DEUXIÈME PARTIE CH
riiulustrie de la soie et le commerce des soieries :,là se trouvent en grand» partie les causes de leur merveilleux développement.
Une différence essentielle existait entre le tisseur chinois et le tisseur de TOccident : les métiers, dans l'empire romain, étaient méprisés et abandonnés aux esclaves ; dans la Chine, le travail était libre et honoré. Nous avons vu que la récolte de la soie, la tainture et le tissage se faisaient dans chaque famille ; le père cultive la terre, la mère s'occupe des vêtements. Il n'est plus besoin d'établir la supériorité du travail fait par des artisans libres, intelligences qui se sentent vivre, sur le travail exécuté par des esclaves, machines sans iaitiative : la fabrication des soieries est l'art dans lequel cette supériorité est le plus facilement mise en évidence. On comprend dans quelles conditions exceptionnellement favorables cette loi du travail plaçait l'industrie chinoise en comparaison de Tindustrie byzantine.
Le résultat le plus immédiat, c'était d'intéresser Touvrier à bien faire, de Texciter par la concurrence à se perfectionner. « Aussi les Chinois sont-ils, suivant l'observation d'Abou-Zevd (1) , au nombre des
(4) Chaîne des chroniques, p. 77. « On lit dans Al Maccari, » 1, p. 452, édit. Wright, celte phrase devenue p'resqiie pro- )) verbialc : l'inlelligence descendit sur les cervelles des Gr«cs, les » mains des Chinois et les langues des Arabes. » M. de Goejc.
créatures de Dieu qui ont le plus ifadresse dans la main en ce qui concerne le dessin, Tart de la fabrication et pour toute espèce d'ouvrages ; ils ne sont, à cet égard, surpassés par aucune nation. En Chine, un homme ftiit avec sa main ce que vraisemblablement personne ne serait en état de faire. »
L'éducation était obligatoire et donnée gratuitement aux pauvres (1) ; elle comprenait le dessin « que tout le monde, pauvre et riche, petit et grand, devait apprendre (2).»
Comme complément, l'épreuve de l'exposition publique et une récompense assurée à celui dont le mérite serait incontesté , stimulaient les inventeurs. « Quand un ouvrage est fini, l'artiste le porte au gou* vemeuren demandant une récompense pour le progrès qu'il a fait faire à l'art. Aussitôt le gouverneur fait placer Tobjet à la porte de son palais et on l'y tient exposé pendant un an. Si dans l'intervalle personne ne fait de remarque critique, le gouverneur récompense l'artiste et l'admet à son service ; mais si quelqu'un signale un défaut grave, le gouverneur renvoie l'artiste et ne lui donne rien (3). » Cette épreuve, que rappelle le chefd'œuvre exigé par les corporations modernes, était très-sérieuse. « Un jour, continue Abou-Zeyd, à qui tous ces détails sont empruntés, un Chinois représenta
(4 ) Chaîne des chroniques, p . 47 .
(2) Chaîne des chroniques ^ p. 37.
(3) Chaîne des chroniques, p . 77.