DEUXIÈME PARTIE. GH. III
tombeaux, etc., il faudrait tout consulter. Si nous ne pensions que la seule manière de faire apprécier les tissus est d'en représenter les dessins coloriés, nous répéterions du moins, au risque de fatiguer nos lecteurs, la description des trésors des églises çà et là détaillés ; car nous contemplons avec un attendrissement plein de charme ces vieilles chasubles et ces lambeaux de soieries, qui, condamnés à disparaître pour toujours dans les tombes des évoques ou des grands personnages, ont survécu afin de nous prouver que les pailes d'Orient, si admirés de nos ancêtres, ne dépareraient pas une exposition moderne.
Limités dans leurs moyens d'exécution, les artistes ne pouvaient multiplier les créations. Aussi tel métier monté pour produire tel dessin, le reproduisait constamment, et la pièce d'étoffe finissait par prendre le nom du sujet représenté (1). Cette invariabilité de certains dessins où figurent des animaux» nous donne à penser que les étoffes parvenues jusqu'à nous sont les reproductions des tissus façonnés qu'Anastase le Bibliothécaire et Constantin Porphyrogénète ont essayé de décrire. Peut-être faudrait-il même faire remonter
(4) Le Paon^ V Aigle, dit Constantin, pour indiquer la tenture sur laquelle sont représentés des paons ou celle sur laquelle sont les aigles. Tou érçiorà Oeodc&pou xb )(^opo9ârf)(^6piov* (lExà lou ypuKoXéov- Toçxai Tou Ypu;cap{ou,.. ôtœwv, xb «ÙYuoxiaxbv (iL«v${ov xou Staixapixiou*
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piov. De Ceremoniis, p. 584 .
3rS HISTOIRE DE LA SOIE.
que, d ailleurs, Moawya et les chefs de la noblesse de la Mecque avaientconnuet auquel ils n'avaient renoncé qu'à oontre-cœur ;le commerce intérieur, favorisé tout particulièrement par la loi musulmane, a Hâté le développement de l'industrie de la soie, aussitôt que la consommation lui a demandé des soieries ; enfin le commerce extérieur, prohibé par le Coran aux Musulmans, a trouvé dans les Juifs des agents actifs qui, non-seulement à Trébizonde mais aussi à Alexandrie et dans les ports de Syrie, trafiquent avec les chrétiens d'Occident.
Sous l'impulsion de ces causes diverses, les an^ ciennes industries de la Perse et de la Syrie se sont ranimées, et la production de la soie a pris dans les provinces qui entourent la mer Caspienne au sud et à i'ekt ull'essor merveilleux. Cette régénéra tioii du vieux monde asiatique, où depuis tant de siècles Tindustrie de la soie nous retient, ne suffit pas à l'activité des Arabes. L'industrie sérigène franchit enfin la Méditerranée. Les Arabes réalisent ce que nous attendions des Byzantins ; et tandis que l'empire grec conserve comme un dépôt stérile le secret si étonnamment arraché à l'industrie chinoise, le génie arabe propage partout où le climat s'y prèle la culture du mûrier et l'art de pro> duire la soie. Au dixième siècle, Vindustrie de la soie prospère à Cabes, à Palerme, à Jaën et à Alméria; et, fait bien remarquable, les Arabes n'ont importé dans ces villes que la méthode chinoise du tirage des cocons,