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DEUXIÈME PARTIE. CH. II

Libres de suivre leurs penchants, les Juifs donnent alors la mesure de ce qu'ils peuvent faire : on le» voit rivaliser avec les Arabes dans les sciences, les arts et le commerce, et fonder des écoles que les savants des pays chrétiens voisins viennent visiter (1). Les progrès de leur commerce et de leur industrie ne sont égalés que par les succès de leurs synagogues : tout les favorise, et en Espagne, comme en Orient, ils parviennent aux plus hautes positions politiques.

Sous Abderame, un médecin juif, Hasdaï , homme d'un grand savoir et d'une grande éloquence, fut chargé de missions diplomatiques qui ont rendu son nom célèbre. C'est lui qui décida la reine de Navarre, la fière Tota, à venir à Cordoue afin de solliciter par elle-même l'appui du khalife en faveur de son petit-fils Sancho, dépossédé du royaume de Léon. Hasdaï n*était cependant que directeur général des douanes (2). « Souvent, observe M. Dozy, des Juifs ont joui d'une certaine considération auprès des souverains musulmans qui aimaient surtout à leur confier l'administration des finances; mais d'ordinaire la tolérance musulmane ^'allait pas jusqu*à souffrir patiemment, qu'un Juif fût premier ministre (3). » Un Juif cependant a acquis une

(4) Bédarride, les Juifs en France^ en Italie et en Espagne, p. 465, note 9 du chap. vu.

(2) M. Dozy, Histoire des musulmans d'Espagne^ tom. m, p. 75 et 84.

(3) M. Dozy, i6id., tom. iv, p. 29.

grande célébrité comme vizir, c'est Rahbi Samuel Ha Lbyî, secrétaire du roi de Grenade au onzième

siècle (1).

Il est vrai que dans ce royaume de Grenade, alors possédé par les Berbers, les Juifs s^ trouvaient, comme en Asie après la conquête, appelés à un râle important à cause de leurs connaissances littéraires et de leur éducation. La grande influence de Samuel vint certainement de ce que le roi de Grenade, ne pouvant se fier aux Arabes, ennemis jurés des Berbeas, et n'ayant dans les tribus qui i avaient suivi que des guerriers intrépides « mais incapables d'écrire correctement une seule ligne dans la langue du Coran (2) » fut heureux de rencontrer, pour en faire son ministre, un homme aussi lettré et d'un esprit aussi fin.

Ainsi, \^ juifs contribuent pour une bomie part à l'illustration de cet empire arabe devenu au moyen âge le centre de la civilisation, et, chose bien remarquable, le goût des sciences ne demeure pas le privilège de quelqûes esprits : par leur mode d'éducation, tous les Juifs sofit, pour ainsi dire, obligés d'avoir quelques 'notio\)s scientifiques. Si au milieu des peuples barbares qui ont

(1) « Les Juifs étaient si nombreux à Grenade qu'on rappelait » h ville des Jui% et, eomme ils étaient riches et puissant^ ils » se mêlaient assez souvent des affaires de i*Etat; c*est)à, en un >» mot, qu'ils avaient trouvé^ sinon la terre promise, au moins la » manne au désert et le rocher d*Horeh. » M. Dozy^ p. 29.

(î) M. Dûzy, tôtd^p. 30.

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