DEUXIÈME PARTIE. CH. II
temps que la canne à sucre, le palmier et l'olivier, dont parle M. Weinrich (1).
Remarquons tout d'abord que l'expédition qui détermina la conquête de l'île au neuvième siècle partit du port de Susah, et que la proximité du rivage qui entourant le golfe de Càbes, s'étend de Tunis à Tripoli, facilita à toutes les époques les relations* entre ces contrées et la Sicile (2). Les mœurs de cette partie de l'Afrique musulmane, mœurs tout à fait semblables aux mœurs des Arabes de l'Asie, furent donc celles dont la Sicile reçut l'empreinte'. Il n'y avait rien i changer au commerce déjà très actif établi par les Grecs dans les ports siciliens. Les Arabes modifièrent surtout l'agriculture de rtle, et, trouvant un climat favorable, dotèrent du cotonnier de Syrie, de la canne à sucre de Tripoli et du mûrier de Càbes, la nouvelle terre conquise. ^
Nous ajouterons que, pour ce qui concerne le mûrier et le ver à soie, notre assertion n'est pas contredite par les témoignages des écrivains du douzième ^ècle. Ainsi consultons le récit d'Othon de Frésin^en qui raconte l'expédition faite par le roi normand Roger, contre la Grèce, vers Tannée H46 ; après avoir parlé de quelques
(4) Weinrich : Rerum ah Àrabibus^in Italia insulisque adja^ centibvs gestarvm commentant^ p. 290.
(î) Toutes les histoires de l'Afrique masulmaoe et de la Sicile Tattestent. M. Âmari donne de très intéressants détails sur les expéditions que les Arabes d'Afrique firent en Sicile à dater du dixième siècle. Storia dei Musulmanij tome u. p. 472.
21 i HISTOIRE DE LA* SOIE.
otftriers de Corinthe et de Thèbes ameùés en éapiivHé à Palerme, récrivain ajoute : « Dès cette époque, Fart de tisser la soie que pariai l^ nàtîoiis efûréiiennes les Grecs seuls connaissaient, commença à n'avoir plus de . mystère pour les Latins (4). » Evidemment ce n'est pas affirmer (|ue l'industrie de la soie n'existait pas antérieurement dtfns la Sicile et que les inusulmans de Palerme ne connaissaient pas cet art. De plus, il rfest nullement qucstioti dalis Othon de Frésîngen du toùrier et Al ver à soief; leur existence en Sicile antérieurement à Fintrodaction des tisseurs grecs fie' saurait donc être mise en doute. Or est-il possible de faire honnoEr m toi Roger de' FétàWissetfient de Tindustrie
(1) a Indeaé interiora Gïmcisb progressif Goris^um, Tbebasr, » Âthœoas eipugnant; ac maxima ibidem praeda direpia, opifices • •etiam qui scrico« pannes lexere sôleut... Captivos deducunC; » qooB Rogôfittfr m Paiermo, Sicilis motropôli, colfiocans, afftem » illam texendi sucs edocere prœcepit, et ex hinc prœdicta ars » illa, prias a Gieeds tantum inier Chrislianos habita, Romanis » patere caefit ingeniis. » Âpird Mûratori, Ant. itah med. (£v., tome 11, p. 405, di-ssert. xxt. — Nieétas Gboniates rapi^ortô k même évén'ement; en écrivant VHisioire du règne de Manud 'Comnène^ Mb. n, càp 2. Nous en avons déjà parlé th. i, p. 54.
Le roi Roger attachait une si grande importance à cette capture, qu'en faisant la paix avec Tempereur groc Alexis, il refusa é& rendre parmi les prisonniers ceux qû! étaient habiles dins l'art du tissage, hommes et femmes. Ceïa tenait sans doute à ce qu« Fes maaiufatctores de Palerme, après la conquête des If oTmands, avaient été délsnssées par les ouvriers arabes, et à la difficulté de trouver pour des ouvriers chrétiens des professeurs parmi les artistes musiilmanif.
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«éri^ne, Id^^u'oa lit dans Edrisî, cantemp(»rain de ee «ouveram, ee nom si 'Caractéristique de Roc de la soie^ Sakhrat el H^r, donné à un terrain ou à un château (i), at e^ détails sur San Marco, village situé près de Palernii(e : « ^m Marco possède des marchés, des bains : on y trouve en aiK)ndanee toute sorte de fruits, cari^ campagne qui Tenvironne est vaste, fertile et bien arrosée. Il y <a*oît partout quantité de violettes qui embaument Tair des plus délicieux parfums. Le pays produit aussi beaucoup (|e soie (2). » Le géographe n'appelle pas lattention sur un fait récent, et certainenient il n'eût pas manqué d'insister s'il avait eu à en louer le roi Roger. En outre, en prenant la date de son livre qui fut terminé en 1154; en considérant la fabrication des soieries comme florissante à Palerme, non pas seulement en 1146, date que fixe Othon pour son apparition en Sicile, mais même en 1133, date inscrite sur le manteau impérial de Nuremberg (3), est-il pos-
(4) DaoB TiemplaceineiU qu'occape aujourd'hui Rosella, entre Termini et Cefalu, •
(2) Edrisi, tome ii, p. 80. Traduction de M. Amédée Jaubert Remarquons encore qu'Edrisi nomme JVahr-tût, fleuve du mûrier, le fleuve Arena, qui coule à une demi-journée de marche de'Mazira. ^
(3) Là pièce de soierie dite manteau de Nuremberg, et conservée à Vienne, porte une inscription que M. Reinaud traduit ainsi, Journal asiatique^ avril 48lfe, p. 383: « Fabriqué dans le ma- » gasin royal, séjour du bonheur, de l'illustration, de la gloire, » de la perfection, etc., etc., avec le sentiment de Thonneur, du ji dévouement, de la conservation, de h sympathie, du bonheur,
sible d'admettre qu'en quelques années on serait arrivé à produire beaucoup de 90ie aux environs de Palermë? Que sont vingtannées dans la vie d'uneindustrie, lorsque son histoire nous a appris qu'il faut compter par siècles pour suivre son développement? Attribuer donc aux Arabes africains, qui ont envahi la Sicile, l'introduction de la soie à Palerme, ce n'est pas faire violence aux faits historiques : cette ville était, au dixième siècle, toiA à fait arabe ; l'industrie et les lettres y étaient encouragées; le commerce y étai^t actif (1).
M. Amari, le savant le mieux instruit dans l'histoire de la Sicile, nous apprend (2) qu'il y avait à Palerme,
j» de la santé, da secours et de la satisfaction, dans la ville de » Sicile, Tan 528.» L*an 528 de Thégire correspond à 4433 de J.-C. Ce manteau, fabriqué pour le roi Roger P', fut emporté en Allemagne par les empereurs de la maison de Souabe ; il atteste l'habileté des ouvriers et des dessinateurs arabes de Palerme. Comme l'observe M. Weinrich, il est impossible, après ce document irrécusable, de regarder l'expédition du roi Roger en 4446, comme le point de départ de l'introduction de la fabrique des soieries en Sicile. Berum ab Arabibus in Italia insulisque adja-* centibus gestarum commentant, Cipsiae 4845, p. 291.
(4) Voir la description de Palerme faite par Ibn-Haukal et tra- ^ duite par M. Amari, Jmmàl asiatique, janvier 4845.
(2) Journal asiatique^ mars 4 846, p. 24 5.-- M. Francisque Michel combat cette opinion et n'accepte cette dispoiition du palais impérial de Palerme que pour les règnes des rois normands ; il ne • croit pas que les émirs arabes aient eu un établissement semblable, tout en faisant cependaut de nombreuses et puissantes restrictions en faveur de l'opinion contraire. Voir sa dissertation dans le tome I, p. 76 et T7, et surtout les notes. — C'est dans celte manufacture de Palerme qu'à la fin du douzième siècle pénétra Hugon