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libre carrière à leurs sentiments \ la guerre civile avait éclaté, alimentée par les antipathies de races et par les différences de principes. Le triomphe de Moawya fut le triomphe des ennemis du Prophète. Les Omaigades étaient les chefs de Taristocratie mecquoise, et en même temps de toute la noblesse qui s'était toujours montrée hostile à Mohammed, frondeuse, incrédule, et qui^ en raison même de cette opposition, avait eu le dépit de voir une partie de son autorité remise à des hommes d'extraction vulgaire^ mais musulmans dévoués (1). Aussi, à dater de leur avé^ nement, la réaction contre le Koran fut inévitable ; la Syrie en devint le centre»
Il y eut d'une part réaction sanglante du principe païen contre le principe musulman (2) ; d'autre part réaction de Tamour du luxe et des plaisirs contre l'austérité de la dévotion triste et rigide. Un grand nombre de musulmans violèrent > sans arrière-*pensée, les préceptes du Koran qui les avaient privés de l'usage des soieries; les plus timorés trouvèrent dans les interprétations de la loi toutes les ressources nécessaires pour faire taire leurs scrupules (3). Dès lors la
(<) U.ï^oiY^ Histoire des musulmans d^Espagne^ lom. i, p. 42«
(t)lbid.,^. 405.
(3) Les subtilités des commentateurs du Koran sont assez remarquables. Où lit dans l'ouvrage intitulé Madima cU anhor : « La » loi ne défend pas que la couverture du berceau soit faite de
'cause de l'iaduslrie et du commerce de la soie fut gagnée.
Dans ce retour vers le luxe et les plaisirs, il y a aussi, il faut le reconnaître, l'influence de la civilisation des peuples conquis sur le peuple conquérant. Nous sommes en effet au huitième siècle, c'est-à-dire à la fin de la période que nous avons nommée la période de la conquête. Et, bien que la nécessité de lutter contre des révoltes continuelles fasse tenter une diversion dans de nouvelles guerres du côté de rOrient, guerres qui déterminent la soumission de la Transoxiane et du Sind , les Arabes sont bien véritablement maîtres et jouissent pleinement des provinces ({u'ils ont conquises sur les Grecs et sur les Perses. Le commerce arabe devient alors la réunion et le
» soie^ parce qu*elle u'esl point un vêlement. » M. Dozy, DicUo/inairedet noms, des vêtements chez les Arabes, p. 441, note.
Le môme ouvrage reconnaît aux hommes la permission d'avoir la boutonnière et le bouton de la chemise en étoffe de soie. M. Dozy^ ibid., p. 37t.
« Si Ton consulte les juristes, dit M. De Goeje^ on voit Abou- » Hanifa désapprouver T usage des vêtements de soie pure et de n brocart dans la guerre, tandis que Abou-Yousof et Mohammed » (as-scheibani) ne s*y opposent pas. Cette parole du Prophète : « Il n*y pas de mal à porter la soie et le brocart dans la guerre, » ne faitallusion, suivant Abou-Hanifa^ qu*à Tétoffe dans laquelle » la trame seule est en soie, au molham. »
« Dans un autre commentaire on lit : On peut faire la prière n vêtu d'un habit bordé de soie^ ou d'une étoffe dans laquelle la » soie est mélangée à une autre matière permise. L'essentiel est » que rétoffe ne puisse être dite étoffe de soie pure. »
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développeiiieiit, sous un seul nom, du commerce de la Syrie, du commerce de la Perse, du commerce de la Sogdiane. Les traces de la conquête disparaissent, et on ne trouve plus qu'un peuple civilisé, avide de science et se modelant sur les Grecs de la Syrie et sur lesPerses : ou plutôt ce sont ces mêmes nations qui régénérées vont contribuer à la grandeur de Tempire arabe, en lui empruntant son nom et en se couvrant de sa puissance, mais en lui apportant en échange Téclat de leur civilisation : puis à son tour le peuple arabe, après s'être assimilé les sciences, Ijs arts et Tindustrie de l'Asie, les porte aux barbares de l'Afrique et aux barbares de l'Europe méridionale. « Ils passent, dit poétiquement OEsler (1) faisant allusion à l'état prospère de l'Afrique septentrionale et de l'Espagne sous la domination des Arabes, ils passent comme ces courants qui se chargent des germes de la végétation d'une contrée pour les répandra sur d'autres contrées. »
Le mouvement commercial précède le mouvement littéraire, scientifique et artistique ;Tnais, comme ce dernier, il arrive à son apogée sous les khalifes Abbassides. Aussi n'en fait-on pas gloire aux Omaigades, et ce sont les noms populaires de Almanzor, Haroun-al- Raschid, Almamoun, qui résument la brillante histoire des Arabes.
L'unité du pouvoir, quelque difficile que fût la
centralisation dans un empire aussi immense, servit certainement au développement général de Tindustrle et du commerce chez les musulmans ; le luxe de la e©ur de Bagdad et la magnificence des premiers Abbassides aidèrent à la renaissance de Tindustrie et du commerce des soieries ; il faut toutefois faire remonter plus haut le principe de cette prospérité industrielle, la seule qui nous intéresse ; il a survécu à la centralisation, parce qu'il en était indépendant. En effet, le lien politique, qui unissait tant de populations si différentes, se rompt à la fin^iu neuvième siècle ; la réaction des nationalités contre le pouvoir central amène le démembrement du khalifat de Bagdad et la création de nombreuses dynasties indépendantes : Tunité de langage (1) et Tunité de religion subsistent, et avec elles la facilité des relations commerciales. Au milieu des dissensions, des troubles, des guerres qui, du dixième au treizième siècle, déchirent l'empire arabe ; au milieu de cette succession de familles (2)
(<) «C'est un fait remarquable, observe M. Sédillot, qu'au mi- » lieu des nombreux dialectes que parlent les nations musulmanes n en Asie jusque dans l'Inde^ en Afrique jusqu'au Soudan^ et qui n offrent des différences si tranchées,^ le Koran est compris de » tous; il maintient au, milieu de ces populations si opposées par /) leurs mœurs et leurs usages, une sorte d'unité de langage et » de sentiments. » Histoire de& Arabes^ p . 407.
(2) Un homme entreprenant, quelle que soit son origine (le pre* mier des Soffarides est un chaudronnier, et le premier des Sa^ manides est un conducteur de chameaux), devient chef de dynas-