DEUXIÈME PARTIE. CH. II
(NTOvision d'eau à Koulam-Malay , sur la côte de Malabar, son navire fit voile pourKalah. Pour abréger le voyage, on passait entre File de Ceylan et la presqu'île m^ di6nne(i).
Si nous nous eontentiass de suivre dans leur navi* gatioû, les navires qui vont du golfe Persique jusqu'à la Chine,, nous ne dirions rien de l'Inde où ces navires s'arrêtent à peine ; mais nous ne saurions oublier quel a été le rôle de cette contrée durant les siècles passés, et quelle place elle tient encore dans le commerce général des Arabes.
L'Indfe septentrionale n'a plus , il est vrai , pour l'histoire de la soie, l'imi^ortance que nous lui avons attribuée antérieureme|it au septième siècle. Les con« trées que baigne Tlndus et que les Arabes nomment le Sind, ne sont plus un- pays de transit pour les étoffes chinoises; l'Inde, en outre, ne produit pas de soie ; le commerce des soieries qui se fait dans les ports indiens n'est donc plus qa'un commerce accidentel, semblable àÂlui que nous venons de décrire pour les lies et les pQirts échelonnés entre la Chine et rOccident« La route ouverte aux relations entre l'Occident et l'Orient par le nord de la mer Caspienne, l'extension de la domination
(4) Cette question du passage des i^avires arabes dans le détroit 61 1 résolue par M. Reioaud, Intrùductwn à la géographie dAhoulféda, p. 412. Les navires chinois, qui étaient plus grands que les navires arabes et d*un plus fort tonnage, doublaient Tile de Ceylan; ils évitaient de naviguer daûsdes mers peu profondes*
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arabe jusqu'à Tlndus et au mont Bolor, et la condilk» nouvelle de Tlnde, telles sont les causes de ce grand changement.
Il avait bien existé, durant les premiers siècles, une communication entre la mer €iaspienne et la mer Noire; mais la politique jalouse des Parthes, puis cette des Perses l'avaient rendue le plus souvent impraticable, et les guerres soutenues continuellement avec FÂrménie et les peuples qui entourent la mer Caspienne n'avaient, pas' eu d'autre but que de fermer toute relation aux Romains avec l'Asie centrale. D'ailleurs, à cette époque, la mer Rouge et le golfe Persique étaient des routes ouvertes au commerce romain, et pour y parvenir, le transport des marchandises chinoises destinées à l'Occident trouvait dans l'Indus un grand avantage. Il n'en était plus de même au septième siècle : la conquête de l'Egypte par tes Arabes avait fermé la mer Rouge aux Grecs ; la conquête de la Perse et de la Syrie avait interrompu toute relation avec le golfe Persique; enfin, la civilisation des peuples de l'Asie centrale facilitait les communications au nord de la mer Caspienne. C'est cette route qui prévalut, et la mer Noire hérita de l'importance commerciale des deux autres mers.
Si les Perses en avaient eu la possibilité, ils auraient certainement fermé la route par l'Indus; nous avons fait précédemment allusioi\ à leurs expéditions entreprises dans ce but, à Test et au nord-est de la Perse.
Détournés par la lutte contre Tempire romain , ils n'avaient pu poursuivre leurs conquêtes dans la Bactrlane ni dans llnde. Il s'étaient alors eff(»reés de s'assurer le monopole du trafic qui était fait entre la Chine et le Sind par la Baetriane et le Caboul -, et les derniers Sassanides, comme nous l'avons vu, avaient réussi, en exerçant une influence pacifique (1) sur ces contrées, à mettre aux abois le commerce des soieries dwis l'empire grec.
Les Arabes étendant, au huitième siècle, leim conquêtes au delà de l!Indus et au-delà de l'Oxus, furent
(I) Cette alliance des Sassanides avec les Indiens nous semble prouvée: 4® par les relations plus fréquentes qui s*é tapirent à cett^ époque entre la Perse et l'Inde; M. Reinaud rappelle, diaprés Firdoussy,^ue Bahram-gour fit, en 406, un voyage à Canoge (Mémoire^éographiques sur Vînde^ p. 441); et que, au dire de Hiouen-Thsaog, plusieurs colonies d'Indiens conservant leur religion et leurs mœurs étaient établies, au septième siècle^ dans les villes principales de la Perse {Introduction à la géographie éTAboulféda^ p. 384); 2** par les médailles indo-bactrianes sur lesquelles on voit xéunies les deux effigies d^un roi de Perse et d'un roi indien. Ce fait bizarre, et jusqu'ici inexpliqué, ne trouverait-il pas sa raison d*étre dans la supposition que les Sassanides aidèrent les rois indiens à triompher de leurs ennemis communs, les Yue-tchi, et que ces médailles furent frappées en commémoration de leur union? Nous soumettons cette réflexion aux savants qui se sont occupés de la numismatique indo«bactriane, en leur demandant aussi si Ton ne pourrait pas établir 'quelque relation entre le royaume ephtalite si puissant dans le Sind et TAsic centrale au cinquième .et au sixième siècles et le royaume indien dont Ganoge était la capitale? Ces deux royaumes, en effet, apparaissent dans l'histoire dans le même tempp, et perdent à peu près simultanément leur importance.
maîtres de la route qui du mont Bolor descendait vers le Caboul; n'en ayant plus besoin, ils cessèrent d'en braver les périls. Leurs caravanes, en quittant la Sogdiane, se dirigèrent vers la Perse avec les produits de la Chine et de TÂsie centrale. C'était une route directe ; elle devint bientôt la plus rationnelle par suite du mouvement commercial qui s'établit vers le sud de la mer Caspienne.
Le sort commercial de l'Inde (nous parlons ici de la partie occidentale qui seule nous intéresse) est donc changé après la conqu,^ des Arabes, et les conditions, dans lesquelles , se trouve le pays conquis, rendent ce changement encore plus radical. Les anciens indigènes, dépossédés, n'ont ni rôle politique ni intérêts commerciaux à sauvegarder. Ils se tiennent^j^l'écart, conservent leur langage et ne se mêlent pas avec les vainqueurs (1). Ceux qui ont échappé aux massacres et sont impatients du nouveau joug^ se retirent au nord dans
le Cachi?mire et au sud vei^t^s bouches de l'Indus : le
souvenir des villes détruites, des idoles renversées, des temples pillés, rend tout rapprochement impossible. Il est vrai que, par politique, Mohammed ben Cassem, ne suivant pas à la lettre les préceptes du Coran qui ordonne d'être sans pitié pour les idolâtres, a épargné quelques tribus indiennes \ elleS. fournissent des provi-
(4 ) Gildemcisler, Scriptorum drabum de rébus indicis opuscula^ p. M,