DEUXIÈME PARTIE. CH. III
Nous n'avons plus cette foi ardente qui transformait en lieux de pèlerinage toutes les églises dépositaires des reliques des saints, et qui entraînait les fidèles surtout vers le tombeau du Sauveur et vers les tombeaux des apôtres : ce sont cependant ces généreuses inspirations de la religion qui ont préservé de la barbarie l'Europe au moyen âge, et ce sont elles encore qui seules pourront chasser les miasmes délétères au milieu desquels Tâme engourdie ne sent plus le bien et Tintelligence obscurcie ne comprend plus le vrai.
Rome, comme Jérusalem, était le rendez-vous de nombreux pèlerins : beaucoup venaient pour la ville éternelle elle même ; d'autres venaient s'y embarquer pour l'Orient, doublant ainsi leur pèlerinage. Comme à Jérusalem, il y avait à Rome des foires célèbres (1) qui s'étaient établies à la suite de ce grand concours d'étrangers. De là un mouvement commercial assez considérable ; et la plupart des pèlerins profitaient de leur séjour à Rome pour acheter quelques riches tissus destinés à des dons pieux (2).
Outre ce débouché, qui était pour ainsi dire intermittent, les marchands de soieries en trouvaient à Rome un autre presque continuel : nous voulons parler
(^ ) Daru fait allusion à la grande prospérité des foires de Rome en parlant des foires instituées à Venise au onzième siècle.
(2) M. Francisque Michel, lom. i, p. 62, signale Timportance du marché de Rome qu'il regarde comme un entrepôt de soieries au moyen âge .
de l'usage considérable que les Papes faisaient de ces
étoffes précieuses.
Nous ne remonterons pas au septième siècle dans l'histoire des chefs de TEglise : la papauté n'avait pas alors toute liberté d'action, bien qu'elle fût appelée à redonner l'honneur et la puissance à l'ancienne capitale du monde romain, à Rome menacée d'une ruine complète (1). Le Pape était, pour le temporel, entièrement soumis à Tempereur de Constantinople, et Ropie formait un duché dépendant de l'exarchat de Rayenne. Déjà certainement, dans la mesure de ses ressources, le souverain Pontife, jaloux de conserver dans toute la chrétienté leur splendeur aux cérémonies du culte, répandait de nombreux bienfaits et s'efforçait de venir en aide aux églises pauvres ; mais il n'a pu contenter son pieux désir d'orner les demeures du Seigneur, que lorsque la papauté protégée et enrichie par Pépin et Charlemagne, eut une souveraineté temporelle. L'accroissement des revenus des Papes se traduisît en accroissement de bien-être pour les pauvres et pour le clergé, et en encouragements donnés aux arts (2). Nous
(4 ) Nous citerons les paroles bien remarquables de Gibbon : « Lîke » Thebes or Babylone or Garthage, the oame of Rome migbt hâve » been erased from the earth> if the cily had not been animaied » by a vital principle which again rostored her to honourand doj» minion. » The décline andfall of the^ etc. p. 79 ( .
(S) « Ge luxe religieux^ respectable par ses motifs, mérite aussi » la reconnaissance de Tart. Ge furent en quelque sorte ces of-