à Roger.

(c Ils se disputèrent fort longtemps, dit Alexan^ wrfre le chroniqueur, et firent entre eux à ce sujet ff un échange condamnable de dures paroles. »

Le comte Ranulphe, d'un caractère violent et hautain, voulait se retirer ; mais Roger, par souvenir des liens de parenté qui les unissaient, et par tendresse poursasœurMathilde, s'opposa à une rupture, cherchant, au contraire, des voies de conciliation. A côté de ce souvenir et de cette tendresse, il ne faut pas se le dissimuler, venaient aussi se placer la puissance die Ranulphe, et l'importance de sa soumission; car un vassal séditieux pouvait, en ce momeiit de crise, agiter violemment les masses et créer de grands obstacles; de même qu'un vassal fidèle pouvait inspirer à tous des sentiments d'hommage et de fidélité. — • Ranulphe surtout, par sa valeur, son esprit aventureux et actif, pouvait être d'un grand secours au comte de Sicile dans la conquête de la Fouille, s'il marchait avec lui, liiàis

180 HISTOIRE DE LA SiaLE (112:).

s'il prenait parti pour ses adversaires, il devenait iiD enDemi redoutable.

D*un autre côté; Roger comprenait que le saiotsiége ne pouvait voir d^un œil favorable un si grâûd accroissement de fortune et de domination. — Honorius 11 gouvernait alors l'Église de Rome , et avait succédé à Calliste. Une lutte sérieuse devait tôt ou tard s'engager, surtout si le souverain Pontife comptait comme auxiliaire Tépée puissante de Ranulphe. Une seule considération pouvait peutêtre arrêter le Pape ; c'était de voir Roger arriver à la possession de la Fouille et de la Calabre, par le vœu universel , et sans avoir employé la violence et la force.

Le Grand comte calcula en un instant toutes ces chances différentes de salut et de ruine, toutes ces difficultés, tous ces obstacles. 11 tendit la main à Ranulphe en signe de paix , reçut son hommage et lui soumit le comte d'Oriane (1).

Gomme tous les hommes forts et puissants, le comte de Sicile ne s^occupait que des circonstances

(1) Alex Teles.fC, vu

Tandem Rogerius eum abire non passus, tam pro conjugal! Mathildii copula , qua ei propioquus existebat , quam pro streDuitatis sux nomioe,

présentes et comptait sur lui-même pour Tavenir; car l'avenir, dans ces temps de luttes et d'ambitions y n'appartenait pas au droit , mais à la force. 11 savait bien, en augn^entant ainsi la puissance du comte Ranulphe, que n'attachait pas à lui une affection sincère, se créer un ennemi d'autant plus redoutable qu'il Taurait élevé à une plus haute dignité; mais il était trop fier et trop confiant en son épée pour qu'une semblable prévision larrêtât un instant. Ainsi, deux calculs d'intérêt personnel étaient cachés au fond de cette union apparente ; si l'un voulait à tout prix devenir duc de Fouille et de Galabre, l'autre rêvait déjà dans sa pensée les moyens de s'affranchir de toute soumission et de tout vasselage.

Le prince normand entra donc en grande pompe dans la ville de Salerne, suivi du comte Ranulphe et accompagné d'un peuple immense qui se pressait sur son passage.

Ce fut une entrée triomphale. — Sur tous les visages régnaient la confiance et la joie; de part et d'autre les serments furent renouvelés. Le comte

qaam sibi in adquirendo Apuliain oninino profuturam sperabat , ejus suscepto bominio, subdidit ei praBfalum quem poposcerat Gomitem.

itt HISTOIRE DE U SiaLE (1127).

conserva aux habitants leurs domaines tels les possédaient, leurs lois et leurs anciennes coutumes» biens si précieux pour un peuple.

Quelques jours plqs tard il devait être sacré solennellement prince de Salerne , par Tévêque Alphanus (1).

L'église métropolitaine de la ville avait été magnifiquement parée, car le comte, pour éblouir la multitude , avait voulu qu'il fût déployé une grande magnificence. L'évèque Âlphanus , entouré de tout le clergé, attendait le nouveau prince sur le seuil dQ Téglise. Pour faire au comte Roger plus d1ionneur et lui marquer un plus grand respect, les principaux seigneurs salernitains avaient été le chercher en grand cortège au palais qu'il habitait.

Roger, dont rhabillement était tout couvert de pierreries, les reçut avec une grande affabilité, et se mit en marche à leur tète , vers la cathédrale. Le droit de jeter sur son passage des pièces de mon-

V Romnalde de Salerne. — Mnrat. , lom. VIÎ, p. 18 1 : A SalerniuiDis boooriGee receplus csl , quibus tenimenta civibos et possessiones, et anliquas consuetudincs contirmavit, ei eos in suo accepit hominio. Qui in eadem civitate ab Alfano Caputaquensi episcopo est uoctus in principem.

ïnvegke^y p 179.

Con eerenionia propria de* principe* de Salerno e aiioile alV amtotte reak-

UISTÛIRE DE LA SKJLE [1137\ 183

aie étant un privilège exclusif de la royauté, le ouveau prince fit savoir dans toute la ville, •ar la voix des hérauts, que de grandes largesses eraient distribuées aux pauvres.

Arrivé au seuil de l'église, le cortège s'arrêta it s'agenouilla devant le saint évèque qui lui mposa les mains. Roger prononça une courte mère; puis s'étant relevé, entra dans Téglise et lUa jusqu'à l'autel où Tévêque Alphanus Tavait >récédé et s'était assis sur un saldistorium préparé à cet effet.

Le comte s'agenouilla de nouveau^ Tèvèque se eva, déposa sa mitre, et prononça à voix haute me courte prière, à laquelle 1q comte répondit : imen.

Un silence religieux régnait dans Tenceinte saîrée.

Le saint Pontife s'étant placé en face du Grand lomte qui était toujours agenouillé , lui humecta e front avec Thuile sainte, en faisant le signe de la :roix, et le proclama prince de Salerne.

Le luxe immense déployé pour cette cérémoûe impressionna vivement les esprits. — Roger ipparaissait aux habitants de Salerne comme un

être supérieur, ayant le droit de les dominer, et placé ^lUHlessus d^eux par la volonté toute- puissante de Dieu.

I.e nouveau prince sortit de Téglise aux acclamations de la foule ; et les seigneurs devenus ses vassaux > le reconduisirent en triomphe jusqu^àson palais.

De Salerne le comte Roger alla à Âmalfi.

Cette ville ne fit aucune difficulté pour se soumettre au comte de Sicile^ seulement elle mita son hommage les mêmes conditions exigées par les Salernitainsy et voulut conserver la garde et la possession de ses forteresses (i). Roger y consentit: en hésitant il eût arrêté les sympathies qui, cle toutes parts, venaient au-devant de lui. —Il répondait au contraire à toutes les demandes et à toutes les exigences avec des paroles pleines de bienveillance et d'affection; il entrait en Fouille, disait-il, non comme un conquérant, mais comme un protecteur. — Ainsi que Robert Guiscard, il était doué de cette éloquence puissante qui do-

(1) Alex. re/€«.Jib. l, cap VII. -Af«/•a^, lom. VJ'^eiT: AmâltitaDÎ deinde videnles Salerniiaaos Comiti colla subdidisse et \^ ilidem ei, reieods muniiionibus, subjiciuntur.

mine et entraîne; ses discours, calculés avec adresse, savaient faire ressortir d'une manière évidente les avantages de sa domination et la faiblesse de ses ennemis. Chacun Técoutait malgré soi avec un mélange de respect et d'admiration , et se rangeait parmi ses défenseurs les plus enthousiastes. Si Salerne et Âmalfi eussent refusé de se soumettre , cette rébellion ouverte se fût répandue de ville en ville, ainsi que les flammes toujours croissantes d'un incendie; et partout sur ses pas Roger eût trouvé méfiance et hostilité.

Loin de là, les habitants de Bénévent ayant appris Tadhésion de Salerne, celles d' Amalfi et de plusieurs autres villes, envoyèrent au comte de Sicile les hommes les plus éminents par la prudence de leurs conseils et la sagesse de leurs discours. Ces envoyés se présentèrent à Roger et lui offrirent Thommage volontaire de la ville. — Bénévent était une des places les plus importantes de la Fouille; elle avait souvent servi de foyer aux séditions , et sa soumission entraînait toute une partie du duché encore indécise. Aussi, après s'être arrêté quelques jours à Bénévent, il traversa en vainqueur Troïa, Melfi et la Fouille presque tout entière. Landulphe

(le Monteinarano, Laudulphe de Sancto Barbato, Ilaon de Traineia et Ugou lui firent hommage de leurs personnes et de leurs domaines (i).

Partout de nouvelles soumissions, de nouveaui serments. — A voir cette population empressée accourir ainsi de toutes les parties du royaume audevant de Roger, nul n'eût pu deviner tous ces déchirements, toutes ces séditions à main armée qui bouleversaient le pays quelques mois auparavant. Les barons semblaient avoir oublié cet araour instinctif d'indépendance qui leur avait fait violer la foi jurée au duc Guillaume.

Enorgueilli d'un triomphe si complet et si inattendu , Roger parcourut la Calabre en souverain, recevant sur son passage d'unanimes marques de sympathies et de soumission. Lorsqu'il fut à Rheggium, avant de s'embarquer pour la Sicile, il renouvela, dans cette ville, les religieuses et solennelles cérémonies par lesquelles il avait été sacré prince

(I) Falco. Chronicon. ann. 1 127. ~ Muratori, tomus V, p. 102.

nis et aliis ita decursis, universuin ducatam AmalphitaDorum circumquaque Cornes ille sux subjugavit potestali ; et iode procedeos Trojanam civitatem et Melphitanaro, et lotius fere Apulix partes obtînuit. LaO' dulphuro quoque de Montcmarano et Landulphum de Sancto Barbato et Raonem de Traineta et Ugonem infantero cum oronibuft eorum pertineotiii ad suam redegit ditionem.

de Salerne, et se fit proclamer duc de Fouille, devant les barons les plus puissants de la Fouille et de la Galabre, et devant les premiers capitaines de son armée (1 ).

Fendant que le Grand comte de Sicile plaçait ainsi sous sa domination le glorieux héritage de Robert Guiscard , le pape Honorius 11 s'inquiétait grandement de cet accroissement de puissance , qui faisait du comte de Sicile un des princes les plus redoutables de la chrétienté. D abord il était fort irrité de voir le comte Roger envahir ainsi tout un royaume sans en avoir préalablement sollicité Tautorisation du chef suprême de TÉglise; ensuite il prétendait que le duché de la Fouille relevait directement du saint-siége, depuis le traité entre le pape Nicolas II et le duc Robert Guiscard, — Si l'on en croit le récit d'un auteur contemporain, le duc, à ses derniers moments, avait appelé un saint évêque, et après s'être religieusement confessé, lui avait dit qu'il désirait confirmer publiquement la concession faite par lui avant sa maladie, à saint Pierre, prince des apôtres, et à son très- Ci) Romualde de Salerne, Dehinc Rbegium veniens , ibidem in Ducero Apulia est promotiu.

saint vicaire le pape Honorius^ de tout ce quil possédait y en biens, meubles et immeubles sur la terre (i).

Que cette concession fût faite par le duc Guillaume au souverain Pontife , ou que celui-ci crût avoir droit à la succession de Robert Guiscard par suite du traité avec le pape Nicolas II , toujours estil qu'Honorius II assembla sans retard ses cardinaux et ses évêques , pour leur exposer l'état des choses, et leur apprendre sa résolution de faire entrer les États du duc Guillaume sous la souveraineté du saint-siége.

Le comte Roger étant retourné en Sicile, avait réuni en conseil les principaux barons de son royaume; après leur avoir fait un récit pompeux

(i; Pagi Annot, Baronii, anno 1127, cap. vi. — Bar,, loin. XVII, f» 402 :

GuaUenis , ecclesiae Tarvanensis archidiaconus , in vita B. Caroii booi , Coniilis Flandrise, de cujus inartyrio mox scrnio erit, cap. ii, narrans Gulielroi Ducis mortem, scribit : Qui, ut se periclitari cognovil, SaUmiianum archiepiicopum et Trojanum episcopum (nempe Romualdum utrique sedi praepositum uti jam diximus} advocavit, atque quod antea, dum incolumis esset , fecerat, eorum quoque testimonio denderans confirmari, quidqitid mobiiium vel immobiliiim in terra possidere videbatur, beato apostolorum principi Petro, ejusque vicario sanctissimo Papœ Eonorio, exeujut ore sacro hoc ipsum fréquenter audivi (hoc enim tempore Gualtenis vivebat) jure perpétua possidendum delegavit, ac deinde, in eonfessione Domim ob hae luee migramt^

HISTOIHK DK LA SICILK (1127). 189 ,

de sa marche triomphale à travers la Fouille et la Calabre, il leur exposa que, possesseur actuellement du duché de la Fouille, et héritier des biens du duc Guillaume, il devait hériter aussi de ses titres. Puisque les premiers barons de la Fouille et de la Calabre, réunis àRheggium, l'avaient proclamé duc d'une voix unanime, n était-il pas juste que ses sujets de Sicile lui reconnussent aussi publiquement ce titre, qui désormais devait être le sien, et remplacer celui de Grand comte?

Roger avait trop habitué, par son énergie et par la domination puissante de son caractère, les barons de Sicile à se soumettre à sa volonté, pour douter un instant de leur assentiment; ceux-ci, soit par crainte, soit par affection, répondirent aux paroles du Grand comte par une adhésion unanime. Dès lors, il fut porté un édit, par lequel tous les sujets, sans distinction, devaient donner à Roger le titre de duc; et, à dater de cette époque, tous les privilèges ainsi que tous les actes constatent cette nouvelle dignité.

Fendant que ces choses se passaient en Sicile , le pape Honorius, suivi du collège de ses cardinaux et de ses évèques, avait quitté Rome et s^é*

lait rendu en toute hâte à Bénévent. — Au milieu d'une messe solennelle, en face de tous lesBénéventins assemblés , il avait prononcé ces paroles foudroyantes :

« Nous ne voulons pas cacher sous le voile de la dissimulation Toutra^e fait au Roi du ciel (1); s'il est glorifié ou méprisé, c'est une gloire ou un mépris qui retombe sur ses ministres, ^fobs ne verrons jamais avec indifférence quelques-uns de nos frères accabler d'opprobre la religion chrétienne, et offenser durement les oints du Seigneur , ceux enfin que FÉglise a choisis pour ie service et la sauvegarde de tous les chrétiens ; c est pourquoi, non pour venger nos propres injures, mais pour relever l'honneur de l'épouse du Christ, nous y zélé soutien de la maison de Dieu, après avoir assemblé nos frères en conseil, nous prononçons cet immuable arrêt : Puisque Roger, Grand

(1) Bullarum, privilegiorum ac diplom. rom. ampL coUectio: Nos , ne celesti Régi contumeliam , qui honoratur et sperniUir in roinisiris, dissimulalioni relinquereac christianae religioDis opprobrium , dom (nonnuUi) christos domlDi , quos ad cbristianorum omnium salobre servitium apostolica sedes assurait, crudeli ter impetunl, dare negligentix videamur, non tanquam injuriarura ultores nostrarum , sed honoris sponsc Christi et immuni tatis domus Domini zelatores de commun! fratnuu ooitrorum consilio bac in perpetauro valitura coQstitutione sanlïiunt..

HISTOIRE DE LA SICILE ( 1121 ). tOl

comte de Sicile, méprisant TÉglise ot son chef suprême^ a porté ses armes sacrilèges sur les terres du duc Guillaume, qui appartiennent au saint-siége; puisque nos prières et celles de nos évèques n'ont pu lui faire abandonner ses desseins impies; puisque, sans demander notre sanction, il a usurpé le titre de duc; puisqu'enfin, doublement coupable envers nous qui avons retardé jusqu'à ce jour notre jugement sacré, pour lui laisser le temps du repentir, il a défendu à ses évêques de se rendre dans notre sainte ville de Rome (i ) ; nous lançons contre lui les foudres de Tanathème et de Texcommunication, s'il ne consent pas à se dépouiller de son orgueil insensé, à remettre en notre pouvoir les terres dont il s'est injustement rendu maître , et surtout à ne plus se revêtir de ce titre de duc c[ui ne lui appartient pas; nous lançons aussi ce même anathème et cette même excommunication contre ses adhérents et contre tous ceux qui Faideront, soit par leurs armes, soit par leurs conseils. »

( 1 Romualde de Salerne, — Muraton , t. VI 1, f* 1 84 , -> an. U 27 : Hoc anno Rogerius , Cornes Sicili» excommunicatur ab Hononu Papa , qaia non permiilebat ut episcopi Siciliœ venirent Romam.

I») HiSTOlKE DE LA SICILE (112;:.

Ces paroles, prononcées d'une voix tonnante, firent tressaillir tous les assistants. — ^ A la place des saintes bénédictions dont avait été sans cesse entouré le nouveau duc, à la place de ce cortège religieux qui en faisait Télu du Seigneur et commandait à tous le respect et la soumission, voilà que le saint Pontife de Rome , ce premier roi parmi tous les rois, ce représentant de Dieu sur la terre, déclarait le comte Roger serviteur rebelle et coupable, et le dépouillait du nom de chrétien.

Toutes les têtes se courbèrent épouvantées; les partisans les plus dévoués de Roger, terrifiés comme les autres, frémissaient en entendant les échos de la sainte demeure retentir encore de cette écrasante excommunication; car, dans ces temps difficiles, où toutes les ambitions luttaient entre elles , où l'usurpation prenait souvent la place du droit réel, la religion avait conservé ce saint étendard qui réunit, cette puissance qui domine , cette voix qui commande au-dessus de toutes les autres, et au nom de laquelle chacun était ou absous ou coupable.— Âu*ssi ce fut avec une douloureuse affliction que le nouveau duc apprit l'excommunication dont il avait

HISTOIRE DE LA SICILE ( iiSî ). 11)3

été publiquement frappé. Il avait pensé qu Ilonorius^ se souvenant des services rendus par les Normands à TÉglise, et du secours qu'ils avaient toujours prêté au souverain Pontife dans ses querelles avec les empereurs, aurait au moins voulu, par politique, conserver un allié dont la puissance pouvait , en présence du schisme qui désolait l'Église et la divisait en deux partis, lui être d'une si grande utilité; il avait espéré que le Pape consulterait ses intérêts présents, et entrerait en voie de conciliation. Il ne se dissimula pas combien ce redoutable dissentiment allait lui créer de nouveaux obstacles. — La Pouille et la Galabre Pavaient accepté d'un suffrage unanime, parce que nul étendard ne s'était levé auquel pût se rallier, daLs un intérêt commun, l'ambition des vassaux; les barons s'étaient soumis , non par affection ou par sympathie pour le comte de Sicile, mais par impossibilité réelle de soutenir une lutte sérieuse. Ce drapeau qui leur manquait, le Pape était venu solennellement le plantera Bénévent; il avait appelé à lui tous les fidèles serviteurs de FÉglise; il Leur avait ordonné , au nom de la religion , de se révolter contre l'usurpateur, et il avait frappé de

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