DEUXIÈME PAHTIE. GH. III
ne pouvons, même en laissant de côté ce qui concerne Tarchitecture, Torfévrerie et la peinture, énumérer la quantité des soieries qui furent données par les papes aux églises, ou qui furent envoyées en présents aux rois catholiques. Toutes les chroniques du moyen âge ont enregistré quelques-uns de ces actes de munificence qui attestaient TafiTection encourageante du chef de l'Eglise pour tous les fidèles. Les largesses des papes du neuvième siècle envers les églises de Rome remplissent le livre si souvent cité d'Anastase le Bibliothécaire (1).
Les riches tissus de soie n'étaient pas seuls employés pour les ornements d'autel, vestes altaris^ pour les voiles, vela^ suspendus entre les colonnes de Tau tel ou bien dans les arcades de la galerie qui séparait le chœur. de la nef (2), enfin pour les rideaux, cortinas^ placés
» frandes usitées dans les différents cultes, qui, après avoir origi- » nairement donné lieu à i'inTention de Tart, contribuèrent ayee 9 le temps à le portera sa perfection; ce sont elles encore qui, au » sortir de la fatale décadence où Fart était tombé^ lui fournirent n les moyens de renouvellement. Seuls en effet ces ouvrages de » piété, grâce à Téternité de leur objet, avaient conservé quelque » germe du beau dans les siècles où Tignorance et les malheurs » publics interdisaient presque tout autre emploi des arts. » Seroux d*Agincourt, Histoire de l*art par les monuments^ Tableau histimque^ eh, xiii.
(4 ) Âpud Muratori, rerum italicarum scri^tores^ tom . m .
(t) Il faut se rappeler que dans les églises primitives byzan* tines , l'autel était entouré de quatre colonnes supportant un dais; et que la vue du chœur devait être cachée aux fidèles réunis dans la nef.
3li HISTOIRE DE LA SOIE.
dans les grandes ouvertures. Auprès des étofiFes qu'Anastase a soin de distinguer comme étant de soie pure, holoserica^ ou mélangées, serica (1), il y en avait d'autres, et c'était le plus grand nombre, en laine ou en lin. Toutes étaient ornées de magnifiques broderies (2^; et Tor surtout figurait dans ces broderies, car les mots de chrysoclavo reviennent à chaque instant sous la plume du chroniqueur.
Nous reconnaissons le talent que Muratori accorde aux Italiens du moyen âge pour les arts les plus délicats (3) : ils devaient, comme les Grecs, exceller dans l'art de broder, art depuis si longtemps en vogue chez les Romains. Mais rien n'indique que l'industrie de la soie se fût établie en Italie. Aussi l'oridne orientale des tissus précieux répandus dans le commerce, ne nous paraît pas contestable. A Rome comme à Venise ils arrivent des pays d'outi e-mer ; pourpre de Ryzance, blatthia byzantea, olovero, alUhyno^ toiles d Alexandrie, vêla alexandrina^ répète Anastase; et quand il ne nomme pas le pays de production, les noms qu'il donne
(i ) Voir Muratori, rer* ital. scnp^., tora. ii, p. 195^ 496, etc.
(2) Nous reparlerons à la fin de ce chapitre des sujets dont la broderie ornait les voiles des églises. M. Francisque Michel, dans les premières pages du tome i, Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie d'or et d*argent^ a réujîi tous les renseignements qu'il était possible de trouver sur les tissus et leurs dessins.
(3) Muratori, Antiq. italic, dissert, xxv, tom. ii, p. 400.