II. 1G
242 HISTOIRE DE LA SIOLË ( 1127 •«• IIM).
veau duc sans tenter une résistance inutile.— La voix de ces prudents conseillers fut étouffée bous Tenthousiasmeénergiquedes jeunes guerrierspleini de valeur; le Pape avait béni leurs armes, le Pape les avait appelés au combat y au nom de la religion et de la foi : Dieu était avec eux. Cette religieuse exalta* tion animant tous les esprits d'une force et d'un courage invincibles, chacun courut vers les remparts. — Le duc était déjà arrivé sous les murailles de II ville , et tout autour de la cité se déployait Tappareil formidable d'un siège. Ainsi qu'à Tarenteet à Otrante , Roger espérait ne rencontrer à Briodisi qu une faible résistance; mais son étonnementfut grand de voir tous les citoyens se précipiter avec fureur sur les murailles et faire pleuvoir sur son armée une grêle de pierres et de flèches. -^ De part et d'autre le combat fut ardent et opiniâtre. Lei Normands, irrités d^une résistance inaccoutumée, s'élançaient contre leurs ennemis , rapides et furieux. La nuit seule fit cesser le combat. Alors les Normands apprirent combien le sang des leurs avait coulé en abondance; de tous côtés, gisaient des morts et des mourants; triste spec' tacle ! les frères d'armes de ceux qui avaient suc-
combé recueillirent pieusement les corps de leurs compagnons; et à la lueur des torches , les habitants de la ville purent Voir rentrer dans le camp dli duc Koger ce morne et funèbre cortège.
Habitués à vaincre sans combattre, les chevaliers normands se livrèrent alors à un découragement profond) plusieurs parlaient même d^abandonner le siège, mais le duc, indigné, raffermit leur courage ébranlé, par d'énergiques paroles : il s'avança au milieu d'eux , avec ce visage calme et ferme qui impose à tous le silence, et commande la soumission aux plus mutins :
w Vous voulez fuir! s'écria-t-il. Quoi! les fils des guerriers qui ont conquis la Fouille, la Calabre et la Sicile , reculent devant une ville parce qu'elle ose résister ! N'avez-vous plus mémoire des valeureux combats de vos pères? — Cette terre que vous voulez abandonner est celle où leur sang a coulé. Ne soyez point ainsi abattus; il est digne d'envie, le sort de ceux qui sont morts en combattant noblement* Kelevez-vous, guerriers pleins de valeur, et montrez-vous tels que vous avez toujours été pour la gloire de votre nom et la propagation de vos domaines. »
244 HISTOIRE DE LA SIQLE (1127 — llSO).
Ces paroles, prouoncées avec une énergie calme, rendirent le courage aux plus indécis; le siège recommença le lendemain et les jours suivants.
Les assiégés se défendaient toujours avec opiniâtreté , espérant voir venir à leur aide , d^un jour à l'autre, un renfort envoyé par le Pape et ses partisans. — Enfin , après des luttes sanglantes et multipliées , la victoire resta au duc Roger , car les bras pleins de force de ses soldats étaient conduits avec une grande habileté militaire, tandis que les assiégés n'avaient pour eux qu'une audace désespérée poussée jusqu'à Texaltation. Les machines de guerre frappaient à coups redoublés les murailles ébranlées sous leur choc terrible, et bientôt les remparts renve^ ses devaient offrir un libre passage aux ennemis furieux; alors, la voix des vieillards se fit de nouveau entendre , et cette fois elle fut écoutée. On choisit, pour messager, l'homme le plus renoiniué par son éloquence; et les premiers citoyens de la ville accompagnèrent ce messager dans le camp du duc, pour donner plus de poids à leur ambassade. — Roger consentit à les recevoir; mais lorsque les chevaliers normands virent appro-
HISTOIRE DE LA SICILE ( 1127 — naO). 245
cher cette députation de la ville , ils ne purent retenir leur colère.
(c Quoi! s^ écrièrent-ils 9 ils ont fait tomber autour de nous nos plus braves guerriers, et parce que maintenant, épuisés par de si cruels combatSy ils ne peuvent plus répandre notre sang, ils viennent demander grâce ! — Non ! il nous faut une vengeance; il faut que la ville renversée et détruite , montre à nos ennemis combien est terrible la colère des Normands. »
Cependant Roger ne put souffrir de pareils discourS; et reprocha amèrement à ses soldats de semblables pensées; puis, il ordonna qu'on introduisît dans sa tente les ambassadeurs de Briudisi. — Ceuxci se prosternèrent devant lui en le suppliant, avec les paroles les plus touchantes, d'accepter leur hommage, et de pardonner à une ville dont le seul crime était d'avoir tenté un généreux effort.
Le duc les écouta avec bienveillance, et, pour éviter tout événement fâcheux, les fit escorter jusqu'aux remparts. Le lendemain , Brindisi ouvrit ses portes aux guerriers normands. Le duc entra solennellement dans la ville, reçut le serment des citoyens^ et après avoir laissé une imposante garnison dans la
citadelle, marcha incontinent sur une place forte appelée Casirum. Cette place ne fit pas une longue résistance. Le duc s'empara aussi sans retard de la ville d'Otra et d'un grand nombre de châteaux dont les chroniques ne nous ont pas conservé les noms(1).
Pour la seconde fois, et malgré toutes lesdé^ clamations du souverain Pontife, Roger marchait en vainqueur à travers son nouveau duché; tout cédait à la force de ses armes , car la volonté di*vine avait marqué, pour être réunies sous lamêm^ souveraineté et ne plus former qu'un seul royaume dans lavenir, la Pouille, la Calabre et la Sicile.
Le pape Honorius, en apprenant la reddition successive de tant de villes soumises au nouveaa duc, comprit qu'il fallait frapper un grand çoup; s^il voulait arrêter ce torrent de victoires prêt à Tengloutir. 11 fit publier en tous lieux l'ordre de prendre les armes pour le salut de TÉglise; et, se mettant lui-même à la tête de trois cents chevaUers fidèles, fit mander au prince de Capoue, au eomte d^Avellino, ainsi qu'aux autres barons d« laPouilIe
(1; Alex, Teiesinus.
FûUûH. Benwênt. Ghron.
rt de la Calabre, nui tenaient pour son partie le rassembler au plus vite leurs forces mili* ïaires, et de s'unir à lui pour repousser l'ennerni commun (1). — Bientôt Grimoalde de Bari rt Tancrède de Conversano vinrent se joindre à ['armée pontificale. 4insi le souverain Pontife , ibdiquant le saint ministère de paix et d'union, ion plus beau privilège sur la terre, déposait la mitre pour le casque de guerre; et ses mains, qui n^auraient dû servir qu'à des bénédictions, ^^apprêtaient à prendre une épée pour combattre. — Ce fut un triste spectacle de voir marcher , lès armes à la main, et quitter le siège de saint Pierre, celui qui eût dû arriver dans les camps pour arrêter l'effusion du sang. — A ce sujet, uii chroniqueur s'écrie : « Les prêtres de TÉglise u latine ne sont pas religieux observateurs des ca* M oons qui leur défendent de tirer l'épée; ils ne u craignent pas de prendre d'une main le bouclier, « de l'autre la lance; ils participent au divin mys-
(1) Alex, Teles. lib. I, c. xiii :
flonorius papa cum tre^entis militibus revertitur, mandant principi Haberto eomitique Ranulpho cxtertsqae per Apuliam praemetnoraUi prineipibiu , quatenus , militaribus oolleetis agmiolbut , sficum hotti Rogerio jam imminend arniit obviaturi proeedertot.
« tère du corps et du sang du Sauveur, et eu même « temps ils respirent le meurtre ; ce sont^ d'après (( r expression de David , des hommes de sang (1). »
Le duc Roger ne tarda pas à apprendre qu^une armée composée des barons réunis de la Fouille) s'avançait contre lui; ignorant que le. Pape se fût mis lui-même à la tète de cette expédition^ il était très-désireux de voir s'engager le combat.
Honorius y de son côté y arrivait aussi vitement qu'il lui était possible. Le duc alla établir son camp sur les bords du Bradanus y dans une plaine qui porte le nom de \adu^ Petrosus (marais pierreux) (2). Le Pape s'avança avec les siens si près de lautre rive, que le fleuve seul séparait les deux armées. — Dès que Roger apprit la présence d'Honorius dans les rangs ennemis, il évita toute occasion de livrer bataille; car c'était combattre contre Dieu que d'en venir aux mains avec son vicaire , et il ne voulait pas offrir le déplorable ta-
(1) Anne Comnène. — Texte grec.
(2) Jlex. Teles. cap. xiii :
Cornes igitur Rogerius coroperiens praefetam expeditioneni ad se debel* landum properare, movens se ad fluvium Bradanuni , ubi Vadus PeiroflB dicitur, castra figi praecepit. Econtra vero Papa cum omnibus suis appropinquat, in tantum ut médius intereos fluvius ipse difflueret.
bleau d'un prince chrétien marchant contre le père de l'Église. Bien loin de là, pour prouver son profond respect envers le souverain Pontife, il lui envoya de nouvelles ambassades, le suppliant encore de le dégager des chaînes de Tanathème et de Tautoriser à porter un titre auquel sa naissance lui donnait le droit d'aspirer. Mais Honorius se refusa à tout accommodement. Le duc craignant, si le combat venait à s'engager, que le Pape, poussé par son courage et par la colère, ne courût quelque danger, gagna prudemment les hauteurs afin d'éviter, entre les troupes, un engagement sérieux (1). L^une des qualités principales de Roger était de se plier merveilleusement à l'impérieuse nécessité des événements, et, loin de les regarder comme des obstacles, de les forcer au contraire à tourner en sa &veur. — • Maintenant il refusait cette bataille décisive, si impatiemment attendue; car il savait que l'armée pontificale ne pouvait pas tenir longtemps la campagne , et devait naturellement, d'elle-même, se disséminer et se dissoudre.
(1) Falcon. Benevent, an. 1 128 :
Gomes , sentîens Âpostolicura cum exercitu valido niilitunri et peditum adversuB se venientem , in montana secessit , devitans Apostolici virtutem, ne atiquo modo aliquid sinistram ei contingeret.
Les barons y ralliés au Pape, avaient emmené avec eux leurs vassaux de tous les degrés; et, quelle» que fussent leur foi et leur fidélité au saint-siège, ils étaient trop dénués de toute ressource pécuniaire pour maintenir longtemps des gens d'armei à leurs frais. D'un autre côté, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les États pontificaux nV vaient pas une grande étendue, et leurs revenue i fort restreints, mettaient Honorius dans Timposeibilité de pourvoir par lui-même à la solde d'une a^ mée aussi considérable* — Le duc, au contraire, par ses immenses richesses en or et en argent, pouvait, ce qui était digne de remarque à cette époque, facilement entretenir un corps de mercenaires et payer, en outre , le service militaire de ses barons^ lorsqu'ils auraient atteint le terme de leur redevance. Des hauteurs où il s'était placé, il se maintenait admirablement sur la défensive, et pouvait obser^ ver les mouvements des ennemis. 11 évitait ainei toutes leurs attaques par des manœuvres habilea, et les épuisait chaque jour en marches continuelleif soit dans des terrains montagneux, soit dans des plaines marécageuses. L'armée pontificale s'étaitdéveloppée le long du fleuve Bradanus , afin tf iDtf^
HI8T01RE DE LA SIOLE ( 1127 - IISO). S5I
cepter le chemin au duc Roger et le forcer à restreindre, iur les hauteurs seulement, le déploiement de ses forces. — C'était ce que le duc désirait, car ses soldats, sans cesse en expédition, étaient habitués aux fatigues de la guerre et aux rudes travaux des camps. L'armée du Pape, au contraire, était formée presque entièrement des barons de la Fouille et de leurs vassaux, dont les hostilités guerrières s'étaient toujours restreintes à quelques excursions sur les domaines des uns et des autres. La plaine qui bordait le fleuve était vaste, sans ombrage, coupée de tous côtés par des marais, dont le voisinage malsain occasionnait des fièvres cruelles (cette expédition se faisant pendant le mois de juillet, à Tépoque des plus grandes chaleurs). Le duc Roger tint ainsi en échec pendant quarante jours Tarmée d'Honorius; tantôt il Tentraî- Q^ità sa suite à travers les ravins et les hauteurs, tantôt il l'inquiétait par des mouvements soudains, et Fempêchait de se livrer à Tinaction et au repos. (1).
(1) Faleon. Benevent. ~ M06 :
Et fie per quadragiota dies Apostolicus ille fatigatus ardenti sole menais Jnliî Comitern illum obsedit.
Ce que le duc avait pensé arriva : d'abord la pénurie se mit dans Farinée pontificale^ et avec elle vint la fatigue et le découragement. La fièvre accablait un grand nombre d'hommes, et les feudataires qui avaient suivi les principani barons de la Fouille étaient contraints à vendre leurs vêtements peur s'acheter de la nourriture (1). De tous côtés le manque d'argent se faisait cruellement sentir; chacun murmurait tout bas^ et le Pape lui-même était épuisé de lassitude; mais^ pour maintenir le courage de ses adhérente , il supportait ses souffrances sans se plaindre. Le prince de Capoue, d'une constitution délicate, inaccoutumé à de si rudes épreuves , fut atteint par la fièvre ; voyant ses ressources presque entièrement détruites; il cherchait à abandonner secrètement l'armée du Pape , et à retourner dans ses foyers. Pendant une nuit obscure j il fit bouger ses tentes et alla s'établir en arrière du fleuve , gagnant ainsi peu à peu du terrain, afin de disparaître entièrement aussitôt qu'une occasion favorable se présenterait. Malgré le soin que chacun mettait à cacher à Hono-
(1) Alex, Abb, — Falcon, Benevent.
HISTOIUE DK LA SICILE (1127 -^ 1130;. 263
rius son découragement et ses projets d'abandon, celui-ci ne tarda pas à en avoir connaissance ; pour se convaincre de la vérité , il lui suffisait de jeter un regard sur cette multitude abattue et dispersée en désordre dans toute l'étendue de la plaine. Ce triste spectacle lui prouva à n'en pouvoir douter Timpossibilité où il était de résister plus longtemps et de combattre contre la puissance du nouveau duc ; certain de l'abandon dans lequel ne tarderaient pas à le laisser les barons qui lui avaient juré fidélité, il envoya secrètement à Roger des ambassadeurs chargés d'arrêter les conditions de la paix , et de lui offrir le titre de duc. — Ces envoyés, dans lesquels Honorius avait une grande confiance , étaient Américus et Censius Frajapanus. Ils traversèrent le fleuve au milieu de la nuit et gagnèrent le camp de Roger sans avoir été aperçus de personne. Introduits immédiatement auprès du nouveau duc avec les marques honorables de la plus grande distinction^ ils virent autour d^eux des bataillons rassemblés avec ordre, pleins de force, de santé et de courage, en contraste avec cette armée découragée, couchée en désordre au milieu d'un marais ^ et
affaiblie chaque jour davantage par les maladies ou les défections.
Le duc s'inclina avec respect devant les envoyés, car ils venaient au nom du Chef suprême de rÉglilé romaine.
Ces envoyés lui dirent :
a Chef intrépide^ TÉglise romaine consent à aocepter vos demandes réitérées , et à vous recevoir dans son sein comme son fils et son défenseur. Le très-saint Pontife vous appelle à Bénévent; là, oubliant les querelles passées et se dépouillant de sa haine ^ il vous accordera les insignes ducaui et accomplira ainsi sa grande mission , de rétablir la paix. »
Roger leur répondit :
(c Ma réconciliation avec Home a été^ depuis longtemps^ vous le savez , mon plus grand désir et ma plus grande ambition. Je suis heureux et reconnaissant de voir le souverain Potitife céder t mes humbles prières et m'accorder ce titre, qui m^appartient par ma naissance. Je suis prètàm'iocliner devant lui et à lui offrir l'hommage d'un serviteur soumis. Retournez auprès du très-Saint-Père, dont la haute sagesse gouverne le monde chrétien;
HISTOIRE DE LA SICILE ( Il t7 — 1130 ). )66
et dites-lui que sou fils Roger u'a jamais voulu porter les armes contre lui , et qu'il reprend avec bonheur et vénération le titre de soldat du Christ, qu'une sévérité trop grande lui avait enlevé. »
Les envoyés du Pape furent très-satisfaits, et ayant arrêté les premières conventions ^ ils retournèrent auprès d'Honorius , et lui apprirent le résultat de leur mission.
Dès le jour suivant , la réconciliation fut publi^* quement proclamée par toute Tarmée pontificale. Ceux qui , la veille , cherchaient les moyens d^abandonner le Pape et de retourner dans leurs foyers^ murmurèrent eo apprenant un traité conclu sans leur assentiment. « Puis^ dit le chroniqueur, « ils se dispersèrent comme un essaim d'insectes i( craintifs, et rentrèrent houteusement dans leurs «châteaux^ accusant à haute voix le Pape de « s'être réconcilié avec le duc Roger sans leur con- M sentement (1). »
Honorius II vint à Bénévent, accompagné des
(0 A/ft». Têtes, lib. 1 , cap. xiv. — Murât, lom. V, P» 619 :
Apulieuses beroes comperto boc , inox dissolulif papilionibus , ad sua ciun dedecore revertuntur, culpaDtes per nimium Papam, quod sine eorum •oosentB, com hoste Rogerio eoneordatus fuisset.
2âe HISTOIRE DE LA SICILE (1127 *- U30}.
chevaliers qui lui étaient re&tés fidèles, et de tout son clergé. Le duc, de son côté, enchanté de r heureuse issue de cette affaire, leva immédiatement son camp et se dirigea aussi sur la même ville. 11 s'arrêta proche des remparts, et campa avec toute son armée sur le revers du mont Saint-Félix. Soit par respect- pour le souverain Pontife, soit par souvenir des dévastations récentes exercées par ses capitaines, il ne voulut pas entrer dans la ville de Bénévent avec son appareil de guerre , et attendit dans cette position que les conférences nécessaires au traité de paix fussent terminées , en ayant soin de déployer avec ostentation, aux yeux des Bénéventins, ses superbes et nombreux bataillons.— il y eut un grand nombre de paroles et de discussions échangées entre les deux parties; enfin, trois jours après l'arrivée d'Honorius à Bénévent, qui était le huitième jour après l'Assomption de sainte Marie , une foule innombrable se porta en dehors des murs de la ville, et encombra les abords du fleuve Sabatus , près du pont Majeur ^ car la cérémonie de l'investiture avait été fixée pour ce jour-là. Le souverain Pontife et le nouveau duc , par un échange de mutuelle considération , devaient se
rencontrer sur ce pont qui était proche de la ville (1).
Le jour entier se passa encore à arrêter les conditions de rhommage et de l'investiture; et le soleil était couché lorsque Ton vit , à la lueur des torches, s'avancer, vers les deux rives opposées du fleuve, le double cortège du duc Roger et du pape llonorius. — La nuit semblait avoir apporté à cette multitude assemblée son silence et sa majestueuse gravité : avec le jour qui s'était enfui, s'étaient enfuis aussi l'agitation et le tumulte des voix. Le cortège saint du Pape s'arrêta à l'entrée du pont, du côté de la ville; le cortège guerrier du duc s'arrêta à celle qui regarde la montagne. Puis, tout d'un coup , le pont s'illumina d'un nombre infini de torches, pendant que la ville, la plaine et la montagne restaient dans une profonde obscurité ; le Pape, suivi de ses cardinaux, le duc, suivi de ses principaux barons, s'avancèrent au-devant l'un
(1) Romualde de Saleme, — Mur., t. Vil , 1" 184.
Papa vero videns se a baronibus derelictum , Bcneventuin rediit , quem Dux Rogerius e vestigio prosequutus est, et ii)issis iiunciis, cuin eo concordatus est , cui ligium hominium fecit, et juramentum praestitit, et ab eo in ponte , qui est super Sabatum per vexillum de Ducatu Apuliae investitus est.