DEUXIÈME PARTIE. GH. II. it
la ville moderne de Hang*telpou-fou , située sur le Kiang, à quelques journées de la mer (1).
La ville de Canton ^Thsing-haij n'avait pas été dé* laissée : les relations continuées depuis le troisième siècle avec la Perse et l'Arabie, ont été au contraire activées par les guerres qui, durant le septième siècle, éloignent let commerçants de TAsie occidentale et déterminent de nombreuses émigrations. Au huitièn^ siècle, raeontent les historiens chinois, les Arabes et tes Persans sont assez nombreut à Canton pour y exciter une émeute et livrer la ville au pillage (2).
« Mais Canton, par sa situation au sud-est d'une c^HU^ àe montagnes, communique difficilement avec
(0 Klaprotb, Tableau historique de l'Asie^ p. iti, fait de Kanfou le port de HdDg-tcheou-fou, en faisant observer que les auteurs arfi^s étendaient la dénomination de Kanfou à Haog-tcheou-fou même : « Les grands établissements des Arabes et des autres » étrangers qui venaicQït faire le commerce en Chine, remarque » If . Reinaudy n'étaient pas à Kbanfou^ mais dans ta capitale de » ta. province à Hang-tcheou-fou . Aboti-Zeyd dit quVntre Kan* n fou et la mer il y avait une distance de quelques journées, ce » qui ne pourrait s'appliquer au port proprement dit de Kban- M fou. » L^oductimà la Géographie d'AboiUféda, p. J93. Iplous I|pb8 cru {iouToir aller plus loin, ne trouvant pas mention de deux villes dans les écrivains arabes : pourquoi en e£Pet vouloir faire aborder les navires nécessairement dans un port situé aubprd de la mer? Rbanfon, bien que située sur Je Kiang,*^ & bien pn être appelée un port, de même que Rouen a été fort longtemps un port tr^s- fréquenté par les navires de toutes les nattons .
(2) Ce fait est mentionné dans toutes les histoires de la Chine.
les provinces du nord-aueftt de l'Empire, les plus riches de toutes. Iihanfou était dans une position bien plus Tavorable (1). » Cette ville était, plus rapprochée de la capitale de Tempire, nommée par les écrivains arabes et syfiens du moyen âge Khoumdan, aujourd'hui Singanfott !2) ; elle était, par le Kiang, en communication avec les pays séricicoles du centre de la Chine ; aile produisait elle-même beaucoup de soie; et son territoire était planté de mûriers (3) ; die devint à l'est de la Qune un entrepôt de soieries aussi important qu'était Kan-tcheou à louest.
Le commerce énorme de klianfou v attirait un si grand nombre d'étrangers, que, suivant Abou-Zeyd (4)', cent vingt mille commerçants, musulmans, juifs, chrétiens et mages, y furent massacrés, lorsque, l'an 878, le rebelle Banshoua (les historiens chinois le nomment Houang-tchao) s'empara de la ville.
Il est impossible d'indiquer plus clairement que ne le fuit Abou-Zeyd , l'importance que la soie et les soieries avaient dans ce commerce. « Le rebelle, dit cet écrivain,
(4)M.'Reinaud, Introduction à la géographie d'AbGtdfèâu^ p. 393.
(t) « Singanfou qui, aiusi que Deguigaes l'a reconuu le prcr « » mier, se nommait Tchan-yan ou la Cour occideotale, est située » sur les borâfedu Weï, un des affluents du fleuve,Jaune/âaos la » proviuce de Chen-si. » Ibidem.
(3) Chaîne des chroniques^ p. 64.
(4) Ibid. '
DEUXIÈME UAUTIË. CH. H. 4t5
fit couper les mûriers et les autres arbres ([ui se trouvaient sur le territoire de la ville. Nous nommons les mûriers en particulier, parce que la feuille de cet arbre sert à nourrir Tinseete qui fait la soie jusqu'au moment où Fanimal s'est construit sa dernière demeure. Cette circonstance ftit cause que la soie ^essa d'être envoyée dans les contrées arabes et dans d'autres régions "(1). >» Puis, dépeignant l'anarchie qui ne tarde pas à désoler la Chine, l'autorité affaiblie de l'empereur étant méconnue par les gouverneurs récités, il continue (2) : (( Les vainqueurs, ne craigoireAt pas de maltraiter les marchands qui étaient venus commercer dans le pays. Bientôt Tdn ne garda pas même de ménagements pour les patrons de pavires, arabes et lesmaltres des bâtiments marchands furent en butte à des prétentions injustes; on s'empara de leurs richesses et on se permit à leur égard des actes contraires à tout ce qui avait été pratiqué jusque-là. Dès ce mom^it , le Dieu très-haut retira ses bénédictions du pays tout entier; le commerce maritime ne fut plus praticable, et la désolation, par un effet de la volonté de Dieu, de qui le nom soit béni, sefit sentir jusque sur les- patrons de navires etles agents d'affaires de Syraf et de l'Oman, »
Ainsi les relations maritimes directes avec la Chine fu»snt interrompues au dixième siècle; les marchands
(!) Chaine des chroniques^ p. 64.
(t) Ibid,, p. 68.
4t6 HISTOIRE DB LA SOIE.
arabes et {lei-sans eess^ent d'y alletr. Mais le réveii de l'industrie en Chine ne se faisait jamais longtemps attendre, et de ce que les naYÎres arabes cessent de tourner la pointe de Malacca, il ne faut pas croire que le commerce des soieries chinoises soit arrêté dès le dixième siècle. , ■
c( A partir du moment où les relations directes entre la Chine et F Asie occidentale furent interrompues, le commerce de l'Orient se retrouva tel à peu près qu'il était dans les 'premiers siècles de notre ère. Us'établk sur un point intermédiaire un entrent où se faisaient les échanges entre l'Occident et l'Orient (1). » ^
De même qu'à la marée montante on voit ime vague s'étendre, puis se retirer, la vague qui la suit s'étendre plus avant, puis se. retirer également, et les flots se pressant couvrir uneplagequ'ilsabandonneront bientôt pour y revenir encore; ainsi la navigation dans la mer ^ des Indes, navigation intimement liée au commerce des soieries, montre ces progrès et ces retraits dont le spectacle curieux nous arrête encore une fois.
D'abord bornée au littoral occidental de l'Inde et de nie de Ceylan, cette Navigation, après là découverte des moussons (et, à coup sûr, si cette découv^te avait été faite par les Grecs quelques siècles auparavant, l'Olympe aurait eu le Dieu des moussons sous le nom d'Hippalus), cette navigation s'étendit, au second siè-
(1) M. Rdïniiuà, Introduction àla géographie d*Âbcul(tll(Cit^,i\S>