DEUXIÈME PARTIE. CH. III. t
est identique à ce qui a lieu dans les domaines seigneu* riaux.
Que la soie ne demeurât pas inconnue dans les villes du Midi, lorsqu'au dixième et au onzième siècle, l'Espagne, l'Afrique et la Grèce en produisaient, cela est incontestable. Mais les négociants qui monopolisaient le trafic des soieries venues du dehors, avaient tout intérêt à empêcher que la matière première ne fût mise en œuvre en France. Ils se gardaient d'en favoriser l'importation et absorbaient, probablement pour en faire
des franges, la petite quantité de soie apportée par les navires qui naviguaient dans la Méditerranée. Ajoutons que ces négociants n'avaient pas de demeure assurée et qu'ils étaient, plus que tous les manants, exposés au mauvais vouloir des évêques.
Ces négociants en effet, (avons-nous besoin de le répéter?) ce sont les Juifs qui, en Europe comme en Asie, n'ont d'autres moyens de subsistance que le commerce. Ce sont eux qui vendent en Occident les parr fums, les épiceries, les bijouteries et les étoffes (1). Par
(t) Ils faisaient le commerce de Targent et aussi le commerce des esclaves^ commerce, il est honteux de le dire^ qui '^tait le plus actif et le plus lucratif durant le moyen Age. Voir M. Reinaud, Invasions des Sarrazim^ p. 233, et M. Dozy, Histmre des musulmans d^Espagne^ tom. m. p. 60. En France et en Italie, les Juifs spéculant sur la misère des peuples, achetaient les enfants de l'un et l'autre sexe pour les transporter ensuite chex les Sarrazins.
eux le luxe des Goths et des Gallo-Romains, puis celui des Franks, reçoit les soieries ; et tandis que l'industrie de la soie demeure nulle, le commerce des soieries ne souffre, pour ainsi dire, aucune interruption du septième au douzième siècle. Pour suivre les fluctuations de ce commerce, il faut donc étudier quel a été le sort des Juifs (1) qui en sont les intermédiaires, et aussi quelles ont été les relations commerciales entre la Gaule et le Levant (2) puisque c'est dans le Levant qu on va chercher les soieries.
En vain, à l'instigation des conciles, les rois wisigoths au sixième et au septième siècle ont persécuté les Juifs en Espagne et dans la Gaule Narbonnaise ; en vain les rois franks de la première race les ont livrés, sans qu'il leur fût permis de se plaindre, aux attaques, aux insultes et aux vexations de tout genre : le retour fréquent des mêmes troubles et des mêmes persécutions (3)
(1) Poar ce qui concerne les Juifs, nous sifivons M. Bédarridc qui a recherché^ siècle par siècle, quelle était leur condition en France, en Italie et en Espagne.
(î) Nous prenons pour guides dans cette étude du commerce avec le Levant : de Guignes, Mémoire sur le commerce des Frmiçais en Egypte et en Syrie, avant les croisades, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres^ tom. xxxvii. — Pardessus, Introduction à la collection des lois maritimes.
(3) Voir Bédarride, Histoire desjuifs^ ch. m et iv. —Grégoire de Tours au livre v de son histoire des Franks fait le récit d'une de ces persécutions auxquelles les Juifs, sous le moindre prétexte, étaient exposés.