‹ Histoire de la soieChapitre 167 sur 184 · DEUXIÈME PARTIE. CH. III · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CH. III

vères et les romanciers pour les étoffes qui vinrent de rOrient après les croisades; ni les uns ni les autres n'ont pour nous un sens parfaitement déterminé. De même nos descendants trouveront inintelligibles Ise noms que la mode invente pour les tissus en usage de nos jours, tels que popeline, barége^ etc., et ne pourront se représenter les étoffes s'ils n'ont pour se guider que ces noms seulement.

Il faut reconnaître que Ton est souvent obligé de chercher bien loin pour trouver Torigine de certains noms usités dans une industrie. Nous citerons, comme preuve de ces dérivations inattendues, le mot soie. Lorsque, dans notre première étude, nous avons indiqué, d'après Klaproth, l'origine chinoise du mot sericum (1), nous n'avons rien dit du mot français soie. parce qu'à cette époque nous n'aurions pas pu faire comprendre notre pensée. Citer l'opinion de Reiske (2)

Reste le mot scânit dont remploi est si fréquent au moyen âge ; mais il a prêtée il semble, à quelque confusion dans Tacception qu'on lui donne ordinairement. Nous renvoyons à Tappendice les observations que nous avons à présenter à ce sujet; elles seraient trop longues pour être placées ici . Voir à la fin du volume, lettre F.

(4) Voir notre 4*' volume, p. 96. — Il y a dans les Annales de Philosophie chrétienne, novembre 4 854 , une étude fort curieuse sur le pays primitif du ver à soie, par le chevalier de Paravey. C'est aux savants de discuter l'opinion qui y est émise et qui fait venir le ver à soie de Tlndo-Perse en Chine, ce qui est vrai, avonsnous dit^ pour le ver à cocons jaunes.

(î) Reiske. Commentarii Const. Porphyr. De Ceremoniis, m, p. 746, édit. Niébuhr.

qui fait dériver de Tarabe sada l'italien seta et notre mot soie^ et ajouter que ce mof arabe veut dire chaînef sans autre explication, cela ne nous eût point satisfait. Aujourd%ui nous pouvons essayer d'établir une corrélation entre le mot chaîné^ sada et le mot soie. Quand on trouve en effet tant de dénominations empruntées

a Tarabe pour tout ce qui concerne l'industrie de la soie

en Occident, on est surpris de chercher vainement un mot qui rappelle les noms en usage chez les Arabes pour la matière première. Ces noms avaient paru sans doute trop difficiles à transformer dans lefi langues modernes, car il faut bien admettre que la soie employée sur le premier métier à tisser en Occident a été de la soie préparée en pays musulman; de môme qu'autrefois la première soie tissée^ans l'Asie occidentale était venue de la Sérique. Mais auprès de Harir ou de Ibrisam^ il y avait un mot employé pour désigner la matière le plus spécialement prépfirée en vue du tissage, et pour indiquer que cette soie était destinée à former les chaînes des tissus ; c'était le mot sada. Les fabricants européens s'emparèrent de ce terme, et ainsi vint dans notre langage le mot soie, dans l'italien seta^ dans l'espagnol seda (1), de sorte que les langues euro-

(4) Il se présente dans notre langue une analogie assez remarquable dans le mot proie venant du latin prceda ; et puis nous avons encore fait le mot soie (poil du sanglier), du latin seta, conservé avec la môme signification dans la langue italienne et aussi sous la fonm) seda en espagnol.

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péennes, dérivées du latin (1), ont répudié le mot latin sericum^ qui apportait cependant avec lui le souvenir des premières relations entre TOccident et la Chine, établies à travers l'Asie centrale, pour prendre a Farabe un terme vague qui n'entraîne en aucune façon Tidée de la matière première.

Après cet exemple, on ne s'étonnera pas que nous soyons très embarrassé au milieu de tous les Boihs de tissus c[ue l'industrie de la soie au moyen âge nous a légués : nous l'étions moins pour l'époque précédente où les familles des tissus étaient caractérisées par trois noms seulement, holonerica, tramosericu^ ntamtose" rica (2). Aussi, faute de pouvoir être plus précis, nous recourrons encore à cette classification qui ne cesse pas d'être vraie. Le coton, le lin, la laine, matières pre* mières avec lesquelles l'industrie asiatique s'est de tout temps illustrée, sont mêlées à la soie : nous tenons même pour certain que dans l'Asie musulmane la grande fabrication a été la fabrication des tissus mélangés.

La mode était d'ailleurs aux étoffes épaisses et raides. Les portraits que Ducange, dans son histoire de Constantinople, donne des empereurs byzantins montrent le costume impérial se transformant en une mosaïque de

(4) Les langues du Nord ont reçu du grec le nom de la fOi« et ont transformé, suivant le génie propre à chacune d'elles, le mot smcum, oTjptxbv, en silk^ .zyde, etc. ,

(2) Voir notre premier volume, p. 90S.

pierreries. De l'or, des perles, des rubis, voilà ce que Tartiste doit faire entrer dans la composition de ses dessins : Tart vraiment byzantin, c'est Tenchâssement des pierreries dans les tissus (1), et tandis que dans Tempire musulman on s'occupe de tissage, à Constantinople, c'est à vrai dire de la broderie qu'on fabricpie. Par les matériaux qu'elle emploie, la broderie devient une branche de l'orfèvrerie (2) ; de là un nom nouveau, emprunté au langage des orfèvres, cpouvrarov, fundatumy pour indiquer qu'une tenture ou un vêtement a un raêXtov (3^. Le mot clavatm^ que nous avons vu usité dans le même sens autrefois, est cependant maintenu dans le mot chrysoclabum (4] dont Anastase se sert fréquemment en parlant d'un vêtement enrichi d'une broderie en or. Par contre le mot prœtextatus (5)

(4) Voir le Glossaire de Ducange, au mot CataditaSy et Fraocisque Michel, tom. i, p. 44.

(2) Francisque Michel, tom. ii, P- 338 et suiv*

(3) On se rappelle que le laSXiov est une pièce d* applique, un morceau d*éloffe, un sujet brodé, rapporté à certaines places du vêlement. Voir notre 4" volume, p. 242.

Le sens du mot ^ouvtaxov ou çouvSaxov nous semble clairement indiqué par ce passage de Constantin Porphyrogénèle, De Ceremonits, |p. 575. <I>ouvÔata /^XavtÔia t5>v soptwv yj-fouv l)(^ovTa 6Çea TaSXta. 11 dit encore ta y^puaoïaôXa */^Xavi8ta toc (pouvSaxa. Enfin, vXaviBia 9ouv5ata {lexà oÇecov taôXiwv xà XsYojxeva xupsa , p. 641 . •— Reiske fait une longue dissertation sur ce mot^ p. 540, édit. Niébuhr. Ne serait-ce pas de là que vient noire expression, /ondd*une étoffe?

(4) Il esta chaque instant dans Anastase le Bibliothécaire pour désigner une broderie en or. ^

(5) Voir notre 4«'f volume, p. 239.

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