DEUXIÈME PARTIE. CH. IL
jouissant d'une autorité éphémère en Espagne, dans le Magreb, en Egypte, en Syrie, dans VIrak, dans le Tabarestan, dans le Sedjestan et dans le Khorassan, Fesprit fatigué se reporte avec plaisir vers le spectacle si remarquable du commerce qui unit toutes ces contrées, et de rélan Industriel qui multiplie partout les fabriques.
Les caravanes, protégées par le Koran, fêtées par toutes les populations chez lesc[uellès elles passent, circulent aussi librement qu'aux huitième et neuvième siècles, depuis la Mauritanie Tingitane jusqu'aux frontières de la Chine. Partout, dans ces vastes contrées où rislamisme domine, elles répandent depuis le huitième siècle les soieries.
Les Arabes, en effet, à mesure que leurs richesses se sont accrues et que les jardins de l'Asie occidentale avec leurs frais ruisseaux et leurs fruits. savoureux (1) sont devenus leur partage, ont pensé que
tie; uùe provinc^^ une ville môme se déclare indépeadante. Le khalife perd peu h, peu toute autorité : ou se borne h le nommer dans les mosquées ^ dans les prières, à le regarder comme le grand Iman^ le souverain pontife de la religion. Sous Rhadi, le vingtième khalife Àbbassido, au milieu du dixième sièele, on trouve les Bonides régnant en Perse, les Hamadanides à HossouU les Samanides dans le Khorassan^ les Dilhémites dans le Thabarestan, les Phatimites en Afrique^ les Akschidites en Syrie et en Egypte. Voir d*Herbelot, Bibliothèque orientale ^ au mot H/iadAi. (4) On est frappé^ ^n lisant les géographes arabes, Ibn^^aucal par exemple, du soin avec lequel ils notent les fruits que produit
Dieu leur donnait le paradis dès ce monde. L'exemple des Syriens et des Perses aidant, ils ont changé leurs mœurs primitives ; mêlés à ces peuples qui « embrassaient rislam, mais n'avaient pas la foi dans le cœur (1), » ils se sont peu à peu habitués à jouir des biens de la terre, au lieu d'attendre la résurrection. On les voit « se reposer accoudés sur des tapis en étoflFe de soie brodée d'or (2) , se revêtir d'habits de satin et de brocart (3) ; ils* recherchent les vierges au regard modeste, aux grands yeux noirs et au teint éclatant, semblable à celui d'une perle dans sa conque (4) ; ils cessent de regarder comme un mal le jeu et le vin doux à boire (5). » Les sectes nombreuses qui se sont formées interprètent chacune, pour leur plus grande commodité, les préceptes du Koran : les plus rigoureux docteurs admettent les étoflTes de soie mélangée pour les costumes des hommes (6) ; insensiblement on arrive à ces riches vêtements parfumés dont M. Dozy,
chaque contrée, le riant aspect que présentent les vallées bien arrosées, les Jardins qui entourent certaines villes : on voit quelle importance tous ces détails avaient pour lés Arabes. (4) Expression du Koran, ch. xlix^ vers. 44.
(2) Peinture du paradis, Koran, ch. lvi, vers. 46.
(3) Ibid,y ch. XXXV, vers. 30; ch. lxxvi, vers 84; ch. xviii, vers» 30.
(4) Ibid,y ch. xxxvii, vers. 47.
(5) Le jeu et le vin sont défendus«aux musulmans par le Koran, ch. II, vers. 846.
(6) M. Doz^ ^Dictionnaire des noms des vêtements chez les Arabes p. 6. — Voir aussi la note 3, p. 455.
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dans son dictionnaire des noms des vêtements chez les Arabes, a conservé lenumémtion.
C'est à ce changement dans les mœurs et les coutûmes, changement inséparable du luxe et de k richesse, qu'il faut attribuer le développement de l'industrie et du commerce de la soie dans l'empire arabe au neuvième siècle. Nous y avons déjà fait souvent allusion : il faut rechercher, outre les causes que nous avons déjà exposées, quelles conditions ont favorisé ce développement.
La culture du mûrier s'était étendue en Perse, et la fabrication des soieries y était très-florissante au septième siècle. Les Grecs, après les victoires d'Héraclius, avaient trouvé dans le palais de Dystargerd des amas de soie, de manteaux tout en soie, de tapis brod.és, de tapis à longs poils, de tentes, de riches ameublements (1). Au moment de l'invasion arabe, les fabriques de soieries souffrirent, mais ces fabriques ne furent pas détruites. Avec les soieries chinoises la consommation intérieure, quelque limitée qu'elle fût, reçut des étoffes fabriquées en Perse: elles étaient recherchées et par les musulmanes (2), coquettes comme toutes les
(I) MstdcÇdt -s xa\x£f6aaia xa;xi(ï(a unèpdcptôjiibv, 6XoaY]p(xdlT& IjxixiOL^ voxoxd^TcrjXi te xa\ xd^j^ixaç <Î7îb piôovsç, îcX^Ooç tcoXu. Cedren. tom. i, p. 13^, édil. Niebuhr.
(S) « Le prophète a dit : La soie et For sont permis aux femmes, » défendus aux hommes; pour les femmes on en recommande i*u- » sage comme un moyen d'attirer les hommes et d*arrivor ainsi à
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femmes, et par les vaincus qui purent ne pas renoncer à leurs anciennes coutumes. Aussitôt que le luxe devint général, l'industrie de la soie se remit bien vite de cette défaillance momentanée : les exemples de notre temps sont là pour prouver qu'aucune autre industrie ne trouve en elle-même autant de ressort, et ne se relève plus facilement.
Le développement du commerce intérieur vint en aide à Tindustrie. •* La nature, observe Montesquieu (1), avait destiné les Arabes au commerce ; elle ne les avait pas destinés à la guerre. Mais lorsque ces peuples tranquilles se trouvèrent sur les frontières des Parthes et des Romains, ils devinrent auxiliaires des uns et des autres. Etius Gallus les avait trouvés commerçants, Mohammed les trouva guerriers : il leur donna de l'enthousiasme, et les voilà conquérants. »
Conquérants, ils n*oublientpas que depuis des siècles, leurs caravanes sillonnent l'Arabie et la Syrie en tous sens et sont les intermédiaires du commerce entre rOriettt et l'Occident. Le souvenir des richesses acquises datis ce commerce de transit, stimule d'autant plus vivement les convoitises du marchand arabe, que sa nation est devenue maîtresse de toute l'Asie occidentale; la loi le protège, la concurrence l'excite.
» raocomplisscmeDt du vœu des aDeiens et des modernc.^^ celui » d*une grande postérité* » M. De Goeje.
(4) Esprit des lois^ liv. xxi, ch. 46.