DEUXIÈME PARTIE. CH. III
n'en est plus de même; rélcdgnementdela Chine et les révolutions intérieures qui ôtent dans cet empire lasécurité aux commerçants étrangers, d'autre partie développement qu'a pris l'industrie de la soie dans les provinces musulmanes des bords de la mer Caspienne, telles sont les causes qui modifient les habitudes du commerce grec et sous lesquelles on voit décliner le monopole chinois. Les caravanes arabes ne cessent pas de sillonner l'Asie centrale et vont bien encore jusqu'aux frontières de la Chine ; les navires arabes, s'ils ne visitent plus Kanlbu, port où antérieurement au dixième siècle, ils faisaient un commerce de soieries très important, rapportent encore des produits chinois qu'ils trouvent dans des ports intermédiaires ; mais la Chine cesse, à dater du neuvième siècle, d'être la principale source des soieries qui se consomment en Occident, et que les fabriques musulmanes fournissent largement à l'exportation ; la route au nord de la mer Caspienne est abandonnée par le commerce grec qui vient à Trébizonde, nouveau centre des transactions internationales. Il y a loin de la destruction et des troubles dont nous avons accusé l'invasion arabe, à l'état prospère des manufactures de la Perse au neuvième siècle. C'est que dans l'empire musulman la réaction religieuse a été suivie de la réaction somptuaire. L'exemple des peuples soumis. Syriens et Persans, a fait passer dans les mœurs du plus grand nombre des Arabes le goût du luxe II. 23.
3r« HISTOIRE DE LA SOIE.
que, d'ailleurs, Moawya et les chefs de la noblesse de la Mecqueavaientconnuetauquelilso'avaientrenoncéqu'à oontre-cœur ; le commerce intérieur, favorisé tout particulièrement par la loi musulmane, a tiàté le développement de rindustrie de la soie, aussitôt que la consommation lui a demandé des soieries ; enfin le commerce extérieur, prohibé par le Coran aux Musulmans, a trouvé dans les Juifs des agents actifs qui, non-seulement à Trébizonde mais aussi à Alexandrie et dans les ports de Syrie, trafiquent avec les chrétiens d'Occident.
Sous rimpulsion de ces causes diverses, les anciennes industries de la Perse et de la Syrie se sont ranimées, et la production de la soie a pris dans les provinces qui entourent la mer Caspienne au sud et à ^rekt ufl'essor merveilleux. Cette régénératioii du vieux monde asiatique, où depuis tant de siècles Tindustrie de la soie nous retient, ne suffit pas à l'activité des Arabes. L'industrie sérigène franchit enfin la Méditerranée. Les Arabes réalisent ce que nous attendions des Byzantins ; et tandis que l'empire grec conserve comme un dépôt stérile le secret si étonnamment arraché à l'industrie chinoise, le génie arabe propage partout où le climat s'y prête la culture du mûrier et l'art de produire la soie. Au dixième siècle, Tindustrie de la soie prospère à Càbes, à Palerme, à Jaën et à Alméria; et, fait bien remarquable, les Arabes n'ont importé dans ces villes que la méthode chinoise du tirage des cocons.