‹ Histoire de la soieChapitre 3 sur 184 · DEUXIÈME PARTIE CIL I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE CIL I

si désastreuses pour Tempire grec. Le pillage des provinces romaines habitua en effet les barbares à Tusage des riches étoffes de soie. Les Goths et les Vandales avaient copié la civilisation des Romains ; à leur tour les Bulgares, les Lombards^ les Kbozars , les Esclavons (1) et les Russes reçurent des Grecs les premières notions du luxe, et, on le sait, le luxe de la parure est le premier auquel se prêtent les peuples barbares, parce qu'il flatte Tamour-propre et frappe les yeux. Probablement chez tous ces peuples les soieries n'auraient pénétré que bien plus tard, s'il avait fallu qu'elles y fussent introduites par un commerce régulier.

Les manufactures de soieries, dans l'Asie occidentale avaient souffert durant les premiers siècles de notre ère, à cause de la gêne que les guerres fréquentes entre les Persans et l'empire grec avait mise à l'importation régulière de la soie chinoise. Au septième siècle, leur situation s'améliorait; les Persans affaiblis perdaient leur prépondérance en même temps que les procédés pour produire la soie se répandaient dans les provinces soumises à Tempire de Constantinople.

Produire pour la consommation intérieure qui était considérable, produire pour l'exportation dont les de-

(1) L'an 769, Tempereur Gonstanlia paye en étoffes de soie, la rançon des prisonniers faits par les Esclavons dans les îles de Ténédos, Imbros et Samothrace. Lebeau, Histoire du Bas- Empire, tomexif, p. tl9>

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mandes allaietit de plus en plus se multiplier^ enfin s'efforcer de s^affranchir de toute dépendance vi8-è*vis des Persans et des Chinois, tel est Tavenir ouvert devant les manufactures grecques. Elles sont d'ailleurs favorisées par le développement facile que devait prendre l'industrie sérigène dans ces contrées où le climat était si propice à Téducaticin du ver à soie, et où les mûriers étaient déjà répandus. Aussi, admettons-nous avec Montesquieu que Tindustrie et le commerce de la soie, en devenant la source dé nouvelles richesses pour Tempire d'Orient, aidèrent à prolonger son existence.

« Constantinople, dit lé célèbre écrivain (4)j faisait le plus grand et presque le seul commerce du monde dans ces temps où les nations! gothiques d'un côté et les Arabes de Tautre avaient ruiné le commerce et l'industrie partout ailleurs. Les manufactures de soie y avaient passé de Perse, et depuis l'invasion des Arabes, elles furent fort négligées dans la Perse même t d'ailleurs les Grecs étaient maîtres de la mer. Cela mit dans l'Etat d'immenses richesses, et par conséquent de grandes ressources; et sitôt qu'il y eut quelque relâche on vit d'abord reparaître la prospérité publique.»

Il faut toutefois faire une distinction entre les ressources que procurait le commerce des soieries et délies qui naissaient de l'industrie de la soie, c'est-à-dire

(4) Grandeur et décadence des RoiriûiliSy thi Sa.

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de ta production de la matière première et de la fabri^ cation des tissus. Le commerce des soieries n'a pas eu a subir des chances aussi défavorables que l'industrie productrice. Chassé des marchés de Syrie et d'Egypte, où il s'approvisionnait des soieries chinoises , le commerce grec trouva promptement une nouvelle route vers l'Asie orientale, tandis que Tindustrie privée par l'invasion arabe des manufactures de la Syrie, province -où s'était concentrée l'industrie séricieole grecque, végéta longtemps avant de trouver une nouvelle patrie.

C'est qu'il n'en est pas du commerce comme de l'industrie. Le commerce dès que les besoins de la consommation l'appellent, trouve toujours des intermédiaires , et, ces intermédiaires trouvés , se déplace aisément . L'industrie est l'œuvre du temps et son développement est subordonné à des conditions fixes qui sont pour ainsi dire son atmosphère nécessaire.

Laissons momentanément de côté le conmierce des soieries, etcherchons ce qu'est devenue l'industrie de la soie dans l'empire byzantin.

Les manufactures de soieries sont en pleine activité à Constantinople et surtout en Syrie, lorsque les Arabes arrivent au septième siècle, Prise au dépourvu par cette invasion, Tindustrie grecque cherche vainement à remplacer la Syrie par l'Asie Mineure ou parla Grèce. Elle est réduite pendant plusieurs siècle^ aux fabriques de Constantinople, et perd l'occasion si favorable que lui

offrait la ruine momentanée des fabriques persanes. Au dixième siècle elle se ranime, et on la trouve au onzième siècle pleine de vitalité et prospère dans la Grèce; mais alors elle a à lutter contre l'industrie arabe qui depuis deux siècles s'est emparée de la consommation. Le commerce et l'industrie fleurissent en effet dans les provinces soumises à Tislam, les anciennes manufactures de la Perse ont repris leur activité et leurs produits ont, au neuvième et aux- dixième siècles, envahi tous les marchés. En même temps que les Grecs tentent cette lutte industrielle dont le résultat n'est pas douteux, ils perdent cet autre avantage signalé par Montesquieu, le monopole du commerce maritime. Des peuples nouveaux sont les intermédiaires entre l'Europe et l'Orient^ les Vénitiens, les Amalfitains et les Français, bientôt suivis par les Génois et les Pisans, viennent chercher dans la mer Noire et sur les côtes de Svrie les soieries et la soie de l'Asie occidentale (1).

L'histoire de la soie du septième au douzième siècle dans l'empire grec, c'est donc le tableau de l'impuissance de l'industrie byzantine.

Cette impuissance, il ne faut pas l'attribuer uniquement au développement des conquêtes des Arabes et à

(4) Pour être plus ezact^ il faudrait dire que le commerce des soieries demeure toujours dans les mômes mains, celles des Juifs ; car ce sont eux qui mooopolisent ce commerce, se couvrant du pavillon Ile chaque nation dont les navires vont dans le Levant.

la concurrence que les manufactures arabes firent aux manufactures grecques; il faut aussi en chercher la

cause dans les conditions économiques que les lois et les usages du gouvernement grec créaient à l'industrie ; caries succès que l'industrie grecque obtint à diverses époques malgré le désavantage de ces conditions, prouvent qu'il y avait en elle tous les éléments naturels pour lui assurer une supériorité incontestable. Tel est le double point de vue auquel nous devons nous placer, éclairant l'histoire de l'industrie de la soie par l'étude des lois qui régissaient les industriels et les commerçants.

Il n'est pas nécessaire d'insister sur la prospérité qu'atteignit en Syrie l'industrie séricicole. Si nous avons pu recueillir quelques renseignements sur la fabrication des soieries , ce sont les évoques de l'Asie grecque, on s'en souvient, qui nous les ont fournis. Les immunités qu'octroyait le droit italique , jus italicum (1), quelques privilèges d'administration municipale avaient favorisé le commerce et l'industrie des villes d'Orient. Aussi, lorsque les Arabes envahirent l'empire grec, ils trouvèrent des étoffes de soie presque

(4) Nous n'hésitons pas à croire que les privilèges attachés au droit italique^ jus italicumj ont beaucoup contribué à aUirer le commerce et l'industrie dans les villes de Phénicie, de Syrie ' que nous avons eu à citer :Tyr^ Béryle^Laodicée, Ëmesse> Apamée, Antioche. —«Voir Digest. lib. l, lit. xv, De censibus.

lî. . 1 .

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partout, et Ton |)eut dire que c'est le luxe de la Syrie qui commença à modifier les mœurs simples des; sectateurs dé Mahomet , en même temps que la civilisation grecque inspira à ce peuple si impressionnable le goût des lettres et des arts. A Damas, Khaled s*emp&re de trois cents charges de soie, en outre de la garde-robe de Tenipereur riche en vêtements de soie (1). La ville de Chalcis est^ taxée par le vainqueur à dix mille pièces d'or et deux cents robes de soie (2\

On est étonné, parmi les témoignages qui attestent la prospérité commerciale ou industrielle des villes grec- ([ues d'Orient, de n'en rencontrer aucun relatif à Tyr et Sidoh. La métropole de la Phénicie, dans laquelle saint Antonin signalait au sixième siècle (3) des ateliers de soieries, des gjnécées en pleine activité, ne s'est pas relevée depuis les désastres racontés par Procope(4\ Il n'y sera plus question d'étoffes de soie, et lorsqu'on interroge les géographes arabes ou les écrivains du

(1) Lebeau, Histoiredu Bas-Empire^ lom . x, p. 217.— Gibborl, ch. 51 « p. 946.

(2) Noël des Verger», V Arabie, p. 234 ^ colleclion de V Univers pittoresque,

(3) a Tyrus civilas homines habcl polentes, ianta luxuria quod » dici non potest; gynœceapiiblica) holosericum eldiversa gênera 1) telarum... .» Le recueil des BoUandistes, à la date du 8 mai, renferme ce récit de saint Antonin.— Voir jpoul* la date du voyage de saint Antonin, les recherches de M. D*Avezac, Académie des Inscriptions (savants étrangers), t. ii, 4" série, p. 379 et 380.

(4) Voir notre premier volume, p. 182.

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