‹ Histoire de la soieChapitre 153 sur 184 · DEUXIÈME PARTIE. CH. III · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CH. III

aux tissus sont dérivés du grec, stauraun^ dyapistia, prasino, rhodina (1).

Nous sommes donc toujours ramené à l'empire grec et à Tempire arabe 5 c'est là que les négociants de TOccident viennent s'approvisionner, c'est de là aussi que partent les étoffes de soie que l'histoire nous montre chez les Slaves, les Bulgares, les Russes et les Scandinaves. Nous avons encore à parcourir les contrées occupées par ces peuples, pour terminer notre voyage en Europe; nous allons le faire en prenant la mer Noire comme point de départ.

On peut subdiviser en deux grandes familles les nations qui occupent l'Europe centrale et l'Europe orieniale au moyen âge : en peuples d'origine slave, en peuples d'origine turque. Pour ce qui concerne le commerce, il semble que les Slaves se sont emparés de la navigation des fleuves, navigation qui n'était le plus souvent qu'une piraterie (2), tandis que les Turcs voyagéant à travers les steppes, faisaient le trafic par terre. Les Slaves (3) (et sous ce nom nous comprenons les

(1 ) Voir Ducange^ Gloss. ad script, med. y etc. Nous montrerons bientôt quelle ressemblance il y a entre les étofies dont parle Ânasta^e et celles que cite Constantin Porphyrogénète.

(î) Pardessus : IntrcdiœUon à la collection des lois maritimes^

(3) L*envahissemenl des provinces européennes de Tempire grec par les peuples du nord , a été étudié et développé bien souvent. Nous citerons seulement Lucius, de regno DalmaMœ et Croaiiœ^ in-F°, Âmstelodamif 4686, qui a réuni tous les matériaux relatifs

Il 20

Croates, les Senriens, les Bulgares), otit occupé les contrées au sud du Danube, disputant aux Grecfl la possession de tous les pays compris entre les Alpes a Touest, l'Archipel à l^est, le Danube au nord, et la Méditerranée au sudi Les Turcs (les principales nations turques étaient les Baschgardes et les Patzinaces), s'étendaient au nord du Danube et de la mer Noire jusqu'au pays deâ Khazares. La politique des empereurs de Constantinople (1) aidait puissamment à attirer les barbares sur la frontière de leur empire ; dans leur faiblesse, ils ne voyaient d'autre ressource pour s'opposer à une invasion que d^en solliciter une autre. Il ne faut donc pas s'étonner que l'histoire ne présente, du septième au onzième siècle, que le récit de luttes continuelles, au milieu desquelles nous avons vainement cherché la trace d'un commerce régulier de soieries.

Cependant le Danube^ à une époque où les fleuves jouaient le principal rôle dans la communication des peuples, offrait des facilités que le négociant devait rechercher. Sous les Romains d'ailleurs les relations

aux provinces les plus oecidentalés ; et Pinlay^ Médiéval Greece and Trebisonâ^ London 4 851 /qui a traité de l'occupation de ia Grèce et de la Thrace par les Slaves.

(1) Constantin Porphyrogénète, dans son traité, de adndniS' trando imperio^ s'applique à enseigner à son fils comment il doit équilibrer Tune par l'autre. « Toutes ces nations du nord aux- » quelles la nature a donné une soif insatiable de richesses, qui M demandent avec importunitj, et désirent tout. » Ch. xiii^ p. 81, de rédition de Niebubr.

DEUXIÈMR PARTIE. CH. lli. 345

entre la Dalmatie et Constantinople avaient été très actives (1) : le Danube et son affluent, la Save, forment ^une route directe pour aller de la mer Noire vers le nord de Tltalie. L'Illyrie était devenue un centre commercial assez important pour qu on y plaçât un comte des commerces, eomes commerciorum per Illyrieum ; à Spolatro il y avait un gynécée impérial : Salone (la ville de Spolatro occupe une partie deFancien emplacement de cette cité) était un port très fréquenté où aboutissait tout le transit entre la Save et TAdriatique (2). Qu'au moment de l'invasion des barbares, le commerce dans la vallée du Danube éprouvât de continuelles Qt longues interruptions, cela était inévitable. Il y a cependant des indications de relations commerciale! que nous devons recueillir. Les Slaves sont fréquemment mentionnés par les chroniques des temps mérovingiens et des temps carlovingiens (3). Les Avares, que

(4) Voir Luciofl, de regnùDalm<U0 et Croa^, lib* i, cap* vt.

{%) « Ad expfeditiones quoque in medilerraneas partes faciendas • et inde recipiendas opportunissimo loeo Salona sita erat ; nam, 9 quamvis Daaubio non adeo prozima fnarit ut Narooa et Ëpidao- » rus, cum tamen inter bas et Oaoubii ac Savi confluentem Scardi » montis asperrimajugainterpoDantur^hscqoe commeantibus dif- » ficilia sint, bine factum est ut rectus Salona ad Savum transi- » tus, deindfi secundo Savo ad Danubii sive Istri eooûueolem » omnium opportunissimus esset. » Ibid.^ p. 33.

(3) Voir PBsdQê9\i9^IntroductionauoBkds maritimesyi^» 74.-^Goastantin Porphyrogénèle, de Admimtr. imp. cap. xxix, p. 4âl5 cl cap. xxn, p. 144^ fait venir les Croates et les Serviens de la Germanie.

3i6 HISTOIRE DE LA SOIE.

Théophylacte Simocatta ^ I , présente comme un peuple très civilisé, se livraient au commerce entre Constantinople et Lorch (dans la basse Autriche}. « Em, dit Hûllmann (2), était alors le siège d'un évêché qui dans la suite fut transféré à Passau. Elle devint Fentrepôt des marchandises qui s'y échangeaient dans le commerce entre les Grecs et les Allemands. Les Avares et les Vendes, leurs voisins, qui prenaient aussi quelque part à ce trafic, y apportaient les marchandises orientales et grecques qui étaient venues par Constantinople, pour être envoyées plus loin à travers TAllemagne jusque dans les Pays-Bas et la Scandie. Ds y recevaient en

échange des iharchandises allemandes pour les faire ' passer à Constantinople. » Au neuvième siècle, au milieu des efforts que fit Charlemagne pour mettre de l'unité dans son vaste empire (3), les relations commerciales entre l'Adriatique, le Danube et lé Rhin furent reprises : un capitulaire de Tan 805 indique aux négociants qui vont chez les Slaves et les Avares, les villes frontières où ils pourront faire leurs échanges, et cette énumération trace, pour ainsi dire, la route depuis le Danube jusqu'à l'Elbe (4).

(4) Lib. VII, cap. 8.

{%) Traduction de Oberlin, Magasin encyclopédique, année 4 809^ p. 64.

(3) Charlemagne, après avoir vaincu les Lombards, avait sourois la Croatie, la Savie, et avait pris aux Grecs une partie de la Dalmatie. Voir Lucius, de Begno Daim, et Croat. cap. xv.

(4) « Negotiatoribus qui partibus Sclavorum et Âvarorum per*

DEUXIÈME PAiniE. CH. III. 3t7

Le Damibe, dans la partie orientale de son cours, était au pouvoir des Bulgares qui en restèrent maîtres jusqu'au onzième siècle. Là se faisait un commerce régulier avec Constantinople (1), et, il n y avait pas de commerce avec Constantinople sans que les pourpres, les soieries et les épiceries ne fussent comptées parmi les objets à exporter de cette ville.

Ainsi les routes tracées par les Romains pour unir l'Adriatique soit à la mer Noire soit à la mer du Nord , étaien t par intervalles fermées, puis rouvertes aussitôt que la paix permettait au commerce de cicatriser les plaies de la guerre. Tant il est vrai qu'il en est du commerce comme des fleuves qu'on essaye de détourner par des

» gunt, quousque procède rc cum suis negotiis debeant, id estpar- » tibus Saxoniae usque Bardenwicb, et ad Magadoburg, et ad Es-^ » perfurd, et ad Slalaastat, et ad Foracheim, et ad Breemberg, et 3f) adReginisburc,et ad Lauriacum. » Baluze, tom.i,in-fo, 1780, p. 755.

Les négociants ne trouvaient peut-être pas régulièrement des riches étoffes d'Orient à acheter, mais il y en avait souvent dans le butin pillé par les Slaves ou les Avares sur le territoire romain. Les Slaves en faisaient même assez de cas pour demander en 769, que la rançon de 2^500 prisonniers faits à Ténédros Samolhracc et Andros leur fût payée en étoffes de soie. Lebeau, Histoire du Bas-Empire^ tom. xii, p. 279.

Nous croyons enfin intéressant de rappeler que Cologne avait des foires importantes où se rencontraient des marchands de France, d'Angleterre et des Pays-Bas.

(4) Une question commerciale devint la cause de la plus sanglante guerre que les Bulgares aient soutenue contre les Grecs. Elle est racontée par Léon-le-Grammairien, dans sa Chronogra-

barrages : ils les brisent et reprenoeat leur ancien lit.

Nous avons vu (1) un auteur arabe, Ibn-Khordadbeh décrire cette route à travers la Germanie comme celle que suivaient les marchands franks, de race juive, pour aller d'Occident en Asie. C'est par elle que les Hongrois vont au dixième siècle envahir la Suisse et la France ; c'est par elle qu'au onzième siècle se précipiteront les premiers croisés (2).

Les croisades accélèrent le mouvement commercial qui déjà s'établissait en Allemagne. Les foires de Mayence, de Cologne (3), de Nuremberg ^4), célèbres * au onzième siècle, prennent un plus grand développe* ment} les relations entre TAllemagne et l'Italie, entre l'Allemagne et.l'Orient, deviennent plus régulières et

phie, p. 266 de rédition de Niébuhr. Il s*agis8ait d'impôts vexatoires mis sur le commerce bulgare par deux riches négociants grecs qui avaient obteuu la ferme des douanes et qui voulaient détourner vers Thessalonique le commerce que les Bulgares faisaient avec Gonstantinople.

(4) Ch. II, p. 475.

(2) Glaber, après avoir mentionné la conversion des Hongroisi gens quœ erat circa Danubium, dit : « Tune temporis cœperunt » pêne universi qui de Ttalia et Galliis ad sepulcbrum Domini. » Hierosolymis ire cupiebant, consuetum iter, quod erat per fre- » tum maris omittere atque per hujus régis (Etienne l") patriam » transitum habere. » Recueil des historiens^ tom. %, p. 25, Glabri Rodulphi historiarum^ lib . iii.

(3) Pardessus, Mtroduction. p . 98.

(4) IMd., p. 400. — Voir aussi Scherer, tom. i, p. 446» Nuremberg était Tenlrepôt du commerce qui se faisait entre TAllemagDC et la Honî^rie, par le Danube.

DEUXtÊNC PARTIE. C». III. 349

plus actives Mais nous devons nous arrêter à la fin du onzième siècle, et nous contenter de signaler les deux grands faits qui préparent cette prospérité de TAUemagne : d'une part, Tarrivée des Vénitiens dans la Dalmatie et le grand commerce dont Venise devient le centre ^ d'autre part, rétablissement de ce magnifique et puissant empire de Hongrie qui s'étend de l'Adriatique à la mer Noire (1).

De cette époque date le commerce régulier des soie*

ries en Allemagne, comme l'atteste le tarif douanier de la ville de Stein (2) s II y avait auparavant un commerce actif sur le Rhin, un commerce actif sur le Danube, mais la liaison entre les deux commerces était le plus souvent interrompue.

Que des soieries aient été introduites dans les Pays- Bas, même avant le septième siècle, cela ne nous semble pas douteux. La Frise était un pays industriel et pfo*

(1) « Il paraît^ dil HûlImaDn (p. .63, trad.d'Oberlin) qae toutes » les fois que les Hongrois venaient à Gonstantinople, ils- y den meuraient assef longtemps ou même qu*ils y entretenaient des » factoreries et faisaient ainsi de grandes affaires dans cette ville, » puisque leur roi Etienne, dit le saint, qui mourut en 1038, y » établit une superbe église. Les monnaies d*or grecques eurent » même cours en Hongrie, et depuis le milieu du neuvième siàcle, jy la prospérité nationale- s^accrut considérablement dans ce pay^,

i ce qui semble indiquer que la Hongrie gagna beaucoup au com- » merce de Gonstantinople. »

(2) Ce précieux monument du commerce danubien a été inséré par Raucb dans sa collection des écrivains autrichiens . Bien que daté du règne de LéopoM et appartenant au treizième siècle, le tarif n*a fait que constater un ordre de choses antérieur : quelque

(luisait des draps qui avaient une grande réputation (1). Or le commerce attire le commerce. La Frise fut donc de bonne heure un centre commercial : on en exporta des draps pour la Gaule et le reste de l'Europe : on y importa les marchandises rares et précieuses qui venaient de rOrient. Nous en avons la preuve dans ce don d'un vêtement de soie fait aii milieu du septième siècle au monastère de Saint-Goar par un marchand frison qui dans un voyage sur le Rhin avait failli périr et qui avait dû son salut à la protection du saint (2). Mais rien ne prouve que ces riches tissus d'Orient ne vinssent pas par la Gaule, et n'eussent pas suivi la route si fréquentée du Rhône pour aller au Rhin, et nous doutons que la route du Danube ait servi à répandre de nombreuses étoffes dans l'Europe occidentale antérieurement au onzième siècle. De la Frise nous n'hésitons pas à suivre le commerce des soieries vers le nord

avidité que mette la douane à saisir les objets importés, l'importation des soieries a précédé et rétablissement de cette douane et la fondation d'un empire autrichien. De Jà notre affirmation. Voici les articles du tarif qui intéressent l'histoire de la soie : « Omnes generaliter advenientes cujuscumque condilionis fuerint i> homines... persolvaot... de tuzano Ânglorum sericorum II de- » narios. .. de peplo serico I denarium. » Rauch, Scriptores rcrum Âmtriacarum, tom . ii, p . 1 06-1 08 .

(1). Voir Scherer, tom. 4 , p. 355. Ce sont les tisserands frisons qui établirent plus tard en Flandre Tindustrie des draps.

(2) « Pro salutis munere vestem holosericam venerandœ me- » moriœ tribuil. » Acta Sanctorum ùrdinis S. Benedicti, sœc, ii, p. 283, in-f% Venetiis, 1733.

Page 1