‹ Histoire de la soieChapitre 150 sur 184 · DEUXIÈME PARTIE. CH. III · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CH. III

soit à l'extérieur, en Hongrie, en Allemagne et en France était représenté en général par les Juifs. Durant tout le moyen âge, les Juifs en effet sont en Italie (1) et y réussissent ; ils sont protégés par les rivalités qui divisent la péninsule en un si grand nombre de petits Etats ; ils sont surtout recherchés dans les villes qui s*eflForcent de s'élever par le commerce à Tindépendance et à la puissance < Là cependant, comme partout ailleurs, ils sont classés à part, ils occupent dans chaque cité un quartier séparé, le Ghetto (2), et ils sont une propriété transmissible comme Test une terre ou un revenu (3) . Leurs relations continues avec l'Orient sont

(i) Muratori. antiq. UaL diBsert. xyi^ tom. i, col. 896 et dis* sert. XXX, tom. ii, col. 883.*

(2) « Quae regio in urbibus ad habitandum Judœis concessa, » Ghettos nobi8 appellaiur» olim Jwkea^ judaica^ judœaria, ap-^ » pellabatur. Hinc enatHin Domen Givdecca^ quod Venetiis adhuc » viget quanquam plerisqae ejus origo ignota ait, ut et Ferrariœ » quae in urbe Za Zuecca celehvÏB œque est. » Muratori, Antiqé ital,^ tom. I, col. 898.

(3) Muratori cite la charte de donation de la juiverie de Salerne faite à Tarchevéquede Salerne en 4070 par Roger, duc d*ÂpuIie : c Concedimus totam Judœam hujus nostrse Salernitanae » civltatis cum omnibus Judmê({m in hac ci vitate habitantes sunt » et fuerint, aut undecumque hue advenerînt; et illis quos hue » iantum ego conduxero. Êaratione ut semper sintjuriset di- )) tionis ipsius Salerniiani archiepiscopi : et cuncta servitia et » census, et plateaticum, et portulaticum etportaticum, intrando » et exeundo, et dationes, et quidquid nobis nostrisque successo- » ribus, et parti nosirœ reipublicœ dare, facere et persolvere de- » bent ; vel quocumque modo in ipsis et in rébus eorum nobis et » nostrae reipublicae aliquid pertinet, vel pertinuerit, ipsi domno » Aféhiepiscopo atque successoribus, et parti ipsius archiepiscopii

la principale cause de leur influence, et c'est sous ce point de vue qu'ils nous intéressent : à Venise, à Amalfi, à Saleme, à Rome, etc., les Juifs, tout en étant changeurs et faisant traflc d'argent, trapezitœ^ cambiatores, ou bien spéculateurs et vendant toutes sortes de produits, speâarii^ monopolisent le commerce des riches tissus d'Orient.

En dehors des villes commerçantes de Tltalie, ne nous étonnons pas de rencontrer les Juifs à Rome. S'ils sont traités avec quelque indulgence par les Papes (l), ils en sont en partie redevables à leur titre de marchands de soieries, car l'Eglise, et c'est là une observation capitale, est le grand consommateur des étofles précieuses au moyen âge.

» dent^ faciant, et persolvant atque pcrtineant. » Antiq. italic.y tom. i, col. 899.

Cette longue citation donne une idée du sort des coaimerçants à celte époque.

(4) M. Bédarride dans son Histoire des Juifs^ insiste^ p. 42. sur la protection que Grégoire !«', le Grand, chercha à étendre sur ces parias du moyen âge. N'aurions-nous pas rexplicatioo de celte bienveillance dans le goût que saint Grégoire avait pour les belles étoffes? Au commencement du livre x de l'histoire des Franks, Grégoire de Tours dit que le diacre Grégoire, issu d'une des premières familles de sénateurs, avant d'être appelé par le pape Pelage pour le seconder en qualité de septième lévite^ « avait » coutume de marcher par la ville couvert de vêtements de soie » et de pierres précieuses. »

En parlant des Juifs dans les différentes parties de l'Italie, Muratoridit : « Romœ vero nunquam desiit vetustissima illorum co- » lonia. » Antiquitates italicœ, dissert, xvi, lom. i, col. 896.

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