CHAPITRE PREMIER
SOniIRE:
Considérations générales. — Les premiers Normands en Italie. -^ Ils reMh chent à Saleme.— Ils délivrent ic prince Gaymar du tribut qu'ils payaient aux Sarrasins. — Rodolphe leur chef acquiert un n^and renom. — Les Normands deyienneut la terreur de leurs ennemis. — Arrivée en Italie des filsdeTancrède de Hautcville. — L'empereur de Gonstantinople veut chasséries Sarrasins de Sicile et rattacher cette lie à Tempired^OrienL — Maniacès part à la tête d'une armée considérable. — Maniacès ap|)clle les Normands en Sicile. — Le prince Gaymar les exhorte à aller rejoindre Maniacès. — Ils abordent près de Messine. — Guillaume-Bras-de-Fer. — Ce qu'était le chef des Normands. — Joie de Maniacès. •— Il marche sur Messine. — Bataille entre les Grecs et les Sarrasins. — Exploits des Normands.— Reddition de Messine.— Maniacès s'empare d'un grand nombre de villes. — Combats devant Syracuse. — Guillaume-Bras-de-Fer tue un chef redoutable des Sarrasins appelé Arcadius. — Bataille entre les Normands et les Sarrasins. — Victoire des Normands.— Ingratitude de Ma« niacès. — Ardouin envoyé par les Normands au général grec pour de» mander justice. — Cruautés exercées par les Grecs sur Ardouin. — Il revient au camp des Normands. — Ruse d' Ardouin. — Les Normands quittent furtivement la Sicile. — Leur arrivée en Fouille cl en Calabrc. -* Dévastations. — Indignation de ^îaniacès. — Il accourt pour les chasser, et campe près de Mclfi. — Défaite de Maniacès. — Son retour eu Sicile. — Grande bataille entre ks Grecs et les Barbares piès de Trayna
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— Victoire remportée par les Grecs. — Le chef des Sarrasins parvient à s'échapper. — Grande colère de Maniacès contre le patrice Elienne.— Il le frappe au visage. — Calomnies répandues contre Maniacès. — Les Sarrasins sont presqu'entièrement expulsés de la Sicile. — Maniacès est rappelé par Tempereur de Constantinople.— Il emporte avec lui en Orient plusieurs corps de saints et martyrs. — Il est jeté en prison. — Le gouvernement de la Sicile donné au patrice Etienne et à Teunuque Basile.-^ Les Sarrasins reprennent toutes les villes qui leur avaient été enlevées.-^ Belle défense du gouverneur de Messine. — L'armée des Sarrasins est taillée en pièces. — La Sicile retombe de nouveau sous la domination des Barbares. — Etienne et Basile se retirent en Fouille. — Maniacès est renvoyé en Sicile, — Il est rappelé de nouveau. — Révolte de Maniacès.
— Il est tué d'un coup de lance. — Les Normands sont devenus puissants et redoutables. — Aperçu rapide sur les conquêtes des Normands en Fouille.— Drogon succède à Guillaume-Bras-de-Fer. — Assassinat de Drogon. — Massacre des Normands. — Onfroy succède à Drogon. — Le pape Léon IX combat les Normands. — Il est fait prisonnier. — Belle conduite des Normands envers luL ^- Léon IX leur accorde l'investiture de la Fouille et de la Calabre. — Onfroy meurt — Robert Guiscard lui succède. — Il est excommunié par le pape Nicolas II. — Réconciliation de Robert Guiscard avec le Saint Siège. — Robert Guiscard est nommé
' capitaine de Téglise romaine, duc de Fouille, de Calabre et même de Sicile. — Cérémonies de l'investiture par Etendart
Ce fut en 1038 que Ton vit pour la première fois apparaître en Sicile, en Fouille et enCalabre ces célèbres aventuriers normands , qui sans autre secours que leur épée , la force de leurs bras , et le courage inébranlable de leurs cœurs , étonnèrent le monde entier par leur audace, et marquèrent chacun de leurs pas par une conquête et une victoire. C'est un spectacle et étrange de voir pour ainsi dire une
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poignée d'homTn es' cil anger la face d'un pays, n'obéissant k aucune loi de la guerre, mais au ca-» price seul de leur fortune , apportant au milieu des in&dèles une foi sincère dans la religion Ju Christ, une vénération profonde pour les choses saintes , renversant les villes , mais élevant des églises; et au milieu de leurs excès les plus grands s'arrêlant toujours aux limites d'un autel , comme s'ils eussent voulu montrer aux athées de leur religion qu'ils étaient forts et victorieux seulement parce qu'ils marchaient dans la voie du Seigneur, et a^ec la volonté du Seigneur.
Nous suivrons pas à pas avec l'histoire cette gloire naissante d'une seule famille , ces entreprises miraculeuses par leurs résultats , surnaturelles par leur audace, qui commencèrent par une épée et finirent par un trône.
C'est certainement une grande et belle page à écrire que celle de cette famille d'un des plus pauvres gentîlhom m es de Normandie, et s'il faut en croire les chroniques , d'un des plus obscurs peutêtre, s'établîssant en maître avec un petit nombre de ses compatriotes dans les confins de l'empire d'Orient et de l'empire d'Occident ; d'abord elle s'at-
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tache au service des empereurs, mais ceux-ci la méconnaissent à cause de sa faiblesse apparente, la trahissent parce qu'ils ne la craignent point; — alors ces nobles enfans de la Normandie se lèvent fiers et hautains , combattent sans crainte les empereurs, délivrent Tltalie de ces deux sceptres puissants qui pesaient sur elle, détruisent jusque dans sa racine le joug desinfidèles et deviennent le principe d'une monarchie dont ils laissent la suprême domination a\i Saint-Siège.
Car tel est rétablissement du règne des Normands en Italie , les véritables fondateurs du royaume de Sicile.
Autant qu'il nous sera possible, nous nous bornerons à l'histoire de la Sicile et si quelquefois malgré nous, nous dépassons cette limite, c'est que des événements indispensables à la clarté de notre récit, à l'intelligence de cette histoire, et pour ainsi dire à son état vital, nous y auront contraints; car la Fouille et la Calabre tiennent toutes deux la Sicile par la main, leurs intérêts souvent sont communs; ce sont pour ainsi dire les membres d'une seule et même famille.
Avant d'arriver au débarquement des premiers
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Normands en Sicile , nous devons dire quelque» mots, pour n'y pl\is revenir, sur ce qu'ils étaient et ce qu'ils avaient accoraplis avant cette époque, afin de bien faire comprendre les raisons qui engagèrent le géràeral grec Maniacès, envoyé par l'empereur d'Orient, à les prendre à son serrice pour concibattre les Sarrasins et reconquérir la Sicile.
Ce fut à la sixîte d'un pèlerinage en terre sainte , l'anlOOS , qutî <ies Normands relâchant à Salerne, pour prix de l'hospitalité bienveillante du prince Gaymar, le délivrèrent d'un tribut honteux que par peur ou par faiblesse les habitants de Salerne payaient aux infidèles. — Le prince, lorsqu'ils retournèrent dans leur pays, les combla de présents; aussi, plus tard , plusieurs seigneurs de la cour de Robert, duc de Normandie, enhardis par les récits de leurs compatriotes, et par le noble et honorable accueil qui leur avait été fait , parcoururent l'Italie rendant tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là des services importants et signalés. Un de leurs chefs appelé Rodolphe, vainquît et repoussa à plusieurs reprises les arï»ées grecques dont l'insolence augmentait à raison deTimpunité. Le bruit de ses exploits et de la fa-
Teur toute particulière dont Thonorait le pape Benoist YIII , engagèrent un grand nombre de Normands à imiter son exemple. Ils se répandirent en Fouille et en Italie. L'empereur Henri se servit de Teffroî qu'ils inspiraient à leurs ennemis pour affermir son autorité ; chaque année leur réputation de bravoure et d'audace devenait plus grande; celui qui dans son armée comptait les Normands était certain de la victoire.
Ce fut vers l'année 1030, environ, qu'arrivèrent les fils aînés de Tancrède de Hauteville , dont les descendants fondèrent la dynastie ées rois de Sicile (1). Voyant leur père vieux , sachant qu'après sa mort ils n'avaient chacun pour sa part que peu de biens à espérer, et que ce serait entre eux la source de grandes mi-
(1) Tancrède de Hauteville, des environs de Coatances, dans la Basse-Normandie, eut douze fils : cinq de sa première femme appelée Morielle, qui sont : Guillaume, surnommé Bras-de-Fer, Drogon et Humfred ou Onfroy, qui furent, les trois premiers, comtes de la Fouille, Geoffroy et Serlon. — Il en eut sept de sa seconde femme Frasende ou Frédésine : Robert, surnommé Guîscard, qui devint duc de la Fouille et de la Calabre, Mauger, Guillaume, Àlvered, Humbert, Tancrède et Roger qui conquêta la Sicile et en établit la monarchie.
Malaterra, L. 1, c &. — Anonyme dans MuratorùT, 8, p. 745. — 5u/fier,h\sU de Sicile, p. 33. — Burigny, p, 382. — Art de vérifier le» dates, T. III, ^ 804.
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gères et peut-être de cruelles discordes, ils résolurent d'aller cliercher fortune loin de leur pays, et de gagner leur indépendance avec le véritable héritage de tout gentilhomme, son épée. L'Italie, offrait un Taste champ à leurs désirs guerriers; soit enPouille, soît dans le royaume deNaples, des petits princes divisés se combattaient incessamment. -Avides de gloire et de dangers, les aînés de la famille de Hautes ille y coururent, servant tour-à-tour, ouïe prince de Capoue, ou le prince de Salerne.
L'an 1038 , Michel le Paphlagonien , placé sur le trône de Constantinople , par la mort de Romain Diogène , rêva de nouveau la conquête de la Sicile et Texpulsion des barbares qui l'avaient enlevée à Tempire d'Orient. — Les dissensions entre ApoUophar et Apochaps servaient ses projets. Par son ordre , Manîacès leva une armée considérable composée de Grecs et de Lombards , et débarqua en Sicile. Le bruit des exploits accomplis par les Normands dans toute l'Italie et les services signalés qu'ils avaient rendus au prince de Salerne, engagèrent le général grec à se les attacher pour cette grave expédition ; il dépêcha à ce sujet un messager au prince Gaymar. — Jamais proposition ne fut
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accueillie plus favorablement, car elle convenait également aux deux parties. Si d'un côté les Normands acceptèrent avec empressement cette nouvelle voie ouverte à leur ambition et à leur grand amour de gloire et de dangers ; de l'autre le prince n'éprouva pas moins de joie; car il les craignait au moins autant qu'il les estimait. Il avait compris quel était le poids de leur épée dans la balance de ses victoires, comme dans celle de ses revers, aussi voyaitil d'un œil inquiet s'augmenter leur puissance, et surtout l'influence des fils de Tancrède dans la ville de Salerne même. Il connaissait trop leur valeur et le bonheur de leurs armes pour oser les mécontenter; mais il les sentait trop forts et trop estimés déjàpour accroître cette force et cette estime que l'on avait d'euxpar de nouvelles faveurs (1). Aussi Gaymarfit ressortira leurs yeux les offres brillantes de Maniacès; et les chevaliers normands, tout en devinant la pensée secrète, de crainte et de suspicion du prince
(1) Fazelle, Histoire de la Sicile, lib. VI, f> 615. B. B. 56. E. 55. 1573, s*exprime ainsi (traduction) : — « Dès l'arrivée des Normands en Italie, la renommée de leur courage fut si grande, que rien ne semblait impossible aux fils de Tancrède, qui, insensibles dans le danger, méprisaient leurs ennemis les plus féroces, et s'attaquaient sans hésiter à tous les princes qui ne les acceptaient pas comme amis ; mais ils ne se signalèrent pas moins par lenr religion, leur générosité et leur bonae foi. »
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de Salerne, préparèrent tout pour leur prochain départ. Us rassemblèrent autour d'eux le plus grand nombre de soldais qui leur fut possible, équipèrent des navires, et protégés par un vent favorable, abordèrent en Sicile non loin de la ville de Messine.
Ils se présentèrent à Maniacès, ayant à leur tète, comme chef, Guillaume, surnommé Bras-de-Fer^ l'aîné des fils de Tancrède.
Il est peut-être utile à ce sujet d'expliquer quelle était la position de Guillaume vis-à-vis des Normands.
En le mettant à leur tête comme capitainegénéral, ceux-ci ne prétendirent pas se donner un souverain qui aurait sur eux des droits sans limites; cette pensée ne pouvait s'allier à leur esprit dominateur et aventureux; chacun dts chefs fut souverain dans le lot qui lui échut. Guillaume fut seulement le premier d'entre eux, et comme tel, chargé du commandement en chef de l'armée, et du soin d'en assembler et réunir les diverses parties lorsque l'intérêt commun l'exigerait.
Maniacès reçut avec la plus grande joie et les plus grands honneurs les chevaliers normands ; -ils étaient au nombre de trois cents. L'on doit évidem-
tnent comprendre trois cents chevaliers ayant chacun sous leurs ordres un certain nombre de soldats, ainsi que cela était coutume, comme on peut le voir dans divers écrits du même temps. — Pour le général grec l'arrivée de ces hardis aventuriers était un gage assuré de la victoire, et il sentit son cœur se gonfler de tout l'orgueil d'un prochain triomphe. Il mit ses légions en ordre , donna le signal du départ , et commença à s'approcher de la ville. Peu habitués à l'audace des Grecs, dont ils avaient toujours triomphé chaque fois qu'ils les avaient combattus, les Sarrasins furent singulièrement étonnés de les voir ainsi sans crainte s'approcher de leurs murailles ; accoutumés à ce qu'ils ne vinssent jamais que pour payer des tributs ou demander la paix, ils s'indignèrent de tant d'insolence, et forts de la supériorité de leur nombre sur des ennemis qu'ils méprisaient, ils ouvrirent en toute confiance les portes de la ville, et accoururent à leur rencontre (1).
(1) Anonymi hist. Sic, a Normannis ad Petrum Arag. ex mur. rerum Italie, scrip.r. VIII, ^ 7A6-7A7.
Et contraria parte Saraccni insolitam Grxcorum audaciam, de quibus sempcr triumphaverant admirantes, et quod nunquàm in terram suam nisi pro tributis afferendis, et pace oranda venire praisumprissant indignantes, parumque aut numéro prx muUitudine eorum pcrterriti| apertis portis et agminibus ordinatis ipsi festinant occurrcre.
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Les deux armées furent bientôt en présence^ et quelques instants après, toutes deux pleines de confiance , toutes deux se croyant assurées de la victoire, engagèrent un combat acharné. La fortune se montrait bien rarement dans les combats favorableaux Grecs, aussi se tourna-t-elle contre eux presqu'aussilôt ; un grand nombre de morts couvrit la plaine, et déjà, presque vaincus, dominés par les Sarrasins , ils s'apprêtaient à fuir, lorsque le chef des Normands^ impatient de rester si longtemps inactif et muet spectateur d'un combat, craignant surtout de perdre une si belle occasion de signaler sa valeur et celle des siens, se retourne vers la troupe qu'il commande, l'enflamme par des paroles énergiques et des gestes audacieux, tandis qu'il ranime le courage abattu des Grecs et des Lombards, donne le signal, lâche les rênes à son cheval, lui déchire les flancs de ses éperons aigus , et se jette à l'endroit où le combat est le plus acharné ; dans la mêlée sanglante qu'il traverse on dirait un lion terrible qui s'élance avec la rapidité de l'éclair au milieu des bêtes fauves (I). Les Normands, qu'au-
(1) Ibidem, f" 747. — Jam que ipsi paene supcrali fugam inire parabant, cam Dominus princeps Normannorum morse longioris impatiens, ne aUquis
cune crainte n'arrête, se pressent en bataillons serrés les uns contre les autres et accourent sur ses traces ; ils frappent de droite et de gauche, et combattent comme les plus intrépides guerriers. De toutes parts les ennemis tombent sous leurs coups et forment des monceaux de cadavres; aussi les Sarrasins ne tardèrent pas à reconnaître que les bras qui frappaient ainsi n'étaient pas ceux des Grecs , et, saisis de terreur, ils s'enfuirent en désordre vers la ville; mais les Normands, acharnés à leur poursuite, les entouraientde telle sorte, qu'ils entrèrent avec eux dans Messine ; les barbares n'osèrent pas tenter plus longue résistance; car ils avaient au-dedans les Normands, et au-dehors , les Grecs , qui reprenant courage , couraient à l'assaut; ils se rendirent à Maniacès (1). Le général grec apprît en cette circonstance combien grande était la valeur des Normands et
casus supervenicDS datam sibi opportunitatein pugnandi erigerît primum socios ad audendum viriliter cohortatur, dato signo, Iaxis habenis, inter ferocissimos hostes, tanquam leo inter feras velocissimus duxit, quem sui Normanni nullo tardati timoré cum festiuatione maximà in uno glomerati agmioe consequntur.
• (1) Anonymi historia Sicilia a Normannis ad Petrum aragonensem ex Muratori rerum Italicarutn scripiore, T. VIII, p. 747.
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apprécia l'imm ensilé des services qu'ils étaient appelés à lai rendre 5 aussi les combla-t-il de présents etleur renouvela— t-îl les plus brillantes promesses. Sans plus tarder et pour profiter de la terreur que cette victoire inattendue devait jeter parmi les barbares, il continua d'avancer dans le pays, s'cmparantpresque sans résistance de toutes les villes qui setrouvaient sur son passage. Ainsi, il arriva jusqu'à Syracuse , où commandait un Sarrasin de pand courage et presque de force surnaturelle, appelé Ârcadîus, selon plusieurs écrits de cette époque. Ce chef redoutable inspirait aux Grecs la plus grande crainte ; parmi eux aucun n'était capable de résister aux coups du Sarrasin^ et tous ceux qui avaient voulu tenir pied devant lui, avaient été ou tués ou blessés. Dès que les Grecs le virent apparaître hors des murs, à la tête des siens, ils ne tardèrent pas à faiblir et à se disperser. Guillaume, surnommé Bras-de-Fer^ à cause de sa valeur et des coups terribles que portait son bras dans les combats, voyant le chef sarrasin venir de son côté au galop le plus rapide de son cheval, mit sa lance en arrêt et s'élança contre lui avec une égale impétuosité. Ce fut avec une telle force et une
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telle audace, et la violence de l'attaque des deux guerriers fut si grande, que les chevaux eux-mêmes en tressaillirent sur leurs jarrets et faillirent se renverser.
Quelque terrible que fût le coup du Sarrasin, le Normand resta droit et ferme sur ses arçons, et le fer de sa lance plus habile ou plus acéré, traversa de part en part la poitrine de son ennemi. Arcadius étendit les deux bras, lâchant à la fois ses armes et les rênes de son cheval, et roula à terre. Le cheval du Sarrasin retourna vers la ville, emportant sur sa selle et sur ses longs crins flottants de larges traces de sang. Les barbares, qui n'avaient pas été témoins du combat, comprirent ainsi la mort de leur chef si redouté, et à leur tour, saisis de terreur ils rentrèrent en désordre dans Syracuse et s'y enfermèrent.
Un plus vaste champ était réservé à l'ardeur guerrière des Normands et devait élever à la taille des héros ces nobles coureurs d'aventures.
Les deux frères Apollophar et Apochaps avaient oublié leurs querelles et leurs divisions pour se réunir dans l'intérêt commun et arracher aux mains qui venaient les dépouiller cette domination qu'ils
ayaient conquise au prix de tant de combats et de sang versé. En apprenant la prise de Messine et la marche victorieuse des Grecs et des Normands par tout le pays , ils accoururent à la hâte et vinrent présenter la bataille aux chrétiens (1). Guillaume Bras-de-Fer était en avant avec ses braves Normands. Du plus loin qu'il aperçut les Sarrasins, couvrant la plaine et s'avançant en bon ordre, il leva vers le ciel ses deux bras armés de fer, et, se dressant de toute sa hauteur sur ses étriers, il saisit la masse d'armes pendue à Tarçon de sa selle, et dont les clous , aigus et reluisants , semblaient les dents acérées d'une bête fauve.
« Seigneur, Dieu tout-puissant, s'écria-t-il, voicî venir à nous, vrais chrétiens et fermes en la religion du Christ, un peuple ennemi de ta foi et de ta religion; avec ton éternelle volonté nous les chasserons de ce pays, comme le vent que tu envoies sur la route en chasse la poussière 1 Seigneur, sois avec
(i) Quelques chroniques, et parmi elles la plus estimée, celle de Malaterra^ porte à 60 000 hommes le chiffre des troupes que les deux frères amenèrent î»'ec eux. Cedrenus le consigne aussi dans ses annales sans doute sur la foi ^Mataterra; maïs l'anonyme, dans Muratori et quelques autres, ne portent ce chiffre qu'à 15,000, et c'est, selon nous, cette dernière version qui «ïoitêtre adoptée de préférence,
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nous ; donne à ceux qui te servent et te prient la force qui supplée au nombre ; qu'ils combattent avec toi! »
A ces paroles de leur chef aimé et honoré par tous , les Normands se signèrent avec piété : les cavaliers incHnèrent leurs têtes sur le cou de leurs chevaux, et ceux qui marchaient autour d'eux s'agenouillèrent sur la terre.
C'était un beau spectacle de voir, dans ce pays écrasé sous la domination des infidèles , cette petite troupe de chrétiens courbée sous le souffle de la même prière : et les rayons du soleil qui reluisaient comme des flammes sur les casques et sur les armures semblaient une auréole divine protégeant les guerriers prêts à combattre.
Tous se relevèrent à la fois.
« Frères , et compagnons , cria Guillaume d'une voix si forte, qu'on l'eût dit sortie d'une poitrine d'acier, allez où j'irai, et combattez comme je combattrai. •
Car alors dans ces temps de rude chevalerie et de fièvre guerrière, celui que tous appelaient le chef devait être le premier dans les combats; ils étaient partis tous du même pays, avec une armure et une
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épée, Tannure pour se défendre, Tépée pour assaillir: chacua se faisait sa place par la force de son bras et l'énergie de sa nature. Être le chef, c'était être le plus intrépide, le plus ardent à la bataille, le plus fort dans la mêlée... Ceux qui devaient relever plus tard le trône de Sicile , avaient pour se reposer et dor-r inirla place que prend un bouclier sur la terre. Donc ils s'élancèrent à rencontre des barbares^ impétueux et rapides. Le combat fut sanglant ♦ la lutte acharnée ; il y eut de part et d'autre de ludes coups portés et reçus ; mais la victoire resté fidèle aux chtrétiens, et Tennemi, quel que fût son nombre, était déjà en pleine déroute, lorsque les Grecs arrivèrentr — Au milieu des cadavres disper*» ses, de riche» dépouilles couvraient la plaine, mê^ lées avec le sangy les casques brisés, les armen
rompues.
Pendant que les Normands poursuivaient les Sar** rasins à outrance , pour rendre leur victoire plus complète et plus décisive ; les Grecs demeurèrent au champ de bataille et se distribuèrent entre eux les dépouille3, oubliant dans le partage du butin ceux qui avaient si vaillamment combattu et auxquels ils étaient redevables déjà de ser\ice6 si grands.
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Lorsque les Normands en eurent connaissance, indignés d'une semblable injustice , furieux surtout de l'affront qu'ils recevaient du chef qui leur avait fait de si brillantes promesses , ils envoyèrent au général grec un Lombard nommé Ardouin , dont ils se servaient comme interprète, afin de lui demander leur part du butin. — Le Lombard accepta avec joie cettemission,cariIavait aussi à se plaindre gravement deManiacès, quilui avait fait enlever de vive force un superbe cheval dont il s'était emparé à grand'peine en terrassant un Sarrasin pendant le combat. — Il se rendit donc à la tente du général grec. — Parlat-il avec trop de hauteur à Maniacès au nom des Normands, les véritables vainqueurs, et qui n'étaient pas hommes à souffrir une semblable injure? ou Maniacès regarda-t-il cette réclamation comme un empiétement dangereux sur son autorité et sur son droit de partager les dépouilles selon les caprices de sa seule volonté? ou plutôt, comme le disent plusieurs écrits contemporains, jaloux de l'influence que les Normands prenaient dans son armée, inquiet surtout de leur humeur hautaine , pensat-îl, après cette grande défaîte des Sarrasins, pouvoir facilement s'emparer d'une aussi petite troupe
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ie guerriers et s'en débarrasser soit par la mort,
soit par les fers? Toujours est-il qu'Ardouîn fut
piomeaé par tout le camp , accablé d'affronts , fouetté de verges, souffleté à la face de tous (1) ; et pour comble d'ignominie, on lui arracha la barbe, le dernier de tous les outrages. — Ce fut ainsi qu'il retourna au camp , dépouillé de vêtements, les épaules meurtries et déchirées, le visage sanglant, brisé par la honte et par la douleur. — Un cri d'indignation raccueillit parmi les Normands, cri terrible qui dut retentir comme un écho néfaste jusqu'au camp des Grecs ; ils s'élancèrent sur leurs armes, et voulaient mêler le sang des Grecs au sang de leur messager si ignominieusement traité. Mais Ardouin étendit ses mains meurtries. Au milieu de tous ceux qui Tentouraient , lui seul était calme ; quelques larmes de honte roulaient seules dans ses yeux.
« Arrêtez , braves guerriers , s'écrîa-t-il ; laissez ! laissez encore en paix ces Grecs traîtres et ingrats. Pour tarder plus longtemps, la vengeance n'en sera
(1) Malaterra, in mur., T. Vni, lib. i. C. VIII, ^ 551.
Porro nie indignatus, quasi potestati sux contradicere prxsumpserint, ^liceatde eisdem spoliis sibi pro libito suo agere, per spatia castronun ^i^ oœdendo pro igQominiam gentis nostrae contumeliis affid precepit.
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que plus certaine; qu'elle ne soit pas stérile ! La Fouille tout entière vous est ouverte; là, nous trouverons plus de butin que leur injustice ne nous en enlève aujourd'hui. »
Ainsi il parla, et les Normands obéirent à sa voix ; ils déposèrent leurs armes et attendirent.
Plusieurs jours se passèrent ; Ardouin , comprimant dans son cœur sa haine et sa colère, se couvrit de riches vêtements pour ôter tout soupçon aux Grecs, et retourna de nouveau au camp voir le secrétaire de Maniacès qui était de ses amis ; il ne dit pas un mot sur ce qui s'était passé , semblant en avoir entièrement perdu le souvenir. Sa ruse réussit complètement. Il obtint ainsi du secrétaire un per-mis pour passer le Phare en liberté et se rendre en Calabre avec quelques-uns des siens. Pendant ce temps chacun dans le camp des Grecs raillait le Lombard et les Normands qui supportaient ainsi patiemment de semblables affronts. Mais Ardouin ne perdit pas de temps , il revint au plus vite auprès des Normands, et au tomber de la nuit, le signal étant donné , la troupe de Guillaume se divisa en trois parties pour marcher plus sûrement, et s'avançant silencieusement à travers les gorges et les
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miDS) elle gagna ainsi Messine, traversa le Phare , sans être aucunement inquiétée , et atteignit la Fouille en parcourant et dévastant dans les Calabres tout le pays qui reconnaissait encore Tempe-* reur de Gonslantinople. Les Normands n'épargnèrent ni les terres du prince de Capoue, ni celles du prince de S alerne ; car venus en cette contrée avec loyauté et bonne foi , ils avaient trouvé en échange injustice et perfidie; ils avaient appris qu'ils ne devaient désormais compter que sur eux et leur épée pour vivre ou pour mourir. Profitant de rétat d'anarchie répandu dans cette contrée^ et de ses discordes intérieures , ils s'en rendirent presque entièrement maîtres, aidés par un bon nombre de leurs compatriotes qui vinrent se joindre à eux au retour de leur pèlerinage en Terre- Sainte.
Manîacès n'avait pas compris quelles étaient la force et la valeur guerrière de ceux qu'il avait si indignement trompés; il n'avait pas deviné quelle devait être dans l'avenir la puissance de ces conquérants aventuriers; il méprisait un aussi petit nombre d'adversaires en face de Tarmée considérable dont il était le chef* Aussi s'indigna-
t-îl à la nouvelle de Tinvasion des Normands en Fouille et en Calabre. Irrité de tant d'audace, il résolut de les chasser, sans plus tarder, loin du pays, et quittant en toute hâte la Sicile pour aller combattre les Normands, il les atteignit près de Melfi , ville dont ils s'étaient emparé , et dans laquelle ils avaient établi , pour ainsi dire , le siège de leur nouvelle domination. Maniacès campa presque sous les murs de la ville afin que nul ne pût échapper à sa vengeance , et s'apprêta à en faire le siège ; mais les Normands ne lui en laissèrent pas le temps, ayant vu par eux-mêmes combien les Grecs étaient inhabiles dans l'art de la guerre. La nuit venue , ils sortirent des murs et s'élancèrent contre l'armée ennemie qui campait en désordre dans la plaine. Ce fut dans le camp une grande confusion; le général grec voulut en vain rallier ses soldats terrifiés par cette attaque imprévue et par les morts qui déjà encombraient la plaine ; en vain se jeta-t-il luimême au plus ardent de la mêlée; les cris d'agonie des mourants effacèrent la voix qui appelait au combat. Voyant le carnage des siens et son armée tout-à-l'heure si brillante dispersée et
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abattue , il regagna le rivage avec tous ceux qu'il put rallier autour de lui et retourna en Sicile (1). Là de nouveaux combats Tattendaient, caries Sarrasins ne pouvaient se résigner à perdre une domination qu'ils avaient si laborieusement acquise, et voyaient avec rage les Grecs la leur arracher par lambeaux. Les combats perdus , les cor{>s des leurs étendus dans les plaines ou sur les montagnes , et entassés par monceaux dans les ravins, le sang versé rougissant les rivières, rien ne les arrêtait : ils semblaient, pour ainsi dire, renaître de leurs cendres, et après chaque moisson sanglante de leur armée, se relevaient plus nombreux , et reparaissaient plus ardents et plus impétueux encore. — De nouveaux secours leur étaient arrivés d'Afrique. Pleins d'une nouvelle confiance, ils vinrent faire leur premier campement non loin de Trayna , s'arrêtant dans une plaine qui en cet endroit penche un peu, et attendirent le moment favorable de combattre Maniacès. Celui-ci, de son côté, cherchait avec impatience l'occasion d'effacer par une victoire éclatante la
(1) Anonyme du Vatican, p. 750. — Fazelle, liv. VI, ^ 618.
honteuse défaite qu'il venait d'essuyer. Aussitôt qu'il apprit l'arrivée de cette nouvelle armée de Sarrasins récemment venue d'Afrique, il marcha ^n toute bâte à sa rencontre.
Le général grec craignait que ses soldats, ébranlés encore par le triste combat qu'ils venaient de livrer aux Normands, ne conibatissent pas avec la même ardeur et la même foi en eux-mêmes s aussi il les exhorta par des paroles pleines de confiance, leur montrant que , cette fois , ils prenaient les armes pour la religion contre des infidèles maudits de Pieu , et qu'ils étaient sûrs de la victoire , parce qu'ils étaient protégés par la puissance éternelle ; il leur conseilla de mettre leur conscience en ordre, de veiller à leur salut par de pieuses prières, et ensuite se disposa énergiquement à attaquer l'ennemi (1).
D'abord il confia au patrice Etienne, le mari de la sœur de l'empereur, auquel avait été donné le commandement de la flotte, le soin de faire bonne garde aux abords du rivage, afin qu'après la défaite
(1) FazelU storia de SiciUa, Ub. VI, ^ 618.
Intesa tal cosa di Giorgio, rimesse insieme le sue forze, e con poche parole essortati i soldati alla vittoria, e data la faculla di mettere in ordine e curare i Icorpo Ums si (Usposeï d*»S5alt9re i pimicii
des Sarrasins 9 leur cheftombàt inévitablement entre ses mains et ne pût regagner son navire ou fuir dans une barque pour chercher un refuge loin de
l'île.
Tout étant ainsi prévu , il appela ses soldats au combat pour le triomphe de la foi chrétienne et la conquête de l*île au nom de son empereur. — Soldats et capitaines combattirent vaillamment en cette journée. Aussi la victoire fut complète, et l'armée massacrée sur tous les points fut dispersée et mise en déroute. — Le chef des infidèles , voyant le carnage terrible des siens , comme l'avait pensé Maniacès, gagne le rivage de la mer pour échapper àlamort, laissant à moitié route, dans un ravin, son cheval ensanglanté, il trouve une petite barque, s'élance dedans avec ceux qui l'avaient accompagné et sans être aperçu d'Etienne ou des soldats qui gardaient le rivage; il s'enfuit vers l'Afrique.
Lorsque le général grec, enivré d'un triomphe si éclatant , apprit la fuite du chef sarrasin, il ne put contenir sa fureur; aussitôt qu'il aperçut lepatrîce Etienne , il Toutragea en face de tous , et lui arrachant son casque qu'il foula avec mépris à se^
pieds, il le frappa à la tête, ens'écrîant dans l'excès de sa colère et-de son indignation :
« Va-t'en loin d'ici, cœur lâche et efféminé, traître à ton pays et à l'empereur , pusillanime entre les plus pusillanimes ; pendant que tous combattaient avec honneur et gloire, que faisais-tu? à l'abri de toute blessure et de toute crainte , tu n'as même pas su arrêter un homme qui fuyait dans une barque ! Tu es indigne de voir le soleil et de prier Dieu ! »
Et il s'élança sur lui le poignard à la maîn ; mais ceux qui l'entouraient le retinrent et arrêtèrent son bras prêt à frapper le patrice (1).
En souvenir de sa victoire, Maniacès fit bâtir sur le lieu même du combat une ville à laquelle il donna son nom.
La domination des Grecs eût été rétablie dans toute la Sicile par cette victoire décisive si la haine que le patrice Etienne avait conçu contre Maniacès
(1) Fazelle, lib. VI, ^ 619. — Burigny^ vol. I, ^ 345.— Cedreni Gorgii compendium historiarum^ T. VIII. p. 7A3, texte grec et latin.
Agerrime hoc tulit Maniacès, Stefanum que ad se venientem connicûs insectatus est, et seiromasta sublato aliquot in caput eus plaças iroposuit socordem euin appellans et effeminatum ac imperatoris commodorum proditorem.
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n'était ^enue eotraver dans sa marche triomphale ce (éûéial liabile , et rendre quelque espoir aux Sarrasins, tellement terrifiés, qu'ils abandonnaient une à une et presque sans résistance les seules places restées encore en leur pouvoir. — Maniacès, prévoyant (jue l'avenir pourrait ramener les Sarrasins en Sicile, et renouveler cette période de guerre et d'assauts continuels , faisait construire des forteresses dans toutes les villes dont il se rendait maître , et y laissait nombreuse garnison. C'est ainsi qu'il éleva dans Syracuse un fort qui subsistait encore à l'époque ou Fazelle écrivit son histoire. — Cette manière d'agir, vigoureuse et prudente à la fois, avait réduit à une soumission aveugle les débris des Sarrasins qui habitaient la Sicile. Mais Dieu n'avait pas dans sa pensée réservé aux Grecs la domination sur ce pays ; car, pendant ce temps, le patrice Etienne conservait saignant dans son cœur le souvenir de l'humiliation qu'il avait endurée en face de ses soldats et entretenait une correspondance active avec les ennemis de Maniacès à Constantinople ; il parvint, par ses menées secrètes, à faire entendre au frère de Tempereur, qui avait tout pouvoir, que le général grec, enivré par ses victoires, cherchait à
se révolter et à se rendre souverain en Sicile. — La calomnie est presque toujours de toutes les choses celle que l'esprit de l'homme admet le plus facilement; les services rendus, les gages de bonne foi et de loyauté s'effacent en un instant ; un seul mot de calomnie suffît pour souiller et flétrir toute une vie honorable. Aussi le général grec fut-il à la cour de Constantinople regardé comme un traître dangereux, et immédiatement rappelé.
Georges Maniacès obéit aux ordres de son souverain, ne pouvant supposer qu'une semblable accusation pût peser sur lui , et il emporta de Sicile , pour en faire présent à l'empereur, les corps de sainte Agathe, de sainte Lucie, ainsi que ceux de plusieurs martyrs (1) ; mais même avantson retour
(i) Acta sanctorum, T. I, 635. — Alfeatis Maurid narratio. Qui Mfiiiiaoes corpus Deo dilects yirginis Agathae cum multis aliorum sanctorum corporibus Constantinopolim qui prius fuerat vocata Bysantium delegavit : credens Orientis imperium jam j ai» que casurum, nec eorum preces et mérita possein roburpristinum relevarî. sic îgitur translatum est corpus beatissimoe virginis et martyris Agathae de Cataniensi civitate Bisantium ibi que decenter a quibusdam loci incolis est condituni et devolissime veneratum.
9 Ce Maniacès transporta à Constantinople, autrefois appelé Byzance, le corps de la vierge Agathe, chérie du Seigneur, avec plusieurs autres corps de saints, croyant que Fempire décrient allait bientôt s*éfrouler, et que leurs prières et leurs mérites pourraient seuls lui rendre sa force première. C'est ainsi que le corp« de la très-heureuse vierge et martyre Agathe fut
HISTOIRE^DB Uk SIQLE. (1038* — A0590 A7
son sort avait été irrévocablement décidé; il lui fut impossible de parvenir jusqu'à l'empereur , et de faire entendre à ses oreilles la voix de la justice et de la vérité. Aussitôt son arrivée, et malgré le cortège de saints et de martyrs dont il était entouré» il fut arrêté, décliu de son grade, chargé de fers et jetésans pitié dans une affreuse prison, où il eut à souffrir toutes les douleurs et toutes les misères. Le gouvernement de la Sicile, que Maniacès avait pour ainsi dire rattaché à l'empire d'Orient, fut donné au patrice Etienne, et l'empereur lui envoya comme collègue un eunuque appelé Basile.
Mais bientôt rincurie des nouveaux gouverneurs, leur mollesse, leur ignorance de toutes choses, détruisirent l'ouvrage de Georges Maniacès ; les Sar-
porte de la TÎUe de Catane à Bynnce, et là, enseveli dignement par quei» ques habitans de Tendroit et vénéré avec beaucoup de dévotion, b
Chronica sacri monasterii Casinen$i$ auctore Leone... lib. Il, c. 67. B. B.92.IL
Giunque maxima jam pan Sicilis recepta esset a sene quodam pnefato dad mausoleum ' sanctae virginis lud» proditum, ejusque corpus sacrum indè sublatum et în argenta theca, cum omni reverentia positum ConsUu»linopolim est transmissum.
c Comme déjà la plus grande partie de la Sicile avait été reprise, un vieillard ayant livré au général grec le mausolée de b sainte vierge Lucie, son corps sacré Ait enlevé de ce tombeau, posé avec toute vénératioii dans on GercueO d^argent et porté à Constantinople. »
àS HISTOIRE DE LA SICILE. (1058. — 1059.)
rasins relevèrent la têle , que le général grec leur avait faif courber à force de victoires et de terreur; ils virent partout le désordre, dans l'administration et dans l'armée ; prompts à la révolte, ils se rallièrent de nouveau , appelèrent à leur secours leurs frères d'Afrique, et la guerre recommença plus sanglante et plus acharnée ; les infidèles ravageaient tout ce qui se trouvait sur leur passage, portant partout le fer et le feu. La lâcheté d'Etienne et de l'eunuque Basile augmenta leur courage et ranima leur confiance en eux-mêmes; la destruction suivait leurs pas, les Grecs étaient honteusement chassés de toutes les villes qu'ils occupaient et erraient dans les campagnes. — Dans toute la Sicile, de nouveau perdue, la ville de Messine restait seule fidèle à l'empereur, et avait refusé d'ouvrir ses portes aux Sarrasins ; elle était gouvernée par un vigoureux homme de guerre, Catacalonus, surnommé Ambuste (1). Outre les soldats qui composaient la garnison, ilavaît avec lui quatre cents chevaux arméniens et cinq cents fantassins , tous
(1) Cedreni compendium historariarunit tvii, f. 743. — Messanspneerat Catacalonus cognomine Arobustus Protospatharius et dux Armeniacie legionis. — Burigny^ 7, 1, 386,
yieillis sous les armes, braves et rudes à la besogne, aguerris au combat, et aussi inaccessibles lia peur que rapides à courir au devant du danger (1). Les Sarrasins croyaient se rendre maîtres deMessine presque sans combattre comme cela avait été pour toutes les autres places fortes; aussi ils s'étonnèrent et s'indignèrent à la fois de la résistance du gouverneur; et ne voulant pas laisser dans la Sicile le moindre débris de la domination des Gtecs ils rassemblèrent toutes leurs forces, demandèrent de nouveaux secours en Afrique et entouréïenl la ville d.*un réseau formidable d'ennemis. Toute la Sicile était déjà perdue, le dernier soutenir de la présence des Grecs tombait en lambeaux mutilés et sanglants. Le gouverneur de Messine, en résistant aux Sarrasins, lorsque l'île toute entière ayait courbé sa tête sous la nouvelle usurpation des infidèles , et lorsque les villes effrayées abandonnaient leurs armes, n'avait point l'espoir d'arrêter ce torrent furieux qui débordait. — La défense de
(!) Fazelle, lib. VI. f» «20.
n qnale aluî agli huornini dellà dttà havea con se quattrocento cavalU Amenifecinque cento fanti tutti soldati yecchi, brayî, awezzatialle guerre, ' che harendo veduto moite voHe il nimico in viso, non oonosoevano paura, e erano prontîMiini a mettersi a ogni perioolo.
Messinje, quelque belle, quelqu'héroïquement opiniâtre qu'elle pût être , ne pouvait amener aucun résqltat favorable à l'empire d'Orient. Mais comment la pensée d'ouvrir les portes à l'ennemi en laissant l'épée au foureau, pouvait-elle trouver place dans le cqeur d'un vieux soldat? — Comment ployer le front sous les humiliations d'un ennemi victorieux sans avoir cherche un dernier et noble refuge dans les armes ou dans la mort? que lui importait la lâcheté de ceux qui avaient honteusement abandonné l'île lorsqu'ils auraient dû la protéger? Que lui importaient les Sarrasins hurlant leurs cris de mort et de malédiction? Que lui importaient leurs noirs bataillons couvrant la plaine aussi loin que le regard pouvait atteindre? Il se sentait plein de confiance dans les siens, plein de foi en Dieu ; aussi résolut-il d'attendre une occasion favorable pour attaquer l'ennemi.
Il feignit d'être saisi d'épouvante, et après avoir fait fermer toutes les portes extérieures de Messine, il défendit aux habitants de sortir de la ville pendant trois jours. Les ennemis crurent voir dans cette façon d'agir une preuve certaine de terreur. Leur confiance s'en accrut , et ils s'abandonnèrent
BISTOÏ fus DE U «CIUS. (iOlfl^ ^ im.) H
inx plaisirs 3 dojcmam 1^ nuit et le jour aux or* ^ et à la débauche , et dansaot au son de« 8ùte3 et des cymbale» (1).
Les cris joyeux et le 3011 des iostruments retentissaient par tout le camp.
Ainsi se passèrent les trois jours ; et quand les Sarrasins étaient las de danses et de vins, ils se ré* pandaiept par la campagne, parcourant le pays, saccageant , détruisant tout sans pitié ni merci, comme eussept fait des voleurs de grand chemin, et non pas des soldats (2).
Le quatrième jour (celui où d'habitude on célè* bfe la PeptecOte) avait été marqué par U brave Gatacalopus pour Tapcon^plissement de son dessein. Dès le3 prei^ières clartéa du jour tous les soldats semblés 3Pr 1^ plus grande place de la ville étaient rangés ep bop ordre ; le gouverneur parut monté sur un superbe cheval et revêtu de son armure de
(!) Cedreni cQfnpendium, Hist, lom. VII, f* 74S, Ei|o Sarraceni secure palabant, ac dies noctesque vlno, Sstnlis et cymmiiv9ca^pi}t I
Onde i Saracînî per dispregio di que! capitano, scorrendo il pacse, e andiBdo aljir slUaia por la campag^ne, pradayano, t ardevano ogni cosa, por« l^ndosi piu tosto da ladroni di strada, clic da solduU bonorati.
5S HISTOIRE DE LA SiaLE. (1038. — 1059.)
combat bossuée dans vingt batailles. — Ce fut un cri de joie lorsqu'on le vît ainsi apparaître ; mais Gatacalonus fit un signe de la main afin que tous écoutassent ce qu'il allait dire. Et, relevant son front calme et vénérable :
• Soldats, mes compagnons, leur dit-il de cette voix ferme et accentuée qui ranimerait le courage dans les cœurs les plus pusillanimes, l'ennemi esr à nos portes ; depuis trois jours les cris de son insolence et de ses orgies sont parvenus jusqu'à nous, et nous nous sommes tus. Ils nous croient lâcbes et faibles; aujourd'hui, avec l'aide de Dieu, nous leur montrerons la force de notre bras et l'énergie de notre cœur. — Déjà, soldats, nous avons combattu ensemble comme des frères, à côté les uns des autres, sans que le danger ou la mort fit faillir aucun de nous ; ceux qui sont tombés sont tombés , en regardant le ciel et l'ennemi. L'armée des Barbares est plus que jamais plongée dans TivrCaSse et dans les plaisirs, nous n'attendrons pas qu'elle vienne à nous, nous irons à elle. Mais c'est aujourd'hui un jour saint et vénéré, voilà pourquoi je l'ai choisi entre tous ; il faut nous présenter au combat comme les saints se présentaient au mar-
mSTOIRK ]>£ LA SICILE. (108S. — 1059.) M
tjre.lecœur pur et sans tache, et après nous être toos agenouillés sous la bénédiction divine. — Frères et soldats , rentrez tous dans vos conciences, et confesser— vous à Dieu qui vous écoute. » Alors il descendit de cheval, et s'agenouilla, courbant le froot vers la terre et crobant ses deux mains sur sa poitrine. Tous les soldats Timitèrent, et les cavaliers ayant mis pied à terre s'agenouillèrent devant la tête de leurs chevaux. — Ce fut un jrand et beau spectacle , solennel entre tous, de Toiiau milieu de cette foule silencieuse et inclinée s'avancer à pas lents un prêtre à barbe blanche, suivi d'un nombreux cortège. Au milieu de la place il s'arrêta, étendît les deux bras devant lui et les tint un instant comme suspendus sur toutes ces tètes courbées qui l'entouraient ; puis, après avoir prononcé à denai-voix quelques mots de prière que Dieu seul entendit, et qui montèrent jusqu'à lui, il ajouta d'une voix haute :
« Vous tous qui allez combattre pour la plus grande gloire de la religion chrétienne et pour 'expulsion des infidèles ; que le Seigneur marche ^t combatte avec vous. —En son nom, chrétiens, je vous bénis. »
H ranoiRE De la mcile. {om. ^ è«9t.|
Qudnd il eut àinii partes todft 9e rëkftèrent, 6t, après af oir ai^sté ûltec détotiofi aii acîrtlcie ditin, de pféparètfeïit au combat.
L'heure choisie par le gonreïntnr ëtah celle à laquelle le« Sanrasid» araient ta coutume de prendre leur repas. A un signal doAné toutes les pot'' tes s'oufrinent, et les Grecs s'éhneérCTt impétdeui et rapides sur Vennemi enseveli dans la débauebe et dans rivresse» on ks eût dit potisséspar une force surnatui^elle.
Les Sarrasins incapable» de combattre, presque de se redresser» semblent ne rien conprendre auir coups qui les frappent , ni à ce qui se passe autour d'eux. Partout ce son^t des cri» confus, cris de ptiè^ ves et d'ajfonie qui s'éteignent dans k mort. Le tin coule mêlé a?6e le sang.
A tràYers tous ces cadavres qui tombent amoncelés, les Grecs se fraient un passage jusqu'à la tente du chef ApoUophar ; en tête est le Iwave gourer* neur qui les excite de la voix et frap^ d'estoc et de taille comme le dernier de ses soldats. Ils troo^ vent ApoUopkar abruti par le vin et étendu à terre sous le fardeau hoaleux d'un sommeil iEnri^i«cib)e t ils le tuent et renversent sa tente. Quelques Sarra-
HISTOIRE DE LA SICILE. (1038. ^ i059.) 55
sins se relèvent éveillés par ce bruit inattendu ; d'un paschancelâtif ils cherchent leurs armes, s'appuyanf sur les corps de leurs compagnons massacrés qui gisent par inoiiceaùjc ; ils veulent combattre pouf écliapper à là mort, mais le vin et Tivresse ont troublé leur raison ; fls ne savent où ils voût, ni ce qu'ils fôfat ; l'orgie les pouôse et lei arrête à la fois; ils fraffpeïit au hasard et se tuent entre eux. C'est mi spectacle hotrîble. — la plaine qui entoure Messine est jonchée de cadavres et les campagnes Toisities en BCfUi aussi couvertes (l).
C^nx qui parvinrent â éfchappet & cette boucherie se réfugîèrè*fït vers Patlerme, leur seul asile ; et le camp tout entier, rempli de vaséâ d'or et d'argent , debuiin dé totite espèce et de riches dépôtiîlles, resta au pouvoir des vainqueurs.
Si Ton en croit les récits du temps, plus de freûte mille Sarrasins furent massacrés.
(!) Cedreni ccmpenditm.Mn., f 748-
Mandato que sacerdotibus ut rem sacram facerent, postquam îpsc cum tthrenis nnJwferUtus et saCrasanctis m'ygieffîs ,' cîrcû h'ôram apertis ^18 portis, in hostes, csim summo impetu irruitj ebrfos et crapula gravi- ^ipse Ambustus princeps cum suis adtentôrium Apollopbarii insulœ praefecU tendit, eumque vino captum statim interficiiint, lentorium que diripîoiït. Sé(t et cùito«latîtf»' cârdunt ^clî^ùî Sa'rra'cetfî , et ob ebrîclaféin tiCubantes, et M iâh^foVisam tm tfé (fefbû^ôhë nî^îf côgitanteë. Igltùf lotis
Grande et belle victoire , héroïque combat qui ne devait en rien changer Tanéantissement de l'empire d'Orient dans cette contrée, et ne pouvait rattacher au trône de l'empereur ce débris mutilé d'une ancienne puissance. Bientôt les Sarrasins revinrent en plus grand nombre encore dans cette plaine tout rouge encore du sang des leurs. Leurs efforts furent si opiniâtres cette fois , que Messine fut prise , et les habitants traités avec la dernière cruauté.
Ainsi , une seconde fois tout était fini pour la Sicile, et elle retombait épuisée et sanglante sous le joug des Sarrasins ; — la religion du Christ n'y restait plus que pour faire des martyrs.
Etienne et Basile, autant pour échapper à l'ennemi que pour se soustraire à la juste colère de l'empereur, cherchèrent leur salut dans la fuite, et se retirèrent en Fouille.
Non-seulement la Sicile avait été arrachée à l'empire d'Orient, mais d'un autre côté les Normands victorieux ravageaient toute l'Italie. Les Grecs ouvrirent enfin les yeux à tant de désastres suc-
caslris fugîtur, ducibus se obterentibus alque iolerflcientibus et campus cadaveribus obtegitur, ac propinqua convalles ac flamina replcntur.
mSTOIRB I>E I-A SICILE. (1038. — 1059.) 67
ifs, à tant de victoires perdues sur tous les ckmpsde bataille ; Tempereur comprit alors quelle faute terrible il avait commise en enlevant le commandement des armées à Georges Maniacès, le seul avec lequel avait marché la \ictoire; il fit ouvrir les portes de sa prison, lui rendit titres et honneurs, et l'investit de nouveau du commandement en clief.
Dès son arrivée en Calabre, la face des choses commença à changer, et l'ennemi contenu arrêta sa marche victorieuse. Déjà Maniacès était en Albanie lorsque l'empereur, écoutant de nouvelles calomnies et de honteux ressentiments, le rappela une seconde fois; mais celui-ci, dont les bras meurtris conservaient encore la trace des fers qu'il avait portés , refusa d'obéir à l'ordre de l'empereur, et appella i la révolte ses soldats dont il était l'idole. Vainqueur dans un combat qu'il livre au chef envoyé contre lui, il veut se faire proclamer empereur et entraîne dans son parti l'Albanie presque toute entière.
Mais là devait se terminer la vie guerrière de ce Taillant capitaine le seul peut-être dont la valeur eût puarrêter la décadence del'empiregrec.Pendant qu'il
i9 idSîOIRE bE LA SICILE. (102(8. - itf$9.t
<^oinbâtfait à la tête des siens, petcé d'uû Coup clé làûce, il tomba de chetal et mourût baigné dstlïft son sàtig. Un soldat grec lui ayant coupé la iète^ ellefdt portée à Gonstaùtinoplef et prohmenée dâùs les tvt^ an bout d'Une lancef.
Quoique la mort de Manîacès ne se rattachât pas exclusivement à cette histoire, et que ses victoires sur les Sarrasins n'eussent pas eu Tinfluence et les résultats qui devaient en être la conséquence ïogJque, la présence du général grec avaîttrop marqué en Sicile pour quil nous fût permis de passer entièrement cet événement sous silence.
Les Normands, un instant arrêtés dans leur con* quête par le retour de Maniacès, continuaient à envahir la Fouille et la Calabre.
Nous allons tout-à-l'heure les voir apparaître en Sicile et accomplir pour eux et par eux ce que ké Grecs avaient si vainement tenté j mafi« ce ne sont plus les mêmes Normands, ce ne sont plus ces pauvres mais hardis aventuriers n'ayant pour tout patrimoine que leur cœur et leur épée, offrant ce eoeur et cette épée tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là, et tf ahis par torn ; ce ne sofit plus ces foèraes hoBS^
BAStOIliB tœ LA SICILE. (1058. — l6S9.) M
ines cberchant dans tin combat ^ans aucao réraltat lie ipour leur avenir la gloire dont ils sont ati« \ et la pfAe d'un soldât. Les évéùements , ]ei ont inatcliéî et rexpérience est Tenue, hëri^ la pdssé et de la tofûbe t ils ofttt apptis qu'ils pouvaient dans ces temps d'usurpation, d'enTahis^ senient et de désordre, conquérir un empif e et créer tine domination. Ce sang inutilement versé tant de fois pour les autres , iU allaient désormais le rerser utilement pour eux, et sur tous ces débris amon^ éelés, au milieu de tous ces partie djvisé^ se cotnbattant entre eux, crée^ une puiseance qu»^ soixaûte-^dix aûs plus tard devait fondef une ôj^ nastie de rois. --^ Dé}à ils ne sont plus forts seules ment pat l'énergie, mais faibles par le nombre. Les fils de la seconde femme de Tancrède de Hauteyilky ayant entendu parler des glorieux exploits de leur^ atoés, soiït veriuô les rejoin^dre en Po^uille. A?ec^ eux marclie une armée considérable dont le nom-^ k6 aàgtneiïte chaque jour. Aussi, pour rintelli-* g^ûce de^ cettxi bistoire^ est-il kidispensable de suitre raj^îdenient ks progrès des Normands en Fdtfîlfe et en Calabré, leilr marche dansFltalîe, el dé ti^ir, potit ainsi dire, nattée, s'accrslbre et grandir
les racines hardies de cette domination, afin de bien comprendre la différence réelle, incroyable, qui existe entre les Normands quittant furtivement la Sicile avec Ardouin l'an 1038, et les Normands y revenant sous la conduite de Robert Guiscard et de Roger l'an 1060.
Ainsi seulement Ton pourra apprécier à leur juste valeur les événements qui vont se passer après cette période de vingt-deux années, que nous allons parcourir.
Guillaume Bras-de-Fer, après avoir chassé sans peine ce qui restait des Grecs dans la Pouille, prit, avec le consentement de tous ses frères, le titre de comte de Pouille ; ce fut pour ainsi dire le premier acte de propriété des Normands, la première trace qu'ils laissèrent sur leurs pas, après un demi-siècle de combats et de victoires. — Peu de temps après, Guillaume mourut, son frère Drogon lui succéda. Battu d'abord dans un premier combat contre Nel, capitaine grec, il ne perd pas courage; car la victoire ne pouvait longtemps rester infidèle aux Normands,et met à son tour en pleine, déroute les soldats de l'empereur. Il fortifie les villes, abat partout ses ennemis, crée Omfroy comte, et envoie
raSTOIRK 1>E LA SiaLE. fl038. — 1059.) 61
Robert, son cadet, jeune homme plein d'ardeur et de tête commaiicler la forteresse de Saînt-Marc sur la frontière de la Calabre ; mais pendant qu'il donne ainsi à sa province un aspect redoutable, une trahison des plus noires s'ourdissait dans Fombre et un jour fut marqué, où tous les Normands qui étaient en Pouille devaient être massacrés.
Un nommé Rîsus, natif de la Pouille, l'un des plus intimes du comte Drogon et de ses plus familiers accepta la honteuse mission de l'assassiner. — Drogon habitait le château-fort de Montoglio et a^ait l'habitude d'aller chaque jour de grand matin prier à l'église ; l'assassin se cacha dans l'église avec quelques complices, et aussitôt que le comte fut entré il se jeta sur lui et le massacra au pied même de l'autel (i)- ^^ grand nombre de Normands furent égorgés sur différents points ; mais le sang versé par la trahison, loin d'abattre ceux qui res-
(i)FazeUe, lib- VI, f» 623. — Buffler^ histoire de Sicile, p. 72. Pal* n^ieiiitoria de Sicilia. V. H. p. 17.
Bimorava il conte Drogooe nei castello di moutolio, e solea tatti i ^orni ïoUar deir alba recarsi in chiesa. — Un Riso, che suo familiare e compare era nascostosi con alcuni compagoi in quella chiesa , corne il conte tî en« mottccbe a pié ddr aïtare.
les murailles de leur ville (1), et ceux qu'il avait traité en ennemis s'inclinaient devant lui comme les plus fervents des chrétiens et les plus soumis des serviteurs. Son cœur en fut grandement touché, et non-seulement il leva les excommunications lancées contre eux, mais il leur donna toutes sortes d'indulgences , concéda au comte Omfroy pour lui et ses héritiers, ce qu'il possédait en Fouille, et de plus ce qu'il pourrait acquérir par la suite en Calabre et en Sicile, à la seule condition de faire hommage de ces terres au Saint-Siège comme de ficfs qui en relevaient (2).
Omfroy créa comte deux de ses frères qui étaient arrivés depuis peu en Fouille; Mauger fut comte de la Capîtanate et Guillaume, du Frincipat.
Après treize ans de guerres, la Fouille, toute entière , était enfin soumise à la domination des Normands.
(1) Anonyme du Vatican, p. 835. (trad.)
Les habitants livrèrent incontinent le pape, et, pour plus de sûreté, le descendirent dans la plaine par-dessus les murs de la ville.
(2) Anonyme du Vatican. — Malaierra. — Hist pressa Caruso , p. 167.
Omnem terram quam perraserant, et quam ulterius versus Calabriam et Siciliam lucrari possent, de S. Pietro hœreditali lendo, sibi et hsredUias suis possidendam concessit»
HISTOIRK DK I. A SICILE. (1038. — 1059.) 65
L'an 1056 Omfroy mourut : Robert surnommé Guiscard lui. succéda dans le comté de la Pouîlle, soit, ainsi que le disent quelques écrits, comme tuteur de son neveu, soît comme maître absolu (i). -Toujours est- il que lui seul gouverna et que le DomdeBagelard disparaît entièrement. —Plusieurs auteurs réputés généralement de bonne foi , abordent franchement la question ; selon eux Robert Guiscard irrité que son aîné ait interrompu en mourant la succession de frère en frère en usage parmi les premiers seigneurs normands, prétendit devoir succéder de plein droit à Omfroy, comme Omfroy avait succédé à ses aînés (2).
Ayant assiégé Troia,il fut excommunié par le
(1) C'est à tort que Fazelle, lib. VI. p. 623, fait se passer, après la mort d'Omfroy, la guerre des Normands avec le pape Léon IX ; c'était positiveœenl du vivant d'Onafroy, ainsi que le dit M alaterra , historien contemponin. C'est aussi à lorl qu'il désigne Godefroy comme successeur d'Omfroy; Godefroy succéda à Mauger dans le comté de la Capitanate, et Robert Guisord à Omfroy, au préjudice de Bacelard ou Bagelard.
Malaterra ne conûrme pas ce fait ; mais le silence de cet écrivain sur un fait qui ne serait iK)int tout-à-fait à la louang^e de Robert Guiscard ne doit point étonner, puisqu'il ^^^ historiographe de Robert et de Roger, et que ce fat d'après l'ordre de ces princes qu'il entreprit la narration de leur histoire.
(t) Fazelle, liv. VI, p. Q2à. — BuffUr, p. 100.
les premiers princes normands avaient établi la loi que le frère, et non pas le fils, succéderait au frère dans leur principauté, — Cet usage ne <l(ura pas longtemps.
pape Nicolas II qui occupait le Saint-Siège ; i il envoya un ambassadeur au souverain Pc pour lui assurer combien il désirait le sati en toutes choses, et lui demander une entrevu terminerait un différent dont son cœur était fondement attristé. Celui-ci ne pouvant m( naître la puissance du prince normand, accé ses désirs et se rendit en Fouille dans Tintei d'y tenir par la même occasion un concile opérer dans ce pays une réforme ecclésias que des abus sans nombre avaient rendue ii pensable.
Aussitôt que flobert Guîscard, fortement oc au siège de Cariati, en Calabre, apprît l'arrivé pape, il se fit accompagner d'une suite nombi et vînt en grande pompe faire ses souriiissioE souverain Pontife, troia, Bénévent , et d'ai possessions furent rendues à l'Église, et Rc reçut le titre de capitaine ou gonfalonnier de glise romaine, et avec celui de duc, une nou^ investiture de la Fouille, de la Calabre, et mêm la Sicile, demeurée cependant toute entière soi domination des infidèles , et dans laquelle il
fitôitoiRË iHt La istciLE; (idt». ^ )Mj H
Haûi ëtdyotis lid^lortant et intérètestnt & la fois de iié pdé pàâèier smis siléacé lès cérémonies qui imkïÀ lieu à l'occasion de la ctéation du nooreau duc ; car , Seulement ft psihir de cette épGlc[ùe , k^ ûh de Taticrède, simplleâ gentilshommes noritiKnds j detiiirëtit àùtheùtiquement les prince^ fet les nlàîtreÈ; téguliërs d'un pays conquis par leur épéè, et qui n*ajppàrtenait encore qu'à leur épée.
tnveghes dit que Ton observa dans cette occasion lés cérénidnies en usage pour la création des nou- Teaux ducs de Normandie (1).
L'égïisé fh-irifclpàle à+ait été richement orriez ; un %eéléié appelé iS^/&//5fe>/éim, sùtoôfaté d'un dômie d'une splendeur éclatante, avait été préparé pour le pape qui devait présider à cette cérémonie.
Le sofuterain fontlfe entra le ptemîèr dans l'église : un nombreux cortège l'eritouràit, chantant des cantiques sacrés. Avant de dépasser le seuil de la sainte demeure, le pape se retourna vers la foule qui encombrait les abords de l'église ; aussitôt les chants cessèrent, hommes, femmes et enfants
^^agenouillèrent. Le pape promena sur cette foule
68 mSTOIRE DE LA SICILE. (1038. — 1059.)
ainsi silencieuse et inclinée un regard solennel, et la bénit ; lorsque la sainte bénédiction eut touché comme un souffle divin, tout ce peuple de fidèles accouru sur les pas du saint père , les chants recommencèrent et le silence se changea en un hymne saint qui monta jusqu'au ciel comme un cri de reconnaissance. — Peu après arriva le duc avec son brillant cortège de seigneurs; toutes les bannières déployées flottaient au vent. Il entra également par la porte principale et alla prendre place dans la partie de Téglise qui lui avait été réservée.
Alors commença la cérémonie de l'investiture m célébrée en ce jour solennel par le pape lui- ■ même. li
Le souverain Pontife se leva, et après l'invoca- * tion à la très-sainte Trinité, qu'il prononça la tête découverte, il dit d'une voix haute:
« Robert Guiscard, fils de Tancrède, seigneur très-chrétien , par le pouvoir souverain que Dieu m'a transmis pour la plus grande splendeur et la plus grande gloire de la religion sur la terre, je te donne, à toi et à tes descendants, l'investiture des duchés de la Pouille et de la Calabre , afin que tu
fasses fleurir et resplendir d'un pur éclat la religion du Christ. Prince très-chrétien , je joins à cette investiture celle du duché de la Sicile ; fort de ta foi en Dieu , puissant par elle , tu y porteras tes armes victorieuses et tu purifieras ce sol trop longtemps souillé par l'impiété du paganisme. — Sois avec le Seigneur, et le Seigneur sera avec toi. t
Le duc, qui s'était agenouillé pendant la prière, s'ayanca ensuite jusqu'au Saldistoriwn du souverain Pontife; il ploya le genou devant le premier gradin de l'estrade et prononça d'une voix élevée, le serment suivant :
< Je jure au nom du Christ trois choses au peuple chrétien qui m'est soumis; d'abord de conserver à l'église de Dieu et au peuple une paix Traie et durable en tout ce qui dépendra de moi; je jure ensuite de défendre à tous quels que soient leur rang et leur position , la rapine et les injustices iniques; je jure, en troisième lieu d'ordonner que tous les jugements soient dictés par réquité et la miséricorde. »
Des deux côtés du duc se tenaient des écuyers
portant sur des coussins, les insignes et les vêtements
7J HISTOIRE Pfi LÀ SIÇ1}£. (1038. — \Qb^.\ I
ducaux. — Deusf pl^pé^ h h droitie ^u ^w tt feqaijeift, j'un la cq^rpn^e, l'autre le bq^^pef d\^ç^l\
c^^x places 4 sa gauche portaient, ]p prpi:fxier, Véh i
tçpda^rd, signe de VinYesti(^fe;le sçppnd, \9: iQflgHÇ i
pt)€î ^Upale de diverses coule^f;» (!)• 3
(I) InvegkeSf <(ui rapporte en (i^fat/ çeffçe^n^nie, <ltï: Vol. IIIi p. 50| -i an 1059. (trad.*).
Les ducs avaient aussi couronne, bonnet, Têtements et titres ducaux, rt i La couronne ducale est décrite, par Alphonte Lopez de Hara^ ei| ces termes : f.es ducs peuvent porter, sur leur tête et au-dessus des éconoM f de leurs armes , la couronne que propreipent op appelle eorqnaU$ on qMjp ^ ronne ronde ; les fleurons doivent être d'égale grandeur, parce que waÙÊ» ment le roi peut porter couronne avec fleurons inégaux, dont les vatm ml I de beaucoup supérieures aux autres. j.
Los duqueè poner sobre la cabeça y escudo de armas corona que pr»priamente son lamados coronales que sus flores han dfiser ignaUs jfor ff(' % solos los reyes los quales han de tener corona con flores que scan la wia superiores a las otras, !
Mais Scipion Mazzellfl la décrit autrement :
Les ducs ont au-dessus de leurs armes un cerde sans rayons ou biei s^ns pointes supériepes; car celles-ci n'ijppartiennent qu'aux ar^^ 4pf princes ; mais, au lieu de pointes, ils ont quelques perles et quelques joyam.
La seconde marque distinctive du duc est le bonnet que dépeint Bartk^ Umy Cassaneo*
Un bonnet, avec une couronne ronde, ni droite, ni montant en fiprme de zône^ ^tour^nt le bonnet comme les rpis, çt, quant à TiATeotîpf) d'un pareil bonnet, je n'en trouve pas rorigine.
Pyleus circumdatur quadam corona rotunda non recta, nec ascendenle in modum zonœ circumdantis pyleum , prout reges ; et de hujut nifidj/t 7^ lei inveniione non invenio originem,
A mon avis, ce bonnet ducal est semblable à celui dont se aerreot ao-. jourd'hui les trois électeurs laïques de Tempirç : cornes Palatin^s Dap^ert dux Sanoniœ portitor.
Je ne sais commet est la rp^e ^ucalet k Vf PPV?^ ^^ ¥^^^
mSTOIREl n£ LA SICILE. (i088. -r- 1059.) H
Le pape se leva de pouveau et récita dcun
prières.
Ensuite le dixc icnonta les gradîps qui le séparaient du saint père , et ployant une seconde fois le jenou, il reçut Varineau que le pape lui mît au doigt
en disant :
• Reçois l'anneau de la sainte Foi, lui seul établit le duché sur des bases solides ; lui seul augmente la puîss£^nce ; c'est lui aussi qui te donnera le pouvoir et la force^de repousser triomphalement I tes ennemis, de détruire l'hérésie et dq réunir teq sujets d'une manière persévérante sous le drapeau de la foi catholique » (1).
Après l'oraison , que le duc écouta avec une grande lérotion, le pape prît des mains d'un de ses serais l'épée du duc, et après la lui avoir donnée à
Omiei que la robe archîducale d'Autriche est une robe de diverses cou- ^ qiii arriv§ jusqu^aux pieds, avec la mitre sur la tête, surmontée d'une ^'i; mais je suis star que, depuis cette année, Robert se montra au l*BpIe avec la couronne et les vêtements ducaux, et qu'U se servit du titre
^Ds les privilèges :
^goRobertus, diuv Apuliœ et Catabriœ,
(1) Accipe annulum sîgnaculum videlicet sanctœ fideî soliditatem duca- ^ i|qgmenti|in poteatix> per quem scias triump^aU potenti^ hostcs repel- ''^t baereses desir^erç^ suttditfli^ coadun^rç çt pat^pli^ fidçi pçrsçverat)iU-
•aiiconnecU.
baiser, car elle avait préalablement été bénie , il la lui remit solenDellement. »
Le duc se leva pour recevoir Tépée.
« Maintenant, lui dit le souverain Pontife, sois fort , sois homme , observe les Commandements de Dieu, ton Seigneur tout-puissant et ton maître; ainsi tu marcheras dans ses voies , dans ses rits et dans ses volontés ; ainsi tu respecteras et vénéreras ses décrets souverains , et de quelque côté que tu portes tes armes , le Seigneur te donnera la force et le courage» (!)•
Puis se tournant vers les écuyers qui tenaient les insignes et les vêtements ducaux, il ajouta :
• Que cette couronne, ces insignes, et cette robe marquent à tous l'investiture que nous te donnons , et dont tu es en ce jour saintement et légitimement revêtu.»
Ensuite le pape lui mit la couronne sur la tête, la robe sur les épaules, et prenant l'étendard, il l'éleva de ses deux mains vers le ciel.
(IJ Nunc confortate et esto vir, observa cuslodîas Domini Deî tuî, ut ambulesÎD viis ejus et testimonia et judlcia quocumqucte verteris confortet (eDominus.
tDieu puissant et éternel, dit-il, toi qui es la bénédiction de tous , et la force de la victoire , jette un regard miséricordieux sur les prières de notre humilité, et sanctifie par ta divine bénédiction cet étendard préparé pour la guerre , afin qu'il soit fort contre les nations rebelles , et de- Tienne un gage certain de la victoire pour ceux qui mettent en toi toute leur confiance et toute leur force; car tu es le Dieu conducteur des batailles et tu viens en aide à ceux qui croyent et espèrent en toi ^o (1).
Tous les assistants répondirent : Ainsi soit-il.
Alors le pape jeta surTétendard quelques gouttes d'eau bénite et s'assit en se couvrant.
Le duc s'agenouilla pour recevoir l'étendard que lui présentait le souverain Pontife, et il le toucha de la main pendant que le saint père le tenant encore lui dit :
« Reçois cet étendard sanctifié par la bénédiction
(1) OmnipoteDs sempiterne Deus, qui es cunctorum benedictio et triumphantium fortitudo , respice propitius ad preces humilitatis nostrx« et hoc Texillum quod bellico usui prcparatum est cœlcsti bcnediclione sanctifica , nt coDtra adversarias et rebelles nalioncs sit validum, tuo que murrimine circumcœptum, atque in te confidentibus solidainentiim' et certa (iducia Tictorlx. — Tu es enim Dcus qui conteris bella et cœleslîs prxsidû speramibus iu te prscstas auxiiium.
U HISTOIRE DE LÀ SICILE. (1038. — i0^9.)
divine , qu'il soit terrible aux ennemis du peuple chrétien, et que le Seigneur t'accorde la grâce infinie de traverser sain et sauf et vaipqueur la multitude des ennemis cet étendard à la ms^ip , pour la gloire et la splendeur de toa nom » (1).
Le pape donna ensuite au duc le baiser de paix en lui disant : c Que la paix soit avec toi. »
Le ducreçutrétendard, et ayant baisé pieusement les mains du souverain Pontife il se leva , et alla reprendre place à Tendroit qui lui avait été ré^ serve (2).
Ce fut ainsi qu'après s'être publiquement réconcilié avec le pape, Robert Guiscard fut inve^ti du
(1) Op disait : Recevpir TinvesUture du dud^é par étendard per vejpilhim. Âcdpe vexillum cœlesti benedictione sanctificatuniy sitque inimicis po-
puli Christian! terribile : et det tibi Dominus gratiam , ut ad ipsius nomcn, et honorcm çum illo hostiuip cuneos potentes pénétras incolumis.
Deinde dat ei osculum pacis dicens : Fax tibi. Qui acceptp vexUlo ofc^-! latur manus pontificis, surgit et discedit.
(2) Buffier, p. 104.
En agissant ainsi avec ^Robert Guiscard, le pape Nicolas II fut loin de obliger les intérêts du Saint-Si^c, dont il était le gardien et le dépositaire. Non-seulement Troia et Bénévcnt furent restitués au Saint-Si^e ; mais Robert Guiscard se déclara en outre, par serment, vassal de Téglise romaine, et s'engagea à payer, chaque année, au souverain Pontife, en signe d'hommage, douze deniers, monnaie de Pfivie, ainsi que de l'assister en toute occasion urgente, de troupes et d'argent.
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titre authentique de duc avec transmission à sa descendance , il retourna ensuite à sa vie agitée de batailles et de victoires; — car pour lui, vivre, c'est combattre. Il va en Calabre fortifier les châteaux et s'assurer la possession de cette contrée d'une manière plus ferme et plus Inébranlable encore.
Roger, son frère, auquel il a conféré le titre de capitaine général, bien qu'il ait à peine vingt-deux ans, se signale par la valeur d'un jeune homme, et la prudence d'un vieux général.
Devant cette continuité de combats et de victoires, devant cette unité de force et de volonté qui agit à la fois sur tous les points , les villes sont saisies de frayeur , et se soumettent sans résistance.
La conquête de la Calabre est entièrement terminée, les agresseurs sont devenus conquérants; eux seuls ont changé le sort de l'Italie, et nous allons les voir maintenant guerriers aussi infatigables qu'ils étaient invincibles, entreprendre et réaliser la conquête de la Sicile par l'expulsion des Barbares.