DEUXIÈME PARTIE. CH. II. 49t
d'Orient (l)ôtèrent toute sécurité aux pèlerins, et c'est ainsi qu'on doit s'expliquer les énormes quantités de soieries accumulées à la fin du onzième siècle dans les villes dont s'emparèrent les croisés. Les historiens latins, quand ils parlent de la prise d'une ville orientale, omettent rarement de mentionner les soieries tombées au pouvoir des vainqueurs (â). Guillaume de Tyr montre ces riches étoffes abondantes même dans les camps des musulmans, et les place dans le butin que font les premiers croisés après leur victoire sur l'armée turque accourue au secours d'Antioche (3) ; elles avaient pour origine le pillage des provinces traversées par les troupes musulmanes, aussi bien que le commerce régulier fait par les marchands qui suivaient* ces armées.
(( Les draps d'or et de soie formaient la plus grande partie du chargement des caravanes qui alimentaient le commerce de la Palestine et contre lesquelles les croisés dirigeaient souvent leurs entreprises (4). Ces
(4) Ainsi les persécutions du khalife Hakem, le 3® des Fatemides^ puis celles des Turcs Seldjoucides, au onzième siècle. (î) M. Francisque Michel^ p. 463.
(3) <c Gonsummato igitur prsBlio, et divinitus concessa nostri » principes potiti Victoria in castra hostium redeunt : ubi tantam » rerum necessariarum reperiunt opulentiam^ tantas orientalium » divitiarum copias^ ut jam auri, argon ti, gemmarum, holoseri- » corum et pretiosarum vestium^ necnon et vasorum tam artificio n quam materia cummendabilium, neque numerus esset, neque I) mensura. » "Will. Tyr. arch. hist. ^Wh. vi. Gesta Dei per Frawcof,p. 7i6.
(4) M. Francisque Michel, tom, i, p. 60 note.
f9t PISTOIBK »E LA SdlC-
C M a une s qui albinii ife Srrie en Egypte, « ks retroaie jusque sons les rois btins; do mcmis, Bromton nous montre, sons Rîdnrd i*, une caravane égyptienne en roate pour Jérnsaiem et diaigée, entre autres denrées, d'étoffes de soie, de pcoipres de direrses espèces, de siglatons, de matelas on oonssiiis de soie habilement brodés a l'aiguille, de pavillons et de tentes d'un très-grand prix (f . »
Ce n'était donc pas seulement en Syrie et en Palestine que le commCTce d'exportation prenait les soieries; TEgypte, bien que ses relations commerciales n'aient plus cette grande activité si remarquable durant les premiers siècles de notre ère, ne saurait être ouUiée.
« Dans les premiers temps de l'occupation de l'Egypte par les Arabes, le commerce d'Alexandrie éprouva quelque ralentissement. Les productions de l'Arabie, des côtes de l'Ethiopie , du centre de l'Afrique et de l'Egypte étaient dirigées vers Bassora, pour servir aux communications intérieures, aux échanges avec llnde, la Chine et les contrées de l'Asie septentrionale, ainsi qu'aux expéditions vers les côtes de Syrie (S). »
Ce résultat d'une centralisation exagérée fut bientôf effacé, d'abord par Factivité commerciale qui, comme nous l'avons vu, ne tarda pas à régner dans les ports
(1 ) M. Francisque Michel, tom.i, p. 59.— La chronique de Bromton e^tdans le recueil de Twysden^ HisL anglic, sctiplores, iom. i. {t) Pardessosy Introdueti&n aux lois maritimes^ p. 85 et 86.