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DEUXIÈME PARTIE. GH. III

leur rappelle au neuvième siècle (1), et, bien que les abbayes soient devenues les plus riches propriétaires fonciers^; bien que quelques-unes forment de véritables vilks , les mieux tenues et les plus prospères de la Gaule, la production industrielle se borne aux tissus de laine et de lin (2).

Les femmes des tenanciers dans les manses tributaires étaient tenues, comme on le voit dans le Polyptique de Tabbé Irminon, de fabriquer ces étoffes en lih,'désignées sous le nom de camsiks , et les étoffes de laine sarciles (3), dont on faisait ou des vêtements, ou des nappes d'autel, ou des couvertures. Quelquefois les prêtres et les diacres eux-mêmes s'occupaient du tissage (4), car les premiers fondateurs des ordres monas-

(1) « Mopachis gallicanis est indultum ul femoraliis laneis, ca- » misiis^ pelUciis^ botis, caperonis de pelliis, almuciis, cooperto- » riis, aurioclaribus uti possiût. » Dom Bouquet^ Becueildes his^ tonem^ tom. yi, p. 446.

(2) L'industrie textile était dans certains monastères portée à une grande perfection. On y faisait da façonné^ cherchant à imiter les dessins qu'on voyait sur les riches tissus apportés d'Orient. Nous renvoyons à l'appendice le témoignage que nous avons emprunté de l'historien du monastère de Saint-Florent de Saumur; l'extrait était trop long pour être placé ici. Voir à la fin du volume, lettre C.

(3) Giiérard : Polyptique de V-ahbé Irminon^ Pi^olégommes ^ p. 747. La largeur de ces étofi'es variait de 2 à 4 aunes. M. Guérard évalue l'aune à 0"" 444. La longueur n'avait non plus rien de fixe.

(4) Nous lisons dans la lettre de Saint-Chrodegang que les prêtres et- les diacres devaient recevoir tous les ans deux sarciles

tiques avaient déclaré le travail un principe de force pour l'âme et pour le corps [1) ; et, relevant la condition des artisans, condition si intime et si méprisée dans Tempire romain, ils avaient imposé aux moines la loi du travail manuel.

Il en était des monastères de femmes comme des monastères d'hommes ; ils devaient se suffire. Les règlements portent que les vêtements des sœurs seront en laine, qu'ils seront teints et confectionnés dans le cou-

vent (2). Seulement saint Césaire, l'auteur des règlements généralement adoptés par les monastères de femmes, avait vécu à Arles au milieu du luxe de Tempire romain, et il avait vu la soie recherchée pour des broderies par les femmes des gynécées gallo-romains. De là cette mention spéciale de la soie, très-compréhensible au cinquième siècle, mais qui aurait été hors de propos aux huitième et neuvième siècles : « qu'aucune broderie en soie ne décore les vêtements, et que pour tout ornement on applique sur le tissu des croix

ou de la laine pour les faire, « aut lanam undc ipsos sarciles bi- » nos in anno habeant. » Guérard, p. 747.

(4) « Quia virtus est animée et corporis. » 'Refpda S. Benedicli, p. 97.

(2) Voir les détails recueillis par Augustin Thierry sur le monastère que la reine Radegonde fonde à Poitiers, au sixième siècle : Récits des iem'ps mérovingiens^ t. ii, p. t57.

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