‹ Histoire de la soieChapitre 139 sur 184 · DEUXIÈME PARTIE. GH. III. S · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. GH. III. S

devaient, à plus forte raison, les rendre abondantes dans les royaumes chrétiens du nord de TEspagne.

L'histoire des provinces du nord de la péninsule est inséparable de Fhistoire des provinces du sud; c'est le tableau de la lutte continuelle entre les trois éléments chrétien, berbère et arabe, qui se disputent le sol. Au milieu des guerres civiles, aussi fréquentes parmi les chrétiens que parmi les musulmans,, les alliances les plus singulières entre ces peuples déterminent des relations presque non interrompues entre les diffé* rentes contrées. Par ces relations, le commerce est favorisé, et les Juifs (i) qui sont la, comme dans toute l'Europe, les intermédiaires du commerce des soieries, répandent dans la Castille, l'Aragon et la Navarre, ces riches étoffes qu'ils trouvaient en grande abondance dans FÀndalousie.

Outre le commerce régulier, une autre source est encore à signaler : les soieries sont au nombre des présents que les khalifes de Cordoue font aux princes . chrétiens.

Après que Abdérame III, le fondateur du khalifat ommayade de Cordoue, eut vaincu l'insurrection espagnole de l'Andalousie, dompté la féodalité arabe et établi ainsi le pouvoir des khalifes dans sa force et dans sa grandeur, il devint l'arbitre des destinées de toute

(4) Bédarridè, les Juif$ en France^ en Italie et m Espagne^ p. 98 et 422.

l'Espagne. Les communications entre le nord et le midi devinrent plus fréquentes ; on vit même la reine de Navarre, la fière Tota, abaisser son orgueil jusqu'à venir à Gordoue implorer les secours du khalife . Durant tout le dixième siècle, les dissensions des princes chrétiens furent cause que plus d'une fois de semblables démarches furent tentées ; sousHacamlI, c'est Ordono le Mauvais (l), roi de Galice, puis la mère du comte Rodrigues Velasquez (2), qui paraissent à Gordoue en suppliants. Tous ceux qui venaient ainsi, s'en retournaient chargés de présents. Avec Al-Manzor, le ministre tout-puissant du khalife Hacam III, cette coutume devint une véritable prodigalité. La politique du célèbre vizir eut en -effet pour principe la corruption : personne ne sut plus habilement semer l'argent et acheter les hommes. Outre l'or, qui dans tous les temps et dans tous les pays paye les dévouements éphémères, Al- Manzor tirait du trésor les riches vêtements dont l'envoi, flattant l'amour-propre du préféré, était une distinction très enviée. Dans une seule campagne, il distribua aux comtes chrétiens, alliés des Arabes, nous

(4) La réception d^Ordono est racontée avec de grands détails par M. Dozy, Histoire des musulmans d'E^agne^ tom. m, p. 97.

(2) « Garcia de Navarre envoya aussi des comtes et des évoques » 'à Gordoue ; et un puissant comte galicien^ Rodrigue Velasquez, » fit demander la paix par sa mère que Hacam reçut avec les » plus grands égards, et à laquelle il fit de superbes cadeaux. » Dozy, ibid., p. 105.

r)EU;|LIÈNE PARTIE. GH. I1L 289

l'avons déjà vu, deux mille deuxcent quatre-vingts pièces de soieries, sans parler des brocarts et autres tissus (1). Auprès des étoffes distribuées, auprès des étoffes achetées, il faut aussi parler des étoffes pillées. Pour donner une idée des richesses que les razzias procuraient à ceux qui prenaient part au butin fait sur les musulmans, nous emprunterons à Ibn-Hagyan l'anecdote suivante (2) : La forteresse de Barbastro, Tune des plus importantes dans le nord-est a été prise , en 1064, par les Normands que commandait Guillaume de Mon treuil, surnommé Guillaume au Court-Nez; un des principaux habitants, désireux de racheter sa fille tombée en partage à un comte chrétien, charge de la négociation un Juif qui connaît ce seigneur. Le Juif offre de For et les tissus les plus riches : « Badjah, dit le comte en s'adressant à une esclave, prends avec toi quelques-uns des domestiques, tes compagnons, et fais

« (4) Al-Mansur having assenobled the Christian counts who » had assUled in Ihe enterprise (la destruction de Santiago), he n rewarded each man according to bis rank, dislributing dresses » of hononr among them and their followers; aftcr wicli he di?- » missed them in their respective countries. In this campaign » Al-Mansur gave away to the Christian princes and olher who » had shown themselves (he friends of the Moslems two thoii- » sand Iwo hnndred and eighty pièces of the silken stuff called » Urazi of various colours and patlerns ; Iwenty one dresses of » scalskin^ Iwo dresses of the stuff called amhar^ cleven of scarlct » clpth, etc.. » Pascual de Gayangos, tom. ii, p. 495.

(t) Nous la copions sur la traduction qu*en a donnée M. Pascual de Gayangos, ton). 11^ p. 265.

it.

l'Espagne. Les communications entre le nord et le midi devinrent plus fréquentes ; on vit même la reine de Navarre, la fière Tota, abaisser son orgueil jusqu'à venir à Cordoue implorer les secours du khalife. Durant tout le dixième siècle, les dissensions des princes chrétiens furent cause que plus d'une fois de semblables démarches furent tentées ; sous Hacam II, c'est Ordoiio le Mauvais (1), roi de Galice, puis la mère du comte Rodrigues Velasquez (2), qui paraissent à Cordoue en suppliants. Tous ceux qui venaient ainsi, s'en retour» naient chargés de présents. Avec Al-Manzor, le ministre tout-puissant du khalife Hacam III, cette coutume devint une véritable prodigalité. La politique du célèbre vizir eut en «ffet pour principe la corruption : personne ne sut plus habilement semer l'argent et acheter les hommes. Outre l'or, qui dans tous les temps et dans tous les pays paye les dévouements éphémères, Al- Manzor tirait du trésor les riches vêtements dont l'envoi, flattant Tamour-propre du préféré, était une distinction très enviée. Dans une seule campagne, il distribua aux comtes chrétiens, alliés des Arabes, nous

(4) La réception d*Ordono est racontée avec de grands détails par M. Dozy, Histoire des musulmans d'Espagne^ tom. m, p. 97.

(t) « Garcia de Navarre envoya aussi des comtes et desévéques » *à Cordoue ; et un puissant comte galicien^ Rodrigue Velasquez, » fit demander la paix par sa mère que Hacam reçut avec les » plus grands égards, et à laquelle il fît de superbes cadeaux. » Dozy, ibid., p. 105.

Page 1