DEUXIÈME PARTIE. CH. III. Ul
recherches des mœurs de la société romaine, l'industrie de la soie était demeurée inconnue à TOccident. L'habitude, signalée par Sidoine Apollinaire, de broder avec de la soie se retrouve dcMic seule au sixième siècle, et Fortunatus peut placer entre les mains de la reine Radegonde de la soie venue de Constantinople(l). Mais qu'allait devenir cette consommation de la soie, entièrement subordonnée à' la prospérité du commerce avec rOrient?
Aux Franks, qui au septième siècle envahissent la Gaule méridionale et la dévastent, succèdent les Musulmans. « Le vent de l'islamisme commence à souffler de tous les côtés contre les chrétiens. La Septimanie jusqu'au Rhône, l'Albigeois, le Rouergue, le Gévaudan, le Vélay sont traversés dans tous les sens pai' les Rarbares^ et livrés aux plus horribles ravages (2). »
('l ) On lit dans Tépitre adressée, au nom de Radegoude, à Artak, prince ihuringien réfugié à Gonstantinople :
Taie yenîre dia exspectaTi munus amantis.
Militiaeipie tns hanc mihi mittis opem.
Dirigis ista meo nunc seriea Tellera peaso, Ut dnm fila traho, soler amore soror ?
(Pièces justificatives annexées au second volume des Récits des temps mérovingens.)
(2) Reinaud, Invasions des Sarrazins en France^ p. 23, — « On ne connaît^ dit encore M. Reinaud, les lieux où pénétrè- » rent les Sarrazins que par le souvenir des dégâts qu'ils y corn- » mirent. Aux environs de Vienne, sur les bords- du Rhône, les 4 églises et les couvents n*o£frirent plus que des ruines. Lyon, » que les Arabes appellent LotUioUm^ eut à déplorer la dévasta*
!è^ HISTOIRE DE LA SOIE.
Charies Martel, appelé par Eudes, duc d'Aquitaine, refoule les envahisseurs et en préserye le nord , mais il ne les chasse pas de la Gaule méridionale. Durant tout le huitième siècle, des armées musulmanes, venues d'Espagne ou d'Afrique, trouvent à Narbonne un centre de ralliement: et, sans les divisions qui éclatèrent entre les Arabes et les Berbers comfiosant ces années, sans les efforts heureux d^ chrétiens espagnols qui fondèrent des royaumes séparant TEspagne arabe de la (>aule, elles n'auraient laissé aucun répit aux malheureuses cités de la Provence et du Languedoc.
Avec Charlemagne une ère nouvelle commence :
trêve aux déchirements et aux guerres civiles qui en* sanglantaient les pays envahis par les Germains, respect de l'administration impériale, apparence d'unité, communauté d'intérêts, rétablissement de l'ordre, relations suivies et glorieuses avec les khalifes Abbassideset avec l'empereur de Constantinople, tels sont les progrès favorables à l'industrie et au commerce, qui sont réalisés au dedans et au dehors. L'empereur frank prend pour modèle les empereurs romains dont il se dit l'héritier.
» lion de ses principales églises; Màcon et Chàlons furent sac-
> cagées; Beaune fut en proie & d*horriblc8 ravages ;-Âutun vit » ses églises de Saint-Naxaire et de Saint-Jean livrées aux
> flammes ; le monastère de Saint-Martin, auprès de la ville^ fut * abattu ; à Sanlieu, l*abbaye de Sainl-Ândocbe fut pillée ; près » de Dijon, les Sarrazins abattirent le monastère de Bèze. » Ibid,,^. 30.
DEUXIÈME PAUTIE. CH. III. 2i9
et son génie ne le porte pas vers les conquêtes seulement, mais aussi vers l'éclat que donnent les lettres et les arts. Nous pouvions espérer qu'au neuvième siècle quelque trace de Tindustrie de la soie nous apparaîtrait, et que dans les domaines de Charlemagne, auprès du cotonnier et du pêcher (1) venus de l'Orient, nous verrions le mûrier utilisé pour nourrir quelques vers à soie, ne fût-ce quà titre d'essai (2\ 11 n'est même plus question de la soie dans le travail ordinaire des gynécées et, sous ce rapport, le neuvième siècle ne rlifferepasduhuitiemesiecle.il y a une industrie textile, mais elle s'adresse aux choses de première nécessité. L'intendant, villicus, devait pourvoir le gynécée du lin, de la lain^ de la guède, du vermillon, de la garance, des peignes, des lames pour tisser, des chardons, du
(4) FermarioB^ cotonianos, dit le Capitulaire dans lequel Charlemagne règle radminiatration de ses domaines, et énumère les légumes qu*on doit cultiver dans les jardins çt les arbustes qu'on doit élever dans les vergers. Capitulare de villis, cap. lxx, dans Baluze, CapituL regum. tom. i, p. 331. Il n*est peut-être pas inutile de rappeler que les chefs franks obtenaient des domaines^ de même que leurs guerriers, dans tous les pays conquis : de là l'apparition des noms d*arbuste8 qui ne peuvent vivre que sous le chaud climat du midi de la Gaule. Quand on parle de Charlemagne, la pensée se porte en effet involontairement tout d*abord vers Aix-la-Chapelle et les contrées septentrionales, où les chefs Carlovingiens fixaient leur résidence.
' (î) Les mûriers figurent parmi les arbres à fruits, parce qu'avec les mûres on faisait une boisson citée dans les Capitulaires avec le vin cuit, rhydromel, le vinaigre^ la bière, le vin.
tSO HISTOIRB'DE LA SOIE.
savon, en un mot de tous les iostruments et substances nécessaires pour la préparation, la teiotore et le tissage des matières premières (!'; puis, après un temps fixé, il faisait parvenir au trésor de l'empereur les pièces de serge et de toile fabriquées par les ouvrières ■^^). Les seules matières textiles mises en œuvre dans les ateliers, ce sont donc le lin, la laine et le chanvre, produits recueillis dans le domaine {3); et il n'y a pas d'exeep-
(1) ■ Ad genliia oostra, licut inititutum esl, opéra ad tempuB H dare faciaDl.id est lioum, lanam, waiEdo, lermicula, wareolia, » pectine!, laminas, cardanes, sapoDem, uoctum, vaecula et reli- B qua mioutia qu» ibidem neeenuia snat. » Capil, de Villù, cap, xuii> Baluze, tom. i, p. 337.
M. Guérard a défioi, en étudiant l'état des persoDoes dans les leigneuries, les attributions des jugea, jutiices, et celles des maires ou iotendanU, villici. Polyptique d'Irminon, p. 436 et luiv.
(S) a Ut Terainje nostrte, quae ad opus noatrum «uni servientes, » habeaat ci partibus nostris lanam et linum, et faciant sarcîllos 11 et camisilos et perveniaDtad camcramnostramperralionem, per >i villicosnastros aut missoBeorum ase tranamiBBos.» Captfu/ar< Serundum, an. 813, cap. icx, de YUUcis, Baluze, tom. i, p. (itO.
(3) Les CapituJaires exigeât que, dans le coinple détaillé f<ti|rni à Noël, ad nativiiiUem Domini, par chaque juge (c'est le noi» qiiq portait l'ofScier préposé au domaine et réunissant les foactiona de magistral et d'économe en chef] toit éuuméré le revrau ea laine, en lin et eu chanvre, quid de lana, lino et canava. Capit, de Yitlis, cap. un, Baluze, tom. i, p. 339.
C'est encore du lin et de la laine qu'il s'agit, lorsque les Capitulairea ioteriiiseDt aux femmes tout ouvrage manuel, tissage, couture ou broderie, pour le jour du Seigneur : • Item femins B opéra leililia non Tacianl, Dec capuleat vestitus, nec consuanl, n vel acupictile faciant, uec lanam carpere, nec linum battere, nec - -1 publico vestimenta lavare, nec berbicea tondere babeant