‹ Histoire de la soieChapitre 125 sur 184 · DEUXIÈME PARTIE. CH · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CH

prouve que le peuple juif revit toujours. 11 ne faut pas s'en étonner, car les Juifs avaient compris la puissance de l'argent comme levier social, et, avant tout, ils étaient banquiers et changeurs (1) : par là ils se rendaient nécessaires à tout le monde. En outre, ils trafiquaient de tout , et, pour assurer leurs succès, savaient admirablement utiliser et leurs connaissances variées et leur habitude des voyages et la nouveajité des produits merveilleux qu'ils apportaient de pays inconnus. La protection qu'ils ont obtenue des Arabes accroît leur importance et réagit même sur les contrées d'Occident où le Coran ne règne pas. Les Juifs établis dans les Gaules voient arriver an huitième siècle un grand nombre de leurs coreligionnaires qui, venus à la suite des armées musulmanes dans le but de trafiquer du butin pillé, ne se retirent pas avec elles lorsque ces bandes ont été refoulées par Charles-Martel. Aussi, du temps de Charlemagne, les Juifs sont nombreux en France ; et, si leur état politique ne s'améliore pas (2) , leur pros-

(4) Trapezitœ, dit le texte que nous avons emprunté à Thistoire du monastère de Saint- Florent de Saumur; de ce commerce d*or et d'argent est resté aux Juifs le nom méprisant d'usuriers . Sans vouloir^ à coup sûr^ faire Tapologie de l'usure^ nous observerons qu*au moyen àgë l'argent était pour les Juifs l'objet d'un véritable négoce, et prenait^ comme toute marchandise exposée à de grands risques, une plus-value inévitable en raison même dû peu de sécurité qu'on laissait aux Juifs : c'est ainsi qu'ils furent conduits à prêter à gros intérêts.

(î) Bédarride, ch. vi.

périté commerciale est très grande. Les relations que l'empereur frank cherche à établir avec les souverains orientaux deviennent aussi pour eux une occasion de prendre de l'importance à la cour d'Aix-la-Chapelle (1) : plusieurs missions sont confiées à des Juifs.

Au neuvième siècle, ils savent si bien gagner la fa* veur de Louis le Pieux (2), que l'archevêque de Lyon, Agobard, tente vainement de leur enlever la protection impériale et de susciter contre eux une persécution (3}.

(1) La plus célèbre ambassade confiée par Gharlemagne à des Juifs est celle qui fut remplie près du khalife Aroun-al-Raschid^ parle Juif Isaac. Voir dom Bouquet, Collection des historims, t. V, p. 53.

En dehors de ces missions, nous trouvons des anecdoles qui dépeignent encore mieux le degré d*intimité auquel les Juifs étaient parvenus auprès de Gharlemagne. Telle est Thistoire de ce Juif qui est encouragé par l'empereur à jouer un tour à certain évêque; il se fait payer fort cher un rat enveloppé dans une étoffe de soie et présenté comme un animal très rare, rapporté d'Orient. Ges mots « qui terram repromissionis sspius adire^ et inde ad cisma-" » rinas provincias multa pretiosa et incognita solitus erat afferre » ne laissent aucun doute sur le rôle commercial des Juifs, et montrent bien que tout le commerce d*outre-mer était entre leurs mains. Dom. Bouquet, lom. v^ p. 442. L*anecdote est racontée par le moine de Saint-Gall.

(2) Les Juifs semblent être à cette époque chargés de la perception des droits du domaine, car ils sont obligés de se présenter à la cour chaque année ou au moins tous les deux ans pour exercer leurs fonctions i la chambre du domaine impérial. Depping, p. 47.

(3) Les lettres d*Agobard sont dans le tome vi de la CoUection des historiens de France, par dom Bouquet, p. 363 .

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