‹ Histoire de la Sicile sous la domination des NormandsChapitre 37 sur 49 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

mamî :

Roger roi de Sicile."— Nouvelle révolte des barons de la Fouille. — La Sicile et la Fouille. — Frise d'Amalfi après une forte résistance.

— Le roi va à Salerne,— Arrivée de sa sœur Mathilde. — Réclamations du comte d'Avellino. — Refus du roi de rendre la princesse. — Révolte nouvelle de Ranùlphè. — Le» prlilcipàtlic barons de là Fouillé imitent ton exemple. •— Siège et prise de Bari. — Grimoalde prince de Bari est fait prisonnier et envoyé en Sicile. — Soumission de Tancrède. — - (xrande colère de Ranalpbe. ^* Le prince de Capone se joint auic révoltés. ^— Redoutable armée des rebelles. -^ Conflagration générale.

— Le Ipoi campe prés la ville de bénévent. — Il se dirige sur Nocera.

— Récit de Falcon, — Siège de Nocera. — Grande bataille dans la plaine de Scafato. -^ Terrible mêlée. — Le roi est vaincu. *-' Il rentre à Salerne avec quatre cavaliers. -^ il lève une armée considérable et rentre en Fouille. — 11 met le pays à feu et à sang. -^. Il assiège Bènèvent. — fiorrible massacre. — Le comté de Conversano et Roger d^ Flanco sont faits priftonnien. — Supplice de Roger de Flanco. ^^ Humiliation publique infligée au comte de Conversano. — La ville est entièrement déthlite. — Sa(ïcès nombreux de l'année royale. ^— Ré66ticiliation du roi avec le comte d'Avellino. — Le prince de Capoue refuse de se soumettre. ^— Le roi est de nouveau maître de la Fouille. — Innocent II sedéèlare le chef d'une ligue contre le roi. — Maladie de Roger.

— Mort de la reine Elvire. — Douleur du roi. — Bruit de sa mort répandu en Sicile et en î'ouillc. — Nouvelle révolte des barons. — * Le

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roi débarque devant Saleroe. — Grande joie des habitants. — Le Pape envoie des ambassadeurs à l'empereur Lothaîre. — Le roi reloame en Sicile. — Arrivée de Tcmpereur d" Allemagne à la tête d'une année poissante. — Nouvelle lulie — L'armée impériale et l'armée pontificale réunies, s^emparent de toute la Pouille. — Discussion entre le Pape et l'Empereur. — Le comte d'Avellino est nommé duc de Pouille. —Dépari du Pape et de l'Empereur. — Arrivée du roi dé Sicile. — U reprend presque toute la Pouille. ~~ L'armée de Ranulphe et du roi sont en présence. — Le roi est vaincu. — Discussion sur le droit des deux Papes. — Mort d'AnacIct et de l'empereur Loihaire. — Victor IV. - Innocent H reconnu seul souverain Pontife. — Il marche avec le prince de Cnpoue contre Roger. -— Nouvelle ambassade du roi de Sicile au Pape. — Innocent est fait prisonnier par le iils aîné du roi. — Grands honneurs qui lui sont rendus par Roger. —^Réconciliation. — Innocenl reconnaît Roger pour roi de Sicile, duc de Pouille cl prince de Capoue. — Bulle d'Innocent IL — Conclusion.

Ainsi Roger^ Grand comte de Sicile, puis duc (le Pouille et de Calabre, avait enfin atteint le but de son ambition , la réalité de ses rèyes de gloire et de grandeur; il avait fondé un royaume et relevé une couronne.

Pour nous est terminée cette première période de la domination normande que nous voulions parcourir. Le sceptre avait été solennellement et ))ubliquement déposé entre les mains de Roger. — A dater de ce jour il fut vraiment roi de Sicile, quelles qu'aient été les nouvelles révoltes des barons de la Pouille et les hostilités dirigées contre

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lui par Innocent II et ses adhérents, dont la bulle ne fut que la confirmation d'un fait accompli.

Nous avons cru devoir, pour rendre complète dans ses faits généraux et dans ses détails , Tliistoire dont nous nous sommes faits le narrateur, suivre le duc Roger dans toutes ses excursions en Fouille et en Calabre , et montrer ainsi par quelle suite de rudes travaux^ il était arrivé à fonder cette monarchie nouvelle des Normands en Italie. Ces événements séparés devaient avoir un résultat immense de force et de grandeur, et semblables aux rameaux infinis d'un arbre séculaire^ formaient les fibres vivantes de ce grand œuvre de fondation.

Cependant^ malgré les nouveaux serments de fidélité et d^hommage solennellement prêtés par les vassaux , les rébellions devaient renaître et grandir, non pas en Sicile, mais en Fouille.

Le premier de ces deux pays était depuis longtemps habitué à F obéissance et à la soumission. A l'autorité du comte Roger avait succédé le gouvernement énergique de son fils. Homme déjà, quand tous ne le croyaient encore qu'un enfant, il avait forcé les nations à courber la tête. — Mais en Fouille ; après la glorieuse et forte domination du

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grand Robert Guiscard , était venu le gouvernement pacifique et tranquille du duc Roger, son fils^ et après lui la mollesse et Tapathie du duc Guillaume, lorsqu'il eût fallu, pour contenir de nouveaux vassaux insolents et hautains, un gouvernement de fer , et ce respect instinctif y on pourrait presque dire involontaire^ que les hommes de guerre ont pour le chef intrépide qui les mène à la victoire.

Sans entrer dans tous les détails de ces nouvelles insurrections, de ces villes sans cesse assiégées, perdues et reprises tour à tour, de ces châteaux soumis aujourd'hui, révoltés demain, sans énu* mérer à Tinfîni les chances diverses de ces combats multipliés; nous jetterons un coup d'oeil rapide et général sur les principaux événements qui précédèrent, et amenèrent enfin la confirmation accordée par Innocent II au couronnement du roi Roger, dans la fameuse bulle datée du 6~août 1439^ de l'incarnation.

Malgré le concours unanime des voix qui avait appelé le duc Roger à la couronne, malgré la puissance du nouveau souverain si fermement établie » les rebelles attendaient impatiemment un moment

favorable pour relever la tête, et recommencer ces inutiles et continuelles révoltes , qui aboutissaient toujours à de feintes soumissions.

D'abord les habitants d'Amalfi essayèrent une résistance opiniâtre et presque désespérée, ne voulant pas rendre au nouveau roi la tour dont ils avaient jusque-là gardé la possession; mais les troupes royales entourèrent vigoureusement la ville du côté de la mer, tandis que du côté de la terre, elles s'emparaient de plusieurs places fortes appartenant aux Amalfitains. Ceux-ci voyant tomber, sous les coups de Roger, des forteresses qu'ils croyaient inexpugnables , perdirent courage et déposèrent les armes.

Cette expédition terminée, le roi se rendit à Saleme; sa sœur Mathilde, épouse du comte Ranulphe, accourut tout éplorée vers lui. — Elle se jeta avec des larmes aux pieds de son frère, lui demandant aide et protection contre son mari, et déclara ne vouloir retourner auprès de Ranulphe , que si celui-ci la remettait en possession de sa dot, dont il s'était emparé, c'est-à-dire de toute la vallée Caudine et des villes qui s'y trouvaient. Le roi agréa sa demande, et malgré les in-

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stances du comte lUmulplie, il déclara que son royal palais de Sicile ser\ irait de refuge à sa sœur Malbilde jusqu'au jour où , de son plein gré, elle en sortirait pour aller rejoindre le comte d'Âvellino(1).

Ilanulphe^ furieux de voir ses demandes repoussées , se prépara à la guerre avec plus d'acharnement qu'il n'en avait jamais mis. Les révoltés n'attendaient qu'un signal pour secouer ce joug d'obéissance qui pesait sur leur nature instinctivement sauvage et insoumise. — Ce signal, le comte d'Avellino le leur donna; et soudain, de toutes les parties de la Fouille , s'élevèrent des cris de révoltes, comme les premières étincelles d'un vaste incendie. Sergius, commandant des troupes de x\aples (magister militum), ne tarda pas à abandon-

(1) Conlrairement à ili^jc. Teles, etau\ historiens qui ont rapporte ce lait , Falcon dit : Rex ipse prœdictum Principem et Comilem Ranulphm cnm duceutis mililibus ad auxilium prœdicti AnacleH Romam delegavil, et , eii euntibas sicut prœdixi uxorem jam dicH Ckmutis et filium et cmtatem Avellinum se abstulit. Dans Carme, 1. 1, f» 341 . Ainsi , selon Yakon, le rui aurait envoyé le comte Ranulphe avec deux cents soldats au secours d'Anaclct et pendant son absence lui aurait enlevé sa feninac la comtesse Mathilde , son fils et la ville d'Avellino. — D'abord il n'est nulle part fait mention de ce secours envoyé par le roi à l'antipape , et Falcon , ennemi déclaré de Roger, puisqu'il était Bénévcnlin et partisan d'Innocent, ne se l'ait nullement faute de dénaturer souvent des faits authentiques ou deleor donner une couleur défavorable.

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ner le parti de Roger dans lequel il s'était jeté daus un premier moment d^enthousiâsme et d'admiration pour ce prince ; bientôt Ton vit à la tête de cette nouvelle rébellion , tous les premiers baisons de la Fouille, Tancrède, seigneur de Brindisi, et Grimoalde , prince de Bari. L'empereur Lothaire et le pape Innocent U les excitaient, par de brillantes promesses, à repousser, loin de leurs domaines, cet audacieux ennemi de leur liberté.

L'expérience avait trop babitué Roger à sonder, d'un coup d'œil rapide et profond, les hommes et les choses, pour qu'il n'eût point prévu cette nouvelle révolte. 11 savait que les dominations durables ne s'acquièrent pas en quelques années; — • que lui importait cette tardive et inutile insoumission, la couronne royale n'avait-elle pas été placée sur son front par les mains mêmes de ceux qui, aujourd'hui se révoltaient contre lui? Il avait accompli la tâche de grandeur qu'il avait rêvée, et il était prêt à combattre comme il avait déjà combattu pour la conserver intacte à ses descendants. — Aussi, sans être effrayé de cet appareil de guerre déployé de toutes parts, se confiant en sa fortune et en son courage, il rassembla une nombreuse armée en Sicile, et

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vers le commencement du printemps de 11 32, ayant misa la voile, il débarqua à Tarente et se dirigea sur Bari. Les rebelles se rappelaient que Robert Guiscard avait passé trois ans avant de pouvoir s'emparer de cette plaee^ et étaient certains que le roi y épuiserait inutilement les forces d'une partie de son armée; mais leur attente fut trompée, la ville fut forcée de se rendre après trois semaines d'un siège vigoureux, et le prince Grimoalde, chargé de fers, en face de toute Tarmée assemblée, fut envoyé en Sicile. En faisant ainsi subir une publique et terrible humiliation à un des plus puissants et des plus nobles barons de la Fouille, le roi voulut montrer aux révoltés que désormais les traîtres parjures à leurs serments de fidélité, trouveraient en lui un juge inexorable. — Les uns faretit frappés de terreur, les autres d'indignation; el pendant que Tancrède, seigneur de Brindisi, faisait au roi sa soumission, Ranulphe, ému d'une grande colèçe, demandait (dit Falcon^ le chroniqueur), rheure de la vengeance. « Il voulait la mort « plutôt que l'exil dans un pays étranger, et, rap- « pelant en sa mémoire la destinée de la ville de «Bari.et du prince Grimoalde qu'il aimait, en

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« voyant les maux et la honte dont ce noble baron « avait été accablé ^ il demandait la mort par le « glaive y le ti^épas par Vépée^ plutôt que de sup^ « poirter Timpérieuse domination du roi; les u yeux pleins de larmes , il exhortait les tiens à ce n'avoir confiance qu'en Dieu et à repousser tQut^ (c crainte. Il sera glorieusement raconté par tout le (f monde ^ leur disait-il^ que pleins de foi en k jus* (c tice du ciel^ nous avons préféré défendre nos cf possessions et mourir en combattante que de a perdre nos droits les plus précieux de citoyens, « et de voir^ nous vivants, des mains étrangères a envahir nos domaines. »

Le prince de Capoue^ plus prudent et plus sage, ne s'était pas ouvertemev^t déclara contre le roi ; il envoya à Rogor plusieurs ambassades pour ku demander la restitution des villes enlevées à son feudataire le comte d'Avellino;^ et ce fut seulement après avoir en vain tenté d'obtenir cette restitution, qu^il embrassa le parti de la révolte et vint joindre ses troupes à celles de Ranulphe. L'iajnnée des re« belles grossissait chaque jour. — Si Ton en croit plusieurs historiens, elle était de qiiarante-trQis mille hommes.

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Toulc voie de conciliation était désorujais fermée ; ce n'étaient plus des révoltes partielles, sans importance, sans résultat possible ; c'était une codilagration générale, une armée contre une année; étrange époque, où la foi du serment était ainsi parjurée par les plus nobles gentilshommes, où le baron, soumis aujourd'hui, était révolté demain, où rhonneur et la loyauté le cédaient à Tambition et a la jalousie.

Les faits qui vont se passer sont d'une grande importance , car pour la première fois la fortune du roi vint à Tabandonner : chacun crut y voir un décret céleste, et Tardeur des rebelles s'en accrut davantage.

Le roi avait pris campement, avec toutes ses troupes, dans une plaine, près du pont Sam/«Valenliriy proche de la ville de Bénévent (1), car il comptait sur l'aide de cette ville dont la soumission lui avait été acquise; mais les habitants, suivant ce vertige de rébellion qui semblait entraîner tous les esprits, après s'être de nouveau révoltés, avaient

(1) Fal0OH. BcHev.

In planiiiem pontis sancti Valentini civitatî proxîmam rex ipso tertio (lecioH) die mensis julii intrante castrametatos est.

chassé le gouverneur et Tarchevèque. L'armée des rebelles, pour bien prouver aux Bénéventins qu'elle était prête à les secourir, avait pris campement (le l'autre côté, non loin de la ville. Lorsque le roi Roger eut entendu le récit du gouverneur et de l'arclievêque, sachant en outre Tarrnée ennemie si près de lui, il ne put conserver l'espérance de ramener Bénévent à la soumission; et, levant son camp dès la nuit suivante, il se dirigea sur Nocera.

L'historiographe du roi n'entre dans aucun détail sur cette expédition , malheureuse pour son héros. — Falcon, écrivain de Bénévent, s'étend au contraire sur ce sujet, et il suffit du passage suivant, que nous citons textuellement, pour comprendre combien le récit de ce chroniqueur est empreint d'une notable partialité.

Après avoir raconté le mouvement de retraite des troupes royales, « j'en atteste le ciel! s'écrie-t-il, « j'en atteste le Dieu éternel qui pénètre dans le « secret des cœurs, cette retraite de Roger peut « être regardée comme une fuite nocturne, inspirée « par la crainte; l'on vit ce roi, dont la puissance « jusqu'alors s'élevait jusqu'aux cieux, fuir à pas « précipités au milieu des ombres de la nuit, dans

m HISTOIRE DE LA SICILE ( 1 1 tO — 1 139).

H des endroits {MreSqué impraticables* Vers le matin K il nrriva proche d« Salerne^ et là> éptiisé de fatigiiQ^ c( déposant quelque peu là crainte de èon tout^ il (f se reposa près des eaut courantes du tnont Asinh

(c pûlde. « • • é • * «...

u Lorsque l'on apprit la fuite du roi dahs l'a^ ti mée du prince ^ Raoti de Trdineta ayant tonm^ K blé à la hâte Ude troupe dé ses meîlleiits sol^ « datSi s'élance avec énergie et animosité; il le « poursuit grinçant des dents ^ et exhalant de sd rr poitrine sa soif de vengeance. Enfitt il attaqué ce quelques Sarrasins qui avaient suivi l'artnéedu ce roi, les prend et les emmène prisonniers j il fait a trancher la tète a l'uti d'eux et T envoie en trophée ce au prince. Le roi| ed apprenant le meurtre et la ce Captivité de ses Sarrasins > se lirra au trotible le c< plus violent, et jura qu'au jour de la vengeance f( il rendrait ce qu'il avait reçu. »

Roger pressait avec acharnement le siège de No-^ eerd^ ville appartenant au prince de Capoue. De toutes parts ilTataif entourée de troupes et de ma« chines formidables , et pour empéeher Farinée i^ belle de porter secours à cette place , il ordonna de

couper le pont de bois qui depuis longtemps avait été jeté sur le Sarno, à un endroit appelé ScafBrio, et d'en enlever le& débris pour qu'ils ne puissent servir aux ennemis.

Le prince Robert et le comte Ranulphe ceptndant accouraient au secours de la ville; ils prirent campement sur la rive du Sarnoy et travaillèrent sans retard à construire un nouveau pont : aussitôt qu'il fut achevé^ toute l'armée traversa le fleuve à la hâte. Pendant ce temps ; la voix des hérauts retenu tissait de toutes parts dans Tarmée royale, etcom-* mandait à chacun de se préparer au combat. Tous prennent les armes, le roi divise ses troupes en huit portions et marche ainsi en ordre de bataille jus^ qu'au bord du fleuve. Les deux armées se trouvé* rent en face dans la plaine de Scafato. — C'était le 24 juillet 11320).

w Si vous aviez été présent, lecteur^ s'écrient (( ensemble les deux chroniqueurs auxquels houi

(1) NouB croyons important de rapporter dans toito o66 détail» eét(é bataille mémorable où Roger faillit perdre en un jour sa couronne et son royaume. Nous traduisons textuellement Alexandre Teles. et Falcon, écartant du récit de ces écrivains cô qui nous a paru dicté par des sentiments personnels. Mais l'on retrouvera dans ce tableau intéressant toute Vénergie et la naïveté des chroniqueurs des ti* et xn« siècles.

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f( empruntons ce récit, que de larmes n'auriez- (c vous pas vu répandre des deux côtés ! Que de u voix n auriez-vous pas entendues , invoquant le u Seigneur pour quMl épargnât le sang innocent! »

Le signal est donné , il se répand sur les deui lignes avec une égale rapidité. — Aussitôt un bataillon royal se précipite avec un choc violent sur la cohorte ennemie ; les premiers rangs sont rompus et jettent tout à coup le désordre parmi les autres rangs ; une terreur subite assaille dans ce premier combat les soldats du prince de Capoue et ceux du comte; ils s'enfuient pleins d^ épouvante jusqu^aux bords du fleuve ; les uns traversent sur le pont, les autres , et ceux-là en grand nombre^ se précipitent dans le fleuve pour atteindre la rive opposée, et perdent dans les eaux qui les entraînaient; leurs armes et leur vie ; une autre partie, pour éviter cette mort cruelle, s'enfuit dans la vallée et la plupart, frappés par les lances ennemies, sont précipités à bas de leurs chevaux. De tous côtés on entend les cris et les gémissements des mourants.

L'aile droite de Tarmée des ^^ebelles, voyant un pareil carnage, rassemble ses forces et son courage

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et marche contre l'armée royale. — La rencontre fut dure et terrible; des deux côtés on se battait avec une égale ardeur; mais l'armée du roi était animée par un premier succès , tandis que ses ennemis étaient découragés; bientôt les révoltés commencèrent à se disperser, et pour rendre leur fuite plus prompte, abandonnaient leurs armes. Pendant ce temps, le comte Ranulphe combattait sur un autre point avec une grande valeur; honteux et indigné à la vue des siens ainsi repoussés, il s^élança d'un bond rapide à la tète de cinq cents cavaliers pleins de cœur, et élevant au ciel de grands cris, il rappela les fuyards au corn-bat. Le roi, de son côté, faisait des prodiges de courage, et comme les lances étaient rompues, chacun prenait l'épée , et frappait des coups vigoureux.

Ce fut alors, raconte le chroniqueur Alexandre avec une étonnante naïveté, que le comte Ranulphe, après avoir dans la mêlée furieuse brisé sa lance, prit son glaive à deux mains et en assena un coup si violent sur le casque d'un cavalier, que celui-ci, étourdi par le coup , tourna le dos au comte ; lorsque ceux qui se trouvaient près du cavalier virent

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