DEUXIÈME PARTIE. GH. III
a disparu, et on a recours à une périphrase pour désigner ce genre d'ornementation toujours en grande vogue, et qui consistait, on s'en souvient, à ajouter soit par la Broderie, soit par le tissage, une riche bordure au vêtement : Anastase dit cum periclysi de..,^ avec un pourtour ck..., et Constantin afjLtpiedjjLÊva airo..., orné dans le pourtour avec. . . Les Arabes toutefois conservèrent rhabitude d'indiquer par un mot ce genre d'ornement ; ils changent le nom de certain vêtement quand il a une bordure. Ainsi ils nomment bordah^ la schimlah (espèce de manteau) lorsqu'elle a une bordure (1), et nous devons ajouter que cette manière d'orner les vêtements était la plus usitée parmi les musulmans qui mettaient beaucoup de richesse dans ces bordures. Comme autrefois, la pièce d'applique, tabula^ et la bordure, limbus^ ne consistaient pas seulement dans une bordure en soie, en or ou en pierreries ; on en faisait aussi avec l'étoffe pourpre. Anastase cite une foule de vêtements ou de voiles ayant une bordure de pourpre, periclysin de blathia^ et Constantin Porphyrogénète nomme souvent des costumes ainsi garnis de pourpre,
a{X(pt£ff[jLêva «TCO tpiêXaTTWov, ÔiêXarrtwv o^scov.
(4) « Savez-vous ce que c'est que la bordah? — Oui, répondit « Sahly c*est la schimlah dans la lisière de laquelle on a tissé quel- « que ornement. » Dozy, Bictionn, des noms des vêt, etc., p. 60.
Ne serait-ce pas l'origine àe notre mot bordure^ border? Le mot bord chez les Arabes représentait un manteau à raies (Dozy^ p. 433), les paraugadas vestes d'autrefois. La bordure, c'est donc la rayure placée vers la lisière de l'étoffe.
3^0 HiStOtRE DE LA SOtE.
Si les vêtements de cette épocjue n'offrent aucune nouveauté dans leur ornementation , il faut reconnaître . également que les artistes brodeurs n'inventent aucun sujet nouveau pour le xaêXtov ; ce sont toujours les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, de la vie des Apôtres, etc. (1), ou des portraits.
De même pour les étoffes façonnées qu'on destine aux bordures ou qu on emploie dans les ornements des chasubles (2), les dessins ne varient pas. Nous n'entreprendrons pas de dresser un inventaire de toutes les sources auxquelles on pourrait puiser si on voulait les décrire : miniatures^ vitraux, statues, ornements des
(4) M. Francisque Michel, tom. i, p. 2âl et suiv*, énumère tous les divers sujets que les artistes représentaient sur les tissus au moyen âge.
(2) Les chasubles ne ressemblaient pas par leur forme aux chasubles ordinairement en usage dans nos églises; elles étaient en étoffe souple^ et Tofficiant en relevait les bords comme les dames font avec un manteau rond. L^ornement delà chasuble du moyen âge consistait dans une bande qui allait du cou jusqu^au bord antérieur, dans une autre bande semblable qui, derrière, descendait également du cou jusqu'au bord de la ckasublé» dans deux bandea plus étroites qui partaient de ces bandes principalet comme de Tarbre d'une croix, et se dirigeaient parallèlement vers l'épaule; Tune de ces bandes latérales formait sans doute avec les bandes principales ce qu*Anastase nomme la croix, Tautre bande latérale formait, à notre avis, ce que le même auteur nomme gammadias. On voit très souvent dans la description des parties brodées du vêtement qu'il cite, Âoastase dire vestem cum cruce et gammadiis suis, La chasuble avait encore une bordure qui garnissait Touverture du cou, et une bordure beaucoup plus étroite qui suivait. le contour inférieur.