DEUXIÈME PARTIE. GH. III
épaules (1), et que nous retrouvons sur des ciboires ces mêmes écussons (2). Mais nous nous sommes interdit les suppositions : revenons à notre rôle d'historien et terminons en faisant remarquer que chez les Arabes, comme chez les Byzantins, la fabricatron des étoffes façonnées était très limitée ; le taffetas plus ou moins épais et serré était l'étoffe fondamentale; celle qu'on retrouve dans le plus grand nombre des anciennes chasubles. Les dessins dont nous avons parlé étaient le plus souvent exécutés sur les tissus étroits destinés aux mitres, aux chaussures, aux franges, aux turbans, aux ceintures et aux ornements nommés par Constantin Awpot (^), et sur les galons, tissus plus étroits encore. On rencontre en général ces galons employés aux bordures, et comme ornements pour cachei* ou remplacer les coutures des lés des vêtements (4).
Ainsi, au point de vue de Tart textile, l'industrie de la soie avance lentement : les grands perfectionnements du métier à tisser seront l'œuvre des Italiens et des
(1) Cahier et Martin, ii, pi. 43 et 44. Un de ces écussons représentant un damier est placé sur la poitrine d*un personnage, pi, 48, qui est sans doute Daniel.
(î) Voir le Moyen âge et la Renaissance^ par Ferd. Serret.
(3} On ne sait pas si cet ornement, semblable à Tétole moderne des prêtres^ était porté en sautoir, où s'il occupait une place déterminée sur le vêtement.
(4) Voir le mémoire déjà cité de Desmarest, Mémoires de Vinstitut^ tom. Vil. — Au lieu de coudre les lés, on les juxtaposait et on les fixait au galon.
Lyonnais. Sachons attendi*e que riiistoire les aiAène à leur heure, et rappelons-nous ce proverbe persan : « Avec du temps et de la patience la feuille du mûrier devient satin (1). )>
Nous avons, en étudiant la seconde période de Thistoire de la sole, parcouru les pays producteurs et les pays consommateurs de soieries durant le moyen âge. Avant de rechercher quelles nouvelles modifications les croisades ont apportées aux relations de ces diverses contrées, résumons brièvement les faits principaux qui ont passé sous nos yeux. *
Dans Tempire byzantin l'industrie de la soie débute brillamment au commencement du septième siècle. La révélation du secret qui avait pendant si longtemps assuré la supériorité de la soie chinoise, ne devenait pas seulement une cause de richesse en affranchissant le commerce et Tindustrie grecs du tribut payé à la Perse comme intermédiaire entre l'Occident et la Chine ; elle' assurait encore aux fabriques grecques une facile supériorité sur les fabriques persanes leurs rivales i cellesci demeurent obligées d'importer de Textrême Asie la soie fine, la seule préparée pour le tissage, et ne trouvent autour d'elles dans ces provinces, où les vieilles
(4) Revue des deux Mondes^ août 4862, p^ 711}
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traditionsdevstient 91 longtemps encore être maintenues ^ que le fU grossier qu'on tirait des cocons filé9 au fu^ seau.
Survient F invasion arabe. Elle apporte un grand trouble dans Tindustrie grecque en la dépossédant de la Syrie, mais elle la débarrasse de la concurrence de l'industrie persane : le Coran en effet s'empare de toute FAsio occidental^ et en fait momentanément un monde à part. Que les Byxantins créent sur le territoire de r empire un autre centre industriel pour remplacer la Syrie, et ils deviennent les maîtres de tout le commerce de la soie et des soieries dans VOceident, Malheureusement V^patbie et l'indifférence l'emportent ; l'industrie sérigène s annihile dans l'empire byx^antiu, les fabriques grecques redemandent à la Chine la soie dont elles ont besoin, et elles subissent de nouveau les caprices des commerçants intermédiaires plus intéressés à importer les tissus chinois que la matière première. Aussi l'industrie manufacturière renfermée dans Constantinople n'est plus une industrie de la soie ; elle n emploie qu'accidentellement leâl précieux : sa grande affaire^ c'est la production des pourpres*
Nous avons essayé d'analyser les causes de l'impuissance de l'industrie de la soie dans l'empire byzantin ; invasions incessantes dés barbares qui ravagent les provinces \ misère générale dans ces provinces écra&éei$ d'impôts \ multiplicité des taxes sur les produits de
l'industrie comme sur les marchandises, sur les industriels comme sur les commerçants ; concurrence faîte aux manufactures privées par les gynécées impériaux, enfin difficulté de se procurer la matière première, le commerçant juif se préoccupant de fournir à la consommation les soieries qu'elle demande et non d'importer la soie.
Au dixième siècle une sorte de réveil apparaît ; les succès militaires des empereurs de la dynastie macédonienne donnent à Tempire quelque répit ; leurs sages mesures administratives amènent un peu de bien-être général ; la décentralisation se fait au profit de Tindustrie et du commerce, en même temps que les Vénitiens apparaissent sur les marchés de l'empire grec et offrent l'appui de leur influence aux industriels. Alors s'élèvent les manufactures de la Grèce, mais il est trop tard pour qu'elles prennent le rôle qui leur avait été réservé deux siècles auparavant : l'industrie arabe s'est emparée de l'Occident.
Le grand changement dont le neuvième et le dixième siècle ont été témoins offre le plus vif intérêt. Suivons d'abord le commerce byzantin allant, du septième au neuvième siècle, chercher en Chine les soieries ; la route traverse la Khazarie, passe au nord de la "mef Caspienne
et se dirige vers la frontière chinoise par les provinces turques de l'Asie centrale où nous avons constaté quelques essais d'industrie séricicole. Au neuvième siècle il