II
de Tautre. — * Lorsque Roger fut à quelques pas d'HonoriuSy lui et les siens fléchirent le gcDoU) et, au milieu du plus profond silence, il prononça le serment de fidélité , faisant hommage de son nouveau duché au Chef souverain de rÉglise. Le Pape alors leva solennellement , au nom du Seigneur tout-puissant , Texcommunication dout il avait frappé le duc et ses adhérents > et leur donna devant tous sa sainte et publique bénédiction ; ensuite, mettant dans la main droite du prince normand T étendard ducal , il proclama Roger gonfalonier de TÉglise romaine. Le duc se releva, étendit la main sur Tétendard, signe de Tinvestiture, et dit d'une voix haute :
« Je jure que ni mes conseils ni mes secours n'aideront jamais à enlever à saint Pierre, à Honorius et à ses successeurs, la sainte ville deBénévent; je jure aussi de ne jamais m'emparer de la principauté de Capoue , et de ne point permettre qu'elle soit enlevée à TÉglise (1). »
(1) Falco. Ben., an 11:^8. — Muratori , t. V, P» 105.
Kl Duoatu accepto , Dux iUe ftacrameolo juravit non ease n fticto vti consensu ul B. Pelrus et dominus papa Honorius ejusqiie sacoiiwirt»
Après cette éclatante et solennelle réconciliation qui ôtait aux séditieux leur dernier espoir et leur unique chance de salut , le Pape et le duc se séparèrent.
Plus de vingt mille personnes étaient accourues de toutes parts pour assister à cette cérémonie.
Ainsi le duc triomphait malgré tous les efforts réunis de ses ennemis : le seul obstacle véritablement sérieux qui s^opposait à sa nouvelle puissance venait de tomber. — Que lui importaient maintenant les séditions et les révoltes ? ce ne pouvaient plus être que des mouvements partiels > sans importance comme sans résultat; le rêve de son ambition s'était réalisé; la Sicile ^ la Pouille et la Calabre étaient réunies sous une seule et même do* mination. Sa lutte avec Honorius avait été pour lui un triomphe de plus, car tout en se maintenant dans les limites d'un grand respect envers le Chef de l'Église, il avait en même temps déployé aux yeux de tous sa force et sa puissance ; d'un côté , il avait prouvé au souverain Pontife que les foudres de Tanathème et de l'excommunication n'étaient pas
catholici civitalem Beneventanam perdant, et Principatum Gapuanum non cdpiat, vel permittatad capieadum.
désarmes invincibles; de Tautre^ il avait montré aux barons de la Fouille , habitués aux gouvernements faibles du duc Roger et de son fils le duc Guillaume y qu'il combattrait avec fermeté les séditieux, et se maintiendrait énergiquement dans les droits et privilèges de sa nouvelle possession.
Cette investiture authentique du duché de la Fouille par le saint-siége divisa ce pays en deux camps. — On grand nombre de villes qui , par respect seul pour l'Église , avaient refusé de se soumettre au duc publiquement excommunié par Vévêque (les chrétiens, offrirent leur hommage et s'attachèrent immédiatement à lui; d'autres se plaignirent hautement d'avoir été abandonnées par le Pape , et refusèrent de prêter serment à Roger. Farmi ces dernières , une des plus importantes était la ville de Troïa; le duc marcha aussitôt contre elle; mais les habitants qui s'attendaient à son arrivée , avaient élevé de nouvelles tours et fortifié leurs murailles d'une façon redoutable. Aussi, loin d'être émus de crainte à l'approche du duc, ils se préparèrent à une vigoureuse résistance. Roger attaqua la place; mais, malgré tous ses efforts, la défense était si régulièrement
organisée 9 que le siège devait , selon toute apparence, traîner fort en longueur. Le due ne voulait pas tenir plus longtemps en campagne ses barons déjà fatigués par une longue expédition; aussi il remit à la saison prochaine la reddition de Troïa, et retourna à Salerne, en traversant les villes qui lui avaient offert volontairement leur hommage. Après être resté quelques jours seulement à Salerne , il s'embarqua pour la Sicile dans l'intention d y passer l'hiver et d'y faire de nouvelles levées de troupes pour la saison suivante. Le duc fut reçu à Palerme avec de grandes acclamations; mais il ne devait pas y faire un long séjour : comme tous ceux qui rêvent pour leur pays et pour eux-mêmes la gloire et la puissance, il devait passer sa vie dans un pénible labeur et dans une lutte perpétuelle , loin de cette contrée paisible et régulièrement organisée y que le comte Roger avait conquise sur les Sarrasins. — Son père avait rétabli la religion; à lui de rétablir la royauté, et de laisser à ses descendants un trône puissant , entouré de respects et de gloire , mais à la condition de guerroyer de toutes parts contre les ambitions rivales; car le repos de l'avenir et la
2tt HISTOIRE DE LA SICILE (1127 -* IISO).
splendeur future d'un royaume ne s^achètent que par les rudes travaux et les luttes incessantes du présent. 11 est donc important de suivre le duc Roger dans toutes ses expéditions , afin d'assister, pour ainsi dire , à la création de ce royaume ^ qui devint Tapanage des rois de Sicile.
Pendant tout l'hiver , Roger s^occupà à mettre sur pied de nouvelles troupes, car, dès son retour en Sicile , la Fouille avait été le théâtre de séditions ; le comte Tancrède de Conversano avait repris Brindisi et plusieurs autres villes dont s^ étaient emparées les armes triomphantes de Roger.
L'approche de la mauvaise saison empêcha le duc de marcher immédiatement contre les révoltés; maisi aussitôt qu'il le put, ne voulant pas laisser cette défection s'étendre et par conséquent se créer de nouvelles forces , il traversa le phare et se porta directement sur Brindisi » siège de la révolte. — Fidèle à son système de réprimer Tinsolence des vassaux par l'énergie et la terreur, il résolut de détruire cette ville de fond en comble. Elle avait déjà trop de fois violé ses serments» QD grand exemple était nécessaire pour arrêter les défections futures ; aussi les habitants de Brindisi
organisée 9 que le siège devait, selon toute apparence, traîner fort en longueur. Le due ne voulait pas tenir plus longtemps en campagne ses barons déjà fatigués par une longue expédition; aussi il remit à la saison prochaine la reddition de Troïa, et retourna à Salerne, en traversant les villes qui lui avaient offert volontairement leur hommage. Après être resté quelques jours seulement à Salerne , il s'embarqua pour la Sicile dans l'intention d y passer l'hiver et d y faire de nouvelles levées de troupes pour la saison suivante. Le duc fut reçu à Palerme avec de grandes acclamations; mais il ne devait pas y faire un long séjour : comme tous ceux qui rêvent pour leur pays et pour eux-mêmes la gloire et la puissance, il devait passer sa vie dans un pénible labeur et dans une lutte perpétuelle, loin de cette contrée paisible et régulièrement organisée , que le comte Roger avait conquise sur les Sarrasins. — Son père avait rétabli la religion; à lui de rétablir la royauté, et de laisser à ses descendants un trône puissant , entouré de respects et de gloire , mais à la condition de guerroyer de toutes parts contre les ambitions rivales; car le repos de l'avenir et la
2tt HISTOIRE DE LA SICILE (1127 -* IISO).
splendeur future d'un royaume ne s^achètent que par les rudes travaux et les luttes incessantes du présent. 11 est donc important de suivre le duc Roger dans toutes ses expéditions , afin d'assister, pour ainsi dire , à la création de ce royaume ^ qui devint Tapanage des rois de Sicile.
Pendant tout l'hiver , Roger s^ occupa à mettre sur pied de nouvelles troupes, car, dès son retour en Sicile , la Fouille avait été le théâtre de séditions; le comte Tancrède de Conversano avait repris Brindisi et plusieurs autres villes dont s^étaieot emparées les armes triomphantes de Roger.
L'approche de la mauvaise saison empêcha le duc de marcher immédiatement contre les révoltés; mais, aussitôt qu'il le put, ne voulant pas laisser cette défection s'étendre et par conséquent se créer de nouvelles forces , il traversa le phare et se porta directement sur Brindisi, siège de la révolte. — Fidèle à son système de réprimer Tinsolence des vassaux par l'énergie et la terreur, il résolut de détruire cette ville de fond en comble. Elle avait déjà trop de fois violé ses serments, QD grand exemple était nécessaire pour arrêter les défections futures ; aussi les habitants de Brindisi
soit quUls eussent été instruits de cette terrible résolution du duc 9 soit quMls l'eussent devinée ^ se préparèrent à une défense désespérée. La ville était grandement fortifiée et pouvait résister longtemps. La confiance des assiégés s'en augmenta davantage 5 non-seulement ils se défendirent avec une énergie qui étonna le duc , mais ils lui firent beaucoup de mal par des sorties fréquentes et habile-* ment dirigées; Roger vit bien qu'il fallait attendre une occasion plus opportune de réduire la place , et, ne voulant pas perdre un temps précieux , il ordonna la levée du siège. — Brindisi n'était pas la seule possession du comte Tancrède ; aussi , tout en dévastant le pays pendant sa marche , afin de diminuer les ressources pécuniaires des révoltés, il alla à un château fort appelé Castrum^ s'en empara, et le détruisit entièrement, parce qu'il avait violé son serment de fidélité et s'était réuni au comte de Conversano. Après ce terrible exemple de sévérité , il reprit successivement plusieurs autres villes à Tancrède et alla mettre le siège devant l'importante citadelle de Monte-Alto; il la pressait avec vigueur par des attaques meurtrières et réitérées, lorsque Robert, seij^neur de Grant-Ménil, se pré-
senta devant lui en le priant de Tautoriser à retourner dans son pays natal (1 ).
Le duc lui répondit : (c Pourquoi cette demande; as-tu eu à souffrir quelque dol ou dommage? Parle sans crainte. »
Robert répondit : « Je n'ai eu à souffrir de qui que ce soit aucun dol ou dommage : la disette et la pénurie de toutes choses me forcent à cette demande, car le fief qui m'est soumis est trop exigu et ne me suffît pas pour subvenir , comme il est convenable, aux frais de la guerre. Si vous n'augmentez pas mes domaines, je ne puis rester dans votre armée ni combattre dans ses rangs, mais jMrai au delà des Alpes vivre paisiblement au sein de ma famille.
— N'agis pas ainsi , je t'en prie , interrompit le
(1) //tex. Tel. y cap. xvii.
Robertus intérim de Grantimania se ei praesentans rogitabat eom, «t ei jam ad sua redeundi licentiam largerilur.
At ille : « Quare inquil hoc tlagitas ?... » Cui ille respondit : « Ideo recedere quaero, cfuoniam incdia constrictus exercitus hujas, laborem ultra pcr* Ferre non valeo, nam feudum, quod videor habere, modicum quidemvalde est, nec ad suslinendum diu miliiare sufBcitexercitium. Sciatur itaque, qo»niam is illud non mihi modo adauctum fuerit, ipsum roilitare opos noo amplius tibi serviens exerciturus ero , sed trans Alpes ad terrain coDsanguineorum meorum pergani , quo quidem sine inopia ero mansunis. »
Cui Du\ : « Noli inquil precor rem hancagere, sed parumper atteodere.»
duc, attends qjie la Fouille tout entière me soit soumise et je ferai ce que tu me demandes • »
Mais Robert voyant que Roger voulait différer Texécution de ses désirs s'irrita selon son habitude, et, après un échange de paroles dures et amères, se retira fort irrité, pour aller se joindre aux ennemis de Roger.
Cette défection fit une peine violente au duc , non-seulement parce que Robert était un gentilhomme courageux, infatigable dans la guerre, et d'une valeur éprouvée , mais parce qu'il voyait à quel fil léger tenait la fidélité de ses premiers vassaux, et combien l'intérêt personnel de chacun remportait sur la pensée du bien commun.
Cependant le siège de Monte-Alto, poursuivi avec vigueur, touchait à sa fin : la place offrit de se rendre; le duc y laissa garnison et se dirigea aussitôt vers Rubetty ville qui faisait aussi partie des domaines du comte de Conversano. Cette place ne résista pas longtemps et dut céder , comme les autres, aux efforts puissants du duc. — • Lorsqu'elle se fut rendue à Roger, le comte Alexandre, Tancrède de Conversano, Grimoalde, prince de Bari, ainsi que Geoffroy, comte d'Andréa, voyant toute
266 H18T0IRE PELA SIQLE (1127 «««1180}.
la supériorité du prince normand, prirent conseil entre eux et^ après de sages et prudentes réflexions^ lui offrirent leur hommage (1). Roger fut trèfr-satisfait de cette démarche et reçut ses nouveaux vassaux avec de grandes marques de bienveillance et de considération; il fit plus : pour donner une haute idée de sa générosité , il rendit aussitôt au comte de Conversano , les terres qu'il lui avait enlevées. Mais après avoir reçu les sarments de fidélité de ces hauts seigneurs, il leur enjoignit de raccompagner, avec leurs troupes armées 9 au siège de Troïa , étant bien aise de s^assu* rer ainsi de leur sincérité par cet acte immédiat de soumission, qui les mettait en hostilité directe avec leurs anciens adhérents.
Les habitants de Troïa furent consternés en ap* prenant Tunion des principaux barons de la Fouille avec le nouveau duc. — En présence d'un péril aussi menaçant, ils s'adressèrent au prince de Capoue , le seigneur le plus puissant par Tétendue
(1) Alix. Telei,, cap. xviii.
Aleiander Cornes , Tancredus » GptH)oa1du6 aArensis Princcpe , iimpou Gofridus Cornes Andrensis tantam ipsius potentiam experti, saniori coosilio inter se habilo mox ei subjiciuntur.
de ses domaines , et lui offrirent la souveraineté sur leur ville, s'il voulait les prendre sous sa protection contre l'invasion du nouveau duc; mais le prince de Capoue n'était pas assez imprudent pour accepter de semblables propositions. La réconciliation de Roger avec le Pape avait brisé tous les obstacles qui s'opposaient à sa domination; tenter de lui résister ouvertement était le rêve impossible d'une ambition insensée. Le prince de Capoue, uni d'intérêts avec le comte d'Avellino, eut avec lui à ce sujet plusieurs conférences , dans lesquelles il lui exposa avec sagesse et prudence combien il était dangereux de s'engager plus avant dans une lutte inutile ; mais Tambitieux comte d'Avellino pouvait-il écouter la voix de la raison , puisque la voix du sang l'avait trouvé inflexible et inexorable? — Beau -frère de Roger, il avait levé contre lui l'étendard de la révolte ; il ne craignait ni ne calculait l'avenir; le démon implacable de la domination l'aiguillonnait sans cesse y et le rendait sourd aux plus sages conseils.
«Eh bien! s'écria- 1- il, si vous n'allez pas au secours de Troïa, j'irai, moi, et je secon-
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derai cette ville de tout mon pouvoir dans sa défense (1). »
Puis, sans plus tarder, quittant le prince deCa* poue, il se rend à Troïa, harangue les habitants avec chaleur , échange avec eux des serments de fidélité, et leur promet une protection énergique contre le duc.
Cependant Roger avançait toujours ; bientôt la ville de Salpi lui ouvrit ses portes , après une faible résistance (2).
Ce fut au siège de cette place qu'il apprit la résolution du comte Ranulphe, de venir en aide aux habitants de Troïa; il en fut indigné.
« Puisque le comte Ranulphe, dit-il, m'enlève les terres qui m^appartiennent, je laisserai momentanément Troïa en repos , et j'irai envahir son domaine. »
Tout aussitôt, dépassant Troïa ^ il marcha sur le château de Grentium. Ce mouvement e£Fraya fort
(1) Alex, Tdes», cap. xviii.
Ad hsec Cornes Ranulphus iratus respondit : « Ego si tu non vadis, duUo modo agam quin iis auxiliaturus pergam. » — Qui cum Trojam ingresnis fuisset , cives aUoquitur , mutuoque fennata (idelitate , eos se contra Rogerium protecturum firmissime spondet.
(2; Idem.fWh, II, cap. xix.
Venim Dux appropinquans ventt super Salptm , moxque earo obtinuit.
le comte d' Avellino, car ses forteresses n'étaient pas en état de faire longue résistance; et, changeant subitement de résolution , sans garder souvenir des promesses faites aux Troïens, il fit parvenir secrètement au duc de nouvelles propositions de paix^ avec promesse de ne pas secourir la ville de Troïa. Le duc, généreux encore une fois, malgré la conduite si coupable de Ranulphe, accepta ce nouveau pacte de réconciliation que l'ambitieux devait briser bientôt, et se dirigea sur Troïa.
La ville fut cernée de toutes parts avec des troupes nombreuses ; les machines de guerre battirent sans relâche les murailles , et de vigoureuses attaques jetèrent la désolation parmi les assiégés. — Tout espoir était perdu; les soldats , frappés à mort, tombaient un à un sur les remparts , et les murailles ébranlées menaçaient de s'écrouler à chaque instant. Aussi la ville, ne voulant pas augmenter la colère de ses ennemis par une plus longue résistance , offrit d'ouvrir volontairement ses portes. Plusieurs places importantes suivirent l'exemple de Troïa et se soumirent au nouveau duc.
Celui-ci alla vilement mettre le siège devant La-
derai cette ville de tout mon pouvoir dans sa défense (1). »
Puis 9 sans plus tarder, quittant le prince deCapoue, il se rend à Troïa, harangue les habitants avec chaleur , échange avec eux des serments de fidélité, et leur promet une protection énergique contre le duc.
Cependant Roger avançait toujours ; bientôt la ville de Salpi lui ouvrit ses portes , après une faible résistance (2).
Ce fut au siège de cette place qu'il apprit la résolution du comte Ranulphe, de venir en aide aux habitants de Troïa; il en fut indigné.
« Puisque le comte Ranulphe, dit-il, m'enlève les terres qui m'appartiennent, je laisserai momentanément Troïa en repos, et j'irai envahir son domaine. »
Tout aussitôt, dépassant Troïa, il marcha sur le château de Grentium. Ce mouvement efi&aya fort
(I) .4lex, Teles,, cap. xviii.
Ad haec Cornes Ranulphus iralus respondit : « Ego si tu non Tadis, nidio modo agam quin iis auxiliaturus pergam. » — Qui cum Troiam iogresios fuisset , cives alloquitur , mutuoque fermata fidelitate , eos se contra RogeriuiTi protecturum firmissime spondet.
(2; Idem.,\\h. 11, cap. xix.
Venim Dux appropinquans venit super Salpim , moxque earo obtinuii.
le comte d'Avellino, car ses forteresses n'étaient pas en état de faire longue résistance; et, changeant subitement de résolution , sans garder souvenir des promesses faites aux Troïens, il fit parvenir secrètement au duc de nouvelles propositions de paix^ avec promesse de ne pas secourir la ville de Troïa. Le duc, généreux encore une fois, malgré la conduite si coupable de Ranulphe, accepta ce nouveau pacte de réconciliation que l'ambitieux devait briser bientôt, et se dirigea sur Troïa.
La ville fut cernée de toutes parts avec des troupes nombreuses ; les machines de guerre battirent sans relâche les murailles , et de vigoureuses attaques jetèrent la désolation parmi les assiégés. — Tout espoir était perdu; les soldats , frappés à mort, tombaient un à un sur les remparts , et les murailles ébranlées menaçaient de s'écrouler à chaque instant. Aussi la ville, ne voulant pas augmenter la colère de ses ennemis par une plus longue résistance , offrit d'ouvrir volontairement ses portes. Plusieurs places importantes suivirent Texemple de Troïa et se soumirent au nouveau duc.
Celui-ci alla vilement mettre le siège devant La-
splendeur future d'un royaume ne s'achètent que par les rudes travaux et les luttes incessantes du présent. 11 est donc important de suivre le duc Roger dans toutes ses expéditions , afin d'assister, pour ainsi dire, à la création de ce royaume , qui devint Tapanage des rois de Sicile.
Pendant tout l'hiver, Roger s'occupa à mettre sur pied de nouvelles troupes, car, dès son retour en Sicile , la Fouille avait été le théâtre de séditions ; le comte Tancrède de Conversano avait repris Brindisi et plusieurs autres villes dont s^ étaient emparées les armes triomphantes de Roger.
L'approche de la mauvaise saison empêcha te duc de marcher immédiatement contre les révoltés; mais, aussitôt qu'il le put, ne voulant pas laisser cette défection s'étendre et par conséquent se créer de nouvelles forces , il traversa le phare et se porta directement sur Brindisi, siège de la révolte. — Fidèle à son système de réprimer Vinsolence des vassaux par l'énergie et la terreur i il résolut de détruire cette ville de fond en comble. Elle avait déjà trop de fois violé ses seimenti, on grand exemple était nécessaire pour arrêter les défections futures ; aussi les habitants de Brindisi
nul frein ne retenait. Soulevés les uns contre les autres, soit par jalousie, soit par ambition, soit par orgueil , les principaux barons affaiblissaient les provinces par des guerres continuelles, et portaient le ravage dans les paisibles campagnes. Les malfaiteurs, de leur côté, mettaient à profit ce désordre, et pillaient avec une insolente audace ce pays où régnait toujours un esprit de sauvage indépendance; les droits de chacun, méconnus au milieu de ces temps de trouble , n'étaient pas établis avec une juste impartialité; les feudataires étaient écrasés par les vassaux d'un ordre supérieur, la force dominait le droit et la justice, et les lois n'avaient plus ce caractère sacré ni ces représentants dignes et sévères qui les rendent inviolables.
11 fallait porter aide et protection aux victimes de ces odieux abus, rétablir, sinon Tunion entre tous, du moins l'égalité; montrer aux puissants qu'il y avait une limite inébranlable devant laquelle ils devaient s'arrêter, et aux faibles, un bras vigoureux prêt à leur porter secours.
Ce fut à cet effet que le duc réunit à Almafî , dans une assemblée solennelle, tous les barons de la Fouille et les membres du clergé. — Après leur
avoir montré cet état d'anarchie qui jetait le désordre danâ la province et ruinait la prospérité du pays y il leur parla en ces termes :
« Hauts seigneurs et prélats, il importe de faire cesser ce triste état de choses, un édit va être jmblié par tout le duché, ordonnant à chacun de rester en paix dans ses domaines , et défendant ces luttes continuelles qui durent depuis trop longtemps (1). Je viens faire appel à votre loyauté, afin que vous vous engagiez solennellement ici, à maintenir la justice et la paix, par votre puissance et votre concours, à ne soutenir, en aucune façon, le dol ou la rapine parmi vos vassaux, à faire conduire les malfaiteurs devant votre tribunal , à protéger tous les serviteurs de l'Église, archevêques et évêques, abbés et moines, à maintenir vos feudataires, même les plus infimes, dans la possession paisible de leurs biens, à venir en aide aui étrangers, aux voyageurs, aux marchands, et à
(1) Alex. TeUs.y cap. xxi.
His quoquc peraclis Dux Melfiam properans , cunctos Apulis Opliniales ad se convenire jussit; quibus ctiam inter estera edictum dedil, utio pace permanentes alterutruro non adversarentur.
empêcher de tout votre pouvoir, qu'il ne leur arrive ou vexation ou mal (1 )• »
Tous les assistants jurèrent, devant le duc , d'observer ces conditions équitables et dignes de louanges, puis ils s'en retournèrent dans leurs domaines ; Roger, après un court séjour à Amalfi y se rendit à Tarente. Il craignait que le seigneur de Grant-Ménil ne tramât quelque coupable complot. — Après lui avoir fait promettre de nouveau, par serment, qu'il se retirerait au delà des montagnes pour y vivre désormais sans chercher à revenir en Fouille, il s'apprêtait à retourner en Sicile , lorsqu'il reçut un envoyé du pape Honorius. Le Pontife demandait à Roger son aide contre les Bénéventins , qui refusaient de lui obéir, et de rappeler dans leurs murs des citoyens fidèles injustement chassés. Voici ce qui s'était passé à Bénévent : Les habitants s'étaient révoltés contre le gouverneur, et Pavaient poursuivi Tépée à la main jusque dans la chapelle du palais, où il avait cherché un refuge ; le malheureux ne sachant comment échapper à leur fureur, se traîna jusqu'aux pieds du prê-
(1) Alex, Teies., lib. U,c. xxi.