II
une lutte impossible : nous voulons parler de la concurrence des manufactures impériales.
Nous avons déjà montré antérieurement au septième siècle les manufactures particulières de Tyr et de Béryte ruinées par cette concurrence. Lorsque les marchés, fiur lesquels le gynécée s'approvisionnait de soie furent fermés par suite des conquêtes des Ârabea, le comte des largesses accapara certainement pour la manufacture impériale de Constantinople toute la matière première que l'on essaya de produire dans le voisina^ de Byzance, soit en Asie Mineure, soit en Thrace et ^n Macédoine ; aux septième et huitième siècles le gynécée impérial seul eut du travail : il satisfaisait d'ailleura aux demandes du seul vrai consommateur de cette époque, TËtut. Tentures, tapis, vêtements pour l'empereur , la cour et Tarmée , tout cela était fabriqué dans les gynécées, sans parler des ateliers des monna^, des ateliers d'orfèvrerie, des ateliers de broderie, des fabriques d'armes, etc. (1).
Empruntons, afin de mieux faire ressortir la concurrence directe que les manufactures privées rencontraient dans les gynécées impériaux,^quelques-uns des détails réunis par M. Levasseur sur l'organisation intérieure
(4 ) La notice de Tempire, notitia dignitatum utritisque nnpem^ à laquelle nous avons déjà empranté quelques renseignements pour le vestiaire impérial, énumôre ces manafactnres répandues en grand nombre dans tout l^mpire romain au cinquième siècle : le chapitre 73, consacré au cornes largitionumt expose l'administration commerciale dont cet officier était le chef.
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des gynécées : ilfl. compléteront ceux que nous ayons déjà puisés dans le code de Justinien :
« n y avait dans ces ateliers trois or^h^ de personnes : les esclaves^ les affranchis et les hommes libres. Les affranchis étaient des esclaves publics qui> après avoir mérité la liberté par leurs services, n'^ restaient pas Hioins enchaînés à leur travail. Mais leur condition devenait plus douce ^ et^ comme ils avaient plus d'expérience que les autr^i^ c'était (ordinairement par ihi eux qu'on choisissait les contre-maîtres et les intendants. Les hommes libres qui voulaient entrer dans un atelier devaient produire tout d'abord un certificat constatant qu'ils n'étaient ni fils, ni petit8«£ls de curialeS) et qu'ils étaient libres de leurs personnes : à cette condition, ils pouvaient contracter leur engagement devant le gouverneur de la province ou devant le défenseur de la cité. Chaque atelier recevait en compte un certain poids de matières brutes dont l'emploi devait être justifié ; et tous les ans il rendait aux délégués de l'empereur une quantité déterminée d'objets manufacturés, en proportion du nombre de ses ouvriers (1). » Recruter des ouvriers n'était pas chose difficile ; aussi la loi recomman^ de-t-elle qu'on n'arrête pour les gynécées que les ouvriers les plus capables, et après qu'ils auront suIm une épreuve devant le préfet de la province (2).
(\) Levasseur, tom. i, p. 38.
(2) TI^VTiç 2::iT<5eioç Tcapàt ttS SpxovTi iriç InoiÇi-jKloiç. Basilic»
lib. UY, lit. 46, ch. 16.
Plus de doute, ce nous semble, pour qui nous a suivi dans ce rapide exposé des conditions faites à l'industrie en général, sur le sort de Tindustrie de la soie dans Tempire byzantin. La soie est-elle rare au sixième siècle , le monopole assure l'existence des gynécées impériaux au prix de la ruine des manufactures privées. La soie devient plus abondante au septième siècle et le travail est largement assuré aux manufactures de Gyzique, Alexandrie, Carthage et Byzance (1) : l'industrie privée prend de la vie et son succès accroît la richesse de l'empire. Au huitième siècle les provinces où l'on achetait la soie et où l'on fabriquait des soieries sontelles conquises par les Arabes , il faut que l'industrie privée s'eflface. L'histoire de cette époque, c'est le tableau de l'oppression despotique des empereurs détruisant toute liberté, et des exigences du fisc enlevant non-seulement tout le surplus que l'industrie aurait pu annuellement ajouter à la richesse générale, mais étendant la misère de plus en plus. La plus grande preuve de cette décadence et de cette ruine, c'est qu'à dater du neuvième siècle on ne divise la population de l'empire qu'en deux classes : les riches et les pauvres (2).
Au dixième siècle une sorte de réveil apparaît dans l'empire grec. Les victoires des princes de la dynastie
(4) Ces gyaécées impériaax sont nomméB dans le Gode Théo* dosieD^ lib. xi^tit. 4 , lib. x, lit. 20.
(2) Ot Buvàtoi, o\ név7]T6(. M. Finlay fait ressortir Timportaûce de ce iait^ Medieoal Greece ondTrebisondj p. B4.