DEUXIÈME PARTIE. Cil. III
traités : c'est rétablissement du commerce russe à Byzance et Timportance qu'il acquiert dès les premières années du dixième siècle (1).
Nous sommes surpris du rang que prennent les marchands russes auprès des ambassadeurs; ils apposent leurs noms sur le traité (2) conclu en 945, au nom de Ygor, avec les empereurs Romain et Constantin. Aucune concession ne pouvait les rehausser davantage aux yeux des Grecs. Aussi, bien que le faubourg de Saint- Marnai leur soit affecté comme résidence, les négociants russes, qui sont munis de lettres de créance, ont droit à être entretenus aux frais du trésor et admis à des distributions mensuelles de vivres (3).
De plus, une protection spéciale leur est assurée pour leurs transactions dans la ville. Chose remarquable, malgré tous leurs privilèges, une clause du traité leur interdit d'acheter des étoffes dont le prix serait
(4) ÉQ comparant les deux traités, celui de septembre 94 S et celui d*avril 945, tous deux rapportés par Nestor, on voit quels rapides progrès ont faits les commerçants russes.
(SI) Le dernier alinéa de ce traité commence ainsi : « Telles » sont les conventions de la paix conclue entre nous, dont. nous n avons fait écrire les articles sur deux copies : Tune d^elle?, où » se trouvent le signe de la croix et la souscription de nos noms » sera gardée dans nos Etats; pour Taulre où se trouvent les » noms de vos ambassadeurs et de vos marchands, nous Tenver- » roos par nos ambassadeurs à votre grand prince Ygor. »
(3) L*article 44 de ce traité est assez curieux pour que nous le copions en entier : il traite des commerçants. Voir h l'appendice la lettre E.
au-dessus de cinquante solotniks, et les oblige à faire doaaner les tissus achetés. La mesure dont se plaignait Luitprand (1) n'avait donc pas un caractère particulier.
Le contact avec la civilisation grecque, puis la conversion des Russes au christianisme, conversion qui eut lieu après le mariage de la princesse byzantine Anne avec le grand-duc Wladimir à la fin du dixième siècle, contribuèrent à policer les mœurs des Russes (2) et à introduire en Russie les habitudes des Grecs. De la Tusage habituel, même parmi les marchands russes, des brocarts et des soieries (3).
Outre Constantinople, d'autres marchés offraient aux Russes ces riches tissus. Cherson, colonie grecque de la Chersonèse, recevaitVégulièrement, au dire de Constantin Porphyrogénète, les pourpres, les bijoux, les épiceries (4), tout ce qui en un mot était dans le commerce du luxe byzantin.
Et SI les Russes, au lieu de venir vers le Dnieper, se dirigaient vers le Volga (5), ils trouvaient tous les produits asiatiques, soit à Boulgar, soit à Itil.
(i) Voirch. I, p. 40 et 4i .
{%) Ce n*était pas sans besoio, s*il faut on croire tout ce que Ibn-Fozzlan dit de Tobscénité et delà malpropreté des marchands russes qu'il vit à Boulgar. Frœhn, 3B»*îoiiktt'«,etc., p. 5 et 7.
(3) Ibn-Fozzlan^ racontant les cérémonies auiquelles donnèrent lieu les funérailles d*un riche marchand russe, dit que le cadavre fut habillé de brocart avant d'être livré aux Ûammes du bûcher.
(4) OTov pXaTtfa, TipdivBia, )(^apipia, oi^jievca, nlTcepi, SspjjiiTia ^yj- G{và TudtpBixa. De administr, imper. ^ lib. ii, cap. 6, p. 72.
(5) « Les Russes, dit Ib-Khordabeh^ se rendent des régions